Des insectes chez vous à Noël ?

Publié le 15 Décembre 2013

Des insectes chez vous à Noël ?

Comme les fêtes de fin d’année sont là, que le sapin est dans presque tous les foyers, je me suis dit qu’il y avait peut être de quoi parler Noël, sapin et… insectes.

Et pan dans le mille ! Une recherche rapide me fait tomber sur un article paru en décembre 2012 sur le site internet du Figaro : « Des milliers d’insectes dans les sapins de Noël ». Cet article fait référence à une étude norvégienne de l’Université de Bergen qui annonce que jusqu’à 25000 insectes peuvent se réveiller de leur début d’hibernation dans la douce chaleur de votre salon.

Qui sont-ils ? Des psocoptères, des collemboles et divers acariens… Il y a de quoi s’inquiéter, pour sûr. Mais de quoi s’agit-il ? Désolé, je n’ai pas d’images, c’est bien trop petit pour mon appareil photo. Reportez vous pour les identifier à votre dictionnaire ou à une encyclopédie en ligne.

Enquête faite, les psocoptères ou psoques constituent un ordre homogène d’environ 4000 espèces réparties dans le monde entier. Ce sont des hétérométaboles (à développement progressif en 5 ou 6 stades). Ils sont tout petits, pâles, vivent en groupe sous les écorces et se nourrissent de toutes petites choses, débris d’algues, de lichens, d’écorces... Dans les maisons et les appartements, ils se nourrissent souvent de vieux papiers, et on peut en trouver dans les bibliothèques : ceux-là sont appelés « poux des livres » (ils doivent bien s’entendre avec les rats de bibliothèque). Ils n’ont guère plus d’un millimètre, peuvent avoir quatre ailes, mais pas toujours car elles n’arrivent qu’au 2ème stade. Ils n’intéresseraient que modérément les entomologistes, sauf et surtout quand ils s’attaquent aux insectes épinglés dans leurs boites de collection.

Aucun psoque ne figure sur une liste d’espèces protégées. Ils ont quelques prédateurs dont les pseudoscorpions ou encore de minuscules hyménoptères, les mymaridés, qui pondent leurs œufs dans l’abdomen des psoques. C’est dur la vie d’insecte. Bref, s’ils ne sont pas dangereux pour l’homme, leur prolifération dans les appartements peut être gênante. Ceci dit tranquillisez-vous, même si vous n’avez pas de sapin de Noël, vos plantes vertes sont fréquentées par d’autres bestioles. La biodiversité, c’est aussi cela.

Quant aux collemboles, ce sont de petits animaux de moins de 3 mm se déplaçant en sautant. Ceci dit dans la classification, ces arthropodes hexapodes ne sont pas considérés comme des insectes, on les classe plutôt chez les crustacés. Remarquez que le Larousse nous dit toujours que ce sont des insectes. Faudrait savoir… Ils peuplent les sols, les troncs d’arbres ou les milieux humides. Ils n’aiment pas la lumière et sont actifs même en hiver, hors périodes de gel. Ils sont très utiles pour la transformation des matières organiques en humus, régulent la microflore et assurent la circulation des nutriments (azote, phosphore, potassium,…). Les écotoxicologues en utilisent pour des tests de laboratoire pour étudier la toxicité des sols pollués. Dans la nature leur présence est un bio-indicateur de l’état écologique des milieux. Là encore, pas de danger, pas de panique.

Enfin les acariens. Vous déjà savez qu’il y en a partout dans nos maisons. Là encore ce ne sont pas des insectes, mais ne soyons pas sectaires : ce sont des arthropodes tout comme nos pscocoptères (insectes), nos collemboles (crustacés), mais eux sont des arachnides et ils comptent 8 pattes. Les plus gros sont les plus dangereux pour l’homme comme les tiques avec la maladie de Lyme, les sarcoptes responsables de la gale, les aoûtats,… les acariens des poussières quant à eux sont cause d’allergies.

Mais pas d’inquiétude, c’est en tout cas ce que nous disait en décembre 2012 un agronome de l’Association française du sapin de Noël : « Cela va de soi et c’est plutôt bon signe. Les sapins sont un morceau de nature et ils ne subissent pas de stérilisation alors forcément, ils contiennent toutes ces petites bêtes, qui ne sont en rien dangereuses ».

C’est ce que confirmaient les scientifiques de Bergen qui eux aussi nous rassuraient, d’abord les bestioles en question sont minuscules, vivent en écosystème équilibré, les unes pouvant être les proies des autres, et surtout ne risquent pas de se disséminer dans vos maisons. Donc pas plus de risque qu’avec le bois qui attend d’être brûlé dans votre cheminée.

D’ailleurs le site du journal Le Parisien était plus positif. Il faisait appel à l’entomologiste François Lasserre (de l’OPIE), en qui on peut avoir toute confiance, qui estimait à juste titre que c’était l’occasion d’un cours de biodiversité en famille : « Pour cela il suffit de mettre un drap blanc sous le sapin, et de secouer l’arbre. Il reste à inspecter à la loupe les petits habitants tombés des branches. Si la bête à six pattes, c’est un insecte, huit, c’est un arachnide, et quand elle en a beaucoup c’est un mille pattes ». Il ne disait pas que s’il en à deux c’est le Père Noël, mais il en profitait pour évoquer son livre « Au secours une bestiole – Manuel antistress face aux bêtes qui nous embêtent ». Je vous le recommande. Le Parisien concluait en disant que ce n’était pas la petite bête qui mangerait la grosse. Bon là dessus on est bien d’accord, mais nous avons vu plus haut – et bien insisté - que si le collembole a bien six pattes, c’est néanmoins un crustacé,… sans pour autant être une langouste, qui elle aurait bien agrémenté votre menu de fête. Attention aussi, secouez le sapin avant d’y avoir accroché les boules, sinon vous aurez à séparer les débris de verre des animalcules et peut être même de débris de vers. Et pas après les fêtes, car vous auriez alors toutes les aiguilles par terre et un problème de tri tout aussi délicat.

Ceci dit, si vous préférez un sapin en plastique, libre à vous, mais rappelez-vous qu’il aura fallu du pétrole pour le fabriquer, qu’il vient souvent de très loin, alors que le sapin a été spécialement élevé pour votre plaisir en pépinière a priori dans nos massifs forestiers du Jura et du Morvan et que vous allez le recycler soit en bois de chauffage, soit avec vos déchets verts. Votre municipalité a probablement pris des dispositions pour vous en débarrasser le moment venu, pour en faire du compost ou du paillage. Alors profitez de votre sapin naturel et de sa bonne odeur, surtout l’épicéa, garnissez-le à votre goût de boules brillantes et colorées et de guirlandes lumineuses, faites la joie des petits et des grands.

Bonnes fêtes de fin d’année !

Repost 0
Commenter cet article