Une éternité d'insectes

Publié le 1 Décembre 2013

Une éternité d'insectes

Décidemment, on ne peut plus passer sous silence ce coït ininterrompu de 165 millions d’années. Tous les médias en parlent, alors pourquoi pas L’Agrion de l’Oise ? Voilà les faits : en Chine on a trouvé le fossile de deux insectes en train de copuler. C’est un couple d’Anthocytina perpetua. Au Jurassique moyen, ces tourtereaux sautaient de branche en branche.

Ils s’aimaient… Ils s’aimeront toujours.

Une éternité d'insectes

Cette découverte est l’occasion pour l’Agrion de l’Oise de s’intéresser à d’autres fossiles et à l’âge des insectes. En octobre dernier, une équipe de spécialistes du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) et du MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle), conduite par Patrick Roques, annonçait dans la revue Nature avoir découvert les plus anciens représentants des insectes modernes dans le schiste rouge d’un terril du nord de la France, à Avion, près de Lens, dans le Pas-de-Calais. Il s’agissait d’Holométaboles (insectes à métamorphose complète) et de Paranéoptères (lignée des punaises notamment) qui vivaient il y a 300 à 360 millions d’années.

Auparavant on pensait que tous les insectes de cette époque étaient de très grande taille du fait de la forte teneur en oxygène de l’air. En fait cette découverte montre que les ancêtres de nos punaises, de nos fourmis, de nos scarabées actuels, vivaient déjà à cette époque avec des tailles proches de celles des insectes que nous connaissons. A Decazeville, Patrick Roques avait également déjà trouvé dans un terril minier, à côté d’insectes géants, des insectes de petite taille. Les spécialistes considèrent donc à présent qu’au carbonifère les tout petits vivaient déjà à côté des géants.

Une éternité d'insectes

Notons que le site d’Avion, très riche en fossiles d’insectes, renferme également des géants, notamment des libellules, les Meganisoptera, dont l’envergure pouvait atteindre 70 cm. Notre gracile Agrion de Mercure en est bien loin avec ses 30 à 40 mm d’envergure…

L’ancêtre le plus ancien connu des insectes vivait au Dévonien, il y a 400 millions d’années. Le premier insecte pourrait bien être un crustacé de l’ère Primaire (-541 à -242 millions d’années, Paléozoïque ou ère des Poissons) qui, sorti du milieu marin, se serait adapté au milieu terrestre.

Dans le film Jurassic Park, des scientifiques faisaient revivre des dinosaures à partir de l’ADN du sang ingéré par des moustiques inclus dans l’ambre. Le Figaro annonçait le 15 octobre dernier la découverte aux Etats-Unis, au Montana, de moustiques fossilisés dans le schiste depuis 46 millions d’années. Un des insectes, une femelle, présentait un abdomen comme gorgé de sang.

La spectroscopie aux rayons X a révélé une forte concentration en fer et en carbone, une analyse à la sonde ionique a montré que le fer était associé à un composant de l’hémoglobine. Il s’agissait donc bien de sang, probablement d’oiseau. Mais plus d’ADN, bien sûr pour identifier l’oiseau, a fortiori le cloner. Faut pas rêver…

On annonce régulièrement la découverte d’insectes voisins de nos insectes actuels, voire les mêmes, emprisonnés dans l’ambre depuis 20 à 50 millions d’années, donc bien plus près de nous que leurs ancêtres du Carbonifère ou du Jurassique.

Une éternité d'insectes

Ces découvertes nous rappellent évidemment celle faite en 1996, dans une gravière de la société Lafarge, par un paléontologue amateur de Nogent-sur-Oise, Gaël de Ploëg, non loin du site de notre futur Insectarium.

Cette gravière a ensuite été fouillée sous la conduite d’André Nel, chercheur au laboratoire d'entomologie du MNHN, spécialiste des insectes fossiles. Elle s’est avérée être un des gisements fossilifères les plus importants en France, vieux de 50 millions d’années. 15 000 insectes fossiles ont été trouvés, inclus dans l’ambre jaune pâle de l’Oise provenant de la résine d’espèces à fleurs du climat tropical qui régnait alors sous nos cieux, en fait du copal, différent de l’ambre de la Baltique issu de conifères. Ils représentaient près de 500 espèces d’insectes (fourmis, termites, mouches, punaises, guêpes, scarabées,…), à côté cependant d’autres arthropodes terrestres tels que pseudo-scorpions et araignées. Une partie de la collection sera prochainement exposée au Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE) des Pays de l'Oise, au château de Verberie.

Quoi qu’il en soit les insectes étaient là bien avant nous et seront encore là, grâce à leur capacité d’adaptation, bien après nous. Comme les petits mammifères, les plus petits ont survécu à la catastrophe qui a eu raison des dinosaures et des Méganisoptères. Le changement climatique ne sera pour eux certainement pas aussi dramatique que pour nous. Bien sûr certaines espèces disparaitront, mais sans aucun doute d’autres se maintiendront, évolueront probablement, se développeront et prospèreront.

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Martineke 02/12/2013 06:28

Merci pour cet article très intéressant !