Insectes et protection de la biodiversité (1)

Publié le 12 Janvier 2014

Biodiversité ? Un mot créé en 1985 à partir de bio (du grec bios, la vie) et de diversité.

Insectes et protection de la biodiversité (1)

Voici la définition qu’en donne le ministère français chargé de l’écologie et du développement durable :

La biodiversité représente la diversité des êtres vivants et des écosystèmes : la faune, la flore, les bactéries, les milieux mais aussi les races, les gènes et les variétés domestiques. Nous autres, humains appartenons à une espèce – Homo sapiens – qui constitue l’un des maillons de cette diversité biologique. Mais la biodiversité va au-delà de la variété du vivant ! Cette notion intègre les interactions qui existent entre les différents organismes précités, tout comme les interactions entre ces organismes et leurs milieux de vie. D’où sa complexité et sa richesse.

La biodiversité qu’on observe aujourd’hui est le résultat de milliards d’années d’évolution du vivant. Elle assure les fonctions indispensables à toutes les formes de vie et rend des services essentiels : elle est source de notre alimentation, fournit des matières premières, contribue au maintien de la qualité de l’eau, de l’air et des sols, offre un patrimoine culturel inestimable.

Mais quand on parle de la biodiversité et de sa protection, c’est avant tout les grandes espèces emblématiques facilement dénombrables que l’on cite : ours polaire, éléphant, rhinocéros,… à savoir quelques dizaines d’espèces. Puis de la biodiversité "remarquable", celle des espèces menacées, quelques centaines, mais on oublie trop la biodiversité "ordinaire", qui, elle, compte des millions d’espèces,…

Insectes et protection de la biodiversité (1)

Les insectes en font bien sûr partie : les abeilles, les bourdons et les syrphes pollinisent les plantes qui nous sont nécessaires, les abeilles produisent du miel, des myriades de petites bêtes comme les collemboles participent à l’aération des sols, la beauté si diverse des insectes fait partie de notre patrimoine culturel… A ce jour on estime à 1 million le nombre d’espèces d’insectes connues, alors qu’il y en aurait sans doute plus de 5 millions, on parle même de 30 millions...

Le maintien de la biodiversité est de ce fait une composante essentielle du développement durable.

Alors pourquoi protéger la biodiversité ?

  • La disparition, la fragmentation et l’altération des habitats réduisent les milieux de vie pour les espèces, perturbent leurs déplacements
  • Les pollutions de l’air, de l’eau, des sols affectent les écosystèmes et la santé des espèces (et des humains, cela va de soi). Pour les insectes, l’emploi des pesticides conduit aussi bien à la destruction d’insectes nuisibles que d’insectes utiles, affecte la nourriture des prédateurs des insectes – par exemple les oiseaux - en la raréfiant
  • L’exploitation (ou leur destruction) des espèces à un rythme supérieur au renouvellement de leurs populations entraîne leur déclin
  • L’arrivée d’espèces exotiques envahissantes dans des systèmes déjà fragilisés par d’autres pressions perturbe l’équilibre proie-prédateur préétabli, exemple le frelon asiatique qui tue les abeilles
  • Le changement climatique a des conséquences directes et indirectes sur la biodiversité (perturbation des cycles de vie, décalages saisonniers,…). Par exemple, une éclosion tardive d’insectes du fait du mauvais temps risque de priver de nourriture les couvées d’oiseaux , des hivers plus doux peuvent favoriser des populations d’insectes ravageurs auparavant contrôlées par la rigueur des hivers (cas du scolyte, coléoptère ravageant aux Etats-Unis les forêts de pins)
  • L’évolution des activités humaines, notamment pratiques agricoles ou artificialisation des sols, conduit à la banalisation des paysages et de la biodiversité. La destruction de haies abritant des insectes entomophages - qui se nourrissent d’autres insectes - favorise le développement d’insectes nuisibles dans les cultures proches (les insectes ne se déplaçant pas sur de grandes distances). De même la présence de haies et d’arbres diversifiés favorisera le peuplement d’oiseaux diversifiés, qui, consommateurs d’insectes, préserveront les cultures.

Il est possible de donner une valeur économique à la biodiversité. En 2006, le rapport Stern avait évalué les conséquences économiques d’ici 2050 de l’inaction dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il estimait à 5500 milliards d’euros sur 10 ans le coût de la réparation des dégâts déjà faits, et à 10 à 20 fois plus si on ne réagissait pas rapidement.

Une étude européenne de 2008 indiquait que si rien n’était fait d’ici à 2050, 11% des espaces naturels auraient disparu (par rapport à 2000), 60% des récifs coralliens… Entre 100 et 150 espèces vivantes disparaissent chaque jour, ce qui est un rythme 100 à 1000 fois supérieur à la disparition naturelle. L’économiste indien Pavan Sukhdev en 2010 estimait déjà à près de 14 milliards d’euros par an le coût de l’érosion de la biodiversité.

En avril 2009, le rapport du groupe de travail du Comité d’Analyse stratégique (CAS) pour la contribution à la décision publique, présidé par le Pr Chevassus-au-Louis, ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle, tentait de fixer une valeur aux services écologiques rendus par la nature. J’ai noté que lors de la présentation à la presse de ce rapport, le CAS soulignait qu’il ne fallait surtout pas perdre de vue les "besogneux anonymes" qui sont l'essentiel de la biodiversité : micro-organismes, plancton, insectes, etc. qui font la fertilité des sols, la production primaire dans les océans ou encore la bio-captation du gaz carbonique.

Je ne retiendrai ici des nombreuses conclusions et recommandations de ce volumineux rapport que la toute dernière :

  • Le groupe recommande de soutenir et développer les initiatives visant à faire connaître les enjeux économiques de la biodiversité auprès des différents publics (scolaires, étudiants, acteurs économiques, collectivités, etc.) en soulignant en particulier la contribution actuelle et future de la biodiversité et des services écosystémiques au développement durable.

C’est là précisément l’une des missions essentielles d’un insectarium comme celui qui est projeté sur notre territoire : faire connaître au plus grand nombre le rôle indispensable de la biodiversité et tout particulièrement le rôle des insectes pour les conditions de notre développement durable.

Sur la base de ce rapport, la même année lors de la conclusion du Grenelle de l’Environnement, le Président Sarkozy s’engageait à intégrer le coût de la biodiversité dans toutes les décisions publiques.

2010 était déclarée au niveau international Année Internationale de la biodiversité

Insectes et protection de la biodiversité (1)

En juillet 2011, le ministère présentait la stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020 avec six orientations stratégiques :

  • Susciter l’envie d’agir pour la biodiversité
  • Préserver le vivant et sa capacité à évoluer
  • Investir dans un bien commun, le capital écologique
  • Assurer un usage durable et équitable de la biodiversité
  • Assurer la cohérence des politiques et de l’efficacité de l’action
  • Développer, partager, valoriser les compétences.

En mars 2013, un rapport de préfiguration d’une Agence française pour la biodiversité, à laquelle seraient rattachés un certain nombre d’établissements publics, était publié. Fin 2013, on estimait que cette Agence pourrait voir le jour en 2015. Nous en reparlerons.

C’est dans le cadre du respect de l’environnement, de la biodiversité et du développement durable que notre association - L’Agrion de l’Oise - souhaite bien entendu agir.

(à suivre)

Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie : http://www.developpement-durable.gouv.fr/-La-biodiversite,4247-.html

SNB 2011-2020 : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/18b_DGALN_Strategie_francaise_biodiversite_4p_DEF_Web.pdf

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