Viollet-le-Duc et les insectes

Publié le 27 Janvier 2014

Impossible de laisser passer cette occasion : le bicentenaire de la naissance d’Eugène Viollet-le-Duc quand on est isarien et que l’on aime le château de Pierrefonds.

Aussi l’Agrion de l’Oise a-t-il cherché la petite bête dans les écrits de notre homme.

Eugène Viollet-le-Duc est né le 27 janvier 1814 à Paris et il est mort le 17 septembre 1879 à Lausanne. Cet architecte français est célèbre pour avoir restauré les chefs d’œuvre du Moyen-âge : la basilique de Vézelay, Notre Dame de Paris, la cité de Carcassonne, la cathédrale d’Amiens, l’hôtel de Ville de Compiègne, le château de Pierrefonds et bien d’autres encore dans la France entière, en Belgique, en Suisse et même en Pologne à Cracovie …

Viollet-le-Duc et les insectes

Alors voilà le pourquoi du « et les insectes ». Tout d’abord les insectes l’intéressaient dans l’exercice de son art. Il en parle à plusieurs reprises dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle. Par exemple au tome 7 :

« Au point où nous devons nous placer, ne considérant que la question d’art, le beau, le style, ne résident pas dans une seule forme, mais dans l’harmonie de la forme en vue d’un objet, d’un résultat. Si la forme indique nettement l’objet et fait comprendre à quelle fin l’objet est produit, cette forme est belle, et c’est pourquoi les créations de la nature sont toujours belles pour l’observateur. La juste application de la forme à l’objet et à son emploi ou sa fonction, l’harmonie qui préside toujours à cette application, nous saisissent d’admiration devant un chêne comme devant le plus petit insecte si bien pourvu. »

Bien sûr dans ses propres réalisations, l’observateur verra plus la plante, l’oiseau ou le lion. Ses chimères révèlent peu l’insecte, sans doute du fait de la différence d’échelle qui ne permet guère d’imaginer la conjonction de la tête d’un oiseau de proie avec le corps d’une sauterelle.

Viollet-le-Duc et les insectes
Viollet-le-Duc et les insectes

Cette introduction de la beauté de la nature dans l’architecture et ses ornements, qui inspirait déjà les bâtisseurs médiévaux, il l’utilise largement dans ses restaurations et il devance lui-même les architectes de l’Art Nouveau comme Guimard en France ou Gaudi en Espagne. Mais disons-le, à part la libellule ou le papillon, l’insecte reste rare en architecture. Ceci dit je m’évertuerai à le dénicher dans de prochaines expéditions photos consacrées à Viollet-le-Duc ou à l’Art Nouveau (ah ! les papillons de Lalique …).

Cette chimère sur une boiserie du château de Pierrefonds m’évoque quelque peu l’insecte – au moins par le faciès - mais cet « alien » se distingue surtout par sa belle ossature et est donc bien loin de nos chers arthropodes.

Viollet-le-Duc et les insectes

Ceci dit notre architecte a des préoccupations beaucoup plus techniques. L’insecte est pour l’architecte, plus généralement le bâtisseur un vrai problème et depuis bien longtemps. Au tome 2 du dictionnaire cité plus haut, Viollet-le-Duc traite de la protection du bois et des méthodes des charpentiers au Moyen-âge :

« Il arrivait souvent que les bois de charpente recevaient une couche de peinture qui semble n’être qu’une dissolution d’ocre dans de l’eau salée ou alunée, et, en effet, une lessive de sel marin ou d’alun empêche les insectes de s’attacher à la surface du bois ; elle leur donne une belle teinte gris-jaune d’un aspect soigneux. On a supposé que le bois de châtaignier avait la propriété d’éloigner les araignées, et on a conclu de l’absence des araignées dans les anciens combles que ceux-ci étaient en bois de châtaignier ; mais les araignées ne se logent que là où elles peuvent vivre, et les bois bien purgés de sève, quelle que soit leur essence, produisant peu ou point de vers, de mouches, ne peuvent servir de logis aux araignées. »

Au tome 7 encore, Viollet-le-Duc évoque un autre problème du fait d’insectes :

« De plus, le plomb laminé est sujet à se piquer, qui n’arrive pas habituellement au plomb coulé. Ces piqûres sont faites par des insectes qui perforent le plomb de part en part et forment ainsi autant de trous d’un millimètre environ de diamètre, à travers lesquels l’eau de pluie se fait jour. Nous n’avons jamais eu à signaler de ces sortes de perforations dans des vieux plombs coulés, tandis qu’elles sont très fréquentes dans les plombs laminés. Nous laissons aux savants le soin de découvrir la cause de ce phénomène singulier. »

Une explication de ce phénomène, sans doute mal expliqué au XIXème siècle, pourrait être le rôle du dermeste bicolore, c’es en tout cas ce qui ressort d’une page d’un site Internet « Insectes du patrimoine culturel ». En effet le dermeste (littéralement mangeur de peau) est un petit coléoptère nécrophage de 7 à 9 mm, bien connu en entomologie forensique (criminologie), dont les larves sont entre autres nuisibles aux reliures et aux parchemins, ainsi qu’aux collections d’animaux naturalisés (dont bien sûr les boites d’insectes épinglés). Et oui, ces larves, lors de leur recherche d’un abri de nymphose, peuvent forer et transpercer toutes sortes de matériaux, y compris du bois, des isolants, des tuyaux même en plomb… ». CQFD…

Est-là l’explication que Viollet-le-Duc attendait des savants ?

Mais avec ce redoutable petit coléoptère, nous voilà bien éloignés des cathédrales, des palais et des châteaux forts…

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