Le Moro Sphinx

Publié le 2 Février 2014

Je voudrais rendre hommage à ce bel insecte qui honore quelquefois mon jardin. C’est le Moro Sphinx, qu’on baptise aussi Sphinx colibri, tant il ressemble à ce petit oiseau. On le voit en été et il affectionne les géraniums. Comme tous les butineurs, il contribue à la pollinisation des plantes et à ce titre mérite notre protection et notre affection.

Le Moro Sphinx

C’est un papillon, autrement dit un lépidoptère. Il appartient à la famille des Sphingidae, sous-famille des Macroglossinae, tribu des Macroglossini, genre Macroglossum, autrement dit « grande langue » et pourtant il ne médit de quiconque. Ah ! Les charmes de la classification. C’est un sphinx, mais attention contrairement à ses cousins, ce n’est pas un papillon de nuit. Ecoutons ce que nous en dit Guillaume Louis Figuier (1819-1894) dans son ouvrage Les Insectes, très bien illustré, paru chez Hachette en 1869 :

« Ce papillon a frappé l’attention de tous ceux qui ont vécu dans un jardin fleuri. […] Lorsqu’il va d’une fleur à l’autre, il a des mouvements brusques et rapides ; mais il reste en état de vol stationnaire devant chacune. Il ne se pose pas ; il vole sans cesse, tout en enfonçant sa longue trompe dans les corolles des fleurs, contrebalançant l’action de la pesanteur par la vibration continue des ses ailes. »

Le Moro Sphinx

Figuier le décrit bien mieux que moi et, qui plus est, il me donne l’occasion d’évoquer ce personnage né à Montpellier en 1819, docteur en médecine à 22 ans, professeur de pharmacie à Montpellier, puis à Paris, où il mourut en 1894. D’abord expérimentateur, il s’opposa par ses travaux sur le foie à Claude Bernard, ce qui lui fit abandonner définitivement cette pratique pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il sera notamment rédacteur en chef de La revue hebdomadaire La Science illustrée aux côtés de Jules Verne et de Camille Flammarion, entre autres… Il écrivit sur tout, aussi bien sur les glaciers, les avalanches, les tremblements de terre que sur les races, les beautés de la végétation terrestre, les fleurs… Sans oublier l’alchimie, la vie des savants illustres, les aérostats, les merveilles de l’industrie, que sais-je encore ? Il s’est même fait une spécialité du théâtre de la science. On lui doit par exemple des drames comme Kepler, ou l’Astrologie et l’Astronomie, des comédies, comme La République des abeilles.

Vous l’avez deviné : ce n’était pas un entomologiste mais un scientifique touche-à-tout. Aujourd’hui il passerait à la télévision.

Le Moro Sphinx

Mais revenons à notre Moro Sphinx, notre Sphinx colibri. On peut lire aussi que dans le passé les paysans l’appelait mouche folle tant il s’activait de fleur en fleur, ce qui confirme que le travail rend fou : ils avaient bien du bon sens nos ancêtres.

Et aussi pourquoi appelle-t-on cette famille "Sphinx "? Je trouve la réponse dans un ouvrage de Maurice Griveau, conservateur honoraire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, intitulé « Histoire esthétique de la nature », daté de 1929 :

« Ces Sphinx que voici, à l’abdomen pointu, et qui s’éclairent de reflets roses, ont un nom assez peu poétique : on les appelle des « pourceaux »… Mais c’est à cause de leurs larves, dont la bouche se prolonge en groin. De même, le nom de Sphinx a pour origine une attitude bizarre de la chenille, qui redresse sa tête à la manière du monstre inquisiteur de Thèbes, et semble proposer une énigme. »

Il poursuit sur le Moro Sphinx qu’il dit « étoffé comme un petit moineau, et qui plonge sa trompe prodigieusement allongée dans le calyce [sic] des fleurs, sans se poser : la vibration des ailes le soutient. Ce papillon, en vérité, rejoint l’oiseau-mouche… »

Le Moro Sphinx serait – avec les libellules – un des insectes les plus rapides avec un vol à plus de 60 km/heure et 50 à 90 battements d’ailes par seconde. A noter qu’en vol stationnaire, le colibri, l’oiseau-mouche, bat des ailes 80 fois par seconde.

Je ne voudrais pas conclure cet article sans mettre en garde notre Moro Sphinx contre une fleur bien dangereuse pour lui et que certains conseillent de proscrire de nos jardins, à savoir l’onagre rose Oenotera speciosa, originaire du Mexique et commercialisée dans les jardineries. En butinant dans sa corolle riche en nectar, sa longue trompe risque de se trouver coincée, il ne pourra pas se dégager et mourra d’épuisement. Il sera le festin bienvenu pour quelque insecte prédateur qui saura lui se jouer de la mortelle corolle.

Cher Moro, nous attendons les beaux jours avec impatience pour te revoir au jardin

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Amande 31/07/2017 13:14

Merci pour votre article cela m'a permis den savoir plus sur ce magnifique colibri des jardins !

Amande 31/07/2017 13:13

Bonjour ce matin jai retrouve un papillon se debattant sur justement une oenotera speciosa, je lai aide comme jai pu. Le papillon sest installe pres dela voiture a lombre mais a lair epuisé. Jai arrache la plante malgre sa beauté. La vie des papillons avant tout aujardin ! Dommage que lon ne met pas prevenu en jardinerie concernant cette plante et sa dangerosite sur les papillons!!