Réaumur l'entomologiste

Publié le 23 Février 2014

Réaumur l'entomologiste

Dommage que le blog de L’Agrion de l’Oise n’ait pas été ouvert début 2013. En effet, nous aurions pu célébrer le 330ème anniversaire de la naissance de René-Antoine Ferchault de Réamur, né le 28 février 1683 à La Rochelle. Rattrapons-nous en célébrant ici le 331ème…

Homme de sciences, il entre à l’Académie royale des sciences à 24 ans. Il y restera jusqu’à sa mort en 1757 en ayant été onze fois son directeur et 9 fois son sous-directeur.

Physicien, il s’intéressait aux techniques, notamment celles du feu comme la métallurgie et la sidérurgie (il écrit en 1722 sur L’art de convertir le fer forgé en acier), la verrerie et la céramique. On lui doit des études sur les mesures physique et tout particulièrement la mesure de la température, avec la mise au point d’un thermomètre à alcool à 80 graduation entre le gel et l’ébullition de l’eau, ainsi que sur la régulation des températures. Il s’intéressait également à la sécurité comme par exemple la manière d’éteindre les incendies. Les encyclopédistes reprendront et diffuseront ses travaux.

Réaumur l'entomologiste

Mais à côté de la physique, il se passionne pour l’histoire naturelle, tout particulièrement celle des mollusques, des crustacés et des oiseaux. Il met notamment en évidence la nature animale des coraux. Il s’intéresse à la nacre, aux fils d’araignées… Il va s’avérer un entomologiste de premier plan en son siècle, s’attachant à l’étude des insectes, que méprisera le grand Buffon (1707-1788), lui aussi naturaliste et physicien, lui aussi passionné par la sidérurgie. Beaucoup de points communs, mais pour Buffon « une mouche ne doit pas tenir dans la tête d’un naturaliste plus de place qu’elle n’en tient dans la nature ». Buffon, qui aurait également dit « aux petits esprits les petits objets »…

On doit à Réaumur un mémoire sur la soie des araignées, car à cette époque certains envisagent la possibilité d’utiliser la soie d’araignée à la place du cocon du ver à soie. Cette voie plus coûteuse pour une moindre qualité ne sera pas poursuivie. Aujourd’hui on se repose la question car la soie d’araignée est résistante, légère et élastique. Le développement du biomimétisme y conduit à nouveau tout naturellement.

Il étudie les fourmis et les guêpes. Il publie en 1719 une Histoire des Guêpes, mais son Histoire des Fourmis ne sera publiée qu’au 20ème siècle.

Réaumur l'entomologiste

De 1734 à 1742, il publie les six volumes de ses Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, ouvrage illustré de 267 planches.

Tome 1er Sur les Chenilles & sur les Papillons

Tome 2ème Suite de l’Histoire des Chenilles & des Papillons. Et l’Histoire des Insectes ennemis des Chenilles

Tome 3ème Histoire des Vers mineurs des feuilles, des Teignes, des fausses Teignes, des Pucerons, des ennemis des Pucerons, des faux Pucerons, & Histoire des Galles des plantes & de leurs Insectes

Tome 4ème Histoire des Gallinsectes, des Progallinsectes & des Mouches à deux ailes

Tomes 5ème Sur l’Histoire des Mouches à deux ailes, & l’Histoire de plusieurs Mouches à quatre ailes, sçavoir, des Mouches à soies, des Cigales, & des Abeilles

Tome 6ème Suite de l’Histoire des Mouches à quatre ailes, avec un Supplément à celle des Mouches à deux ailes

Dans ces ouvrages il montre la multiplicité et la diversité du monde des insectes. Il se défend de s’intéresser à des amusements frivoles, faisant valoir l’utilité des insectes avec le miel des abeilles ou la laque des cochenilles… insectes utiles… Tiens un extrait du tome 1er :

Il n'y a gueres d'apparence que les anciens ayent donné à leurs étoffes, des nuances de rouge plus belles que celles que nous sçavons donner à nos draps & à nos tissus de soye ; il est même à croire que nous avons de très-belles nuances en ce genre, qui leur manquoient. Ce sont pourtant des insectes dont ils ne sçavoient pas se servir, d'où nous tirons tous ces beaux rouges. Il est à présent très- bien prouvé que la Cochenille, dont le grand & utile usage est si connu, n'est qu'un insecte qui multiplie prodigieusement, & qu'on prend soin d'élever dans le Mexique. Un insecte qui croît sur une espece de petit chêne, qui n'y est bien sensible que sous une forme, qui ressemble si peu à celle d'un animal, qu'elle l'a fait prendre pendant longtemps, même par les physiciens, pour une simple galle de l'arbrisseau, cet insecte, dis-je, est employé par nos teinturiers, & c'est ce que nous appelions le Kermes, ou la graine d'Ecarlatte.

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Mais il fait également ressortir les attaques aux cultures ou aux charpentes… Insectes nuisibles…

Souvent les charpentes des bâtiments périssent, parce que des vers ont pénétré dans l'intérieur des plus grosses pieces, qu'ils en ont haché les fibres, qu'ils les ont réduites en scieure & en poussiere. Nous voyons tous les jours des meubles de bois destinés à des usages qui ne les fatiguent nullement, qui dureroient des suites de siecles, s'ils ne devenoient cassants parce qu'ils deviennent vermoulus, c'est-à-dire, parce que les vers ont pulverisé leur intérieur. Des recherches où l'on se proposeroit d'empêcher les vers de percer nos bois d'ouvrages, iroient directement au bien public.

Souvent il conclut son propos par un point de vue utilitaire, ici l’intérêt d’empêcher les vers d’attaquer les charpentes, là celui d’empêcher les chenilles de détruire les feuilles des arbres, ou les vers de gâter les pommes. Il écrit :

Il y a un grand nombre d’autres découvertes à désirer, qu’on ne peut attendre que de ceux qui observent bien les insectes ; ils peuvent même nous en procurer dont nous n’avons point d’idée.

La remarque reste totalement d’actualité.

Je voudrais juste encore évoquer les demoiselles – Réaumur ne parle ni d’agrion, ni d’aeschne, ni même de libellule – qui sont abondamment traitées au tome 6ème :

C'est l'onzième Mémoire qui fait passer sous nos yeux un grand nombre d'especes de Demoiselles, dont le corps est paré de belles couleurs souvent rehaussées par un brillant doré ou argenté.

Réaumur l'entomologiste

Le comportement de ces insectes, de leurs larves et de leurs nymphes est largement décrit. Bien entendu il faut lire ce qu’il écrit sur l’extraordinaire accouplement des demoiselles, dont voici un extrait :

Ceux de certaines especes conduisent leur femelle sur une plante à laquelle ils vont s'attacher : là le mâle recourbe son corps pour inviter la femelle à courber le sien ; enfin celle-ci vaincuë par des agaceries tendres, ou par le desir de devenir libre, se rend après s'être souvent défendue plus d'une demi-heure ; elle recourbe son corps, elle en fait passer le bout sous celui du mâle, & le conduit jusqu'auprès du corcelet : là l'union intime s'acheve. Les corps des deux demoiselles sont alors contournés de façon qu'ils forment un las en cœur: c'est dans l'échancrûre du cœur que se trouvent la tête de la femelle & le derrière du mâle, qui n'abandonne pas le col de celle-ci; la tête du mâle est à la pointe du las. L'accouplement dure quelquefois une heure & plus; après qu'il est fini la femelle peut aller confier à l'eau même, ou à quelque plante qui en est baignée, les œufs d'où sortiront des vers qui après avoir vécu & cru pendant près d'une année à la manière des poissons, deviendront à leur tour des demoiselles.

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