Les insectes domestiques

Publié le 16 Mars 2014

Les insectes domestiques

Si on vous demande de citer un insecte « domestique » vous allez tout de suite penser qu’il s’agit d’un insecte que vous pouvez trouver dans votre maison : une mouche domestique, une fourmi domestique, une araignée domestique, le grillon du foyer (autrefois, aujourd’hui c’est plutôt le grillon du métro).

Si l’on se place du point de vue de l’élevage, à savoir un animal que vous logez et nourrissez, alors oui on peut presque le dire, puisque ces bestioles se nourrissent de vos déchets ou des réserves de vos placards.

Non ce n’est pas cela l’insecte domestique. Bien sûr il ne s’agit pas non plus de « faune sauvage captive », vous ne les retenez pas enfermés comme dans un zoo, ou plus modestement un terrarium. Ils sont chez vous et vous vous en passeriez bien…

Il y a une définition légale à laquelle nous allons nous référer. Le JORF (Journal officiel de la République Française) du 7 octobre 2006 a publié l’arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d'animaux domestiques. Il est signé du ministre de l'agriculture et de la pêche et la ministre de l'écologie et du développement durable :

  • Vu le code de l'environnement, et notamment ses articles L. 411-1 à L. 413-5, R. 411-5 et R. 413-8 ;
  • Vu l'avis du Conseil national de la protection de la nature en date du 15 juin 2006,

Le présent arrêté nous dit que sont considérés comme des animaux domestiques les animaux appartenant à des populations animales sélectionnées ou dont les deux parents appartiennent à des populations animales sélectionnées.

Ce n’est évidemment pas le cas de la mouche qui vous énerve en venant frôler votre nez et qui vous nargue en se frottant les mains sur votre table de cuisine. Ce n’est pas le cas de la colonne de fourmis qui vient piller votre garde-manger. Je cite donc la suite de l’article 1 :

On appelle population animale sélectionnée une population d'animaux qui se différencie des populations génétiquement les plus proches par un ensemble de caractéristiques identifiables et héréditaires qui sont la conséquence d'une politique de gestion spécifique et raisonnée des accouplements.
Une espèce domestique est une espèce dont tous les représentants appartiennent à des populations animales sélectionnées ou sont issus de parents appartenant à des populations animales sélectionnées.
Une race domestique est une population animale sélectionnée constituée d'un ensemble d'animaux d'une même espèce présentant entre eux suffisamment de caractères héréditaires communs dont l'énumération et l'indication de leur intensité moyenne d'expression dans l'ensemble considéré définit le mod
èle. Une variété domestique est une population animale sélectionnée constituée d'une fraction des animaux d'une espèce ou d'une race que des traitements particuliers de sélection ont eu pour effet de distinguer des autres animaux de l'espèce ou de la race par un petit nombre de caractères dont l'énumération définit le modèle.

Voilà tout est dit. Il ne reste qu’à énumérer « les espèces, races et variétés domestiques visées à l'article 1er ».

Je n’ai pas pour propos de vous citer tous ces animaux que notre espèce humaine a domestiqués et sélectionnés depuis plus ou moins longtemps, mais chez les mammifères n’oubliez pas la gerbille, le chinchilla et le cochon d’Inde. Passons sur la basse-cour avec ses poules, ses oies, ses dindes, etc. Ils sont très nombreux. Pour les anoures, surprenant, il y a la race "Rivan 92" de la grenouille rieuse et une variété albinos de l’axolotl (ne m’en demandez pas plus), mais c’est tout pour les amphibiens. Chez les poissons la carpe Koï, les poissons rouges et japonais et les races et variétés domestiques du guppy, du danio et du combattant.

Et voilà les insectes qui n’occupent que trois lignes. Ce sont :

  • Le ver à soie (Bombyx mori)
  • Les variétés domestiques de l'abeille (Apis spp.)
  • Les variétés domestiques de la drosophile (Drosophila spp.).

Tous les autres insectes sont sauvages, qu’on les trouve dans votre matelas, votre cuisine, votre cave à vin, le métro, la campagne picarde, la Baie de Somme, la canopée amazonienne ou le désert du Kalahari.

Le ver à soie est la chenille du bombyx du mûrier, lépidoptère domestique originaire du nord de la Chine, élevé depuis 3000 ou 2000 ans avant Jésus-Christ pour produire de la soie.

Le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture de 1837 (Paris, Belin-Mandar) écrit :

Les œufs de ver à soie que l’on peut comparer à la graine de millet, et qui de là on reçu dans la pratique le nom de graine, sont le résultats de l’accouplement des papillons sortis de la chrysalide. L’éclosion de l’œuf a lieu par l’influence d’une température élevée.

Ainsi le sériciculteur déclenche l’éclosion quand le mûrier – dont la feuille va nourrir les vers – commence à se couvrir de bourgeons. Sans l’homme, sans la culture du mûrier, il n’y a pas de bombyx, pas de ver, pas de soie.

Les insectes domestiques

Concernant le bombyx, je passe sur sa vie, son œuvre et sur la fabrication de la soie. On en aurait pour des heures. Je ne vous parlerai pas de Pasteur qui vint à bout de la pébrine, maladie qui ravageait la sériciculture française.

L’abeille domestique qu’on nomme encore quelquefois mouche à miel – la plus connue étant Apis mellifera - hyménoptère, qui, contrairement à ses nombreuses cousines sauvages, solitaires, mais grégaires, vit aujourd’hui dans des ruches et a besoin de l’apiculteur. Le même dictionnaire nous dit :

Abeilles : ces insectes si remarquable par leur industrie, leur activité et leur amour de l’ordre, ont été de bonne heure placées par l’homme au nombre des animaux domestiques.

Là encore je ne vous parlerai pas de la production mondiale ou picarde de miel, des méfaits de certains insecticides, ni de cette méchante bestiole sauvage, autre hyménoptère de la famille des Vespidae, qu’est le frelon et surtout le frelon asiatique récemment apparu.

Les insectes domestiques

La drosophile est un insecte holométabole diptère radio-résistant également appelée mouche du vinaigre, appartenant à un genre plus général mouche des fruits. Il en existe plus de 400 espèces présentes sur tout le globe. Les espèces qui sont qualifiées de domestiques sont Drosophila melanogaster, mais il y a d’autres espèces ainsi qualifiées comme Drosophila simulans. Ce minuscule moucheron 0.5 mg et 2 à 4 mm de long, dont la vie ne dépasse pas 29 jours et dont le cycle de reproduction est de 10 jours, est devenu une star pour les études de génétique, depuis notamment les travaux de l’américain Thomas Hunt Morgan (1866-1945), d’où l’importance de maintenir des souches parfaitement reproductibles. Qui plus est nous avons quasiment tous fait connaissance avec lui dans nos cours de sciences nat ou de SVT. Le grand biologiste Jean Rostand, qui ne voit pas beaucoup d’utilité aux insectes, écrit cependant :

Le seul titre sérieux qu’ait l’insecte à notre gratitude, c’est le rôle qu’il joue en tant que matériel de recherches dans le développement des sciences naturelles. Il doit lui être pour cela beaucoup pardonné, et l’on conviendra que ses services d’informateur réparent quelques-uns des ses méfaits, s’il est vrai que toutes les disciplines se compénètrent et que la médecine elle-même est tributaire de la biologie. Des chapitres entiers de cette science sont issus de l’’entomologie. C’est sur l’insecte que Wilson a fait les premières observations sur les chromosomes sexuels, que marcha a découvert la polyembryonie, et Wagner la pæedogénèse ; les grandes généralisations de la génétique n’eussent pas été possibles sans la petite Mouche du vinaigre.

Plus près de nous c’est grâce à la petite drosophile que le biologiste français d’origine luxembourgeois, membre de l’Académie française, Jules Hoffman, s’est vu remettre en 2011 – conjointement avec l’américain Bruce Beutler - le Prix Nobel de physiologie ou médecine pour ses travaux sur l’immunité innée chez les insectes.

Les insectes domestiques

Cette liste de 3 petites lignes ne risque-t-elle pas de s’allonger si l’on venait à déclarer comme insectes domestiques les insectes, qui seront élevés pour la consommation humaine dans des conditions de contrôle sanitaire, de contrôle qualité et de traçabilité très stricts ? Mais on n’en est pas là, d’autant que les saumons et les truites d’élevage, par exemple, n’y sont pas encore. Les animaux de ces élevages modernes ne sont en effet pas encore suffisamment différenciés de leurs congénères sauvages.

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Martine 17/03/2014 19:11

Bravo pour cette progression rigoureuse dans l'explication... Pour les non-spécialistes, il n'y a plus qu'à suivre le fil après s'être laissé séduire par une introduction des plus engageantes.