Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

Publié le 29 Mars 2014

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

Je ne vais pas attendre un anniversaire quelconque pour célébrer Duméril. Il faudrait attendre trop longtemps pour faire un multiple de 50 ou 100. La Picardie compte parmi ses enfants ce grand entomologiste. La raison est suffisante. L’Agrion de l’Oise se devait d’en parler.

André Marie Constant Duméril est né à Amiens le 1er janvier 1774, il y a donc 240 ans. Il est mort le 14 août 1860 à Paris, il y a 154 ans. Médecin à 19 ans, il enseigne l’anatomie à l’Ecole de Médecine de Rouen. A 26 ans, il vient à Paris à l’Ecole du Panthéon où il succède à Cuvier. En 1801 il a une chaire à l’Ecole de Médecine de Paris. Il est membre de l’Académie des Sciences à 32 ans… Je passe sur sa brillante carrière menée tambour battant. C’est surtout en zoologiste qu’il se distingue. Il poursuit notamment avec Daubenton, Lacépède, Cuvier, Geoffroy-St-Hilaire les œuvres du grand Buffon. Il publie un Traité élémentaire d’Histoire naturelle (1804), une Zoologie analytique (1806)… et s’illustre sur les poissons et surtout les reptiles et les batraciens avec son Erpétologie générale en 10 volumes et 120 planche parue entre 1834 et 1857. Son fils Auguste (1812-1870), également zoologiste l’assiste pour créer le premier vivarium pour reptiles au Jardin des Plantes de Paris.

Et ce n’est pas tout. Toute sa vie, il s’intéresse aux insectes et publie plusieurs ouvrages. De 1821 à 1830, les 50 volumes du Dictionnaire des sciences naturelles sont édités. C’est Duméril qui y écrit tous les articles relatifs à l’entomologie. Un volume complet, rehaussé de 60 planches originales, est dédié à la classe des insectes. L’année de sa mort, en 1860, est publiée son Entomologie analytique en 2 volumes, qui fera un temps autorité.

Nombreux sont ses travaux entomologiques. Comme il faut choisir, je me focaliserai ici sur l’olfaction des insectes où Duméril est précurseur. Je me permets de citer ici Sylvain Bouture qui écrit en 2008 dans l’Encyclopédie Picarde.

« Il est également le premier à rassembler les données permettant d’attester de la perception olfactive des insectes. […]. Ainsi, il observe que les abeilles sont attirées par l’odeur des fleurs alors que celles-ci sont enveloppées dans un sac en papier opaque ou encore que les insectes nécrophages sont attirés par l’odeur d’un cadavre sur de très longues distances. […] il s’oppose aux idées de son temps qui considèrent que l’insecte, n’ayant pas de nez, n’a pas d’odorat. […] Cependant, ses réflexions sur l’odorat de l’insecte lancent un vif débat qui animera la communauté entomologique jusqu’au début du XXe siècle, […]

Duméril soutient en effet que l’odorat des insectes réside dans les stigmates, orifices présents le long de l’abdomen. Le débat était justifié. Depuis le début du 20ème siècle, on sait qu’il n’en est rien et que l’odorat des insectes est principalement localisé dans les antennes, parfois aussi dans les palpes, pièces buccales des invertébrés.

Nous n’irons pas plus loin sur ce sujet, l’odorat des insectes mérite un article plus complet et puisque aujourd’hui notre sujet est Duméril, qui - s’il s’est trompé ici - n’en reste pas moins un grand entomologiste, revenons à ses œuvres.

Un autre de ses mérites, vu sous l’angle picard, est qu’il contribue à l’enrichissement des collections du jardin botanique – un des plus anciens de France, aujourd’hui labellisé ‘Jardin remarquable’ - et de l’Ecole des plantes d’Amiens, M. Trannoy, directeur et successeur de M. Lendormy, étant son ami. J’ai également recueilli cette citation dans un mémoire de l’Académie des sciences, des lettres et des arts d’Amiens, dont il était associé-correspondant. Il s’agit d’une proposition relative à l’établissement d’un musée départemental d’histoire naturelle à Amiens, rédigée en 1839 par M. Pauquy, docteur en médecine :

« Pour ce qui est des objets étrangers, quelle ville serait plus favorisée que la nôtre ? M. Duméril, professeur du Muséum et notre compatriote ne se ferait-il pas un plaisir de doter sa ville et de nous favoriser dans ces nombreux envois que le Muséum fait aux villes mêmes les moins considérables. »

Je voudrais ici vous donner un extrait de son Entomologie analytique. Et puisque nous parlions de l’odorat, par esprit de contradiction je citerai un passage relatif à l’oreille… pourquoi pas ?

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

« Il nous paraît que le nom de Perce-Oreille tient à la conformation de l’extrémité du ventre de ces insectes, qui ressemble à de petites pinces courbées, telles que celles dont se servaient autrefois les orfèvres pour percer en une seule fois le lobe inférieur, afin d’y introduire se suite le petit anneau de plomb qu’on ne retirait que lorsque le pourtour de l’orifice était cicatrisé.

En effet, on nommait en vieux français les Forficules des Aureillez, Oreillières, Auriculaires, et par suite Perce-Oreille. Ce dernier nom leur est resté et il a donné lieu à beaucoup de préjugés. On a supposé que l’insecte qui fuit la lumière et qui cherche les cavités étroites et obscures, s’introduisait pendant le sommeil dans le conduit auditif, qu’il y perçait le tympan et qu’il pénétrait même jusqu’au cerveau, ce qui est anatomiquement impossible, et cependant le vulgaire en est persuadé. Linné avait même dit en parlant de cet insecte : Aures dormientium intrans, spiritu frumenti pellenda ; de sorte qu’une proscription générale est étendue comme une malédiction sur cette race d’insectes, soit à cause de ce dont on l’accuse faussement, soit en raison des torts réels et mieux fondés qu’elle cause, en chagrinant les cultivateurs d’œillets et d’oreilles-d’ours, dont ces insectes détériorent les fleurs pendant la nuit. »

Forficucula auricularia est insecte (sinon je n’en parlerai pas) de la sous-classe Pterygota, de l’infra-classe Neoptera et de l’ordre Dermaptera, je vous fais grâce du sous-ordre. Il est inoffensif pour l’homme. Il est actif la nuit, s’infiltre dans les endroits frais, sombres, humides et étroits, sous les pierres ou les pots de fleurs, dans les déchets végétaux, les fissures des murs et même dans les pieds du mobilier de jardin. En grand nombre il peut endommager fleurs et légumes. Mais c’est un insecte bénéfique auxiliaire du jardinier se nourrissant d’insectes nuisibles comme les pucerons, les psylles et les petites chenilles. Les araignées, les coléoptères, les oiseaux et les petits mammifères se chargent d’en faire leur proie. Donc ne le détruisez pas, d’autres s’en chargeront bien. Laissez la nature gérer son équilibre. Vous pouvez même le favoriser dans votre jardin : il suffit d’un pot de fleur en terre cuite renversé pendu par une corde, rempli de paille ou du foin ou de fibres de bois légèrement humides, ils viendront s’y réfugier.

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

Aîe, je suis bien loin des travaux scientifiques de Duméril avec mes petits conseils de jardinier amateur. D’ailleurs, il n’y a même pas la queue d’une forficule dans le bel hôtel à insectes de mon jardin. Ingrates bestioles !

Mais il faut que je me rattrape, on ne peut pas parler du pince-oreille sans rendre hommage au grand entomologiste Claude Caussanel (1933-1999), qui après avoir fait sa thèse sur les forficules, leur consacra une grande partie de ses travaux. Il nota en particulier que ces insectes élèvent leurs petits avec beaucoup de soin, ce qui est très rare chez les insectes ne vivant pas en société. Qui plus est il est à l’origine de la création de l’insectarium Micropolis à Saint-Léons-du Levezou, village natal du grand Jean-Henri Fabre. Il ne faudra pas oublier de revenir ici sur la carrière de Claude Caussanel.

Mais pour revenir à Duméril, je conclurai en disant qu’il me paraît justifié de demander à ce qu’une des salles de notre futur "Insectarium de Picardie" porte le nom André Marie Constant Duméril, natif d’Amiens. Ce serait faire grand honneur à ce musée vivant de l’insecte.

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Martineke 13/04/2014 10:06

Roger aurait-il aussi comme second prénom "Constant" ?
La biodiversité ou une constante évolution et une infinie diversité des êtres vivants... Roger ou une substantielle diversité didactique et une constante production d'écrits.
Ah ! le Forficule ! Encore une arme redoutable pour les pucerons ! :)