L’agriculture urbaine et les insectes

Publié le 13 Avril 2014

Dans L’Express n°3274 du 2 avril, je tombe sur un très bon article « Sur les toits de Paris… des fermes ». Bon titre vous en conviendrez, mais quelle déconvenue pour moi. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a quelques semaines, après ma visite au Salon de l’Agriculture, je voulais écrire un papier sur le sujet. Ceci dit je ne vais tout de même pas me comparer à ce grand magazine qui me coiffe sur le poteau.

Sur le stand d’AgroParistech, j’avais en effet suivi une conférence sur ce thème vu l’intérêt de cette agriculture urbaine pour la biodiversité. En me documentant, j’avais repéré d’excellentes photos sur les réalisations américaines, notamment celle de Brooklyn Grange à New-York que la conférencière avait citées. J’avais demandé l’autorisation à Brooklyn Grange d’en utiliser une pour mon article, mais manque de chance, c’était bien possible mais il fallait payer des droits, ce que notre petit blog associatif ne peut pas encore se permettre. Alors j’ai mis mon papier sous la pile des projets d’articles en attendant de faire moi-même un cliché quelque part.

Mais là, je ne peux plus attendre, il faut que je sorte mon papier, qui plus est sans que cela paraisse être un plagiat de celui de l’Express. Cerise sur le gâteau, je ne retrouve pas mon premier jet…

Alors voilà pour la photo :

L’agriculture urbaine et les insectes

La conférence au Salon de l’Agriculture partait des bons vieux jardins ouvriers – aujourd’hui jardins familiaux ou associatifs - en périphérie des villes pour arriver à une agriculture ou un maraichage au sein même des villes, y compris et surtout utilisant les toitures.

Elle faisait référence aux expériences menées par l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech, qui exploite depuis décembre 2011 un potager urbain expérimental (Topager) sur les toits du Centre Claude Bernard à Paris, en collaboration avec des chercheurs de l’INRA Versailles-Grignon, de l’Ecole normale et du Muséum national d’Histoire naturelle. La culture se fait sur un terreau composé de déchets organiques, permettant de recycler des déchets ménagers après lombricompostage en pied d’immeubles ainsi que des produits d’élagage des arbres de la ville. Le projet étudie également l’atteinte éventuelle des cultures par la pollution urbaine, notamment atmosphérique par les gaz ou les poussières.

Le journal Le Monde avait d’ailleurs publié en juillet 2012 un article « Agriculture urbaine : l’avenir est sur les toits » sur cette expérimentation avec une vidéo que je vous invite à regarder.

Les résultats sont positifs et la pollution sur les toits serait manifestement nettement moindre qu’au niveau de la rue. Les sols artificiels sur les toits sont aussi souvent beaucoup moins pollués par les retombées industrielles, métaux lourds entre autres, que les jardins maraîchers ou les champs en périphérie urbaine. En plus en ville, on utilise moins de pesticides.

Bref la culture en toiture peut être très intéressante dans les villes – où plus 50 % de la population mondiale se retrouve - surtout si elle est pratiquée de façon écologique. Bien sûr à Paris, il paraît difficile de transformer les toits des immeubles haussmanniens en jardins suspendus, mais il y a par ailleurs beaucoup de toits-terrasses, surtout dans les récents quartiers de bureaux, qui pourraient devenir de superbes jardins potagers. Dans l’article de L’Express, une élue parisienne dit qu’une superficie de 2,5 ha pourrait nourrir 450 habitants. Les légumes cultivés sans addition de pesticides et autres engrais chimiques seraient particulièrement sains.

Dans son programme la candidate à Paris, Anne Hidalgo, aujourd’hui élue, propose d’ailleurs de végétaliser 100 ha de toitures et de façades, dont 30 % pour produire des fruits et des légumes, pour un coût de 114 M€. Selon l’Institut Montaigne, l’Atelier parisien d’Urbanisme a recensé près de 80 ha végétalisables, dont 14 appartenant à la municipalité, le reste appartenant à des propriétaires privés qu’il faudra subventionner.

Cela étant une barre d’habitations à Romainville (Seine-Saint-Denis) a déjà été équipée et il y a des projets à Roubaix, Lille et Bordeaux, dans le Val-de-Marne. Une société UrbAgri a été créée, s’inscrivant dans l’économie sociale et solidaire, dont les objectifs sont de promouvoir des projets d’agriculture urbaine dans des friches et sur des toits, avec création d’emplois à la clé.

On connaissait déjà les abeilles des ruches de l’Opéra, dont le miel est paraît-il (je ne l’ai pas goûté) d’excellente qualité. Ces jardins en toiture, qui pourraient représenter à Paris et sa proche banlieue plusieurs centaines d’hectares, seraient un bonheur non seulement pour les habitants ou les petits exploitants, mais aussi pour les abeilles domestiques de nombreux ruchers, et les autres insectes pollinisateurs : thrips, guêpes, mouches, coléoptères, mites et autres …. Je n’oublie évidemment pas les nombreuses espèces d’abeilles sauvages que l’on peut trouver dans les espaces urbains. Le programme européen Urbanbees qui s’achève, étudie d’ailleurs les conditions favorables au développement en ville de ces abeilles sauvages. En France dans le cadre de ce programme, elles font l’objet d’expérimentation de la part de l’association Arthropologia à Lyon, notamment à Gerland et au Parc de la Tête d’Or.

L’agriculture urbaine et les insectes

Pour être complet, même sans photos, il me faut évoquer les expériences aux Etats-Unis, notamment celles de Brooklyn Grange Farm à New-York, qui est le leader en la matière avec, sur 2 immeubles, les plus grandes surfaces de toitures exploitées et qui produit environ 25 tonnes de légumes par an. Il y a également des ruches installées sur ces toits, ainsi que quelques petites serres de forçage. Cette organisation joue également le rôle de consultant et de conseil pour développer ce type d’activités. Elle travaille avec de nombreuses associations à but non lucratif dans des actions à caractère social.

A Montréal au Canada, où la température hivernale est encore plus basse qu’à New-York, ce sont essentiellement des serres qui occupent les toitures. La ferme expérimentale LUFA à Montréal cultive 31000 pieds carrés (2880 m2) et dit ainsi pouvoir nourrir 2000 personnes « en produits, frais, sains et nutritifs », ce qui est manifestement un meilleur rendement que celui annoncé plus haut pour Paris. LUFA pratique la lutte biologique et annonce :

« Les insectes : dès qu'on cultive, on les attire. Tout fermier, qu'il soit en ville ou à la campagne, doit contrôler la présence des insectes nuisibles. Nous savons aussi que certains pesticides, herbicides et fongicides sont liés à de sérieux problèmes de santé et pour nous, ils ne font pas partie de la solution. Aux Fermes Lufa, nous utilisons des contrôles biologiques pour vaincre les insectes nuisibles. Cela nous permet de produire des légumes sans pesticides, herbicides et fongicides synthétiques […] En utilisant des contrôles biologiques et en maintenant la propreté des serres, nous sommes en mesure de cultiver des aliments sains et nutritifs. Plus précisément nous relâchons des insectes bénéfiques dans les serres pour combattre des insectes ravageurs. Les coccinelles, par exemple, sont introduites dans les serres pour aider à limiter les populations de pucerons qui endommagent les plants en se nourrissant de leur sève. Nous utilisons plusieurs types d’insectes pour en combattre de nombreux autres et nous avons développé un logiciel de lutte biologique nous permettant d’assurer que nos produits sont sains et délicieux. »

Par ailleurs une association de Montréal, Agriculture Urbaine MTL, conseille les citadins pour aménager leurs jardins de façon à en faire « un oasis de biodiversité ». Voilà ce qu’elle écrit :

« Que ce soit par le verdissement des quartiers ou la mise en place d’espaces regroupant une grande variété de plantes, les différents projets en agriculture urbaine favorisent la biodiversité urbaine. En offrant un lieu de nourriture et d’habitation, les jardins maraîchers sont, entre autres, des espaces essentiels pour les abeilles solitaires et autres insectes pollinisateurs. En voulant s’approprier les toits pour la mise en place de jardins, le mouvement de l’agriculture urbaine joue aussi un rôle pour la biodiversité. Les toits verts sont des refuges pour la biodiversité urbaine.»

L’agriculture urbaine et les insectes

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Martineke 13/04/2014 12:37

Ah! les fameux et fabuleux jardins ouvriers ! Quel exemple de convivialité, de solidarité, de partage !