Les fourmis font leur cinéma

Publié le 19 Avril 2014

Le 12 avril dernier, L’Agrion de l’Oise, en étroite collaboration avec Mai du Cinéma, une association de cinéphiles de Pont-Sainte-Maxence, a proposé à ses amis un programme de films consacrés aux fourmis.

Il y avait en ouverture le film « Minuscule, la Vallée des Fourmis perdues » sorti fin janvier de cette année, où une petite bande d’une vingtaine de fourmis bien déterminées, assistées d’une charmante coccinelle provisoirement handicapée, découvrent une boite de sucre en morceaux et la transportent sur des kilomètres pour rejoindre leur fourmilière, attaquée par d’autres fourmis guerrières celles-là. Bien entendu, nos héroïnes à la fin … à vous de deviner.

Oui la fourmi, véritable haltérophile, est capable de porter de lourdes charges. On estime généralement qu’une fourmi peut porter ou tirer 60 fois son propre poids. Imaginez-vous, Monsieur le Français moyen, mesurant 175,6 cm pour 77,4 kg, portant 4644 kg ? Faut le faire, non ? Et en plus, 60 fois son propre poids c’est pour la fourmi coupeuse de feuille. Les fourmis tisserandes soutiennent 100 fois leur poids en tenant un objet entre leurs mandibules.

Les fourmis font leur cinéma

Ceci dit le brave bousier pourrait porter plus de 1000 fois sa propre masse. Mais ne voilà t-il pas qu’une étude américaine soutient que la fourmi serait capable, grâce à l’articulation très résistante de son cou « dotée de microstructures en forme de bosses et de plis », de supporter théoriquement entre 3400 et 5000 fois son poids avant de perdre la tête. Cela ne signifie en effet pas que les fourmis peuvent effectivement porter de telles charges, mais qu’elles peuvent les supporter, l’expérience a été faite en centrifugeuse.

Mais quel est, me direz-vous, le poids d’une fourmi ? Il varie selon sa taille et il existe 12600 espèces reconnues à ce jour. Leur taille varie de 0,75 à 52 mm (plus pour les reines) et leur poids de 1 à 150 milligrammes. Admettons une fourmi de 15 mg, déjà une belle bête de plus de 5 mm, elle pourrait donc porter 60 x 15 = 900 mg soit 0,9 g. Il en faudrait donc plus de 1100 pour porter un kilogramme de sucre. Mais c’est du dessin animé... et si le scénariste a pris pour hypothèse 3540 fois son poids, un rapide calcul montre qu’il suffit effectivement de moins de 20 fourmis, et encore la boite de sucre n’était pas pleine.

Mais rien ne nous dit qu’une fourmi de 18 mètres, je sais ça n’existe pas, pourrait porter sur son cou 60 fois son poids. Je vous laisse à vos réflexions.

Les fourmis font leur cinéma

L’autre film « Quand la Marabunta gronde » était un film romantico-catastrophe de 1954, se passant au Mexique, où les héros sont menacés par la marabunta, c’est à dire une migration massive de fourmis ravageant tout sur son passage.

La marabunta « qui gronde » en fait cela ne ferait pas autant de bruit que cela. Cette migration destructrice de fourmis légionnaires, dont les colonies peuvent aller jusqu’à 20 millions d’individus, est aussi appelée par les hispanophones plaga de hormigas, la plaie de fourmis, pensez aux Dix plaies d’Egypte de la Bible…

Le grand écrivain Maurice Maeterlinck écrit dans « La vie des fourmis » après avoir évoqué les guerres entre fourmis – ce qu’on voit d’ailleurs aussi dans « Minuscule » :

« A ces fourmis belliqueuses, il convient […] de joindre les grandes et redoutables fourmis visiteuses de l’Afrique du Sud, de la Guyane, du Mexique er du Brésil : les Dorylini, les Ecitini et les Lepatnillini. Elles ne font pas la guerre à proprement parler, parce que rien ne leur résiste et qu’elles ne rencontrent jamais, pas plus que la tornade ou le typhon, un adversaire qui ose leur barrer la route. Les Dorylines d’Afrique, […], sont, comme les Ecitini […], d’énormes fourmis aveugles, exclusivement carnivores, n’ayant d’autre industrie que le massacre et le pillage, ne fondant pas de villes mais jalonnant leurs routes de camps ou plutôt de bivouacs, forcément nomades, parce qu’elles dévastent rapidement et complètement les lieux où elles s’arrêtent.

Elles organisent militairement, méthodiquement leurs expéditions prédatrices. Elles se font précéder de quelques éclaireurs ; mais bientôt, impatientes de pillage et de carnage, surgissent à flots de toutes les crevasses et inondent la plaine ou la jungle. Marchand à pas de charge, elles serrent leurs rangs entre deux haies d’officiers à grosse tête et à mandibules crochues qui les protègent, les dirigent, les surveillent et à la moindre alerte, fondent sur l’ennemi. […] »

Les fourmis font leur cinéma

Mais il n’y a pas que ces deux films qui traitent de fourmis. Sans prétendre être exhaustif, on a pu voir des dessins animés bien sympathiques comme :

  • « FourmiZ » (Eric Darnell et Tim Johnson) en 1998
  • « Lucas fourmi malgré lui » (John A. Daves) en 2006

Mais aussi des films d’horreur avec des fourmis mutantes et forcément géantes comme :

  • « Des Monstres attaquent la ville » (Douglas Gordon) en 1953
  • « L’empire des fourmis géantes » (Bert L. Gordon) en 1977

Et ce n’était pas la très poétique « fourmi de dix huit mètres, avec un chapeau sur la tête» ou « trainant un char plein de pingouins et de canards » du poète Robert Desnos, loin de là, « ça n’existe pas, ça n’existe pas »…

Crédits photos : Avecousansailes, Philippe Delmer, Roger Puff

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jmv 24/04/2014 11:14

on en frémit encore...
JMV