Du sexe chez les insectes

Publié le 3 Mai 2014

L'un de nos adhérents, pas trop collant rassurez-vous, me demande de parler de la sexualité des insectes. On se demande bien pourquoi. Je suis bien ennuyé car, n’étant pas entomologiste comme vous le savez, je n’ai pas approfondi la question. Mais j’aime bien, vous le savez aussi, trouver réponse à mes interrogations dans les ouvrages plus ou moins anciens, et plutôt plus que moins.

Tiens prenons l’agrion, et tout particulièrement l’Agrion de Mercure, voilà ce qu’écrit L.ND. ( ?) dans "Les animaux en voie de disparition" daté 2009 (d’accord çà ce n’est pas très ancien) à son propos :

« Le comportement reproducteur commence par la formation des tandems. Ceux-ci se forment dès les premières heures chaudes de la journée. Comme chez les autres libellules, un cœur copulatoire se forme, puis cas particulier notamment aux Agrions, la ponte est effectuée en tandem. La femelle pénètre entièrement dans l’eau et y entraîne le mâle qui généralement renonce et se détache alors que son corps semble trop immergé. Il s’envole alors que la femelle poursuit sa tâche subaquatique. »

Du sexe chez les insectes

Je ne sais pas qui est L.ND. mais son style est quelque peu répétitif et rébarbatif, il faut dire qu’il traite aussi des pandas, des tigres blancs et des lémuriens, tout un vaste monde. Bon, on trouve mieux et je vous renvoie à ce qu’en disait Réaumur et que j’ai déjà évoqué dans ce même blog à propos du magnifique cœur copulatoire de nos demoiselles. Cela étant Réaumur n’évoque pas la phase plongée sous-marine… N’est pas le Commandant Cousteau qui veut. Par ailleurs l'Agrion de Mercure est rare et la photo que je vous propose correspond à une espèce cousine, mais les pratiques sont identiques.

Jean-Henri Fabre, lui nous parle dans ses "Souvenirs entomologiques" en termes bien plus littéraires, élégants et précis, des amours de la mante religieuse. Ecoutons-le conter :

« Nous sommes vers la fin août. Le mâle fluet amoureux, juge le moment propice. Il lance des œillades vers sa puissante compagne ; il tourne la tête de son côté, il fléchit le col, il redresse la poitrine. Sa petite frimousse pointue est presque visage passionné. En cette posture, immobile, longtemps il contemple la désirée. Celle-ci ne bouge pas, comme indifférente. L’amoureux cependant a saisi un signe d’acquiescement, signe dont je n’ai pas le secret. Il se rapproche ; soudain il étale les ailes, qui frémissent d’un tremblement convulsif. C’est là sa déclaration. Il s‘élance chétif sur le dos de la corpulente ; il se cramponne de son mieux, se stabilise. En général les préludes sont longs. Enfin l’accouplement se fait, de longue durée, cinq à six heures parfois. »

Et après, vous le savez tous, il sera croqué au cœur même de l’action - la tête d’abord - n’arrêtant son affaire que quand la mante lui boulottera le ventre … Et Fabre nous dit encore que si un deuxième mâle se présente, il sera lui aussi dévoré, le troisième et le quatrième auront la même peine. Et ce n’est pas tout :

« Dans l’intervalle de deux semaines, je vois ainsi la même Mante user jusqu’à sept mâles. A tous elle livre ses flancs, à tous elle fait payer de la vie l’ivresse nuptiale. »

Du sexe chez les insectes

Terrible mante. On en frémit… Et quel style ce Monsieur Fabre. On comprend que les lycéens japonais apprennent le français en le lisant, et qu’ensuite les mangas sado-masochistes aient un tels succès au pays de Madame Butterfly. Tiens un drôle d’insecte dont on pourra un jour parler dans une rubrique "Les insectes et l’Opéra"..

Mais encore me direz-vous ? Et les fourmis ? Là je prends mon "Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture" de 1837 (tome XXVIII) à l’article « fourmi », signé Paul Tiby, et je lis :

« Dès que la température a atteint 15 à 16° de Réaumur, les mâles et les femelles s’élancent en foule aux portes de la fourmilière pour prendre leur essor […]. L’essaim prend son vol, voltige, tournoie et disparaît […]. C’est dans cette course aérienne que s’opère le rapprochement des sexes, et le sol ne tarde pas à être jonché de couples étroitement unis que leurs ébats y ont précipités ; et là s’achève l’œuvre mystérieuse de la fécondation. Les mâles, nés en quelque sorte uniquement pour procréer et mourir, se dispersent et expirent çà et là de faim et de misère. Il n’en est pas de même des femelles : elles n’ont pas plus tôt conçu qu’elles se dépouillent volontairement de leurs ailes, fardeau désormais inutile, puisqu’elles ne doivent plus convoler à de nouvelles amours. »

Mante et fourmi, pauvres mâles. Le sort du mâle libellule paraît bien plus sympathique. Quid des papillons ? Je tombe par hasard sur un brevet d’invention qui nous ramène au ver à soie. Le brevet de "Quinze Ans" est de 1859, attribué au Sieur Salles, de Vigan (Gard) "Pour des moyens d’obtenir une bonne graine de vers à soie et de la préserver de tout germe morbide". Voilà ce qu’écrit le demandeur :

« Je pense que les papillons sont, comme certains ovipares, très lents dans la fécondation, parce que, à raison de la grande quantité d’œufs qui existent dans le corps de la femelle, la fécondation de ceux-ci ne peut s’opérer que lentement et à plusieurs reprises ; aussi j’ai remarqué que l’émission du fluide fécondant du mâle sur les œufs de la femelle est toujours annoncée par un battement des ailes du premier, alors que la femelle exécute à son tour des mouvements ondulatoires pour rapprocher tous les œufs vers l’anus, afin qu’ils soient tous également fécondés : ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que les papillonnes saines n’abandonnent jamais le mâle tant que celui-ci continue le battement de ses ailes et tant qu’elles mêmes ont des œufs pour recevoir la fécondation, ce qu’elles annoncent par leur mouvements ondulatoires. »

Oui, les papillons de vers à soie semblent avoir des mœurs bien agréables. Les papillons sauvages aussi. On les voit batifoler à deux, voletant l’un autour de l’autre, grimpant au ciel, le 7ème peut-être, bien longtemps avant de se poser. Longs préludes, marivaudage aérien, avant une union qui - nous dit le brevet - dure au moins six heures (pour les papillons domestiques s’entend, je n’ai pas eu le loisir d’assister à la chose pendant toute sa durée pour les piérides du chou de mon jardin). La belle vie…

Vous avez tous vu la punaise arlequin. Jacques Attali (associé à Stéphanie Bourdon) dans "Amours ; Histoires des relations entre les hommes et les femmes" (2007) nous en parle :

« La punaise arlequin appelée "gendarme" s’accouple durant plusieurs heures, voire plusieurs jours et la plupart du temps en groupe. Elle peut aller jusqu’à deux cents rapports par jour. Ces accouplements, visibles et prolongés, ont une fonction biologique très précise : ainsi les autres mâles ne pourront plus féconder la femelle. Le mâle accouplé attend en effet que sa partenaire ne soit plus réceptive aux autres mâles ou qu’elle soit prête à pondre. »

Quelle santé !

Du sexe chez les insectes

Ceci dit - désolé Monsieur Attali - la punaise "arlequin" (Graphosoma italicum de la famille des Pentatomidae), en couple sur la photo de gauche, n’est pas la punaise "gendarme" (Pyrrhocoris apterus de la famille des Pyrrhocoridae), encore appelée "diable cherche-midi", "soldat" (en Lorraine) ou "suisse" (mais à Genève on l’appelle "cordonnier"), qui est celle dont vous nous parlez, sur la photo de droite. Faut voir à pas confondre, d’autant que la punaise "arlequin", comme nombre de ses cousines, ne sent pas bon, ce qui n’est pas le cas de notre sympathique gendarme.

Quand on écoute Brassens chanter :

« Mon père a vu, comme je vous vois,
Des nombrils de femmes de gendarmes, .
.. »

on se prend à penser que les gendarmes, qui dans la position où ils sont ne peuvent voir le nombril de leur compagne, tout comme les papillons (pas ceux que les premiers mettent sur les pare-brise) et les demoiselles (qui ne sont ni des aubergines ni des pervenches) ont bien de la chance si on les compare aux mâles de fourmis et surtout à ce pauvre Monsieur Mante.

Je ne résiste pas à vous proposer la photo que j'ai prise d’un couple de cétoines dorées (Cetonia aurata, hanneton des roses) en pleine action dans un érable en fleurs, où cétoines et abeilles se disputaient le pollen. Tout à coup apparaît un troisième larron. "Ciel mon mari !" s’écrit l’infidèle. Mais je découvre dans la littérature que cette bestiole porte aussi le nom vernaculaire de "catinette", serait-ce pour son infidélité ?

Du sexe chez les insectes

Que va-t-il se passer ? Peut être un constat d’huissier… J’apprends aussi que son ver blanc ne doit pas être détruit (confusion possible avec la larve du hanneton) car il a un rôle important dans le recyclage des matières organiques.

Mais ce n’est pas tout car voici, sur une même feuille d’ortie, deux couples de l’espèce téléphore moine ou cantharide rustique (Cantharis rustica ) qui se ne s’ennuient pas, les coquins. Sans doute s’encouragent-ils même.

Du sexe chez les insectes

Et comme dit la chanson :

« Si c’est çà la vie que tous les moines font (bis), je me ferai moine avec ma Jeanneton (bis)».

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Martineke 06/05/2014 18:58

Il existe donc au moins un adhérent un tantinet "épicurien" ... petit euphémisme ?
Il paraît que Madame la mante ne dévore pas toujours son petit-ami... Quand elles sont affamées, elles confondent simplement le mâle de petite taille avec un repas savoureux et ce comportement serait plus fréquent chez les espèces élevées en captivité...
La punaise arlequin doit être remerciée pour sa contribution au respect de l'environnement car son régime végétarien (amatrice de fenouil) ne contribue pas à l'émission de co²...
Enfin, y mêler Brassens, Georges pour les intimes, ne peut qu'entraîner mon adhésion à l'article !
BRAVOoo

JMV 06/05/2014 12:42

superbe article !