Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Publié le 16 Mai 2014

Cette semaine je suis plutôt sec pour un article un peu consistant et documenté (si tant est que les précédents l’aient été) ; je n’ai rien de prêt sous le coude. Mais le temps étant beau, je me promène en forêt d’Halatte mercredi après-midi pas loin de chez moi l’appareil photo en bandoulière.

Le premier insecte remarquable rencontré me parait être une guêpe, mais en y regardant de plus près, c’est un coléoptère et un bel exemple de mimétisme. Je ne suis pas entomologiste et tout à fait débutant dans l’identification des espèces, mais je me soigne…

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

D’après les documents consultés, ce serait un clyte commun ou clyte bélier (Clytus arietis), un coléoptère longicorne de la famille des cérambycidés. Sa larve vit dans le bois mort. Même ses déplacements évoquent la guêpe. Son mimétisme remarquable lui permet de ressembler à des insectes toxiques ou dangereux pour les prédateurs

Poursuivant mon chemin en lisière de bois, un beau papillon noir avec un corps rouge qu’il cache soigneusement m’attend.

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Là il s’agirait d’une écaille fermière (Epicallia villica), ou villageoise, un lépidoptère de la famille des Arctiidae. J’en avais déjà croisé une il y a quinze jours en cueillant du muguet. Ses couleurs voyantes éloignent les oiseaux. Là encore un moyen de défense.

Mais le suivant est un odonate zygoptère :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Sauf erreur de ma part (et si j’en fais, corrigez-moi svp), c’est un agrion jouvencelle mâle (Coenagrion puella), au vu des segments bleus et noirs, mais je n’ai pas pu distinguer le U caractéristique sur le 2ème segment. Il faudra que je fasse confirmer par une amie spécialiste.

Je poursuis ma chasse (en fait nous sommes deux à repérer nos proies en battant les fourrés chacun d'un côté du chemin, mon aide – mon épouse – à l’œil aiguisé et ne rate rien).

Voilà deux coléoptères bien rouges qui batifolent :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Des cardinaux à tête rouge (Pyrochroa serraticornis ), coléoptères appartenant à la famille des Pyrochroidae. Il existe un cardinal à tête noire encore plus rouge vif.

Et voilà un autre longicorne (ou capricorne). Il est beau, tout brillant :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Ce serait – selon les photos qui me permettent une identification probable grâce à ses longues antennes noires et blanches - l’Agapanthie ou Saperde à pilosité verdâtre (Agapanthia villosoviridescens), coléoptère de la famille des cérambycidés. J’avoue ne pas distinguer ses poils. Il est sur une feuille d’ortie, un de ses lieux de prédilection (et sa nourriture) avec les sommités des ombellifères.

Voilà un hanneton avec de magnifiques antennes en peigne. Les hannetons se font rares, dit-on.

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Le hanneton est un coléoptère, classé dans la famille des Scarabaeidae, de la sous-famille des Melolonthinae. Mais est-ce le hanneton commun (Melolontha melolontha ) ? En tout cas je le trouve bien élégant, je le prends dans ma main pour qu’il me gratte la paume (que cela me rappelle mon enfance) et le remets délicatement sur sa branche de fougère.

Alors là je suis gâté, voici un moro qui butine en vol stationnaire de sa longue trompe recourbée les fleurs de vesce :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Il ne tient pas en place et j’ai du mal à l’isoler. Le Moro sphinx ou Sphinx colibri (Macroglossum stellatarum) est un lépidoptère, de la famille des Sphingidae. Il fait du vol stationnaire et, paraît-il, affectionne les fleurs violettes ou bleues. Je l’adore ce papillon.

Tiens, voilà des duettistes, à moins que … mais oui bien sûr :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Une photo de dessus me montre les trois points noirs caractéristiques sur leur abdomen rondelet et glabre d'un bel orange. Il s’agit d’un couple de diptères, des gymnosomes arrondis (Gymnosoma rotundatum), de la famille des mouches tachinaires. Elles pondent leurs œufs dans les punaises vertes qui seront le futur repas des futures larves. Les adultes préfèrent quant à eux le nectar des ombellifères, qu'ils aiment consommer en se promenant en couple..

Et pour finir, je tombe sur cette jolie bestiole :

Une ballade en forêt particulièrement fructueuse en beaux insectes

Je croyais d’abord à une araignée, mais je lui compte bien 6 pattes, pas de doute c’est un insecte. Je ne trouve pas sur l’Internet de photo pour l’identifier. Alors je prends mon bon vieux Guide du promeneur dans la nature (Hatier 1978), tout abimé par l’usage. Ce serait un rhynocore coléreux ou rédule assassin (Rhynonocoris (Harpactor) iracundus), une punaise de la famille des réduviidés, dont la piqûre est très douloureuse. On le trouverait plutôt dans le sud de la France. Heureusement je ne l’ai touché que des yeux. Il se promène sur les ombellifères à la recherche des diptères et des petits hyménoptères, dont – c’est un vampire – il suce les viscères après avoir percé leur carapace de son solide crochet. Je l’ai échappé belle.

Une ballade riche en belles prises. N’est-elle pas superbe – et mystérieuse - cette forêt d’Halatte, où l’on peut partir en safari sans même prendre l’avion ? Et voir autant de beaux spécimens en à peine une heure.

Encore faut-il que nos lisières de forêt et nos bords de chemins soient préservés non seulement des insecticides mais aussi des tontes rases et trop fréquentes des cantonniers consciencieux. Laissons vivre ces insectes, laissons l'équilibre naturel s'établir entre proies et prédateurs, laissons leur aussi des haies pour se réfugier, car nombres d'insectes sont fort utiles comme auxiliaires dans les champs proches - tous ne font pas des kilomètres comme les abeilles pour se nourrir - et puis, n'oublions pas, comme pitance pour les oiseaux dont les chants nous ravissent tôt me matin.

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Derouané Bruno 17/05/2014 14:48

Bonjour,
Je confirme pour le coenagrion, il s'agit bien de puella.
J'espère que vous partagez vos observations avec les autres observateurs naturalistes de tous poils ou plumes, sur le site de Picardie nature: Clicnat = http://obs.picardie-nature.org/?page=saisie
C'est un bon réflexe à avoir pour mutualiser vos observations et aussi parcourir celles des autres naturalistes en Picardie et savoir si les "bêtes" rencontrées l'ont déjà été sur la commune ....
Cordialement et surtout naturellement :-)
DB

Martineke 17/05/2014 09:43

Quoi de plus beau à lire qu'un plaidoyer pour un environnement protégé des pesticides... Mais que vient faire le rédule assassin en forêt d'Halatte ! Au secours ! Bel aperçu des beautés naturelles...
À quand les cours de photographie... j'en aurais besoin... ah! égocentrisme, quand tu nous tiens ;)