Avec Calopteryx le Gaulois, sauvegardons le mur gallo-romain de Pont-Sainte-Maxence

Publié le 3 Juin 2014

Une découverte archéologique sensationnelle à Pont-Sainte-Maxence à l’occasion des fouilles de sauvetage avant la construction de l’hypermarché Leclerc.

Avec Calopteryx le Gaulois, sauvegardons le mur gallo-romain de Pont-Sainte-Maxence

C’est un mur immense, construit parallèlement à ce qui fut une voie romaine, non loin de l’Oise où des quais antiques avaient déjà été mis à jour. Le mur de l’enceinte d’un vaste sanctuaire, datant du 2ème siècle, à la fin du règne d’Antonin, apogée de l’empire romain.

Un mur sans contreforts avec une série de 13 à 17 arcades de 70 m de long et de 10 m de haut, orné de sculptures remarquables aux canons de la sculpture grecque, tout un panthéon, la mythologie avec les dieux Vulcain, Jupiter, Hadès, des attributs de Junon et de Diane, bref une merveille unique, écroulée quelques décennies après son édification.

Sans compter une représentation exceptionnelle de Vénus accroupie évoquant un épisode de l’Odyssée d’Homère, où la déesse, honteuse d’avoir été surprise trompant son mari Vulcain avec Mars, métamorphose en rocher la jeune femme qui l’a vue.

Quel va être le devenir de ces vestiges prestigieux, incomparables ? D’abord les protéger des pillages, mais ensuite ? Les stocker dans une réserve en attendant de pouvoir les présenter, les mettre en valeur ? Oui sans doute.

Ces richesses ne doivent pas quitter notre département, ne doivent pas quitter Pont-Sainte-Maxence. C’est là qu’il faut au plus tôt les mettre en valeur pour que le public puisse en voir toute la splendeur.

Mais où ?

Assurément pas devant l’hypermarché, le temple moderne de la consommation.

Pas très loin, à moins de 1500 mètres, Pont-Sainte-Maxence possède une autre richesse, c’est le lieu où le projet d’insectarium que nous défendons doit être implanté pour être le point focal d’un site consacré à la nature et la biodiversité : le Domaine de Villette. Ce domaine a lui aussi une riche histoire.

Il a été propriété du Marquis Charles de Villette, le "marquis révolutionnaire", qui fit entrer le corps de Voltaire au Panthéon en 1791, temple choisi pour y honorer nos grands hommes. En novembre 1777 il avait épousé Reine Philiberte Rouph de Varicourt, "Belle et Bonne" la fille adoptive de Voltaire. Malheureusement Voltaire, mort en mai 1778 au domicile parisien du Marquis, n’y a pas mis les pieds et c’est bien dommage, car Pont-Sainte-Maxence aurait alors pu être le pendant d’Ermenonville avec Rousseau. En revanche, le cœur de Voltaire y a été un temps conservé. A chacun son parc et son philosophe. Qui plus est le château de Villette, que le père de Charles avait fait construire en 1761, avec des matériaux récupérés du château de Verneuil-en-Halatte, qui lui avait appartenu à Anne d’Este, puis à Henri IV qui y logeait sa maîtresse Henriette d’Entragues.

Avec Calopteryx le Gaulois, sauvegardons le mur gallo-romain de Pont-Sainte-Maxence

Aussi proposons-nous de reconstruire ce grandiose mur gallo-romain, d’une immense valeur patrimoniale, à l’entrée du Domaine de Villette, puisqu’on a déjà su y remettre en valeur des pierres "historiques", mais respectons l’intégrité du monument. Réédifié le long de l’allée donnant accès au cœur du Domaine et à l’Insectarium, il fera un magnifique effet, renforçant ainsi l’attrait de ce site à vocation touristique et culturelle.

Ainsi la diversité du Panthéon des dieux latins viendra se joindre à la biodiversité et à la splendeur du monde des insectes.

Après tout le scarabée n’a-t-il pas été vénéré par les Egyptiens en tant que Khepri, symbole du soleil et de la terre ? L’abeille vénérée par les Celtes et les Mayas, serait aussi assimilée à Déméter/Cérès. Virgile la chanta dans ses Géorgiques. Ovide dans ses Métamorphoses nous dit que ce sont des fourmis qui furent transformées en guerriers - les Myrmidons de mýrmex en grec « fourmi » - pour constituer l’armée d’Achille au siège de Troie. Mars est le dieu de la guerre, mais aussi celui qui protège les récoltes des ravages des insectes. Rappelons-nous le taon (Tabanus bovinus) envoyé par Héra/Junon, une fois de plus exaspérée par les frasques de son mari Zeus/Jupiter, pour piquer les flancs de Io, que le dieu des dieux avait transformée en génisse pour lui-même l’honorer sous la forme d’un taureau.

Et comme dans un insectarium les insectes font toujours une petite place aux arachnides, n’oublions pas Arachné la lydienne, fille d’Idmon, qu’Athéna/Minerve métamorphosa en araignée pendue à son fil pour tisser les aventures de Jupiter.

Quantité d’insectes portent des noms évoquant les dieux latins ou grecs. Si je ne devais en citer qu’un ce serait bien sûr l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), emblématique du Parc naturel Régional Oise Pays de France et que notre association honore en ayant choisi pour nom "L’Agrion de l’Oise". Mercure, le dieu du commerce, des voyages (donc du tourisme) et messager des autres dieux dans la mythologie romaine, l’Hermès des Grecs.

Mais il y a le Vulcain, l’Apollon, la Diane, l’Argus, le Silène, tous des papillons porteur d'un nom de dieux ou de demi-dieux, et encore l’Aurore, un autre lépidoptère, du nom de la divinité latine qui ouvrait les portes du ciel au char du soleil. Et dans un autre ordre la Lucilie impériale, une mouche.

Et les noms des insectes font tous penser à des noms de dieux, même s’ils n’ont rien à voir avec une quelconque mythologie : Ménorpe, Panorpe, Chrysope, Calopteryx (le Gaulois ?), …ou à des empereurs romains, comme le Pompile…

Avec Calopteryx le Gaulois, sauvegardons le mur gallo-romain de Pont-Sainte-Maxence

Chez les Grecs, c’est Aristote dans son Histoire des Animaux qui donne le nom d’Entoma aux articulés à l’exception des crustacés. Chez les Latins, ce sont Columelle dans De re rustica, Varron et Palladius, qui s’intéressent à l’apiculture et à l’entomologie agricole. Pline l’Ancien consacre tout un livre de sa compilation Naturalis historiae aux insectes. Et j’en passe…

Mais j’insiste : tous les insectes ne portent-ils pas des noms latins ? En vrac quelques uns juste pour se faire plaisir : Myrmeleon formicarius, Anax imperator, Melanargia galathea, Xylocopa violacea, Carabus hortensis, Locusta viridissima, Oryctes nasicornus… j’arrête car on compte près de 1 million d’espèces d’insectes, chacune portant un nom latin permettant à tous de l’identifier, quel que soit son nom vernaculaire dans une langue ou une autre.

Bref et il est temps pour moi de conclure en espérant avoir convaincu : la place de cet ensemble monumental gallo-romain ne peut être qu’à Pont-Sainte-Maxence, sur le site du Domaine de Villette, aux portes de l’Insectarium (tiens voilà encore du latin). Ainsi le règne d’Antonin rejoindra le Siècle des Lumières pour donner un prestigieux écrin à la biodiversité, dont notre 21ème siècle doit se préoccuper. Les dieux, qu’ils soient latins ou grecs, semblent l’avoir voulu ainsi en permettant aux archéologues la mise à jour d’une telle merveille.

En ces périodes de vaches maigres, on ne manquera sans doute pas de me faire remarquer qu’un peu de l’indispensable Pactole du royaume de Lydie serait bien nécessaire, mais quelque Mécène y pourvoira peut-être (Mécène, homme politique romain proche de l'empereur Auguste, ayant consacré sa fortune et son influence à promouvoir les arts et les lettres). Pourquoi pas un Imperator de la grande distribution, du tourisme ou du luxe ? Calopteryx le Gaulois, cousin d’Astérix, ne pourrait-il pas nous y aider ?

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FONTAINE 09/06/2014 13:10

Tres tres bonnes informations que nous devons diffusees
a toutes nos connaissances

Martineke 04/06/2014 18:00

Quelle belle page venue ranimer en mon esprit ces souvenirs latins ou grecs si lointains !
Quelle belle prose toujours aussi riche, variée, musicale, ponctuée de touches humoristiques et agrémentée d'une superbe iconographie !
Quelle inépuisable fougue scripturale !
Quelle ténacité dans le développement !
J'oserai ajouter Maxence (du genre masculin ;) ), un autre Empereur (306-312) dont le pouvoir s'étendit sur l'Italie et les provinces africaines (bien que mauvais stratège), qui fit émettre des monnaies aux illustrations rappelant les légendes romaines, la Louve allaitant Remus et Romulus, et qui fit, à Rome, de nombreux travaux routiers et autres, temple de Vénus, basilique, cirque (bon administrateur)...
BRAVO ROGER pour cette belle et viable idée... MVK

Derouané Bruno 03/06/2014 21:24

Beau "papier", j'approuve totalement et soutien votre idée. Bravo.