Que disait-on des insectes nuisibles au temps des Années Folles ?

Publié le 9 Juin 2014

Que disait-on des insectes nuisibles au temps des Années Folles ?

Aujourd'hui intéressons nous une peu à l'hygiène domestique.

Je suis tombé sur un ouvrage en deux volumes « Nouveau Dictionnaire de la Vie pratique » édité par la Librairie Hachette en 1923. Si on y recherche l’entrée « Insecte », on ne tombe que sur « Insectes nuisibles », ceci dit on y trouve aussi une belle planche en couleurs « Végétaux (amis et ennemis des) » et une autre en noir et blanc, mais c'est hors sujet aujourd'hui.

Voyons ce que l’on disait sur le sujet en 1923, il y a un peu plus de 90 ans, après la Grande Guerre, pendant les Années Folles à l’époque de l’Art Déco.

L'entrée "Insectes nuisibles" est classée dans « Economie Domestique ». Elle va donc intéresser essentiellement la maison et la famille. On y traite en 9 chapitres des Blattes ou Cafards, des Guêpes et Frelons, des Fourmis, des Mouches, des Mites, des Moustiques, des Puces, des Punaises et enfin des Poux. Ces bestioles nous turlupinent toujours et font généralement dans nos foyers aujourd’hui l’objet d’une lutte chimique sans merci. Mais avouons que ce n’est plus une préoccupation de tout instant.

Que disait-on des insectes nuisibles au temps des Années Folles ?

Je me contenterai ici de reprendre l’introduction générale aux chapitres thématiques consacrés à chacun de ces 9 fléaux.

« La propreté parfaite du corps, des vêtements et du logement est le meilleur moyen d’éloigner les insectes nuisibles. On combat chaque espèce avec les moyens que nous indiquons spécialement.

Lorsqu’on visite les pauvres dans les maisons mal tenues, avoir soin de changer des vêtements et de linge aussitôt qu’on rentre ; mettre les vêtements à l’air et les faire battre, plonger le linge dans l’eau chaude, prendre un bain. Ne pas introduire de meubles anciens dans un appartement sans qu’ils aient été soigneusement désinfectés, avec une solution de sublimé au 1000e ou par des vapeurs d’aldéhyde formique ou de soufre (ne jamais employer les vapeurs sulfureuses si le meuble est orné de cuivre ou d’ornements en métal). Le sublimé détériore aussi le cuivre : mais il est facile de ne pas toucher les cuivres avec le tampon, imprégné de sublimé.

Ne jamais autoriser les domestiques à placer dans leurs chambres des meubles – lits ou armoires – leur appartenant sans s’assurer que ces meubles sont indemnes de tout parasite. Pour se préserver des mites, brosser et battre les tentures et les vêtements, ôter les taches ; ranger avec le plus grand soin les vêtements d’hiver et les vêtements d’été suivant la saison et les procédés indiqués (voir MITES).

La poudre de pyrèthre est l ‘insecticide qui réussit le mieux ; on l’achète en flacon ou bien on le fabrique soi-même en pulvérisant dans un mortier les capitules de fleurs de pyrèthre ; conserver la poudre dans des flacons de verre à large goulot, bien bouchés (bouchon de liège, coiffé d’une capsule métallique), avoir un petit soufflet spécial qui permette de l’insuffler dans les trous des murs et des placards. »

Que disait-on des insectes nuisibles au temps des Années Folles ?

Arrêtons-nous là. Cela fleure bon sa bourgeoisie bien pensante qui se méfie des pauvres gens et des domestiques, tout autant que les insectes nuisibles. Apparemment l’un ne va pas sans l’autre. On se croirait sous l’Ancien Régime, ou avant la Guerre (de 14-18 bien sûr).

D’ailleurs la bourgeoisie a des préjugés tenaces, puisque même ce dictionnaire qui l’a comprend si bien nous dit à l’entrée « domestique » :

« Comment traiter les domestiques – Ne faites pas comme certains maîtres qui semblent oublier, en parlant à leurs domestiques, que ceux-ci méritent le respect comme tout être humain et sont capables des mêmes sentiments que les autres hommes ; ni comme ceux qui affectent de traiter leurs domestiques avec une familiarité ridicule. »

Une autre époque…

Que disait-on des insectes nuisibles au temps des Années Folles ?

Quelques informations techniques indispensables sur ces produits d’hygiène que l’on ne connaît plus aujourd’hui.

Le sublimé n’est pas défini dans ce dictionnaire. Cherchons dans Le Larousse Universel en deux volumes de 1922. « Le sublimé corrosif, ou simplement sublimé, est le bichlorure de mercure HgCl2,. Son antidote est le blanc d’œuf. C’est une substance âcre, caustique et très vénéneuse ; c’est aussi à doses faibles, un antiseptique puissant, très employé en solution de 1 p. 10000 à 1 p. 1000.

On employait le sublimé comme désinfectant, mais aussi dans le traitement des traverses de chemin de fer ou comme antisyphilitique avant l’avènement des antibiotiques… Les composés du mercure sont particulièrement toxiques avec des effets neurotoxiques. Aujourd’hui le Code du travail l’interdit aux titulaires d’un CDD ou aux mineurs.

Le sublimé doux est le calomel Hg2Cl2. On l’utilisait comme purgatif et il serait responsable de la mort d’Agnès Sorel.

Le pyrèthre semble être bien connu du lecteur de l'époque, puisqu’on ne le trouve pas au Dictionnaire de la Vie pratique entre le pyramidon et la pyrogravure… En fait le pyrèthre est une plante voisine du chrysanthème, dont certaines espèces fournissent à partir de leurs capitules une poudre insecticide.

Et n’oublier pas le petit soufflet…

N.B. les images d'hygiène sont tirées du Nouveau Dictionnaire de la Vie Pratique Hachette 1923, ouvrage "de famille", tandis que celles d'insectes nuisibles sont tirées du Larousse Agricole 1921, accessible sur le site de OPIE-Insectes,

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Désinsectisation à Toulouse 17/07/2014 13:25

Magnifique poste. Bravo.
Je suis moi-même désinsectiseur à Toulouse et on voit bien que les choses n'ont pas trop changé depuis l'entre deux guerres. Les gens ont exactement les mêmes problèmes qu'avant. Peut être en quantité moindre...