De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Publié le 23 Juillet 2014

Connaissez-vous la Petite Pierre ? Pas encore ?

C’est une petite ville de villégiature du Bas-Rhin dans les Vosges du Nord. Des hôtels, des chambres d’hôtes, des restaurants …

Plusieurs musées dans la vieille ville – le Staedel - sur son promontoire rocheux : le musée du sceau alsacien, le musée des traditions populaires avec ses moules à springerle (petits gâteaux), et tout au bout le château féodal qui abrite la Maison du Parc naturel régional des Vosges du Nord… et surtout de belles promenades en forêt pour découvrir les rochers de grès rouge. Bel endroit pour un week-end prolongé ou des vacances.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Et en plus si vous aimez les insectes, vous serez gâtés. Il y a d’abord le Circuit des Insectes sur l’Altenberg : un parcours à partir de la vieille ville, qui vous apprend tout sur les insectes avec des plantes qui les attirent.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Une foule variée de coléoptères et de diptères sur les ombellifères. Je vous laisse apprécier cette trichie fasciée, que les anglais appellent bee-beatle, scarabée-abeille, c’est une espèce de scarabée poilu… Mais des insectes vous en trouverez bien sûr dans toutes vos promenades si vous suivez un des nombreux chemins balisés par le Club Vosgien. J’aurais l’occasion de vous en présenter quelques uns une prochaine fois.

Mais on découvre aussi des insectes pas très naturels. Tiens par exemple de grands papillons ornent les murs de la cour de l’école communale sur la place René Char, le poète qui écrivait dans Fureur et mystère (1948) :

« Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles... Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »

Ailleurs dans une vitrine les hexagones d’une ruche peuplée de petites abeilles comme des santons…

… Mais d’où vient ce grand intérêt de cette petite ville pour les insectes ?

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

La réponse est peut être dans la rue principale, là au numéro 37 dans un ancien relais de poste daté de 1788, un artiste-entomologiste va vous étonner. C’est Denis Lavoyer, dont on peut d’ailleurs apprécier une sculpture monumentale – les Dames vertes - dans la cour du château. Il m’accueille dans sa galerie d’art Le Relais des Arts où de grandes toiles représentent des insectes bien surprenants – femmes papillon, libellule ou mante religieuse - et où un énorme diptère pend au plafond. Certaines de ces toiles ont été exposées lors d’une exposition temporaire sur la bionique au Muséum national d’Histoire naturelle.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Denis Lavoyer a fait ses études aux Beaux-Arts de Dijon, puis de Paris où il a été diplômé. Tout en travaillant à ses œuvres personnelles, sa carrière s’est poursuivie dans la restauration de peintures et de fresques, puis le réalisation de décors de théâtre (il a notamment travaillé pour Notre-Dame de Paris de Robert Hossein) et de maquettes pour les musées (par exemple un criquet géant pour le Palais de la Découverte aujourd’hui présenté à la Cité des Insectes, l’insectarium de Nedde sur le Plateau de Millevaches). L’artiste, tombé amoureux de la Petite Pierre où il s’est installé en 1985, se passionne depuis longtemps pour les formes extraordinaires des insectes et il les sublime dans ses toiles et ses sculptures.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Entrons avec Denis Lavoyer dans son musée des insectes : Insect’Art. Une première pièce aux murs couverts des magnifique boites de sa collection d’insectes épinglés et, dans un coin, le bureau d’un entomologiste du 19ème siècle et ses vieux grimoires, le tout sous l’œil bienveillant de Jean-Henri Fabre. Sur un appui de fenêtre, un terrarium héberge des phasmes.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

La deuxième pièce est la Salle de l’évolution où de façon très didactique avec des « boites à questions » et sous le regard du buste de Charles Darwin, nous découvrons les insectes replacés dans la grande histoire de l’évolution. Les plus anciens sont les grandes libellules du carbonifère (entre -360 et -300 millions d’années) dont on peut découvrir des fossiles, mais aussi - pendue au plafond peint et à poutres apparentes - une maquette grandeur nature de l’une d’elle - la meganeura - avec une envergure de près de 70 cm. Il n’y a que les couleurs que l’artiste a dû imaginer

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Un tableau chronologique montre les dates d’apparition des différentes espèces d’insectes, mais Denis Lavoyer m’explique qu’il faudra qu’il le corrige car, depuis qu’il l’a peint, les entomo-paléontologues ont découvert des fossiles prouvant pour certaines espèces une apparition bien antérieure.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Passons dans la cour. Là ce sont de grandes sculptures, certaines assez réalistes, d’autres anthropomorphes nettement plus oniriques, qui nous surprennent. On y voit entre autres quatre abeilles de taille humaine : la reine, la guerrière, l’ouvrière, la butineuse.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre
De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Dans le Jardin des Insectes, au milieu des fleurs bourdonnantes d’abeilles, de bourdons et de syrphes, tous bien vivants, on va découvrir d’autres sculptures dont la tête et le corps des insectes, papillons ou libellules, sont ici aussi souvent ceux d’une bien jolie dame. A moins que la jolie dame chevauche une énorme sauterelle sous un arbre croulant de fruits.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Une mare pour les odonates. Et même, derrière un grillage protecteur, quelques plantes carnivores. Prenez garde moucherons !

Revenons dans la cour et, à côté de l’atelier de l’artiste, poussons la porte de l’école d’hier. La maîtresse devant le tableau noir, les bancs des enfants… Au mur des tableaux présentent la morphologie de l’insecte - une tête, un thorax, un abdomen, 6 pattes… - et différents insectes bien caractéristiques… et même des dessins d’enfants pour l’alphabet, A l’abeille, D le doryphore…

De l'art et des insectes à La Petite Pierre
De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Ce petit musée, « à mi-distance entre la légende et l’histoire naturelle » comme nous le dit le dépliant de présentation, voulu, conçu et réalisé par notre artiste-entomologiste, est ouvert de 14 à 18h les samedis, dimanches et jours fériés de Pâques à la Toussaint, en été tous les jours jusqu’au 18 août. L’entrée n’est que de 3 € pour les adultes. Sachez aussi que cette petite merveille, qui ouvre ses portes aux écoliers, ne bénéficie d’aucune subvention.

Et si vous voulez séjourner à la Petite Pierre, Denis Lavoyer et son épouse Anny peuvent vous proposer des chambres d’hôtes 2 étoiles dans leur relais de poste.

Et pour les amateurs : les concerts en plein air de "Jazz à la Petite Pierre" du 7 au 17 août.

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