Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Publié le 9 Juillet 2014

Je reprends mon vieux Dictionnaire de la conversation et de la lecture, daté de 1837, et je m’arrête à « papillon, genre d’insecte de l’ordre des lépidoptères. Il renferme des espèces remarquables par l’éclat de leurs couleurs et par l’élégance de leurs formes. Les papillons sont excessivement nombreux. »

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

L’ouvrage s’en tient là pour l’entomologie proprement dite, mais va développer le sens figuré et les proverbes. Lisons :

« On dit figurément d’un esprit léger, qui court d’objets en objets sans se fixer à aucun, que c’est un papillon. Un auteur qui se borne à effleurer des sujets est un vrai papillon en littérature… »

Tiens c’est moi ça !

«… tel a souvent été Voltaire. »

Ouf me voilà rassuré, je vais laisser des traces dans la littérature et la philosophie…

« L’éloquence profonde de J.-J. Rousseau l’a fait au contraire comparer fréquemment à la foudre qui déracine l’arbre qu’elle frappe. »

« Surprenant... non ? » aurait dit Pierre Desproges. Je ne les voyais pour ma part ni l’un, ni l’autre ainsi. Et en plus nous revoilà à comparer Rousseau à Ermenonville à Voltaire qui a laissé son cœur à Villette (mais qui n’y a pas mis les pieds, rappelons le). Poursuivons :

« La plupart des fashionables (déjà du franglais) et des petits maîtres qui voltigent de belle en belle sans en aimer aucune sont de vrais papillons de salon. Il est un autre point de vue sous lequel on pourrait les comparer avec plus de justesse encore à l’insecte ailé et capricieux dont nous parlons, si ce proverbe très usité encore il y a un siècle, sot comme un papillon, n’était pas un peu passé de mode : il provenait sans doute de la même source que cette autre locution, se brûler à la chandelle comme un papillon, par laquelle on désigne quelqu’un qui donne sottement dans un piège, séduit par les plus grossières apparences,

Plus ne m’irait brûler à la chandelle

dit La Fontaine en parlant du soin avec lequel il propose d’éviter ces amours de courtisanes qui ne laissent que des regrets. »

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Passons sur les papillons de salon allant de belle en belle, il y en a encore, il y en aura toujours et pas seulement dans les salons, mais dans les boites de nuit et même dans les bureaux. Mon propos n’est pas d’épiloguer ici sur la nature humaine.

De même, je n’irai pas gratter du côté des risques encourus en papillonnant sans précaution. Nous ne sommes pas sur un site médical traitant des MST, mais néanmoins sortez couverts.

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Non, je vais plutôt rebondir sur le papillon qui se brûle à la chandelle. Avec d’abord un triste épisode lié à la musique. Vous ne le savez peut être pas, mais j’adore la musique d’Offenbach et ses opéras. Jacques Offenbach avait écrit la musique pour un ballet chorégraphié par Marie Taglioni, première grande ballerine romantique (image ci-contre). Ce ballet c’était « Le Papillon » ; il fut créé à l’Opéra de Paris en novembre 1860. C’est l’histoire de la servante Farfalla (farfalla, papillon de jour en italien par opposition à falena, papillon de nuit) qui est amoureuse du prince Djalma, neveu de l’émir. Un vieille fée, jalouse, comme il se doit, transforme Farfalla en papillon. L’insecte, à la fin du ballet, va se brûler les ailes à la flamme d’une torche, ce qui rompt le charme. La revoilà femme et elle épouse le prince. Happy end : ils se marient et auront beaucoup d’enfants.

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Mais malheureusement la vraie histoire est un drame, car la danseuse Emma Livry (image BNF), pour laquelle le rôle avait été écrit, en dansant s’approche trop près de la rampe à gaz qui éclaire la scène. Son tutu s’enflamme et elle meurt 8 mois après, à 21 ans, d’une septicémie à la suite de ses brûlures. Le ballet ne fut pas repris avant 1976 et, aujourd’hui encore, tous les petits rats de l’Opéra connaissent la très triste histoire de Farfalla, un si joli papillon.

Mais c’est le sort de bien des insectes d’aller se brûler sur les flammes ou plus encore sur les ampoules des lampadaires. Alors changement de sujet : un mot sur la pollution lumineuse. L’expression définit la présence nocturne anormale ou gênante de lumière et les conséquences de l’éclairage artificiel nocturne sur la faune, la flore, plus généralement les écosystèmes ainsi que sur la santé humaine. Mais rassurez-vous, je vais ici encore papillonner, le sujet est trop vaste pour ma petite rubrique.

En 1837, l’éclairage public était bien maigre. La fée électricité n’avait pas encore fait son apparition et seuls les papillons de nuit ou autres insectes noctambules venaient se brûler à la flamme des becs de gaz. Seuls les papillons de nuit étaient donc « sots » à moins que sottement quelques lépidoptères diurnes n’aient pris le bec de gaz pour l’astre du jour. Et c’est fort possible.

Aujourd’hui les insectes vont se faire griller sur les ampoules non protégées ou s’épuiser à tourner autour des lampes à vapeur de mercure dont les ultraviolets les attirent, et je passe sur les phares des voitures. Ils sont plus facilement croqués par leurs prédateurs (oiseaux nocturnes, chauves-souris, reptiles ou batracien), mais qui eux-aussi sont perturbés. Pire, la présence permanente de lumière va avoir des conséquences sur leurs cycles physiologiques, que ce soit par perturbation de la chaîne alimentaire ou effet sur la reproduction. Le suréclairage serait, après les pesticides, la 2ème cause de disparition d’espèces d’insectes.

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Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Le plus menacé est peut être le ver luisant ou Lampyre (Lampyris noctiluca), en fait un coléoptère . En effet le mâle ne va plus percevoir l’effet fluorescent de la femelle (photo ci-dessus), qui ne pourra pas être fécondée le moment venu.

Ainsi dans nos villes suréclairées, ne voyons nous plus les étoiles, tandis que les insectes – aussi nombreux qu’elles, vont mourir autour des luminaires.

Que ce soit pour des raisons d’économie d’énergie ou de protection des écosystèmes, il faut donc, qu’on soit particulier, entreprise ou collectivité territoriale, faire tout son possible pour réduire sa pollution nocturne. Le Code de l’Environnement, à la suite du Grenelle de l’Environnement, a pris des dispositions réglementaires en ce sens. Entré en vigueur le 1er juillet 2013, l’Arrêté du 25 janvier 2013 règlemente à l'éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels afin de limiter les nuisances lumineuses et les consommations d'énergie.

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De son côté, l'Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l'Environnement Nocturnes (ANPCEN) propose un cahier des charges pour les collectivités territoriales, souhaitant diminuer leur pollution lumineuse et faire des économies d’énergie.

Elle a aussi mis en place depuis 2009 «le Jour de la Nuit » une manifestation qui aura lieu cette année le 20 septembre pour sensibiliser à la pollution nocturne et à la protection de la biodiversité.

Vous avez un peu plus de 2 mois pour vous y préparer.

Ci-contre l'affiche du Jour de la Nuit 2013, c'était le 13 octobre.

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