Histoire de mêche à la pouche ou "le vrai du faux"

Publié le 18 Septembre 2014

Avertissement : Un de nos adhérents vient de nous transmettre cet article. Comme il est un peu long, nous vous le proposons en 2 parties. Vous aller voir jusqu’où l’entomologie peut nous entraîner.

"Le plus mauvais jour de pêche est toujours meilleur que le meilleur jour de travail"

Ces lignes risquent d'agacer le lecteur parce qu’il va y trouver quantité de mots en anglais. Je suis désolé, mais, tout se passe en BC - pour British Columbia - au Canada, et, bien souvent, je ne connais même pas le mot en français… Une magnifique province.

J'ai la chance d'avoir une maison à Nanaimo sur l'Isle de Vancouver. Cette ville de 80 000 habitants est appelée "The Harbour City". Elle a un port important et c’est l'un des deux terminaux de ferry venant de Vancouver. L'autre terminal dessert Victoria, la capitale de BC. Je vous invite à visiter The Harbour City. Si vous allez à Nanaimo, n'hésitez pas à pousser la porte du Crow and Gate Pub. Vous y serez très bien reçu, et si vous vous référez à Cousin Philippe et Cousine Kate, vous pourrez facilement vous faire offrir un verre. Le patron, c'est Bryce Olson et la patronne, c'est Cousine Linda. C'est un endroit charmant.

Histoire de mêche à la pouche ou "le vrai du faux"

Bryce est le cousin germain de mon épouse Kate. C'est un pêcheur à la mouche redoutable, mais pas trop, j'y reviendrai. Au fait, j'aime bien dire mêche à la pouche, c'est idiot, mais j'aime bien. Notre Président (de l’Agrion de l’Oise dont je suis adhérent) aussi, ça le fait rire bêtement. C'est bon ça, de rire bêtement, ça guérit de tout un tas de trucs, c'est comme quand on vient d'avoir vu un opéra d'Offenbach. C'est comme quand on était petit devant Guignol.

Histoire de mêche à la pouche ou "le vrai du faux"

Nous, on a de la chance, on a des milliers de km de côtes et des dizaines de milliers de km de rivières et gais ruisseaux papillotant au vent léger à peine filtré par la forêt pluviale. Dans toute cette eau, salée ou douce, saumâtre un peu ou saumâtre beaucoup, transitent des milliards de saumons de toutes sortes. Allons y voir.

Le Chinook, il y en a eu qui dépassaient les 100 Lbs (45 kg), c’est le plus gras. Ce n'est pas le plus gros des saumons, le plus gros vit en Mongolie et en Sibérie, il mesure jusqu'à 2 m et peut vivre 30 ans. Il s'appelle le Taimen…100 kg et plus. Le Sockeye, 10 Lbs typiquement. Le Coho, le plus costaud au kg, il pèse jusqu'à 25 Lbs (le rêve du mêcheur à la pouche). Le Pink, le plus petit, 8 Lbs maxi.

Le Chum, jusqu'à 30 Lbs. Il s'appelle aussi Dog Fish en raison de ses dents et encore saumon Kéta. Sa chair est moins bonne ; de ce fait, il est pêché professionnellement quand il est prêt à se reproduire. Il est sans doute quasiment immangeable, mais, les œufs sont mûrs. Ils se détachent tout seul des sacs. La chair est sacrifiée au profit des œufs. Les œufs de saumons c'est très bon et rempli de vitamine K2, indispensable avec la D3 pour un bon cycle du calcium. Le foie gras en contient encore plus. Mangez en beaucoup, et des œufs après, c’est bon pour ce qu’on a.

Histoire de mêche à la pouche ou "le vrai du faux"

Voilà pour les saumons du Pacifique de la famille Oncorhyncus. L'autre famille, c'est celle du saumon de l'Atlantique Salmo salar. En fait, il y a quantité d'autres poissons qui vont à la mer les sea going trouts. Il y a le char trout… Le Dolly warden, c'est un char… j'en attrape de celui-là. Le Cutthout trout : on en attrape plein aussi.

Et la reine des truites, la truite arc en ciel qui va à la mer, j'ai nommé le fameux Steelhead (tête d’acier). C'est un poisson magnifique. Il peut traverser la Buckley River ou la mythique Babine sur la queue tant il est puissant.

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Sur ces rivières, on utilise des mouches très variées, il ne faut pas manquer ça.

Les sea going trout sont quasiment comme des saumons, du reste, je crois que le Steelhead est devenu ou va devenir un saumon.

Tout ce que je viens de dire est une simple introduction, qui n'est du reste pas terminée.

Tous ces poissons arrivent à un moment ou un autre, disons suivant l'espèce, le temps qu'il a fait… sur nos plages. Ils n'ont qu'une pensée en tête. Il faut dire que la future maman a environ 10 % de poids en œufs et le mâle 10 % en laitance… Rapporté à l'homme, c'est une envie de plusieurs litres ! Le saumon a donc très envie, il en oublie de manger. C'est pour cela que vous pouvez pêcher toute la journée, les bottes dans les saumons, sans rien prendre et puis, tout d'un coup, PAF !

Le problème que rencontre le saumon quand il arrive, c'est qu’en général les rivières sont trop basses pour qu'il puisse aller frayer. Il séjourne plus ou moins près du rivage, parfois dans 20 cm d'eau. Il peut y rester trois semaines. Et puis tout d'un coup, il pleut, et tout ce petit monde est avalé par la rivière où d'autres dangers l'attendent. Où vont-ils ces poissons? Et bien, ils cherchent un endroit où les œufs vont être retenus par les graviers. Il y en a des tas qui dévalent le courant sans rien dire et qui vont régaler par exemple les Cutthroat trouts. En bas, c’est-à-dire en mer… Il y a tout un petit monde qui se régale. Il faut donc une certaine granulométrie de graviers pour que les œufs puissent être retenus et enfouis par les parents, et, que l'oxygène circule dans la gravière. La vitesse du courant détermine la taille des graviers et il y a un endroit où cette taille convient… alors, là, p..., c’est le super panard !

Les heureux évènements ne tarderont pas, Papa et Maman seront morts …

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Notre mode de pêche favori, c'est avec un pontoon boat (c’est moi sur le ponton), comme ça on peut se rapprocher des bancs, parfois à quelques centaines de mètres de la plage. On bien content quand les pauvres pêcheurs du bord n'arrivent pas à atteindre leur cible ! Deux fois par an, on va pêcher sur des lacs de montagne.

Pour introduire correctement le sujet qui nous occupe, il faut absolument parler des truites triploïdes. On prend des œufs, on les fertilise, on les met sous pression, et les truites qui naitront seront parfaites, sauf en ce qui concerne la reproduction. Elles seront stériles. Des écloseries livrent ces truites aux différentes associations qui "stockent" les lacs. Des dizaines de milliers de petites truites triploïdes vont peupler des lacs convenablement choisis pour que ces poissons se développent en Trophy trouts. Des Rainbow trouts de 6 kg voire plus…

Cette méthode permet de peupler des lacs où la reproduction est impossible faute d'eau courante, donc de gravière et d'oxygène. Des truites fécondes se casseraient le nez, si je puis dire. Les œufs pourrissent à l'intérieur, infection, elles meurent. Pas toujours, mais alors elles restent petites. Nous, on en veut des GROSSES.

Les trophy lakes sont choisis pour offrir une nourriture abondante, bien étalée sur l'année, etc. etc.

J'arrête là, non sans signaler qu’en fait, les poissons voient énormément plus d'insectes que les oiseaux. Au stade nymphe. Quelques jours de vie dans l'air… des années dans l'eau où un massacre se perpétue seconde après seconde…

Mon introduction est maintenant terminée, ou presque.

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Au mois de septembre, réunion au Starbucks avec Bryce, Glenn, Peter, Dick et Harvey. Glenn Di Giorgio a 80 ans. Il a été coach de l'équipe canadienne de javelot. Il a bien connu Ben Jonson. Glenn est un athlète, il pêche 8 à 10 h par jour sur son pontoon boat. Après manger près du feu de bois, discuter des bugs et autres sujet puis dodo sous la tente par - 5°. Peter a 80 ans aussi, il est né avec une fly rod dans les mains. Depuis, il ne pense qu'à ça. Il pêche le Steelhead l'hiver. La ligne se bloque dans les petits anneaux du haut… il suffit de tremper le bout de la canne dans l'eau pour déglacer… J'ai aussi connu ça. Donc …

Très forte émulation et impatience. En effet, on commence à soupçonner qu'il est temps d'y aller. C'est une envie un peu comme celle du saumon, mais pas pour le même objectif. C'est parce qu’il va, c'est certain, bientôt y avoir une chute de Water Boatmen sur Big OK Lake. C'est à 500 km de Nanaimo dans les montagnes du "continent".

En général, on part vers le 20 septembre. L'organisation est bien rodée. Tentes, bouffe pour une semaine, pontoon boats, tronçonneuses, gaz, vraiment plein de trucs.

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Et puis, le plus important, les water boatman flies. Elles sont belles. Dick, Glen et Harvey en font de magnifiques. Elles sont caractérisées par de longues pattes. Dans le dictionnaire, à boatman on trouve la traduction "passeur". Ce serait donc Charon passant le Styx.

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Ce n'est pas Charon qu'il faut se représenter mais l'ensemble: "passeur sur sa coquille de noix avec les deux rames" comme le water boatman dont la carapace est la coque et les pattes les avirons. La coque est sur l'eau car il nage sur le dos.

Nos mouches de synthèse sont censées représenter les authentiques … qui ont l'air moins sympathiques, vous allez voir. Et puis attendez la fin de l'histoire !

En fait les choses se compliquent, car le terme water boatman peut correspondre à des insectes de deux familles différentes.

Micronecte © Piet Spanns Wikipedia Commons
Micronecte © Piet Spanns Wikipedia Commons

Tout d’abord la famille des Corixidae, des punaises d’eau, du sous-ordre des hétéroptères, de l’ordre de hémiptères, parmi lesquels Corixa punctatas (water boatmen aux US et au Canada britannique, lesser water boatman pour les anglais, le waterboatman inférieur). Il y a aussi Micronecta scholtzi. Ce dernier comme son nom l’indique est très petit 2 mm, mais ce n’est pas sa seule particularité, j’y reviendrai plus loin.

Notonecte © Didier Descouens Wikipedia Commons
Notonecte © Didier Descouens Wikipedia Commons

Puis la famille des Notonectidae, dont Notonecta glauca, appelé greater water boatman par les anglais. On l’appelle aussi backswimmer, le nageur sur le dos.

Notre water boatman en Colombie britannique, c'est la notonecte. Sa taille peut aller jusqu’à 20 mm. En France on l'appelle parfois abeille d'eau… parce que si vous la prenez dans la main, elle vous pique, enfin non, elle vous mord … ou elle vous mange la main par un procédé absolument charmant : elle possède un rostre bi canal, l'un qui vous injecte des sucs gastriques qui digèrent sur place in situ et l'autre qui réaspire le "bol alimentaire" externalisé.

La notonecte est donc carnivore... Elle mange d’autres bestioles aquatiques, y compris des têtards et - dois-je le dire ? - même des agrions…

Philippe le mêcheur à la pouche

A suivre

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MumMartinek 30/09/2014 10:50

La suite est attendue avec une grande impatience ! Quelle verve ! Quelle aventure quand arrive septembre en Cie de Glenn et Peter(80ans) qui n'hésitent pas à affronter des températures inférieures à zéro pour un pontoon boat ! À lire ces intéressantes explications au sujet des water boatman flies, on deviendrait mêcheur pour rencontrer et écouter Cousin Philippe !

Martineke 21/09/2014 19:30

Let us add the Kahawai (sorte de saumon très malin et très tenace qui vit dans le Pacifique) near NZ coasts...