De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Publié le 4 Décembre 2014

Un ouvrage ancien trouvé sur le net retient toute mon attention.

Il s’agit de "Théologie des Insectes ou Démonstration des Perfections de Dieu - traduit de l’allemand de Mr Lesser, avec des remarques de Mr P. Lyonnet". Il est publié chez Jean Swart à La Haye en MDCCXLII (1742 si je ne me suis pas trompé).

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Friedrich Christian Lesser est un historien et un théologien luthérien allemand né en 1692 à Nordhausen en Thuringe, ville où il est mort en 1754. Il a également écrit une théologie des mollusques.

Quant à Pierre Pierre Lyonnet, nous y reviendrons à la fin de cet article.

Lesser nous dit "Il n'y a aucune chose dans la Nature, aussi laide qu'elle paraisse, qui ne soit une merveille aux yeux de celui qui s'applique à l'examiner", ce que nous sommes nombreux à penser surtout si l’on s’adonne à la macrophoto d’insecte. Cela étant chez Lesser, il s’agit surtout de montrer que tout ce qui est dans la nature procède de Dieu, qui a très bien fait les choses.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Dans cet ouvrage en deux tomes, à propos du sens des insectes, auquel on le verra il associe les araignées, il écrit :

"Les sens sont absolument nécessaires aux Animaux. Pourraient-ils échapper au danger, s'ils ne voyaient point ? Comment discerneraient-ils les aliments qui leur conviennent, sans le goût et l’odorat ? N'est-il pas nécessaire pour leur conservation, qu'ils entendent le bruit que fait leur ennemi, afin que, sachant de quel côté il vient, ils puissent l'éviter? Privés du Tact, comment distingueraient-ils l’agréable du douloureux ? Comment sauraient-ils s'ils sont malades ou en santé ?

Quand je dis que les sens sont absolument nécessaires aux Animaux, je ne prétends pas qu’ils ne sauraient se passer d'aucun de ceux que nous apercevons chez nous. Il suffit que le Créateur leur en ait donné autant qu'il est nécessaire à leur conservation, dans l'état où il les a placés. C'est le cas des Insectes : ils n'ont pas toujours cinq sens comme les hommes. Les uns sont privés de la vue, d'autres de l'odorat, d'autres encore de l'ouïe, mais toujours selon que le genre de vie qu'ils mènent leur permet de s'en passer."

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Lesser convient que le tact ou le toucher se retrouve chez tous les animaux, il le nomme Mouvement des Esprits et nous dit "Ce mouvement s'excite sous la peau par l'impulsion de quelque corps, il se communique aux nerfs, dont la tension le porte dans l'instant jusqu'au cerveau, et y cause une sensation de plaisir ou de douleur. "

En effet écrit-il "L'on a pu remarquer qu'ils se garantissent avec soin du vent, de la pluie, de la chaleur, du froid etc. Ce qu'ils ne feraient assurément pas, s'ils étaient privés de ce sens.".

Mais si certains sont sensibles au moindre contact ; il cite les araignées quand on touche leur toile et les abeilles si on frappe la ruche, d’autres semblent absolument insensibles, comme de grosses chenilles brunes. Cela étant Lesser n’est pas loin de penser que les insectes sont dépourvus de tout autre sens.

[photo "nature 30" ©Françoise Vandeviele ; sélectionnée au Concours photo de l'Agrion de l'Oise]

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Pour ce qui est de la vue, Lesser pense qu’il n’est pas le même pour tous. Pour certains telles les araignées vagabondes qui ne manquent pas leur proie : "Leur vue est si juste quelle porte, s'il faut ainsi dire, sur un atome". Certains insectes sont bien mieux équipés que l’homme : "Une Demoiselle aquatique de la plus petite espèce a les yeux parfaitement sphériques, ce qui fait qu'elle peut voir devant, derrière, et de côté sans tourner la tête." et d’autres voient même dans l’obscurité, comme les Phalènes.

[photo cache cache ©Jean-Claude Trébouillard ; 1er prix du Jury Concours photo de l'Agrion de l'Oise ]

Pour ce qui est l’ouïe : "Dieu n'a pas donné l’ouïe à tous les Insectes: je n'en connais même aucun qui ait des Oreilles.". Oui pour Lesser, l’organe de l’ouïe serait le pavillon de l’oreille. Comme il avait constaté que la grosse chenille brune n’avait pas le sens du toucher, il a voulu voir si elle avait celui de la vue pour y suppléer : "pour en faire la preuve, je tirai divers coups de pistolet chargé à balle tout prêt de l'animal ; mais il ne donna pas le moindre signe de s'en être aperçu." Fallait le faire.. Donc cette chenille n’a ni toucher, ni ouïe…

Et pourtant : "Comme les amateurs de la Musique se rassemblent au son des instruments qu'ils aiment ; l'on voit aussi plusieurs Insectes se rassembler à un certain ton qui leur plait."

Donc ceux qui émettent des sons doivent bien les entendre. C’est logique, non ?

"Mais comment tout cela peut-il se faire sans Oreilles? C'est ce qu'il est impossible de bien expliquer."

au parc de Chedeville ©Roger Puff

au parc de Chedeville ©Roger Puff

"On ne saurait presque douter que les Insectes à qui la Nature a donne une espèce de voix, ou pour parler plus juste, la faculté de former certains sons , comme elle l'a donné aux Cigales , aux Grillons, aux Sauterelles, à plusieurs Scarabées, etc. n'aient aussi reçu le sens de l'ouïe pour entendre ces sons."

Oui, ils ont des oreilles, mais : "Des Animaux donc la voix ne se forme point par le gosier, qui respirent par le corselet, les cotes, ou la partie postérieure ; des Animaux parmi lesquels on en voit qui ont les yeux sur le dos et les parties génitales à la tête ; des Animaux de cet ordre, peuvent fort bien avoir les oreilles partout ailleurs que là où l'on s'attendrait de les trouver." Nous voilà rassurés.

Lesser conclut qu’on ne connaît pas encore assez les insectes. Ils ont sans doute une oreille intérieure mais "si délicat et si petit, que quand on l'aurait devant les yeux, il serait peut être impossible de le reconnaître".

Passons à l’odorat. Mais… les insectes n’ont pas de nez ! Sapristi.

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Les Insectes n'ont point de nez ; cependant on ne saurait leur disputer le sens de l'Odorat. L'on remarque qu'ils savent distinguer les Odeurs, et qu'ils font sensibles au parfum qu'exhalent les choses odoriférantes."

Il y en a qui aiment les odeurs agréables comme les abeilles (celles des fleurs bien sûr – sauf la camomille), d’autres les désagréables comme il en va des mouches ou des scarabées aquatiques : "ils sentent la charogne d'un chien à plusieurs mille pas de l'eau, et viennent la chercher", remarque qu’il tient d’Aristote…

Mais là ce n’est pas un problème pour l’homme de ne pas avoir l’odorat aussi aiguisé. Il a la Raison et n’a pas besoin de l’odorat pour choisir ce qui convient à son alimentation.

Et le goût. Là encore, problème. Point de langue ! Mais là encore il y a une solution :

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Le goût est un mouvement des Esprits animaux, causé par des particules qui ébranlent les nerfs de la langue, et qui le communiquent au cerveau, où il agit sur l'âme. Les Insectes n'ont point de langue comme les autres animaux, mais leur Trompe et leurs Barbes dont nous parlerons la suite, leur en tient lieu, et est l'organe de leur goût."

Ouf ! Mais il reste néanmoins une question : trompe et barbes ne seraient-ils pas plutôt les organes de l’odorat ? Et oui, ce n’est pas simple. Les insectes présentent de grandes différences sans ce qui plait à leur goût ; "Ce que les uns aiment répugne à d'autres ; et un aliment des plus agréables pour ceux-ci, sera détestable pour ceux-là. […]Le goût des uns les porte à ne vivre que du suc des fleurs ; et celui des autres à sucer le sang des animaux. Toute espèce de sang ne plait pas également à ces derniers: ils mettent beaucoup de différence entre celui des hommes et des bêtes ; et ne s'attachent pas indifféremment à tout animal."

Voilà donc l’état des lieux au milieu du 18ème siècle.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Mais qui est Pierre Lyonnet ? Il est hollandais, n » à Maasticht en 1708, mort à La Haye en 1789.C’est un graveur d’histoire naturelle et un naturaliste. Il illustre l'ouvrage de Lesser ainsi qu'un autre sur les polypes d'Abraham Tremblay. Il publiera en 1762 ses propres observations sur l'anatomie "de la chenille qui ronge le bois de Saule". Nous le retrouverons peut-être un jour dans ce blog

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article