Connaissez-vous le capricorne des maisons ?

Publié le 14 Janvier 2015

Depuis quelques temps, quand tout était calme dans la maison, nous entendions des bruits au plafond. Que se passait-il au grenier ? Des souris ? Des chauves-souris ?

aperçu de la charpente ©PascaleC

aperçu de la charpente ©PascaleC

Il a fallu aller y voir de près. A la lampe de poche, a priori pas de bestioles apparentes, ni souris, ni chauve-souris, mais les poutres de la charpente étaient dans un drôle d’état avec comme des boursouflures.

Des termites ? Nous ne savions pas, alors nous avons fait appel à un spécialiste pour qu’il diagnostique le mal.

Et voilà le résultat.

Ce n’était pas des termites (ordre des blattoptères), notre région au nord de Paris n’est pas (encore) atteinte par ce fléau. Ce n’était pas la petite vrillette (Anobium punctatum), ni la grosse vrillette (Xestobium rufovillosum), la fameuse "horloge de la mort", ainsi nommée à cause du bruit régulier fait par le mal en se cognant la tête contre le bois pour attirer le femelle, tous deux des coléoptères de la sous-famille des Anobiinae. Les vrillettes font comme des trous de perceuses dans les bois alors que chez nous la surface du bois semblait s’effriter. Elles s’attaquent aussi bien aux feuillus qu’aux résineux, la grosse vrillette s’attaquant surtout aux bois humides.

Il s’agissait, nous dit-on, du capricorne des maisons, dont le nom scientifique Hyhotrupes bajulus, Hylotrupes du grec "je perce le bois". Le creusement de la larve est audible – voilà pourquoi nous entendions des bruits - et les spécialistes le détectent au stéthoscope, ou bien avec un tournevis tout simplement pour mieux voir les dégâts et éventuellement mettre en évidence les larves. Notre maison abritait sans doute depuis longtemps cet intrus, insecte de 10 à 20 mm de long, avec les grandes antennes caractéristiques des longicornes, sans bien sûr que nous le sachions...

capricorne des maisons ©Wikipedia Commons

capricorne des maisons ©Wikipedia Commons

Cet insecte est un coléoptère de la famille des Cerambycidae à larve xylophage, qui endommage la structure du bois et compromet par le fait sa résistance. Comme les vrillettes il est redouté des responsables de patrimoine mobilier ou immobilier.

Son bois de prédilection : il n’attaque que l’aubier des résineux (douglas, épicéa, sapin, pin, etc.) très présents dans nos habitations ou le bois blanc.

La femelle pond une trentaine d’œufs 3 jours après l’accouplement (entre juin et août) et les dépose par groupe de 3 à 7 dans les infractuosités du bois. 7 à 20 jours après la ponte, les œufs éclosent et laissent place aux larves qui vont dévorer le bois. Leur survie dépend de la qualité nutritive du bois, de l’hygrométrie ainsi que de la température ambiante. C’est pour cela que le stade larvaire peut demander 3 à 5 ans.

Les larves creusent des galeries en suivant le fil du bois, effleurant la surface sans la percer, faisant tout un réseau ramifié de galeries ovales. Comme dans un premier temps, il n’y a pas de sciure visible au sol, on ne se rend compte de l’atteinte que tardivement. Sinon les résidus se présentent sous la forme de petits cylindres de moins d’un millimètre.

Arrivée à maturité, la larve se transforme en imago (adulte prêt à la reproduction). Ce stade, la nymphose, peut durer 15 jours. Un trou d’envol ovale de 6 à 10 mm est foré pour que l’insecte puisse s’échapper. S’il le faut la bestiole peut forer du plomb. Oui du plomb… Les insectes adultes s’observent de juin à août et leur durée de vie est de 3-4 semaines.

Il va falloir traiter si nous voulons sauver notre charpente. Trop tard bien sûr pour un traitement préventif par imprégnation. On ne peut pas badigeonner les poutres avec un produit xylophage. Il faut un traitement curatif de choc pour détruire les larves. Il doit être réalisé par des spécialistes agréés, travaillant selon les règles édictées par par le FCBA (centre technique industriel Forêt Bois-Construction Ameublement).

Alors – chez vous - cela vaut peut-être le coup de jouer au Sherlock Holmes et de monter sous la charpente. Surveillez bien toute trace de boursouflure, de vermoulure, au besoin sondez les poutres avec un tournevis : qui sait l’individu a peut-être déjà laissé des preuves de son existence…

Et si vous construisez, proscrivez l’aubier des résineux (la partie juste sous l’écorce du bois) et surtout choisissez des bois traités préventivement.

Bon à savoir : les traitements luttant contre les xylophages peuvent vous faire bénéficier d’une subvention de la part de l'ANAH (Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat).

Pascale C.

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Commenter cet article

Miloud B 16/10/2016 11:11

Bonjour Pascale,
Merci pour ce partage d'expérience agréable à lire et j'espère que votre charpente est maintenant sauvée.

++
M.