Chenille rasta, l'authentique ou la fausse ?

Publié le 4 Février 2015

Une de nos adhérentes, Céline, a passé les fêtes de Noël en Guadeloupe.

Avant qu’elle ne parte, je lui avais demandé de prendre, si elle le pouvait, des photos d’insectes. Lorsqu’elle est revenue, la récolte était maigre. "Je n’ai pratiquement pas vu d’insectes" m’a-t-elle dit désolée, "On ne voit rien" a-t-elle ajouté "à part quelques micro-mouches piquantes, les yen-yens, on les sent surtout, quelques araignée ; sans oublier la nuit de belles lucioles, des bèt-a-lanp, mais je n’ai pas pu en photographier". C’est sûr, beaucoup d’insectes se cachent le jour et photographier de nuit n’est pas facile.

Céline avait toutefois réussi à photographier deux belles chenilles, que j’ai pu identifier. Je vais vous les présenter. Elles sont quasi emblématiques de l’ile.

La première, très grosse, très colorée, des anneaux vert clair et noir, aux extrémités de l’orange et du rouge avec une antenne fièrement dressée à la queue, a été vue sur la baie de Terre-de-Haut aux Saintes, une des plus belles baies du monde …

Chenille du sphinx du frangipanier ©CelineArdi

Chenille du sphinx du frangipanier ©CelineArdi

C’est la chenille d’un papillon, le sphinx du frangipanier (Pseudosphinx tetrio). Elle peut atteindre 15 cm de long. Ses couleurs vives la protègent des oiseaux qui redoutent sa toxicité. Avec ses mandibules puissantes, elle dévore les feuilles des frangipaniers rouges ou blancs, ces arbustes Plumera sont répandus dans tous les pays des tropiques, à Tahiti leurs fleurs parent l’oreille des belles vahinés. La chenille s’attaque aussi à celles de l’allamanda, autre arbuste à fleurs d’Amérique centrale. Ceci dit, les botanistes estiment que l’arbre attaqué produit plus de fleurs et de fruits, ce serait donc plutôt bénéfique. Le sphinx du frangipanier est un papillon de nuit (Lépidoptère, sous-ordre des Hétérocères, famille des Sphingidés) aux ailes gris-marron. Rien à voir donc avec les couleurs vives de sa chenille. Certains en Guadeloupe l’appellent la chenille "rasta" à cause des ses couleurs caractéristiques, mais on verra plus loin qu’en fait la véritable chenille "rasta" est très différente.

On trouve ce lépidoptère aux Antilles, mais également du sud du Brésil jusqu’au sud des Etats-Unis.

Céline a pu photographier une seconde chenille sur un mur, près de buissons de lauriers à Grande-Terre dans la marina de Saint-François entre l’Anse des Rochers et la Pointe des Châteaux.

Chenille "rasta" ©CelineArdi

Chenille "rasta" ©CelineArdi

Cette chenille jaune orangé avec des touffes et des points noirs est nettement plus petite et fait environ 40 mm. C’est la chenille d’un papillon de Syntomeida epilais de la famille des Arctiidae (la famille des Ecailles que nous connaissons en France). A noter qu’on compte 11000 espèces dans le monde, leurs chenilles sont toujours très poilues et on les appelle chenilles "hérissonnes".

Le papillon est diurne (sous-ordre des Rhopalocères) avec un abdomen bleu tacheté de blanc dont l’extrémité est rouge sur 2 anneaux "comme un feu rouge" dit ma petite-fille. Ses ailes sont bleu-violet métallique avec "comme des gouttes de peinture blanche" dit-elle encore (je vous laisse le soin d’aller vous-même chercher sa photo). On le trouve dans les Antilles, également en Floride et en Géorgie aux Etats-Unis, au Mexique et au Honduras.

La chenille se plait à consommer les plantes ornementales, comme les lauriers roses où Céline l’a vue, d’où son nom en anglais oleander caterpillar, la chenille du laurier rose. D’après le site de l’INRA elle n’a été signalée qu’en 1981 en Martinique, où elle est devenue rare) et en 1982 en Guadeloupe, où apparue autour de l’aéroport de Raizet à Pointe à Pitre, elle a envahi toute la Grande-Terre.

C’est elle la vraie chenille "rasta", le site du parc national de Guadeloupe signale bien la confusion qui est faite entre ces deux chenilles. Chenille "rasta", chenille "hérissonne"… dreadlocks rastafari à la Bob Marley et musique reggae ou poils raides et piquants du hérisson … au fait une citation anonyme "Des scientifiques ont réussi à croiser un ver de terre et un hérisson : ils ont obtenu vingt centimètres de fils de fer barbelé". Ici nous n’en avons que 40 mm, mais si on n’en met 5 bout à bout…

Mais je ne résiste pas à citer Bob Marley "Dieu a créé les gens en technicolor. Dieu n’a jamais fait de différence entre un noir, un blanc, un bleu, un vert ou un rose". Je pense qu’il en va de même pour les chenilles et les papillons…

Bref et pour conclure sur les chenilles, Céline a eu la chance (mais la probabilité était élevée à la Guadeloupe) de tomber sur la fausse et sur l’authentique chenille rasta. Dommage qu’elle n’ait pas photographié leurs papillons…

Ceci dit, elle a tout de même ramené une photo de lépido.

Flambeau ©CelineArdi

Flambeau ©CelineArdi

Ce grand papillon (envergure environ 80-90 mm) est Dryas julia, ou Flambeau, ou papillon Flamme, un lépidoptère de la famille des Nymphalidae, sous-famille des Heliconiinae. Cette espèce est plus ou moins orange. La sous-espèce guadeloupéenne, est présente en République Dominicaine d’où son nom Dryas julia dominicana. Il s’agit ici d’un mâle car la femelle ne présente pas de marques noires prononcées.

Et là notre adhérente n’a pas photographié la chenille du Flambeau qui est noire piquetée de blanc, avec des grands poils dressés et des pattes marron clair. On ne peut pas tout avoir.

L’insecte est présent aux Antilles, en Amérique Centrale, au sud du Mexique et en Floride. Il migre au nord au Nebraska. On le trouve en forêt claire au bord des rivières et dans les jardins fleuris.

Flambeau ©RogerPuff

Flambeau ©RogerPuff

Et en recherchant dans mes archives, je trouve ce Flambeau que j’avais pu photographier en juin 2010 dans la serre du Naturospace d’Honfleur.

Alors quand vous êtes en vacances pensez à photographier des insectes et à nous les envoyer, nous nous ferons une joie de publier vos clichés. Et si vous rédigez l’article ce sera encore mieux. N’oubliez pas, ceci dit, de photographier la famille, les monuments et les paysages, sinon vous pourriez avoir des remarques désagréables au retour lors de vos séances photos.

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