L'Agrion de l'Oise s'intéresse aux orchidées

Publié le 22 Avril 2015

Je profite de la Journée internationale de la Terre instaurée par l’ONU il y a 45 ans déjà pour vous parler de végétaux ; j’allais dire de plantes en pots. J’aurais plutôt dû vous parler aujourd'hui de changement climatique, mais on y reviendra d’ici la COP 21 qui se tiendra à Paris en décembre. Parlons plutôt d’un événement proche.

Dans moins d’un mois, du 14 au 17 mai, L’Agrion de l’Oise sera présent à une grande exposition à l’Abbaye royale du Moncel organisée par Orchidée 60, une association amie. Cette exposition ce sont 5000 orchidées botaniques et hybrides venues de tous les continents, la prestigieuse collection des Serres du Jardin du Luxembourg, des producteurs de renommée mondiale de France, de Belgique, d’Allemagne, d’Équateur et de Taïwan, des artisans, des artistes, des passionnés, dont nous ! Bref une superbe manifestation à ne pas manquer.

L'Agrion de l'Oise s'intéresse aux orchidées

Occasion pour moi de vous dire quelques mots sur les orchidées et leurs rapports avec les insectes.

Les insectes menacent bien sûr les orchidées comme bien d’autres plantes.

Voilà ce que l’on peut lire dans un ouvrage Les Orchidées exotiques et leur culture en Europe de Lucien Linden, publié en 1894 chez l’auteur à Bruxelles et chez Octave Douin , éditeur à Paris :

Un certain nombre d’insectes envahissent fréquemment les serres à Orchidées ; je citerai notamment les fourmis, les cloportes, ces ennemis de toutes les serres, les thrips, à peine visibles à l’œil nu, les blattes et cancrelats, les araignées rouges, les limaces, ces ogres qui dans l’espace d’une nuit, dévorent une quantité considérable de verdure et s’attaquent toujours de préférence aux tiges florales – et à celles auxquelles l’amateur tient le plus.

Stop ! Les cloportes ne sont pas des insectes mais des crustacés, les araignées rouges des arachnides, les limaces des mollusques… Faut pas confondre avec nos chers insectes.

L’auteur détaille les moyens de se débarrasser de tout ce petit monde et alors là, rien de tel que le tabac. Je note :

Les thrips, aphis, araignées rouges, etc. sont chassés surtout par des lavages répétés de temps en temps avec de l’eau contenant un peu de nicotine ; mais ces insectes se logent parfois sur les étiquettes de bois. Il ne suffit donc pas de laver les feuilles et les pots et de rempoter les plantes malades, il faut encore examiner avec soin les étiquettes et les nettoyer ou les remplacer…

coccinelle à sept points ©Roger Puff

coccinelle à sept points ©Roger Puff

Non il ne s’agit donc pas de les enfumer avec les volutes de votre cigarette. Évitez d’ailleurs de fumer dans les serres. Au fait pour ceux qui ne le savent pas, les aphis sont des Aphididae (ordre des hémiptères) ou si vous préférez des pucerons. Utilisez donc quelques coccinelles bien de chez nous, si possible à 7 points.

Question fourmis, c’est vite expédié :

Les fourmis se prennent facilement à des pièges formés de pots ou vases un peu profonds contenant un sirop sucré ; le jus de pruneaux également les détruit.

Les fourmis étant engluées dans le jus de pruneaux, je ne pense pas que se soit l’action laxative du fruit qui a raison de notre bestiole. L’auteur développe ensuite la lutte contre Acarus telarius, un acarien, donc passons, ce n’est pas un insecte.

Voilà aussi ce que l’auteur propose plus concrètement pour se débarasser de la gent insecte, à nouveau l’herbe à Nicot. Il s’agit de mélanger dans 2 litres d’eau, 25 grammes de tabac à fumer, 60 grammes de savon noir, 110 gramme de fleur de soufre ; de faire bouillir quelques minutes, puis d’ajouter 6 litres d’eau, soit 10 litres de solution à utiliser en seringage ou en bassinage. Mais l’auteur a d’autres solutions qui me plaisent bien :

On peut aussi employer pour détruire beaucoup de petits insectes, la grenouille et la tortue, deux auxiliaires précieux. Toutefois les amateurs n’aiment pas tous à voir ces animaux dans leurs serres, et il n’est pas toujours facile de les y retenir.

Dommage.

Les feuilles de tomates, dispersées dans une serre, font, paraît-il, fuir définitivement les insectes.

Mais le meilleur moyen nous indique l’auteur reste encore le tabac, mais cette fois-ci avec un autre mode opératoire :

Déposer sur les tuyaux de chauffage [de la serre] une légère couche de côtes de feuilles de tabac séchées, que l’on arrose de temps en temps. Il s’en dégage une vapeur de nicotine assez faible pour ne pas incommoder les visiteurs, et même à peine perceptible au bout de deux jours, mais dont la persistance chasse absolument les insectes en produisant une réelle intoxication de l’atmosphère.

Vous voyez bien, cela fait longtemps qu’on le dit, le tabac n’est pas bon pour la santé. Les insectes l’ont expérimenté depuis belle lurette.

L'Agrion de l'Oise s'intéresse aux orchidées

Ceci dit, il faut 1 kg de côtes de tabac pour couvrir 3 à 4 m de tuyaux. Et à l’époque c’est assez cher avec1 franc le kg sachant qu'à l'époque une femme de ménage gagnait 1,5 francs par jour). Qu'en serait-il aujourd’hui avec un paquet de cigarettes anonymisé et illustré de phrases choc et de poumons ravagés, bientôt à 8 ou 10 euros, voire à 13 euros pour couvrir son coût social. Sans compter qu’il n’y a pas que du tabac dans une cigarette mais des tas d’additifs, ne serait-ce que dans le papier à cigarette. Bien sûr les insectes, eux aussi, ne doivent pas beaucoup les apprécier, mais je doute qu’ils y deviennent accros.

Aujourd’hui un jet d’insecticides revient sans doute moins cher et prend beaucoup moins de temps que l’application ces méthodes du 19ème siècle… Le progrès (mais il faut penser qu'aujourd'hui c'est la Journée internationale de la Terre, alors évitons les produits non bio)..

Mais le danger pour les Orchidées vient peut aussi d’ailleurs :

Il arrive parfois aussi que des plantes importées apportent avec elles des insectes redoutables de leur pays d’origine, lesquels sont cachés à l’état de larves dans les pseudobulbes et les tiges.

Notamment, nous dit-il, le redoutable Isosoma Cattleyae, un minuscule hyménoptère (chalcidé) qui génère des galles. On le donne aussi sous Eurytoma orchidearum (Westwood, 1869), en anglais cattleya fly, la mouche du cattleya. En 1920, la société d’entomologie d’Amérique donnait comme moyen de s’en débarrasser un mélange de 50 parties de kaolin, 20 parties de chaux hydratée, 5 parties de sulfate de nicotine à 40% et 25 parts de poussière de tabac à 1% de nicotine. Encore et toujours l’herbe à Nicot.

Mais ce n’est pas tout. Poursuivons notre lecture :

En dehors des insectes qui nuisent aux plantes et les attaquent, il en est d’autres dont l’intervention est bien moins néfaste, mais n’est cependant pas désirable, tels les guêpes, abeilles, papillons, etc., qui s’introduisent quelquefois dans les serres par les ventilateurs ouverts pendant l’été. La présence de ces insectes peut être gênante, et il peut arriver quelquefois, qu’ils fécondent des fleurs mal à propos. Il est donc préférable de les arrêter, ce qui est facile à réaliser en plaçant pendant l’été un fin grillage métalliques à l’ouverture des ventilateurs.

Aïe ! Alors la petite coccinelle à 7 points que j’évoquais plus haut, bien qu’elle ne soit pas réputée pour son rôle pollinisateur, risque peut être elle aussi de féconder mal à propos une orchidée de la serre. En lisant à un autre chapitre, j e comprends mieux le fonctionnement des fleurs :

L’apprenti semeur perdrait son temps à vouloir féconder une de ces fleurs par elle-même. Il faut avoir sous la main des fleurs des deux sexes, ce qui ne se rencontre pas très fréquemment.

Il parle de catasetum, l'orchidée-arbalète, et décrit les organes – je suis obligé de passer sur les détails – et notamment deux antennes.

Orchidée-arbalète (figures extraites de Les Orchidées exotiques et leur culture en Europe)

Orchidée-arbalète (figures extraites de Les Orchidées exotiques et leur culture en Europe)

L’une de ces antennes est inerte […] mais l’autre agit comme un ressort à détente d’une délicatesse extrême. Dès qu’elle reçoit le plus léger contact, elle soulève l’opercule de l’anthère ; par suite le pédicelle des pollinies, n’étant plus maintenu, se détend avec une extrême violence, de sorte que tout l’appareil pollinique est projeté à une certaine distance, généralement sur le doigt de l’observateur, ou sur le dos de l’insecte, qui visitait la fleur […]

Alors pas touche.

Ami lecteur, je ne suis en aucun pas spécialiste des orchidées et mes conseils ne sont donc pas à suivre. Je vais d’ailleurs moi-même profiter de cette belle exposition pour en apprendre plus sur les rapports entre orchidées et insectes, tels qu’on en parle aujourd'hui, 120 ans après Lucien Linden.

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