Pas si bon le bombyle

Publié le 8 Avril 2015

Il y a un peu plus de 8 jours, le temps était maussade, humide et frais. Les insectes étaient rares. Sur une feuille en bordure de chemin…

Bombyle au repos ©RogerPuff

Bombyle au repos ©RogerPuff

...un petit insecte tout velu, muni d’une longue trompe bien droite et de deux ailes noir et blanc : un bombyle. Ordinairement cet insecte en début de printemps s’affaire sans pratiquement jamais se poser auprès des fleurs, plongeant sa trompe pour y puiser le nectar.

Moi je me plonge dans les vieux grimoires en commençant par l’Entomologie analytique, parue en 1860 chez Didot Frères à Paris, de André-Marie Constant Duméril, cet entomologiste né à Amiens en 1774 et dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici.

Que nous dit Duméril à propos du bombyle ?

Ce nom tout à fait grec avait été employé par Aristote, par Aristophane et depuis par Swammerdam, mais pour indiquer des Guêpes et des Abeilles Bourdons qui font du bruit en volant.

Le bombyle d’Aristote est en fait notre Bourdon, Bombus en latin.

Frédéric Georges Cuvier, dans le Dictionnaire des sciences naturelles, paru chez Levrault en 1806, nous décrit celui qui fait l'objet de mon propos :

On ne connaît point du tout la larve des bombyles ; par conséquent on ignore comment et où se fait leur métamorphose. Quoique sous l’état parfait cet insecte paraisse armé de manière à attaquer les animaux et à se nourrir de leur sang, il ne s’alimente cependant que du nectar des fleurs, qu’il pompe en volant, comme le font les sphinx en général et principalement les sésies. Au reste la direction horizontale de la trompe s’opposerait à ce que le bombyle pût sucer étant posé ; car il faudrait alors qu’elle se relevât verticalement sur la tête, et sa grande longueur y mettrait bientôt obstacle. Lorsque ces insectes volent, ils produisent beaucoup de bruit par leur bourdonnement, et c’est probablement à cause de cette particularité que Linnæus leur aura donné le nom de bombyle.

Il décrit plusieurs espèces de bombyles, le nôtre est manifestement le bombyle majeur, bombylus major, que l’on trouve « fort souvent aux environs de Paris ».

Nous en avons une très belle photo :

Bombyle en piqué ©PhilippeDelmer

Bombyle en piqué ©PhilippeDelmer

prise par notre ami Philippe Delmer et que nous avons exposée lors de « Lumières d’insectes » en février dernier au Musée Serge-Ramond de Verneuil-en-Halatte.

Je ne résiste pas à vous donner une jolie description due à Mademoiselle Marie Maugeret dans La Science à travers les champs, ouvrage paru en 1880 chez Mame à Tours :

[…] voici un petit diptère qui mérite bien que nous disions un mot sur son compte. Remarquez qu’il plane au-dessus de cette fleur, à la manière de l’oiseau-mouche, sans même y poser ses petites pattes, pour puiser le suc dont il fait sa nourriture. Son corps, noir, couvert de poils jaunes assez épais, est d’un poids relativement lourd, ce qui ne l’empêche pas de traverser l’air comme une flèche. On lui a donné le nom de bombyle bichon, et les entomologistes ne manqueraient pas, ne serait-ce que par plaisir de vous débiter quelques grands mots scientifiques, de vous dire qu’il appartient à l’ordre des diptères, divisions des brachocères, subdivision des tétracoètes, famille des tanystomes et tribu des bombyliers.

Je passe sur les considérations très poétiques qui suivent pour noter que Mlle Maugeret se pose toujours une grande question :

Comme les bêtes ont de l’esprit ! Les hommes, qui en ont quelquefois aussi, et les savants, qui en ont un tout exprès pour eux, n’ont pas encore su découvrir la larve des bombyliers. C’est un point obscur qui doit les gêner considérablement. Pour nous, cela nous est, je suppose, assez indifférent. Plus d’une fois déjà nous avons pu constater que les larves sont de méchants personnages, qui n’ont d’autre occupation que de faire le mal, en égoïstes toujours, en assassin le plus souvent […].

Mlle Maugeret, comment pouvez-vous blâmer la larve alors que vous semblez admirer l’insecte ? Sans larve, point d’insecte … et réciproquement.

A peine cinq ans avant en 1875, Louis Figuier, dans Les Insectes paru chez Hachette, que Mlle Maugeret avait sans doute pu lire, se posait la même question :

 Louis Figuier gallica.bnf
Louis Figuier gallica.bnf

Beaucoup plus commun dans les climats chauds que dans le Nord, ces insectes, dont les larves ne sont pas encore connues, prennent leur essor à l’heure où les rayons du soleil sont les plus ardents. Ils volent très rapidement, en faisant entendre un bourdonnement grave. Ils planent au-dessus des fleurs, sans se poser sur leurs corolles.

L’ouvrage nous propose une bien belle illustration : l’insecte est toujours qualifié de bichon, terme que donnait déjà en 1804 Pierre André Latreille dans son Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes, parue chez Dufart. Bichon ? Du nom bien sûr de ce petit chien à nez court et à poils longs que les dames portaient dans leur manchon, très à la mode du temps de la Régence .

L’an dernier vers le 25 mars j’avais pu faire quelques photos de bombyles dans les muscaris qu’ils affectionnent tout particulièrement.

Mais cette année, en ce début d’avril, le temps toujours un peu frais et le vent plutôt vif ne favorisaient pas la sortie des insectes au jardin. Seuls quelques gros bourdons endurcis profitaient des fleurs du prunus. Mais en ce lundi de Pâques, il n’en allait plus de même : bourdons, abeilles, mouches de toutes tailles et nos bombyles étaient de sortie. A côté du bourdonnement des bourdons, je dois dire que les bombyles ne sont pas vraiment bruyants.

autre bombyle en piqué ©RogerPuff

autre bombyle en piqué ©RogerPuff

au but ©RogerPuff

au but ©RogerPuff

Alors bien sûr j’ai voulu faire un peu concurrence à Philippe, et voilà, j’ai de nouvelles photos de mes bombyles dans les muscaris de la pelouse.

Oui, mais me direz-vous : quid des larves ?

Et bien aujourd’hui nous avons la réponse et je vous recommande l’article (et les photos) de Jean-Pierre Moussu du département de Biologie de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon, que je cite ici

C’est l’un des premiers insectes à faire son apparition au printemps. Dés les premiers beaux jours, et surtout lorsque les premières fleurs s’ouvrent, le grand Bombyle (Bombylius major) émerge de la galerie souterraine dans laquelle il a passé sa vie larvaire et la rigueur de l’hiver. Cette galerie n’est d’ailleurs pas exactement la sienne. En effet, lors de la saison précédente, la femelle a déposé ses œufs à l’entrée de galeries d’Hyménoptères comme des Abeilles solitaires du genre Andrena ou des bourdons du genre Bombus. Les larves qui éclosent des œufs sont dotées de puissantes mandibules acérées. Elles pénètrent à l’intérieur des galeries et y consomment les larves des Hyménoptères qui sont donc parasitées.

Et voilà, notre charmant bombyle est en fait un vilain diptère profiteur qui pond dans les galeries des braves hyménoptères qui se sont mis à l’ouvrage en même temps que lui. Mlle Maugeret avait pressenti les méfaits de ses larves.

l'andrène et son trou ©RogerPuff

l'andrène et son trou ©RogerPuff

Je n’ai pas encore pu saisir le moment où notre bombyle pénètre pour pondre dans la galerie de l’andrène, mais celle-ci qui sort de son trou doit craindre pour l’avenir de sa progéniture.

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Commenter cet article

amelie 27/06/2015 21:55

Le bombyle peut il piquer avec sa trompe mon fils me decrit cet insecte

L'Agrion de l'Oise 28/06/2015 11:42

Non, rassurez-vous, il ne pique pas du tout : sa trompe lui sert à pomper le nectar des fleurs

laurent 30/05/2015 11:27

Il englue ses oeufs avec du sable et les lâche à l entrée de la galerie

Halatte 09/04/2015 14:08

Et voilà! Je suis moins bête :)
Une chaise longue, du soleil et un bombyle au-dessus de ma tête pendant que je lisais cet article délicieux.