Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

Publié le 24 Septembre 2015

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

J’ai eu récemment l’occasion de visiter le très intéressant Familistère à Guise dans l’Aisne.

Son créateur Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) - vous connaissez tous bien le poêle Godin - y a mis en application avec succès les idées utopistes de Fourier. J’ai retenu de cette visite qu’il portait des principes que l’on chérit toujours aujourd’hui : le droit à l’air pur, à l’eau courante (bien évidemment non polluée), à la lumière, à l’espace. Précurseur en lançant dès 1858 la construction de bâtiments d’habitation à proximité de son usine, il a voulu que tous ses ouvriers en bénéficient, alors qu’à l’époque la condition ouvrière c’était plutôt Germinal, roman que Zola ne publiera qu’en 1885.

Il écrit dans son ouvrage Solutions sociales paru en 1871.

"L’air est un des principaux éléments que la Nature donne à l’homme pour l’entretien de son existence ; c’est un aliment de tous les instants […]. Il est donc du plus grand intérêt que l’architecture fasse concourir toutes les dispositions de l’habitation pour tirer de l’air le parti le plus utile à la santé."

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

Les espaces verts autour des bâtiments contribuent à son assainissement. La conception du système de ventilation naturelle du palais social assure le rafraichissement de l’air en été et son réchauffement en hiver. On pourrait ici faire l’analogie avec la termitière à laquelle l’économie bleue pense aujourd’hui pour construire des immeubles plus économes en énergie. La couverture vitrée des cours intérieures joue le rôle de serre pour réchauffer l’air en hiver.

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

Je retiens plutôt pour ma chronique - consacrée bien sûr aux insectes- le chapitre « L’air : absence d’insectes ».

"La rareté des insectes est peut-être un véritable signe de l’état de salubrité du Familistère ; dans tous les cas, c’est un motif de tranquillité de plus à ajouter aux avantages de l’habitation, et à signaler en faveur des sociétaire du Palais.

Qui ne sait combien sont gênantes, dans la plus grande partie des maisons ouvrières, et particulièrement à la campagne, ces quantités innombrables de mouches dont les logements sont remplis ?"

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

"C’est qu’aux abords de ces maisons les eaux croupissantes, les matières en décomposition, les tas d’ordures, sont des foyers où se développent les larves dont éclosent les insectes. Rien de pareil ne peut se produire au Familistère ; aussi les mouches y sont elles très rares, et même, pendant plusieurs années, en ont-elles été complètement absentes."

Ces quelques photos de mouches plutôt solidaires ne donneront qu’une vague idée de la prolifération évitée dans ces constructions.

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

"Mais un fait bien propre à faire saisir les avantages de l’habitation unitaire, pour l’application des moyens de destruction des insectes, c’est l’absence de puces au familistère, chez une population à peine sortie de la misère. "

Je n'ai pas plus de photos de puces à vous proposer qu de termites, dommage.

Effectivement en vivant dans des logements mono-familles tenus en état de propreté et d’aération parfaite, on évite la prolifération de vermine. Godin d’ailleurs indique que la seule invasion de puces connues l’a été dans les dortoirs consacrés aux ouvriers célibataires. Il a suffi de mélanger du coaltar et de la sciure de bois pour en faire une poudre qu’on dispersait la nuit sur les sols et dans les gaines de ventilation et qu’on balayait au matin.

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

"Cette opération si simple, et qui suffit pour faire disparaitre, en quelques jours, jusqu’au dernier de ces insectes ennemis du repos de l’homme […]"

Point n’est besoin comme dans la fable de La Fontaine d’invoquer les dieux pour qu’ils vous prêtent leur foudre et leur massue. Un bon goudron de houille suffit, mais il devient difficile de s’en procurer.

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

Mais plutôt que le curatif, Godin préférait les solutions préventives :

"Comme il est infiniment plus simple de prévenir le mal que d’y porter remède, on n’attend plus au Familistère que le repos des travailleurs soit troublé par des insectes gênants pour interdire à ces derniers l’entrée du Palais. L’invasion de la vermine y est donc paralysée par des moyens d’assainissement employés en vue de l’hygiène générale, l’influence de ces moyens eux-mêmes, sur la santé publique, semble prouver que les maladies épidémiques ou contagieuses sont moins accessibles au Familistère qu’elles ne le sont dans les habitations de la ville."

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

Malheureusement Godin ne traite pas des moustiques et des frelons, qui aujourd’hui mobilisent nos quotidiens. Sans doute ces trublions ne posaient-ils pas problème en ce temps-là.

Au fait savez-vous que la ruche a été un temps la marque moulée dans la fonte des poêles Godin ? Le drapeau de l’Harmonie en était aussi marqué. La ruche était symbole de la solidarité que l’on mettait en œuvre dans le Familistère.

Des mouches, des puces et des abeilles au Familistère

La ruche a été l’emblème de l’habitat social, notamment avec la cité-jardin La Ruche construite en 1891-1893 par l’architecte Georges Guyon à La Plaine Saint-Denis. La Ruche est aussi un lieu de résidence et de travail pour les artistes à Montparnasse inauguré en 1902, qui recyclait un pavillon octogonal construit par Gustave Eiffel pour l’Exposition Universelle de 1900. Ce qui n’a cependant pas conduit les abeilles à se lancer dans la construction de cellules à 8 côtés. La ruche symbolise aujourd’hui encore l’économie sociale et solidaire.

Photos R.Puff

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