Publié le 28 Février 2014

Les Nations Unies ont voulu mettre un focus sur l’importance de la faune et de la flore sauvages, en insistant sur les animaux et les plantes les plus menacés, en consacrant le 3 mars, Journée mondiale de la Vie Sauvage.

Dans la résolution adoptée, les membres des Nations Unies ont réaffirmé la valeur intrinsèque de la vie sauvage et de ses contributions au développement durable et au bien-être humain qu’elles soient écologiques, génétiques, sociales, économiques, scientifiques, éducationnelles, récréatives ou esthétiques. Ils ont ainsi rappelé le rôle majeur de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction signée à Washington le 3 mars 1973.

Cette journée mondiale doit rappeler le besoin urgent de poursuivre et d’accroitre la lutte contre la criminalité vis à vis de la faune et la flore sauvage.

Cette criminalité recouvre des actes contraires aux lois et réglementations nationales visant à protéger la vie sauvage que ce soit le braconnage d’éléphants pour s’approprier l’ivoire, l’arrachage d’une orchidée rare, l’abattage non autorisé d’arbres, ou la pêche d’espèces protégées. Certains insectes font partie de ces espèces à protéger. Elle peut concerner la transformation d’animaux ou de plantes en produits, leur transport, mise en vente, vente, possession, etc.

L’Agrion de l’Oise prend part à cette démarche en célébrant par le biais de son blog la beauté et la variété des millions de plantes et d’animaux qui partagent la planète avec nous.

3 mars - Journée mondiale de la vie sauvage

Mais l’Agrion de l’Oise s’engage pour un projet d’insectarium qui présentera des espèces “épinglées” ou vivantes. Ne va-t-il pas à l’encontre de la protection de la vie sauvage ? Non car comme les zoos et les aquariums - reconnus par l'Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN) comme des partenaires dans la conservation de la nature - un insectarium, au delà de son attrait touristique, doit nécessairement avoir des objectifs de sensibilisation, d’éducation, de recherche et de conservation.

Les insectes et autres animaux qu’il présentera devront avoir été acquis par des moyens légaux, soit qu’ils fassent partie de collections historiques, soit qu’il s’agisse de spécimens obtenus par élevage, provenant de l’insectarium lui-même ou de partenaires nationaux ou internationaux.

Les zoos et les aquariums de France font partie de l’Association Française des Parcs Zoologiques, au niveau européen de l’EAZA (European Association of Zoos and Aquaria) avec 345 institutions de 41 pays, au niveau mondial de la WAZA (World Association…) à laquelle adhèrent 1100 institutions correspondant à 600 millions de visiteurs par an.

L’insectarium devra faire partie d’un tel réseau et en tous cas devra établir des relations avec d’autres insectariums de niveau national et mondial, d’où notamment l’importance de notre rapprochement avec l’Insectarium de Montréal, lui-même tête de pont vers d’autres institutions importantes, ceci pour échanger des spécimens et pour participer à des démarches communes, promouvoir l'éducation à l'environnement, la conservation de la vie sauvage et la recherche environnementale.

Un insectarium est donc un acteur essentiel de la protection de la vie sauvage pour l'entomofaune. Une de ses missions majeures sera de faire aimer et respecter la faune sauvage qu’elle soit locale ou exotique.

Et rappelons nous que le bel Agrion de Mercure Coenagrion mercuriale, qui a conduit notre association à choisir de se faire appeler L’Agrion de l’Oise, est une espèce inscrite sur la Liste Rouge des Espèces Menacées de l’UICN .

3 mars - Journée mondiale de la vie sauvage

Et pourquoi moi, la petite coccinelle, ne suis-je pas sur la liste rouge alors que je suis pourtant bien rouge ?

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Publié le 23 Février 2014

Réaumur l'entomologiste

Dommage que le blog de L’Agrion de l’Oise n’ait pas été ouvert début 2013. En effet, nous aurions pu célébrer le 330ème anniversaire de la naissance de René-Antoine Ferchault de Réamur, né le 28 février 1683 à La Rochelle. Rattrapons-nous en célébrant ici le 331ème…

Homme de sciences, il entre à l’Académie royale des sciences à 24 ans. Il y restera jusqu’à sa mort en 1757 en ayant été onze fois son directeur et 9 fois son sous-directeur.

Physicien, il s’intéressait aux techniques, notamment celles du feu comme la métallurgie et la sidérurgie (il écrit en 1722 sur L’art de convertir le fer forgé en acier), la verrerie et la céramique. On lui doit des études sur les mesures physique et tout particulièrement la mesure de la température, avec la mise au point d’un thermomètre à alcool à 80 graduation entre le gel et l’ébullition de l’eau, ainsi que sur la régulation des températures. Il s’intéressait également à la sécurité comme par exemple la manière d’éteindre les incendies. Les encyclopédistes reprendront et diffuseront ses travaux.

Réaumur l'entomologiste

Mais à côté de la physique, il se passionne pour l’histoire naturelle, tout particulièrement celle des mollusques, des crustacés et des oiseaux. Il met notamment en évidence la nature animale des coraux. Il s’intéresse à la nacre, aux fils d’araignées… Il va s’avérer un entomologiste de premier plan en son siècle, s’attachant à l’étude des insectes, que méprisera le grand Buffon (1707-1788), lui aussi naturaliste et physicien, lui aussi passionné par la sidérurgie. Beaucoup de points communs, mais pour Buffon « une mouche ne doit pas tenir dans la tête d’un naturaliste plus de place qu’elle n’en tient dans la nature ». Buffon, qui aurait également dit « aux petits esprits les petits objets »…

On doit à Réaumur un mémoire sur la soie des araignées, car à cette époque certains envisagent la possibilité d’utiliser la soie d’araignée à la place du cocon du ver à soie. Cette voie plus coûteuse pour une moindre qualité ne sera pas poursuivie. Aujourd’hui on se repose la question car la soie d’araignée est résistante, légère et élastique. Le développement du biomimétisme y conduit à nouveau tout naturellement.

Il étudie les fourmis et les guêpes. Il publie en 1719 une Histoire des Guêpes, mais son Histoire des Fourmis ne sera publiée qu’au 20ème siècle.

Réaumur l'entomologiste

De 1734 à 1742, il publie les six volumes de ses Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, ouvrage illustré de 267 planches.

Tome 1er Sur les Chenilles & sur les Papillons

Tome 2ème Suite de l’Histoire des Chenilles & des Papillons. Et l’Histoire des Insectes ennemis des Chenilles

Tome 3ème Histoire des Vers mineurs des feuilles, des Teignes, des fausses Teignes, des Pucerons, des ennemis des Pucerons, des faux Pucerons, & Histoire des Galles des plantes & de leurs Insectes

Tome 4ème Histoire des Gallinsectes, des Progallinsectes & des Mouches à deux ailes

Tomes 5ème Sur l’Histoire des Mouches à deux ailes, & l’Histoire de plusieurs Mouches à quatre ailes, sçavoir, des Mouches à soies, des Cigales, & des Abeilles

Tome 6ème Suite de l’Histoire des Mouches à quatre ailes, avec un Supplément à celle des Mouches à deux ailes

Dans ces ouvrages il montre la multiplicité et la diversité du monde des insectes. Il se défend de s’intéresser à des amusements frivoles, faisant valoir l’utilité des insectes avec le miel des abeilles ou la laque des cochenilles… insectes utiles… Tiens un extrait du tome 1er :

Il n'y a gueres d'apparence que les anciens ayent donné à leurs étoffes, des nuances de rouge plus belles que celles que nous sçavons donner à nos draps & à nos tissus de soye ; il est même à croire que nous avons de très-belles nuances en ce genre, qui leur manquoient. Ce sont pourtant des insectes dont ils ne sçavoient pas se servir, d'où nous tirons tous ces beaux rouges. Il est à présent très- bien prouvé que la Cochenille, dont le grand & utile usage est si connu, n'est qu'un insecte qui multiplie prodigieusement, & qu'on prend soin d'élever dans le Mexique. Un insecte qui croît sur une espece de petit chêne, qui n'y est bien sensible que sous une forme, qui ressemble si peu à celle d'un animal, qu'elle l'a fait prendre pendant longtemps, même par les physiciens, pour une simple galle de l'arbrisseau, cet insecte, dis-je, est employé par nos teinturiers, & c'est ce que nous appelions le Kermes, ou la graine d'Ecarlatte.

Réaumur l'entomologiste

Mais il fait également ressortir les attaques aux cultures ou aux charpentes… Insectes nuisibles…

Souvent les charpentes des bâtiments périssent, parce que des vers ont pénétré dans l'intérieur des plus grosses pieces, qu'ils en ont haché les fibres, qu'ils les ont réduites en scieure & en poussiere. Nous voyons tous les jours des meubles de bois destinés à des usages qui ne les fatiguent nullement, qui dureroient des suites de siecles, s'ils ne devenoient cassants parce qu'ils deviennent vermoulus, c'est-à-dire, parce que les vers ont pulverisé leur intérieur. Des recherches où l'on se proposeroit d'empêcher les vers de percer nos bois d'ouvrages, iroient directement au bien public.

Souvent il conclut son propos par un point de vue utilitaire, ici l’intérêt d’empêcher les vers d’attaquer les charpentes, là celui d’empêcher les chenilles de détruire les feuilles des arbres, ou les vers de gâter les pommes. Il écrit :

Il y a un grand nombre d’autres découvertes à désirer, qu’on ne peut attendre que de ceux qui observent bien les insectes ; ils peuvent même nous en procurer dont nous n’avons point d’idée.

La remarque reste totalement d’actualité.

Je voudrais juste encore évoquer les demoiselles – Réaumur ne parle ni d’agrion, ni d’aeschne, ni même de libellule – qui sont abondamment traitées au tome 6ème :

C'est l'onzième Mémoire qui fait passer sous nos yeux un grand nombre d'especes de Demoiselles, dont le corps est paré de belles couleurs souvent rehaussées par un brillant doré ou argenté.

Réaumur l'entomologiste

Le comportement de ces insectes, de leurs larves et de leurs nymphes est largement décrit. Bien entendu il faut lire ce qu’il écrit sur l’extraordinaire accouplement des demoiselles, dont voici un extrait :

Ceux de certaines especes conduisent leur femelle sur une plante à laquelle ils vont s'attacher : là le mâle recourbe son corps pour inviter la femelle à courber le sien ; enfin celle-ci vaincuë par des agaceries tendres, ou par le desir de devenir libre, se rend après s'être souvent défendue plus d'une demi-heure ; elle recourbe son corps, elle en fait passer le bout sous celui du mâle, & le conduit jusqu'auprès du corcelet : là l'union intime s'acheve. Les corps des deux demoiselles sont alors contournés de façon qu'ils forment un las en cœur: c'est dans l'échancrûre du cœur que se trouvent la tête de la femelle & le derrière du mâle, qui n'abandonne pas le col de celle-ci; la tête du mâle est à la pointe du las. L'accouplement dure quelquefois une heure & plus; après qu'il est fini la femelle peut aller confier à l'eau même, ou à quelque plante qui en est baignée, les œufs d'où sortiront des vers qui après avoir vécu & cru pendant près d'une année à la manière des poissons, deviendront à leur tour des demoiselles.

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Publié le 21 Février 2014

Isabelle, le beau papillon

"Neige à la sainte-Isabelle, fait la fleur plus belle"

Et la joie des papillons... il convient demain de fêter les Isabelle. Profitons en pour célébrer ce magnifique papillon : l’isabelle ou papillon vitrail.

Graellsia isabellae est un lépidoptère aux belles couleurs vert et rose, très rare, appartenant à la famille des Saturniidae (comme le paon de nuit). C'est l'un des plus grands papillons d'Europe avec 42 à 52 mm d’envergure. Il vit de 2 à 16 jours seulement et on ne le trouve qu’en Espagne et près de Briançon dans les Alpes. Il apparait de fin mars à juillet et sort au crépuscule et aux premières heures de la nuit, car il est très sensible à la lumière. Il est totalement protégé en France depuis l’arrêté du 22 juillet 1993.

Voici un extrait de poème "La dispersion" où il est peut être évoqué. Le poème - pas très gai, j’en conviens - est de Henri Strentz (1873-1943), poète méconnu que j'apprécie tout particulièrement. Je ne suis pas loin de penser qu’il ne connaissait pas ce beau papillon, mais il lui fallait une rime en –elle.

C’est au fond du parc embrumé
Que l’Automne au grand manteau roux
A convié folles et fous
Autour de Pierrot consterné.

Ils étaient tous à ricaner
De l’amant pâle en souquenille,
Du pur toujours abandonné,
Quand la Mort parut, osseux drille.

D’effroi, s’élance en des venelles
L’essaim moqueur des Isabelles ;
Le soir qui flue entre les branches
Drapait leurs insolentes hanches. […]

Mais sont-ce bien ici des papillons en essaim qui se moquent de Pierrot ? Je crois bien que mon ami Henri Strentz évoquait plutôt des jeunes filles taquinant avec insolence le triste Pierrot.

Qu’importe l’occasion était belle d’évoquer l’isabelle. Bonne fête aux Isabelle !

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Publié le 16 Février 2014

Dans notre précédent article sur la biodiversité, daté du 12 janvier 2014, nous en étions restés à 2010 Année de la Biodiversité, mais il faut dire cette préoccupation s’était traduite par des actes nationaux et internationaux déjà quelques années auparavant.

La préoccupation pour la faune et la flore sauvages remonte aux années 60 avec la prise en compte de la nécessité de réglementer le commerce international des espèces sauvages en vue de les conserver, commerce portant sur des milliards de dollars par an et sur des centaines de millions de spécimens de plantes ou d’animaux. Il s’agissait bien sûr de protéger des espèces emblématiques comme le tigre ou l’éléphant et éviter leur disparition, mais aussi d’éviter de porter atteinte à quantité d’autres espèces menacées par le trafic de produits dérivés, objets en cuir, en corne ou en bois, souvenirs pour touristes, remèdes, etc.

Insectes et protection de la biodiversité (2) : la CITES

Les travaux engagés ont abouti en 1963 à une résolution de l’assemblée générale de l’UICN, aujourd’hui Union mondiale pour la conservation de la nature, puis en 1973 à la Convention de Washington, accord international entre états mieux connu sous le sigle CITES – convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

Le préambule de la CITES est le suivant :

"La faune et la flore sauvage constituent de par leur beauté et leur variété un élément irremplaçable des systèmes naturels, qui doit être protégé par les générations présentes et futures".

Ce sont 179 Parties (états pour lesquels la convention est entrée en vigueur) qui ont signé cette convention internationale, les premiers en 1974 (Etats-Unis le 1er janvier), le dernier état à avoir signé étant l’Angola le 2 octobre 2013. La France est devenue Partie le 11 mai 1978 en ratifiant la convention.

Aujourd'hui, la CITES permet de protéger 5000 espèces animales et 28000 espèces végétales sauvages – qu'elles apparaissent dans le commerce sous forme de plantes ou d'animaux vivants, de manteaux de fourrure ou d'herbes séchées. Trois annexes regroupent les espèces en fonction de la gravité de leur risque d’extinction. La réglementation peut concerner des groupes entiers ou des sous-espèces ou encore une population géographiquement isolée (par exemple dans un seul pays).

Les invertébrés, dont les insectes, représentent au total 2328 espèces et 9 sous-espèces, ce qui est très peu au regard du million d’espèces d’insectes répertoriées à ce jour.

Dans les trois annexes se retrouvent notamment des coléoptères comme le Colophon (lucane d’Afrique du Sud), ou Dynastes satanas (un scarabée), des lépidoptères (papillons) comme Agrias amydon boliviensis, Morpho godartii boliviensis, Parnassus apolio, etc.

Insectes et protection de la biodiversité (2) : la CITES

Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) tient à jour la base de données avec l’appui financier de la Commission européenne et du Joint Nature Conservation Committee du Royaume-Uni.

Les travaux de la CITES peuvent être suivis sur son site Internet, sachant que la CITES a publié en 2013 un rapport sur ses 40 années d’existence.

On note par exemple pour les toutes dernières activités de début 2014 :

  • 6 janvier 2014: Déclaration du Secrétaire général de la CITES lors de la destruction officielle de stocks d’ivoire d’éléphant confisqués
  • 22 janvier 2014: notification relative au commerce illégal de spécimens d’Osyris lanceolata (bois de santal est-africain) du Burundi
  • 23 janvier 2014: notification relative au rhinocéros
  • 24 janvier 2014: notification relative au commerce illégal des guépards
  • 29-31 janvier : Atelier consultatif régional FAO-CITES à Casablanca sur l’évaluation des capacités de mise en œuvre des nouvelles inscriptions de requins et de raies manta aux annexes de la CITES
  • 4 février 2014 : Enregistrement des établissements élevant en captivité à des fins commerciales des espèces inscrites à l’Annexe I (concerne des élevages de faucons en Serbie)
  • 10 février 2014 : Paragay : levée du moratoire volontaire sur le commerce des espèces CITES

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), le trafic mondial d'espèces de faune et de flore sauvages est actuellement estimé à 19 milliards de dollars (14 milliards d'euros) par an.

Au calendrier CITES, s’ouvrait à Londres le 13 février, à l’initiative du Premier Ministre David Cameron et du Prince Charles, une conférence sur le commerce illégal d’espèces sauvages. Le Prince Charles et son fils William, très engagés dans la lutte pour la protection de l’environnement, y ont fait une déclaration pour la protection des éléphants. A noter qu’en France 3 tonnes d’ivoire issues de saisie étaient détruites le 6 février dernier, après la signature du pacte France-Afrique pour lutter contre le trafic d’espèces menacées.

Insectes et protection de la biodiversité (2) : la CITES

Signalons aussi que le 15 janvier 2014 sortait une notification aux Parties pour la célébration, sous l’égide des Nations Unies, de la Journée mondiale de la Vie sauvage le 3 mars prochain, en référence à la date de naissance de la CITES, le 3 mars 1973, dont l’objet sera de :

  • célébrer les formes les plus belles et les plus variées de la faune et de la flore sauvages ;
  • faire connaître les multiples avantages que les espèces sauvages procurent aux hommes ;
  • sensibiliser le public à la nécessité urgente d’intensifier la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages, qui a de nombreuses incidences économiques, environnementales et sociales.

Le responsable du CITES déclarait à cette occasion : "cette Journée nous rappelle l'urgente nécessité d'intensifier la lutte contre la criminalité de la vie sauvage, et ses vastes impacts économiques, environnementaux et sociaux".

Nous suivrons cet événement de près.

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Publié le 9 Février 2014

"Le vol des oiseaux et des insectes m'a toujours préoccupé… J'avais essayé tous les genres d'ailes d'oiseaux, de chauves-souris et d'insectes, disposées en ailes battantes, ou ailes fixes avec hélice …"

C’est ainsi que Clément Ader disait s’être inspiré de la nature.

Intéressons nous au vol des insectes en revenant si vous le voulez bien à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et plus particulièrement à l’article « Insecte » :

« De la progression des insectes qui volent dans l’air. Parmi les insectes qui sont obligés de chercher leur nourriture dans l’éloignement ; les uns ont deux aîles, d’autres quatre, & d’autres de petits balanciers qui leur servent comme de contre-poids. Ces petits balanciers, ou ces petites boules, sont placées sous la partie postérieure des aîles, & elles tiennent au corps par un filet fort mince, qui sert à l’animal pour les mouvoir selon qu’il en a besoin. Chez les uns elles sont toutes nues, & chez les autres elles sont couvertes. Leur usage est de tenir le corps en équilibre ; elles sont aux insectes ce que les contre-poids sont aux danseurs de corde, & les vessies remplies d’air aux nageurs. Si on leur coupe une de ces boules, on s’apperçoit qu’ils panchent plus d’un côté que de l’autre ; & si on les leur ôte toutes deux, ils n’ont plus ce vol léger & égal qu’ils avoient auparavant, ils ne savent plus se diriger, & ils font des culbutes. La plûpart des insectes n’ayant point de queue & de plumes comme les oiseaux, ont un vol fort inégal, & ne peuvent pas tenir leur corps en équilibre dans un élément si subtil, & qui cede aussi aisément. Swammerdam a pourtant trouvé une espece de papillons qu’il faut excepter de cette regle générale ; il a une queue à l’aide de laquelle il dirige son vol comme il veut. Enfin parmi les insectes qui volent, les uns s’élevent dans l’air à une certaine distance de la terre, tandis que d’autres voltigent sans cesse à quelques lignes seulement de sa surface. »

Il y a là bien de la poésie… et l’orthographe est garantie d’époque.

Les photographes d’insectes aiment bien les prendre en vol. Par exemple le moro – sujet de notre précédent article - qui butine en ne se posant jamais. Ses ailes battent 80 fois par seconde et lui permettent le sur-place et même le vol arrière.

Il ne s’agit pas ici de développer l’art et la technique du vol chez les insectes, mais simplement d’apporter quelques bribes d’informations (les vitesses de vol sont tirées d’un article de l’OPIE) :

Les coléoptères utilisent une seule paire d’ailes pour voler, les élytres servent essentiellement de protection et leur confèrent un vol plutôt maladroit, avec des vitesses de l’ordre de 10 km/h. Les hyménoptères comme les abeilles ont deux paires d’ailes et volent très loin, mais elles ne peuvent ni avoir de vol stationnaire, ni voler quand il pleut. Une abeille ouvrière peut atteindre 50 km/h. Les odonates – qui sont sans doute les plus anciens insectes volants - ont deux paires d’ailes, chaque aile étant indépendante des trois autres, ce qui leur permet le vol stationnaire, le changement brusque de direction ou d’altitude, et même l’accouplement en vol… L’Aeschne vole à près de 100 km/h !

Insectes et minidrones

Les thysanoptères (thrips) sont si légers qu’avec leurs 2 paires d’ailes munies comme de plumes, ils nagent dans l’air plus qu’ils ne volent. Les diptères (mouches) ont une paire d’ailes, mais portent comme un second jeu d’ailes en fait de minuscules sacs d’air, les licols, qui les équilibrent et leur permettent un vol très rapide, des changements de directions brusques et le vol stationnaire. Le taon peut voler à près de 145 km/h.

Insectes et minidrones

Les lépidoptères (papillons) portent sur leurs ailes des écailles qui les alourdissent, mais leur procurent des bénéfices certains comme d’échapper aux toiles d’araignées et par leurs dessins et colorations d’éloigner les prédateurs. Ces écailles secrètent aussi des parfums qui attirent le sexe opposé. Les très grandes surfaces d’ailes de certains papillons leur permettent de faire de très longs vols planés et de parcourir de très longues distances, comme le Monarque qui parcourt du Canada au Mexique 4000 km à une vitesse de 30 à 40 km/h.

Mais notre article aimerait aussi un peu traiter de la recherche de l’imitation du vol de l’insecte dans la technologie. Donc au biomimétisme …

Les insectes volent en battant des ailes plusieurs centaines de fois par seconde, jusqu’à 600 fois comme les moustiques (le colibri l’oiseau le plus rapide ne bat des ailes que 80 fois par seconde), et qui plus est ne se fatiguent pratiquement pas...

Avant Clément Ader, Léonard de Vinci s’est intéressé au vol animal : chauves souris, oiseaux, insectes. L’idée était de développer un ornithoptère, engin volant inspiré du vol des oiseaux. Au début du 20ème siècle le français Etienne Oehmichen a consacré sa vie au vol des insectes, mais est mort oublié et ruiné dans les années 1950. Aujourd’hui, notamment pour la construction des drones et de mini-robots volants, ses travaux sont remis à jour (voir l’intéressant article du Monde de janvier 2012 « De la libellule au microdrone : comment les insectes nous apprennent à voler »)

Le laboratoire de Berkeley - Biomimetic Millisystem Lab - s’est spécialisé, en collaboration étroite avec des biologistes, dans l’application des mouvements des insectes, notamment le vol, pour développer des mini-robots au « vol bio-inspiré ». Le vol battu a notamment permis de développer un robot destiné à voler jusqu’à 2.5 m/s à l’intérieur des constructions en détectant et en naviguant parmi des obstacles non modélisés, le robot de 13 g portant une charge utile de 2.8 g étant suivi et dirigé par une station extérieure.

Insectes et minidrones

En France, un laboratoire de l’ONERA (projet Remanta et le drone du futur copie la nature) s’intéresse entre autres au vol de la libellule pour développer des microdrones. Cet insecte très ancien présente une mécanique de vol simple - les ailes supérieures se lèvent tandis que les ailes inférieures se baissent. - facile à imiter avec une fréquence de battements de 20 à 40 Hz, alors que les mouches battent elles à 1000 Hz…

On voit bien tout l’intérêt de développer des robots volants militaires ou civils - de la taille d’un insecte - capable d’accomplir des missions de renseignements ou d’inspection dans des endroits difficilement accessibles.

Les insectes ont décidément beaucoup de choses à nous apprendre.

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Publié le 2 Février 2014

Je voudrais rendre hommage à ce bel insecte qui honore quelquefois mon jardin. C’est le Moro Sphinx, qu’on baptise aussi Sphinx colibri, tant il ressemble à ce petit oiseau. On le voit en été et il affectionne les géraniums. Comme tous les butineurs, il contribue à la pollinisation des plantes et à ce titre mérite notre protection et notre affection.

Le Moro Sphinx

C’est un papillon, autrement dit un lépidoptère. Il appartient à la famille des Sphingidae, sous-famille des Macroglossinae, tribu des Macroglossini, genre Macroglossum, autrement dit « grande langue » et pourtant il ne médit de quiconque. Ah ! Les charmes de la classification. C’est un sphinx, mais attention contrairement à ses cousins, ce n’est pas un papillon de nuit. Ecoutons ce que nous en dit Guillaume Louis Figuier (1819-1894) dans son ouvrage Les Insectes, très bien illustré, paru chez Hachette en 1869 :

« Ce papillon a frappé l’attention de tous ceux qui ont vécu dans un jardin fleuri. […] Lorsqu’il va d’une fleur à l’autre, il a des mouvements brusques et rapides ; mais il reste en état de vol stationnaire devant chacune. Il ne se pose pas ; il vole sans cesse, tout en enfonçant sa longue trompe dans les corolles des fleurs, contrebalançant l’action de la pesanteur par la vibration continue des ses ailes. »

Le Moro Sphinx

Figuier le décrit bien mieux que moi et, qui plus est, il me donne l’occasion d’évoquer ce personnage né à Montpellier en 1819, docteur en médecine à 22 ans, professeur de pharmacie à Montpellier, puis à Paris, où il mourut en 1894. D’abord expérimentateur, il s’opposa par ses travaux sur le foie à Claude Bernard, ce qui lui fit abandonner définitivement cette pratique pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il sera notamment rédacteur en chef de La revue hebdomadaire La Science illustrée aux côtés de Jules Verne et de Camille Flammarion, entre autres… Il écrivit sur tout, aussi bien sur les glaciers, les avalanches, les tremblements de terre que sur les races, les beautés de la végétation terrestre, les fleurs… Sans oublier l’alchimie, la vie des savants illustres, les aérostats, les merveilles de l’industrie, que sais-je encore ? Il s’est même fait une spécialité du théâtre de la science. On lui doit par exemple des drames comme Kepler, ou l’Astrologie et l’Astronomie, des comédies, comme La République des abeilles.

Vous l’avez deviné : ce n’était pas un entomologiste mais un scientifique touche-à-tout. Aujourd’hui il passerait à la télévision.

Le Moro Sphinx

Mais revenons à notre Moro Sphinx, notre Sphinx colibri. On peut lire aussi que dans le passé les paysans l’appelait mouche folle tant il s’activait de fleur en fleur, ce qui confirme que le travail rend fou : ils avaient bien du bon sens nos ancêtres.

Et aussi pourquoi appelle-t-on cette famille "Sphinx "? Je trouve la réponse dans un ouvrage de Maurice Griveau, conservateur honoraire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, intitulé « Histoire esthétique de la nature », daté de 1929 :

« Ces Sphinx que voici, à l’abdomen pointu, et qui s’éclairent de reflets roses, ont un nom assez peu poétique : on les appelle des « pourceaux »… Mais c’est à cause de leurs larves, dont la bouche se prolonge en groin. De même, le nom de Sphinx a pour origine une attitude bizarre de la chenille, qui redresse sa tête à la manière du monstre inquisiteur de Thèbes, et semble proposer une énigme. »

Il poursuit sur le Moro Sphinx qu’il dit « étoffé comme un petit moineau, et qui plonge sa trompe prodigieusement allongée dans le calyce [sic] des fleurs, sans se poser : la vibration des ailes le soutient. Ce papillon, en vérité, rejoint l’oiseau-mouche… »

Le Moro Sphinx serait – avec les libellules – un des insectes les plus rapides avec un vol à plus de 60 km/heure et 50 à 90 battements d’ailes par seconde. A noter qu’en vol stationnaire, le colibri, l’oiseau-mouche, bat des ailes 80 fois par seconde.

Je ne voudrais pas conclure cet article sans mettre en garde notre Moro Sphinx contre une fleur bien dangereuse pour lui et que certains conseillent de proscrire de nos jardins, à savoir l’onagre rose Oenotera speciosa, originaire du Mexique et commercialisée dans les jardineries. En butinant dans sa corolle riche en nectar, sa longue trompe risque de se trouver coincée, il ne pourra pas se dégager et mourra d’épuisement. Il sera le festin bienvenu pour quelque insecte prédateur qui saura lui se jouer de la mortelle corolle.

Cher Moro, nous attendons les beaux jours avec impatience pour te revoir au jardin

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