Publié le 30 Juillet 2014

La semaine dernière je vous parlais d’Insect’Arts à La Petite Pierre avec ses collections d’insectes épinglés.

Cette semaine je vous présente quelques insectes que j’ai rencontrés in vivo en promenade dans les alentours de cette petite ville.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

C’est sur les ombellifères que l’on rencontre le plus de monde, souvent des espèces d’ordres différents. Le premier qui a attiré mon regard est ce coléoptère poilu : c’est la trichie fasciée (Trichius fasciatus). De loin on dirait un bourdon avec ses poils sur le corselet et sous les élytres, mais les élytres glabres révélent qu’il s’agissait d’un coléoptère de la famille des Scarabaeidae et de la sous-famille des Cetoniidae, une espèce de cétoine donc. Les larves se développent dans les vieux bois pourris et les imagos mangent les fleurs.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Plus loin une guêpe et quelques menus diptères. Je ne me prononcerai pas sur l’espèce de la guêpe.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Ce joli papillon sur les orties doit être un robert le diable, Polygonia c-album, de la famille des Nymphalidae.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Là ce coléoptère doit être un capricorne ou longicorme, encore un hôte des vieux bois, sans doute un lepture fauve, Brachyleptura fulva, espèce assez commune.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Et là cette grosse mouche pourrait être une éristale, un diptère de la famille des Syrphidae, sous-famille des Eristalinae. Je penche pour Eristalis tenax, l’éristale gluante, que les anglais appellent dronefly, la mouche-faux bourdon car elle rappelle le mâle de l’abeille.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Celle-ci nous tourne le dos. Elle est gracieuse avec sa bande noire dans le sens de la longueur sur l’abdomen et ses ailes tachées de noir. Dommage que les yeux ne soient pas visibles pour permettre de mieux l’identifier. Ce pourrait être une phasie crassipenne (Ectophasia crassipennis) de la famille des Tachnidae. Sa larve parasite d’autres espèces d’insectes.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Ce papillon noir taché de blanc doit être la Carte géographique (Araschnia levana).

Et à présent une aventure.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Sur une souche, j’aperçois un coléoptère capricorne noir à taches plutôt couleur orange.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Survient un autre assez voisin d’aspect mais un peu plus gros, noir taché jaune avec les pattes et les antennes orangées. Sont-ils de la même espèce ? Le plus petit terrasse le gros, lui monte rapidement dessus.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Celui du dessous se débat, cherche à s’enfuir. Si c’est la femelle, elle n’a vraiment pas l’air d’être consentante.Survient un deuxième insecte identique au premier qui grimpe par-dessus les deux autres.

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Voici un empilage de trois bestioles… Le premier, je l’identifierai comme étant une lepture a priori Leptura auriculata, (« vêtu d’or »), avec sa tête et son corselet noirs, ses élytres noirs à bandes rousses. Il est de la famille des Cerambycidae. Le plus gros, bien que plus jaune est donc la femelle de la même espèce. En agrandissant la photo du trio, on voir nettement le pénis de l’insecte en sandwich. La copulation est manifeste. Le second mâle prend tout simplement part à l’affaire… Quelle affaire !

Quelques beaux insectes des Vosges du Nord

Nous terminerons cette promenade sur une note plus bucolique avec cet autre papillon sur les fleurs violet et mauve (ne me demandez pas leur nom svp). Ce doit être – sans certitude – le petit Agreste ou Mercure Arethusana arethusa de la famille des Nymphalidae.

Une belle ballade vous en conviendrez.

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Publié le 23 Juillet 2014

Connaissez-vous la Petite Pierre ? Pas encore ?

C’est une petite ville de villégiature du Bas-Rhin dans les Vosges du Nord. Des hôtels, des chambres d’hôtes, des restaurants …

Plusieurs musées dans la vieille ville – le Staedel - sur son promontoire rocheux : le musée du sceau alsacien, le musée des traditions populaires avec ses moules à springerle (petits gâteaux), et tout au bout le château féodal qui abrite la Maison du Parc naturel régional des Vosges du Nord… et surtout de belles promenades en forêt pour découvrir les rochers de grès rouge. Bel endroit pour un week-end prolongé ou des vacances.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Et en plus si vous aimez les insectes, vous serez gâtés. Il y a d’abord le Circuit des Insectes sur l’Altenberg : un parcours à partir de la vieille ville, qui vous apprend tout sur les insectes avec des plantes qui les attirent.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Une foule variée de coléoptères et de diptères sur les ombellifères. Je vous laisse apprécier cette trichie fasciée, que les anglais appellent bee-beatle, scarabée-abeille, c’est une espèce de scarabée poilu… Mais des insectes vous en trouverez bien sûr dans toutes vos promenades si vous suivez un des nombreux chemins balisés par le Club Vosgien. J’aurais l’occasion de vous en présenter quelques uns une prochaine fois.

Mais on découvre aussi des insectes pas très naturels. Tiens par exemple de grands papillons ornent les murs de la cour de l’école communale sur la place René Char, le poète qui écrivait dans Fureur et mystère (1948) :

« Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles... Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »

Ailleurs dans une vitrine les hexagones d’une ruche peuplée de petites abeilles comme des santons…

… Mais d’où vient ce grand intérêt de cette petite ville pour les insectes ?

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

La réponse est peut être dans la rue principale, là au numéro 37 dans un ancien relais de poste daté de 1788, un artiste-entomologiste va vous étonner. C’est Denis Lavoyer, dont on peut d’ailleurs apprécier une sculpture monumentale – les Dames vertes - dans la cour du château. Il m’accueille dans sa galerie d’art Le Relais des Arts où de grandes toiles représentent des insectes bien surprenants – femmes papillon, libellule ou mante religieuse - et où un énorme diptère pend au plafond. Certaines de ces toiles ont été exposées lors d’une exposition temporaire sur la bionique au Muséum national d’Histoire naturelle.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Denis Lavoyer a fait ses études aux Beaux-Arts de Dijon, puis de Paris où il a été diplômé. Tout en travaillant à ses œuvres personnelles, sa carrière s’est poursuivie dans la restauration de peintures et de fresques, puis le réalisation de décors de théâtre (il a notamment travaillé pour Notre-Dame de Paris de Robert Hossein) et de maquettes pour les musées (par exemple un criquet géant pour le Palais de la Découverte aujourd’hui présenté à la Cité des Insectes, l’insectarium de Nedde sur le Plateau de Millevaches). L’artiste, tombé amoureux de la Petite Pierre où il s’est installé en 1985, se passionne depuis longtemps pour les formes extraordinaires des insectes et il les sublime dans ses toiles et ses sculptures.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Entrons avec Denis Lavoyer dans son musée des insectes : Insect’Art. Une première pièce aux murs couverts des magnifique boites de sa collection d’insectes épinglés et, dans un coin, le bureau d’un entomologiste du 19ème siècle et ses vieux grimoires, le tout sous l’œil bienveillant de Jean-Henri Fabre. Sur un appui de fenêtre, un terrarium héberge des phasmes.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

La deuxième pièce est la Salle de l’évolution où de façon très didactique avec des « boites à questions » et sous le regard du buste de Charles Darwin, nous découvrons les insectes replacés dans la grande histoire de l’évolution. Les plus anciens sont les grandes libellules du carbonifère (entre -360 et -300 millions d’années) dont on peut découvrir des fossiles, mais aussi - pendue au plafond peint et à poutres apparentes - une maquette grandeur nature de l’une d’elle - la meganeura - avec une envergure de près de 70 cm. Il n’y a que les couleurs que l’artiste a dû imaginer

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Un tableau chronologique montre les dates d’apparition des différentes espèces d’insectes, mais Denis Lavoyer m’explique qu’il faudra qu’il le corrige car, depuis qu’il l’a peint, les entomo-paléontologues ont découvert des fossiles prouvant pour certaines espèces une apparition bien antérieure.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Passons dans la cour. Là ce sont de grandes sculptures, certaines assez réalistes, d’autres anthropomorphes nettement plus oniriques, qui nous surprennent. On y voit entre autres quatre abeilles de taille humaine : la reine, la guerrière, l’ouvrière, la butineuse.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre
De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Dans le Jardin des Insectes, au milieu des fleurs bourdonnantes d’abeilles, de bourdons et de syrphes, tous bien vivants, on va découvrir d’autres sculptures dont la tête et le corps des insectes, papillons ou libellules, sont ici aussi souvent ceux d’une bien jolie dame. A moins que la jolie dame chevauche une énorme sauterelle sous un arbre croulant de fruits.

De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Une mare pour les odonates. Et même, derrière un grillage protecteur, quelques plantes carnivores. Prenez garde moucherons !

Revenons dans la cour et, à côté de l’atelier de l’artiste, poussons la porte de l’école d’hier. La maîtresse devant le tableau noir, les bancs des enfants… Au mur des tableaux présentent la morphologie de l’insecte - une tête, un thorax, un abdomen, 6 pattes… - et différents insectes bien caractéristiques… et même des dessins d’enfants pour l’alphabet, A l’abeille, D le doryphore…

De l'art et des insectes à La Petite Pierre
De l'art et des insectes à La Petite Pierre

Ce petit musée, « à mi-distance entre la légende et l’histoire naturelle » comme nous le dit le dépliant de présentation, voulu, conçu et réalisé par notre artiste-entomologiste, est ouvert de 14 à 18h les samedis, dimanches et jours fériés de Pâques à la Toussaint, en été tous les jours jusqu’au 18 août. L’entrée n’est que de 3 € pour les adultes. Sachez aussi que cette petite merveille, qui ouvre ses portes aux écoliers, ne bénéficie d’aucune subvention.

Et si vous voulez séjourner à la Petite Pierre, Denis Lavoyer et son épouse Anny peuvent vous proposer des chambres d’hôtes 2 étoiles dans leur relais de poste.

Et pour les amateurs : les concerts en plein air de "Jazz à la Petite Pierre" du 7 au 17 août.

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Publié le 16 Juillet 2014

Lorsque je visite un monument ou une exposition, je suis toujours à l’affut de représentation d’insectes. Lors d’une de mes visites au Château de Compiègne, j’ai regardé d’un peu plus près les panneaux peints du Salon des Fleurs.

Sur les panneaux muraux représentant des fleurs, j’ai pu voir quelques insectes : papillons, libellules… Prise de photos de détail délicate, obligatoirement sans flash. Heureusement les logiciels de traitement permettent d’éclaircir les clichés et en voici le résultat.

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

Je me suis bien sûr documenté d’abord en lisant le cartel de la pièce :

«Sous le règne de Napoléon 1er, cette pièce servait de salon de jeux, comme l’indique la présence d’une table de trictrac, deux tables de quadrille et une table de bouillotte et de nombreuses chaises. Sous le Second Empire, elle fut utilisée comme chambre pour le prince impérial, fils de Napoléon III, qui grava sur le marbre du guéridon la date du 4 décembre 1868 : il avait alors douze ans et demi.

Le décor puise son inspiration dans la botanique. Les huit tableaux de fleurs peints par Etienne Dubois s’inspirent en effet des études du célèbre peintre de fleurs Pierre-Joseph Redouté. Ils furent mis en place en 1810 pour l’arrivée à Compiègne de l’impératrice Marie-Louise. »

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

Le Prince Louis Napoléon, fils de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, plus tard engagé dans l'armée britannique, fut tué en Afrique du Sud par les Zoulous en 1879. Une anecdote dit qu’en 1910 l’impératrice Eugénie, âgée de 84 ans, serait venue au château en simple visiteuse et qu’elle se serait trouvée mal en revoyant cette pièce. Voulant rester quelques instants, il aurait fallu l’intervention du directeur, qui la reconnut, pour qu’elle bénéficie de cette faveur.

Les panneaux sont dit-on « d’après Redouté ». On peut aussi trouver « sortis des ateliers d’Etienne Dubois et Pierre-Joseph Redouté ». Je n’ai pratiquement rien trouvé sur Etienne Dubois, si ce n’est qu’il y a un peintre appelé Jean Etienne-Franklin Dubois qui peignait entre 1818 et 1825 de façon très académique des scènes de l’Antiquité. Il concouru au Prix de Rome 1815. Selon le catalogue des Dépôts d’œuvres d’art de l’Etat, il a peint un portrait de son père Etienne Dubois, qui est au ministère de la Défense. C’est sans doute lui. Le fils, alors « âgé de 27 ans, élève de M. Regnault », a obtenu le second grand prix de l’Académie des Beaux-arts en 1821 pour Salomon livré aux Philistins, le sujet imposé. J’ai aussi trouvé 1796-1754 pour ses dates de naissance et décès dans les procès-verbaux de l’Académie des Beaux-arts. Rien sur son père.

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

Pierre-Joseph Redouté est un artiste né en 1759 dans les Ardennes belges et décédé à Paris en 1840. Il est nettement plus célèbre. Il rejoint son frère aîné Antoine-Ferdinand, peintre zoologiste, à Paris en 1782 et à partir de 1784 se lance dans l'illustration botanique. L’époque est favorable aux sciences. En 1787, il est à Londres où il étudie les plantes de Kew Garden. Rentré à Paris en 1788, il est à Versailles nommé "Dessinateur et peintre du Cabinet de la Reine". La Révolution le préserve et en 1792 il est "Dessinateur de l'Académie des Sciences". En 1798, c’est Joséphine de Beauharnais qui devient sa protectrice. Il sera en 1804 son peintre officiel. En 1809, après le divorce de Napoléon et de Joséphine, il devient le professeur de peinture de l'impératrice Marie-Louise … Quel parcours d’un régime à l’autre ! Et ce n’est pas fini.

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

En 1824, il est nommé "Maître de dessin au Muséum d'Histoire Naturelle", où il donne des leçons à la reine Hortense, la duchesse de Berry, Marie-Adélaïde d'Orléans, la reine Amélie et ses filles Marie-Christine et Louise-Marie (future épouse de Léopold Ier, roi des Belges). En 1830, il est nommé " Peintre de fleurs du Cabinet de la Reine ", Marie-Amélie, l’épouse de Louis-Philippe.

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

Toute l’Europe fut – dit-on – inondée d’aquarelles et de services de porcelaine avec des fleurs de Redouté. Mais souvent ces fleurs étaient butinées d’insectes... Un ouvrage édité en fac-similé par l’Edition Cercle d'art, Paris, en 1991, nous le confirme : "Choix des Plus Belles Fleurs - Prises dans Différentes Familles du Règne Végétal et de quelques Branches des Plus Beaux Fruits groupés quelquefois, et souvent animés par des Insectes et de Papillons ».

Des insectes dans les fleurs au Château de Compiègne

La prochaine fois que vous irez au Château de Compiègne, regardez de près les panneaux fleuris : ils bruissent du vol des insectes.

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Publié le 9 Juillet 2014

Je reprends mon vieux Dictionnaire de la conversation et de la lecture, daté de 1837, et je m’arrête à « papillon, genre d’insecte de l’ordre des lépidoptères. Il renferme des espèces remarquables par l’éclat de leurs couleurs et par l’élégance de leurs formes. Les papillons sont excessivement nombreux. »

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

L’ouvrage s’en tient là pour l’entomologie proprement dite, mais va développer le sens figuré et les proverbes. Lisons :

« On dit figurément d’un esprit léger, qui court d’objets en objets sans se fixer à aucun, que c’est un papillon. Un auteur qui se borne à effleurer des sujets est un vrai papillon en littérature… »

Tiens c’est moi ça !

«… tel a souvent été Voltaire. »

Ouf me voilà rassuré, je vais laisser des traces dans la littérature et la philosophie…

« L’éloquence profonde de J.-J. Rousseau l’a fait au contraire comparer fréquemment à la foudre qui déracine l’arbre qu’elle frappe. »

« Surprenant... non ? » aurait dit Pierre Desproges. Je ne les voyais pour ma part ni l’un, ni l’autre ainsi. Et en plus nous revoilà à comparer Rousseau à Ermenonville à Voltaire qui a laissé son cœur à Villette (mais qui n’y a pas mis les pieds, rappelons le). Poursuivons :

« La plupart des fashionables (déjà du franglais) et des petits maîtres qui voltigent de belle en belle sans en aimer aucune sont de vrais papillons de salon. Il est un autre point de vue sous lequel on pourrait les comparer avec plus de justesse encore à l’insecte ailé et capricieux dont nous parlons, si ce proverbe très usité encore il y a un siècle, sot comme un papillon, n’était pas un peu passé de mode : il provenait sans doute de la même source que cette autre locution, se brûler à la chandelle comme un papillon, par laquelle on désigne quelqu’un qui donne sottement dans un piège, séduit par les plus grossières apparences,

Plus ne m’irait brûler à la chandelle

dit La Fontaine en parlant du soin avec lequel il propose d’éviter ces amours de courtisanes qui ne laissent que des regrets. »

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Passons sur les papillons de salon allant de belle en belle, il y en a encore, il y en aura toujours et pas seulement dans les salons, mais dans les boites de nuit et même dans les bureaux. Mon propos n’est pas d’épiloguer ici sur la nature humaine.

De même, je n’irai pas gratter du côté des risques encourus en papillonnant sans précaution. Nous ne sommes pas sur un site médical traitant des MST, mais néanmoins sortez couverts.

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Non, je vais plutôt rebondir sur le papillon qui se brûle à la chandelle. Avec d’abord un triste épisode lié à la musique. Vous ne le savez peut être pas, mais j’adore la musique d’Offenbach et ses opéras. Jacques Offenbach avait écrit la musique pour un ballet chorégraphié par Marie Taglioni, première grande ballerine romantique (image ci-contre). Ce ballet c’était « Le Papillon » ; il fut créé à l’Opéra de Paris en novembre 1860. C’est l’histoire de la servante Farfalla (farfalla, papillon de jour en italien par opposition à falena, papillon de nuit) qui est amoureuse du prince Djalma, neveu de l’émir. Un vieille fée, jalouse, comme il se doit, transforme Farfalla en papillon. L’insecte, à la fin du ballet, va se brûler les ailes à la flamme d’une torche, ce qui rompt le charme. La revoilà femme et elle épouse le prince. Happy end : ils se marient et auront beaucoup d’enfants.

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Mais malheureusement la vraie histoire est un drame, car la danseuse Emma Livry (image BNF), pour laquelle le rôle avait été écrit, en dansant s’approche trop près de la rampe à gaz qui éclaire la scène. Son tutu s’enflamme et elle meurt 8 mois après, à 21 ans, d’une septicémie à la suite de ses brûlures. Le ballet ne fut pas repris avant 1976 et, aujourd’hui encore, tous les petits rats de l’Opéra connaissent la très triste histoire de Farfalla, un si joli papillon.

Mais c’est le sort de bien des insectes d’aller se brûler sur les flammes ou plus encore sur les ampoules des lampadaires. Alors changement de sujet : un mot sur la pollution lumineuse. L’expression définit la présence nocturne anormale ou gênante de lumière et les conséquences de l’éclairage artificiel nocturne sur la faune, la flore, plus généralement les écosystèmes ainsi que sur la santé humaine. Mais rassurez-vous, je vais ici encore papillonner, le sujet est trop vaste pour ma petite rubrique.

En 1837, l’éclairage public était bien maigre. La fée électricité n’avait pas encore fait son apparition et seuls les papillons de nuit ou autres insectes noctambules venaient se brûler à la flamme des becs de gaz. Seuls les papillons de nuit étaient donc « sots » à moins que sottement quelques lépidoptères diurnes n’aient pris le bec de gaz pour l’astre du jour. Et c’est fort possible.

Aujourd’hui les insectes vont se faire griller sur les ampoules non protégées ou s’épuiser à tourner autour des lampes à vapeur de mercure dont les ultraviolets les attirent, et je passe sur les phares des voitures. Ils sont plus facilement croqués par leurs prédateurs (oiseaux nocturnes, chauves-souris, reptiles ou batracien), mais qui eux-aussi sont perturbés. Pire, la présence permanente de lumière va avoir des conséquences sur leurs cycles physiologiques, que ce soit par perturbation de la chaîne alimentaire ou effet sur la reproduction. Le suréclairage serait, après les pesticides, la 2ème cause de disparition d’espèces d’insectes.

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière
Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

Le plus menacé est peut être le ver luisant ou Lampyre (Lampyris noctiluca), en fait un coléoptère . En effet le mâle ne va plus percevoir l’effet fluorescent de la femelle (photo ci-dessus), qui ne pourra pas être fécondée le moment venu.

Ainsi dans nos villes suréclairées, ne voyons nous plus les étoiles, tandis que les insectes – aussi nombreux qu’elles, vont mourir autour des luminaires.

Que ce soit pour des raisons d’économie d’énergie ou de protection des écosystèmes, il faut donc, qu’on soit particulier, entreprise ou collectivité territoriale, faire tout son possible pour réduire sa pollution nocturne. Le Code de l’Environnement, à la suite du Grenelle de l’Environnement, a pris des dispositions réglementaires en ce sens. Entré en vigueur le 1er juillet 2013, l’Arrêté du 25 janvier 2013 règlemente à l'éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels afin de limiter les nuisances lumineuses et les consommations d'énergie.

Restons sur les papillons voulez-vous et éteignons la lumière

De son côté, l'Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l'Environnement Nocturnes (ANPCEN) propose un cahier des charges pour les collectivités territoriales, souhaitant diminuer leur pollution lumineuse et faire des économies d’énergie.

Elle a aussi mis en place depuis 2009 «le Jour de la Nuit » une manifestation qui aura lieu cette année le 20 septembre pour sensibiliser à la pollution nocturne et à la protection de la biodiversité.

Vous avez un peu plus de 2 mois pour vous y préparer.

Ci-contre l'affiche du Jour de la Nuit 2013, c'était le 13 octobre.

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Publié le 2 Juillet 2014

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ? - Moi, les roses ;
- Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
- Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
- Moi, le rossignol qui chante ;
- Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l'on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l'oiseau !...

De toutes les belles choses

Quand revient l'été superbe,
Je m'en vais au bois tout seul :
Je m'étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d'eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d'amour !

Voici le papillon "faune",
Noir et jaune ;
Voici le "mars" azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D'un velours riche et moiré.

De toutes les belles choses

Voici le "vulcain" rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le "soufré", dans l'espace,
Comme un éclair a relui...
Mais le joyeux "nacré" passe,
Et je ne vois plus que lui !

Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d'argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D'un or verdâtre et changeant.

De toutes les belles choses

Désolé cher lecteur, mais les vacances arrivant, L'Agrion de l'Oise se met un peu en roue libre. Alors ne m'en veuillez pas si les papillons cités dans ce beau poème de Gérard de Nerval ne sont pas ceux présentés par mes photos (sans compter que je ne vous en donnerai pas le nom, pas plus vernaculaire que latin).

Désolé si le poème est incomplet. Un jour, qui sait, vous en aurez peut être la suite...

Les photos sont de moi, elles ne sont pas de cette année.

J'en profite pour vous rappeler notre concours photo.

A la semaine prochaine.

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