Publié le 22 Août 2014

L'Agrion de l'Oise sera présent au Forum des Associations de Verneuil-en-Halatte le 7 septembre et à celui de Pont-Sainte-Maxence le 14 septembre.

Photo ©Ville de Pont-Sainte-Maxence

Photo ©Ville de Pont-Sainte-Maxence

Venez nous y retrouver. Nous espérons bien sûr y faire de nouveaux adhérents pour défendre le projet d'insectarium.

Notre 3ème réunion trimestrielle aura lieu le jeudi 18 septembre à 20h à la salle des fêtes de Monceaux. Il y sera donné une conférence lecture sur Ernst Jünger, un écrivain allemand qui a écrit sur sa guerre 14-18 (centenaire oblige), mais qui a également été un grand entomologiste, spécialiste des cicindèles.

La rentrée de l'Agrion de l'Oise

Nous espérons que vous serez nombreux à cette réunion ouverte aux non-adhérents.

Un évènement important a été la clôture de la première édition de notre concours photo le 27 juillet dernier et la tenue du jury le 4 août.

Les photos retenues seront exposées en grand format en plein air du 27 septembre au 4 octobre dans le parc du conservatoire de musique et de danse Adam-de-la-Halle à Pont-Sainte-Maxence. Vous pourrez participer au vote pour le prix du Public. Les prix du Jury et du Public seront décernés le samedi 4 octobre. L'expérience sera probablement reconduite en 2015. Préparez vos objectifs.

Photo ©Ville de Pont-Sainte-Maxence

Photo ©Ville de Pont-Sainte-Maxence

Pour la Fête de la Science 2014, l'Agrion de l'Oise sera présent du 16 au 19 octobre à l'Université de Technologie de Compiègne par une exposition de design bioinspiré par l’anatomie des insectes avec des modèles réalisés par les étudiants de l’Institut Saint-Luc de Liège.

Modèle exposé à Agrobiotech Gembloux - travail d'un étudiant en design de l'Institut Sain--Luc de Liège -                  Photo ©Roger Puff -

Modèle exposé à Agrobiotech Gembloux - travail d'un étudiant en design de l'Institut Sain--Luc de Liège - Photo ©Roger Puff -

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Publié le 20 Août 2014

Dans le journal La Montagne du 3 avril 1962, Alexandre Vialatte (1901-1971) consacrait sa rituelle chronique hebdomadaire aux insectes, sous le titre « chronique des pupipares et des siphonaptères », inspiré par sa lecture du « Guide de l’entomologiste » par G. Colas, du Muséum national d’histoire naturelle, ouvrage publié par les éditions Boubée et couronné par la Société entomologiste de France (prix Dollfus 1945), nouvelle édition revue, avec 151 figures dans le texte et 40 photographies hors texte par l’auteur.

Nous recommandons bien entendu la lecture de cet ouvrage érudit à tous les amis de l’Agrion de l’Oise et rendons hommage à Alexandre Vialatte de l’avoir popularisé auprès du grand public, à sa manière très particulière il faut le préciser, qui est plutôt celle du poète amoureux des noms rares et pittoresques et du chroniqueur ironique que de l’homme de science docte et sérieux. Mais les entomologistes et autres insectophiles ne sont-ils pas tous un peu poètes ? Dans quel autre univers nous est-il donné de fréquenter des pupipares et des siphonaptères, des catopides et des cicindèles, des buprestes et des phasgonurides ?

Amis ou ennemis

Autant que par les mœurs de ces petites créatures à six pattes, Alexandre Vialatte était fasciné par les méthodes de chasse des entomologistes dévoilées par ce guide qui ne manquaient pas de l’intriguer :

« C’est un vrai roman d’aventures », écrit-il à propos de cet ouvrage, « il s’agit en effet de ne pas rater la chenille. Quand on la tient, on ne la lâche plus. On la vide sans la débiter. On la cuit au four de campagne qu’on emporte toujours sur soi avec une petite lampe à alcool, et on la gonfle avec une paille, en soufflant dedans ….C’est à quoi aboutissent tant de peines. Le philosophe s’en émerveille, l’esprit en reste confondu »

L’intérêt d’Alexandre Vialatte pour les insectes n’était pas neuf puisqu’il avait été le traducteur pour la France de l’œuvre de Franz Kafka.

Quel rapport avec les insectes nous direz-vous ?

Il s’avère qu’Alexandre Vialatte était un écrivain amoureux de la langue et de la culture germaniques qui avait quelques années plus tôt consacré son temps à la traduction en langue française de l’œuvre de Franz Kafka qu’il admirait, lequel, bien que tchèque, écrivait en allemand. Entre autres ouvrages de Kafka, Vialatte avait traduit la célèbre nouvelle « La Métamorphose » (Die Verwandlung) qui conte l'histoire de Gregor Samsa, un vendeur qui se réveille un matin transformé en insecte.

Nous y voilà.

« Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s’aperçut qu’il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture, à peine retenue par le sommet de cet édifice, était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux. « Que m'est-il arrivé ? » pensa-t-il. Ce n'était pourtant pas un rêve... »

Se métamorphoser en insecte, un cauchemar !

Amis ou ennemis

Cette nouvelle, outre sa dimension fantastique et ses multiples interprétations possibles dans le champ philosophique, exprime à sa façon la relation de l’homme au monde des insectes, fait de fascination- répulsion.

Il faut reconnaitre que les insectes ont de quoi inquiéter. Contrairement aux mammifères, ils ne peuvent être domestiqués par l’homme (à part la puce savante).

C’est pourquoi l’homme s’en méfie.

Il faut dire que L’Agrion de l’Oise ne fait rien pour dissiper l’inquiétude, bien au contraire. Son président prend un malin plaisir à l’entretenir tout au long de ses publications avec une constance remarquable. Qu’on en juge à ce petit florilège de titres anxiogènes récoltés dans les publications de l’Agrion de l’Oise, plus particulièrement sa page Facebook :

« Nancy: scarabée dans les haricots d’un supermarché »

« Top des piqûres d'insectes les plus douloureuses »

« Prolifération des punaises de lit »

« La chenille qui se transforme en serpent »

« Ces insectes qui vont nous pourrir l’été »

« Une voiture envahie par 20000 abeilles »

« Yonne : le moustique-tigre aux portes de l’Ile-de-France »

« Le papillon tueur attaque en Languedoc-Roussillon »

…et ne parlons pas de la de pyrale du buis qui nous traumatise tous.

Arrêtons là cette énumération qui pourrait faire fuir nos adhérents.

On voit par là que les insectes ne sont pas tous nos amis.

Mais, nous direz-vous, tous les insectes ne sont pas méchants. A côté des insectes qui nous veulent du mal, il en existe de gentils. Tenez : la sympathique coccinelle, cette gentille demoiselle bête à bon Dieu des comptines pour enfants, n’est-elle pas adorable ?

Amis ou ennemis

Détrompez-vous. Sachez que la coccinelle est une véritable tueuse en série. Elle perfore sa proie, sans anesthésie, pour y injecter sa salive chargée de suc digestif. En un instant, l’adversaire est anéanti. La coccinelle dissout par l'intérieur le malheureux puceron qui ne lui a rien fait. A-t-on pensé à la souffrance du puceron et à l’angoisse de ce malheureux livré à la voracité de la coccinelle ?

Alors, comment rendre les insectes sympathiques ? En les mangeant? Quelle drôle d'idée, aurait-on idée de manger son animal de compagnie, son chien ou son chat ? Quand bien même, nous savons que le consommation d'insectes comestibles est à peine tolérée en France. Pourtant l'on trouve des insectes à vendre dans les animaleries, mais ils sont du mauvais côté de la chaîne alimentaire (de leur propre point de vue du moins) ; ils sont en effet vendus comme nourritures pour les NAC (nouveaux animaux de compagnie) tels que les lézards, serpents, varans...

Mais pourquoi ne deviendraient ils pas à leur tour des NAC ? A leur avantage, ils ne sont pas encombrants, on peut les transporter dans une boite d’allumettes ou dans sa poche. Remarquez que certains nous accompagnent déjà mais sans nous demander la permission, comme les poux, les puces ou les tiques, mais ceux-là ne sont pas vraiment nos amis.

En revanche, quoi de plus adorable qu’un criquet apprivoisé, comme Jiminy Cricket, la bestiole anthropomorphe pleine de sagesse qui sert de bonne conscience à Pinocchio ?

Ce n’est qu’un conte pour enfant mais aussi un beau sujet de philosophie sur la prétendue supériorité de l’espèce humaine. L’homme pourra-t-il un jour s’en remettre aux insectes pour penser à sa place ?

En attendant, nous nous contenterons de décerner un Agrion d’Or à Alexandre Vialatte et à Franz Kafka pour une partie de leur œuvre et leur sollicitude pour les insectes.

JMV

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Publié le 13 Août 2014

En ballade avec mes petits-enfants au Parc de la Tête d’Or à Lyon, nous avons pour objectif d’aller voir les grosses bêtes : crocodiles, girafes ... et surtout les singes. En allant vers le zoo, nous passons par une allée où tous les buissons sont comme brûlés.

Pire que la pyrale du buis ?

Ce sont des buis. Un panneau explique qu’ils ont été ravagés par la pyrale du buis, un papillon de nuit d’origine asiatique - Cydalima perspectalis de la famille des Crambidae- dont la chenille se nourrit exclusivement des feuilles de buis. Le panneau très bien fait précise que le phénomène est apparu à Lyon en 2013 et s’est développé dans le Parc de la Tête d’Or cet été.

D’autres sources nous disent que la pyrale serait arrivée en France à partir de 2005, mise en évidence d’abord en Alsace, puis en Ile-de-France et Poitou-Charentes. La pyrale du buis est inscrite parmi les espèces ravageuses depuis 2008 sur la liste d'alerte de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes.

Les chenilles s’attaquent d’abord au centre du buisson et l’infestation n’est franchement visible que tardivement.

La lutte contre la chenille est très difficile. Les buis ont été traités avec Bacillus thurengiensis, produit respectueux de l’environnement mais d’efficacité faible. A noter que ce bacille synthétise et excrète des cristaux protéiques ayant des propriétés insecticides sur les lépidoptères, les coléoptères et les diptères. Le panneau précise que la chenille n’est pas dangereuse pour l’homme (elle n’est pas urticante). Il dit aussi que les buis ne sont pas morts, mais que leur cycle végétatif est très ralenti. Les jardiniers attendent de voir si au printemps prochain les buis repartent en végétation ou s’ils sont définitivement perdus.

Pire que la pyrale du buis ?

En regardant d’un peu plus près j’ai pu voir et photographier une chenille caractéristique avec sa couleur olivâtre, ses verrues noires et ses longs poils blancs.

Et ce n'est pas tout …

Pire que la pyrale du buis ?

Il y a quelques petits papillons sur les branches effeuillées. Effectivement des pyrales du buis. En voilà un photographié dans la foulée.

Vous ne verrez pas les photos de la girafe cette fois-ci..

Et oui les papillons ne sont pas tous de beaux insectes colorés qui déroulent leur longue trompe pour aspirer le nectar des fleurs. Il en est aussi quelques uns qui causent bien des soucis. Les pyrales (en grec pyr désigne le feu et une couleur rousse ou rougeâtre) sont en fait des papillons de plusieurs familles distinctes : notamment les Pyralidae et des Crambidae, toutes plus ou moins ravageuses spécifique d’une plante : luzerne, cactus, houblon, maïs, etc.

La pyrale de la vigne sous sa forme imago (papillon) - Sparganothis pilleriana appartient à la famille des Tortricidae, dont la chenille est appelée Tordeuse printanière de la vigne. Bref cela se complique… Un papillon de jour, le "brun" du géranium - Cacyreus marshalli de la famille des Lycaenidae – apprécie les pélargoniums (appelés à tort géraniums). Sa chenille fore des galeries dans les tiges.

Dans le sud de la France un papillon originaire d’Argentine s’attaque aux palmiers. Il s’agit de Paysandisia archon de la famille des Castniidae. Il a été introduit en Europe accidentellement par des importations de palmiers d'Amérique du sud, prélevés dans la nature.

Mais il y a aussi un coléoptère qui s’active à la destruction des palmiers dans le midi : le charançon rouge des palmiers - Rhynchophorus ferrugineus - de la super-famille des Curculionoideae ... Et au Canada, c’est un autre coléoptère, l'agrile du frêne - Agrilus planipennis - de la famille des Buprestidae, qui ravage le frêne.

Ne jetons pas la pierre aux papillons…

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Publié le 6 Août 2014

Nos amies les guêpes

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler des guêpes, ces mal-aimées … et oui revoilà le mois d’août et ces diablesses sont parmi nous.

J’ai découvert chez un bouquiniste, un ouvrage de 1881, mais c’était déjà la 4ème édition des « Mœurs pittoresques des Insectes » de Victor Rendu, inspecteur général de l’agriculture, chez Hachette à Paris. L’ouvrage, relié en rouge avec des lettres en or, avait été offert par la Ville de Paris à un jeune garçon de 5ème comme prix de Français, de Conduite et de Calcul. Un de ses descendants avait dû s’en débarrasser. Recherches faites, la 1ère édition était datée 1870. Victor Rendu était né à Maisons-Alfort en 1809 et devait décéder à Paris en 1877. Le bonhomme a son article sur Wikipedia et je me permets de m’y référer. Il est petit-fils de l’agronome Victor Yvart, né à Boulogne-sur-Mer, en charge de la ferme-modèle de Maisons-Alfort, et également neveu d’Ambroise Rendu, l’un des organisateurs de l’Université sous Napoléon 1er. Une belle généalogie, une belle parentèle, incontestablement.

Victor Rendu a écrit de nombreux ouvrage de vulgarisation, seul ou en collaboration avec Ambroise Rendu, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, fils de son oncle, autrement dit son cousin germain. Il est connu comme ampélographe, c’est à dire spécialiste de la vigne et plus particulièrement des cépages. On lui doit entre autres « Ampélographie française comprenant la statistique, la description des meilleurs cépages, l'analyse chimique du sol, et les procédés de culture et de vinification des principaux vignobles de la France.» Deuxième édition. Paris, Masson, 1857. Hommage lui soit rendu, c’est le cas de le dire. Outre ses « Mœurs pittoresques des Insectes », il est aussi l’auteur de « Les Abeilles » et d’un « Essai d’entomologie appliquée à l’Agriculture ». Mais il ne s’est pas contenté des insectes, de la zoologie, de la vigne et l’agriculture, il a aussi traduit les « Psaumes de David » et écrit sur les souffrances du Christ. Tout autre domaine, vous en conviendrez.

Nos amies les guêpes

Mais c’est de guêpes que je voulais vous entretenir. Victor Rendu leur consacre un chapitre « Les Guêpes » dans ses « Mœurs pittoresques ». Bien qu’il ne l’écrive pas, il s’agit ici manifestement de guêpes sociales (car il y en a bien d’autres) et tout particulièrement de la guêpe allemande (Vespula germanica). Tiens aujourd’hui les insectes qui nous dérangent seraient plutôt « asiatiques », qu’ils soient coccinelles ou frelons.

Pour être rigoureux Vespula germanica appartient à l’ordre des Hyménoptères (comme les abeilles et les fourmis) , infra-ordre Aculeata (mais on trouve aussi sous-ordre Apocrita), super-famille Vespoidea, famille Vespidae (comprenant les guêpes dites sociales, mais aussi des guêpes solitaires, et encore les frelons et les polistes), genre Vespula.

Nous nous en tiendrons au texte de Victor Rendu dans cet opuscule apparemment destiné à la vulgarisation scientifique et à l’édification des jeunes collégiens. En effet dans sa courte préface, datée d’octobre 1869, Victor Rendu n’écrit-il pas ? :

« Puisse-t-il contribuer à développer le goût de l’histoire naturelle, vulgariser les immortels travaux des Swammerdam, des Réaumur et des Hubert, et surtout convaincre le lecteur de cette vérité inscrite dans l’Imitation de Jésus-Christ : « il n’est pas de créature si petite et si méprisée, qui ne nous montre la bonté de Dieu ! ».

Que nous dit-il ?

« Le nom de Guêpe éveille, tout d’abord, une idée désagréable, il rappelle le souvenir d’un visiteur effronté, toujours grondant, menaçant, l’arme sans cesse au poing, de mœurs pillardes et sanguinaires, et d’un caractère tellement irritable, qu’il n’y a jamais à plaisanter avec lui. Son poignard le rend féroce. Tout cependant n’est pas détestable chez les Guêpes. Architectes habiles, elles le disputent même aux abeilles dans l’art d’élever des palais ; mères dévouées, elles ont la plus grande tendresse pour leurs petits ; elles vivent, enfin, pacifiquement entre elles ; malgré de graves défauts, elles ont aussi leurs bons côtés. »

Ainsi cette bestiole agaçante qui vient troubler nos repas en terrasse ou sur l’herbe, plongeant dans nos confitures ou dans la sauce de notre viande, que l’on craint d’avaler avec notre jus de fruit où elle serait en train de se noyer, n’est pas celle qu’on croit. Elle aurait des qualités que jusqu’alors je ne soupçonnais pas.

Nos amies les guêpes

Victor Rendu nous éclaire sur la société des guêpes, beaucoup plus égalitaires que celles des abeilles, pour qui nous n’avons que de bons sentiments. Leur société est une république, où il n’y a point de reine : leurs femelles sont nombreuses et pondent bien sûr, mais sont aussi bâtisseuses, chasseresses et picoreuses, tout comme les nombreuses ouvrières qui, nous dit Rendu, « font la majorité de la nation ». Ce sont ces dernières qui « maçonnes de leur métier, la tâche la plus importante et la plus lourde leur incombe comme aux plus courageuses ; tous les travaux publics leur sont dévolus ; elles veillent, en outre, au respect de la cité, remplissent les fonctions de nourrices, et, de plus vont en course et sont chargées de l’approvisionnement des petits. » Quant aux mâles : « ce ne sont pas des satrapes oisifs, s’engraissant aux dépens de la société comme les faux-bourdons des abeilles.» Ce sont eux qui s’occupent de l’hygiène publique de la maison, la débarrassant des cadavres et des déchets. Ils ne sortent pas et n’ont pas besoin d’être armés contrairement aux femelles et aux ouvrières « pourvues d’armes formidables ; leur poignard envenimé donne rapidement la mort aux insectes », qu’elles peuvent diriger aussi contre nous et cela fait mal, vous le savez sans doute. Elles sont aussi pourvues de mandibules redoutables leur permettant d’arracher des parcelles de nourriture.

(ci-dessus image extraite de Les Insectes par Louis Figuier (1875), Gallica BnF)

Nos amies les guêpes

Victor Rendu nous dit qu’elles seraient volontiers « butineuses et pastorales comme les abeilles », mais comme il leur faut de beaucoup de nourriture, tout leur est bon, mais surtout ce qui est sucré, donc tout particulièrement les fruits : « avec sagacité elle s’attaque aux plus mûrs et aux plus succulents », comme celle-ci qui dévore une belle mirabelle bien mûre (photo ©Roger Puff)

Mais quand il y a les petits à nourrir, la guêpe devient vorace, s’attaquant aux proies vivantes « insectes de toutes sortes, abeilles surtout, tombent sous ses coups ; elle en fait des hécatombes. »

Tel un oiseau de proie, elle attaque en vol, dépèce au besoin sa proie, la transporte au nid, la partageant souvent généreusement avec ses collègues.

Nos amies les guêpes

Malheureusement ce triste sort peut lui arriver à elle aussi, en voici une tuée par un frelon (photo ©Philippe Delmer) .

La guêpe vous l’avez compris ne fait pas de miel, même s’il lui arrive de butiner. Il s’agit de nourrir les petits qu’elles ont installés dans un nid confortable et douillet. Elles le cachent dans de vieux bois ou de vieux murs, le construisant avec des débris de bois qu’elles transforment en une espèce de pâte à papier. Le nid a la forme d’une grosse boule plus ou moins ovale installée dans une cavité ou dans un buisson, épousant les formes, contournant les obstacles, englobant les branchages… Sous l’enveloppe des cellules hexagonales reliées par des liens ou des piliers. Les guêpes se sont mises à l’ouvrage et ensemble ont bâti ce nid plus ou moins régulier, muni de deux trous pour entrer et sortir. Je passe sur les détails de la construction, nettement moins parfaire que celle de l’abeille. Je passe sur la description précise qu’en fait Victor Rendu dans le cas de la guêpe germanique, qui est la plus commune chez nous. Sachez cependant que le nid – le guêpier - est construit à partir du haut et que toutes les parties formant plusieurs niveaux de plancher alvéolé vont être suspendues ou reliées aux parois du nid au moyen de colonnettes.

Nos amies les guêpes

Ce que Victor Rendu ne dit pas clairement c’est de quoi est fait le nid. Il parle bien d’une substance papyracée, c’est à dire « qui est mince et sec comme du papier ». Mais il ne nous dit pas que le guêpier est fait de fibres de bois mâchées et mélangées à la salive de l’insecte. Et là ? … bingo ! biomimétisme : ce procédé pour la fabrication du papier à partir de la cellulose de bois. Dès 1719, Réaumur, après avoir étudié de près les nids de guêpe, en pressentait la possibilité. Voilà ce qu’il écrivait dans ses Mémoires pour servir à l’histoire des insectes (volume 6, Imprimerie Royale 1742, d’où est extrait la figure ci-contre) :

« Celles-ci [les guêpes] nous donnent une importante leçon en nous apprenant qu’on peut faire du papier de la qualité du nôtre, avec des fibres de plantes, qui n’ont pas passé par l’état de linge et de chiffon : elles semblent nous inviter à essayer si nous ne pourrions pas parvenir à faire de beau et bon papier, en employant immédiatement certains bois. »

Mais ce n’est qu’à partir de 1844 et grâce au recours à la chimie que l’industrialisation pu se développer. Le temps du papier fait à partir de chiffons était révolu (ceci dit on en produit toujours mais pas en quantité industrielle).

Après cette digression, revenons à Victor Rendu. Les femelles vont sans tarder pondre leurs œufs dans les cellules du nid :

« Le nid est à peine en voie de construction, que la mère Guêpe s’occupe de sa ponte ; chaque cellule reçoit un œuf ; les œufs qui doivent produire l’armée des travailleurs sont logés dans un quartier à part, ceux des mâles et des femelles se trouvent souvent entremêlés dans le même rayon, mais toujours dans des cellules distinctes. »

Huit jours après les œufs éclosent pour donner des larves dotées de mandibules.

« Elle (la larve) est très vorace et ne se contente pas d’un repas par jour, il lui en faut plusieurs ; elle les prend à la becquée comme les oiseaux. L’activité avec laquelle une mère Guêpe parcourt, les unes après les autres, toutes les cellules d’un gâteau, est chose vraiment merveilleuse […]. Avec d’aussi bonnes nourrices, les larves croissent vite. »

Nos amies les guêpes

Ici une poliste (polistes dominula), guêpe non sociale, en train de construire son nid sur une feuille de figuier (photo ©Roger Puff)

Quand elles sont prêtes à la métamorphose :

« Bien qu’on ne leur ait point appris le métier de filandière, elles y sont fort habiles, elles tapissent leur logis d’une membrane soyeuse, et ferment l’orifice de leur cellule par une calotte sphérique […] Peu de temps après que le ver soit ainsi cloîtré, il se change en nymphe… »

Encore un peu de temps et l’insecte parfait va sortir de son cocon, mais il lui faut quelques heures à se fortifier pour être vraiment opérationnel :

« … les ouvrières lui apportent du dehors le produit de leur chasse, chair ou fruits, ces derniers à l’état de conserve sucrée, qu’elles font sortir de leur bouche, sous forme de gouttelettes transparentes. La jouvencelle, on le devine, fait honneur à ses hôtesses ; elle mange avec avidité la chair et savoure la liqueur offerte : ainsi fortifiée par ce dernier repas, elle est en état d’affronter la température extérieure ; ses ailes sont ressuyées, lustrées ; d’un bond énergique, elle se lance dans la vie active : la société compte un citoyen de plus, travailleur et chasseur comme ceux qui l’ont précédé dans la vie. »

Les cellules seront nettoyées par les ouvrières et les mères pondront aussitôt une autre portée. Les ouvrières poursuivent leur tâche de construction du nid. Elles peuvent être huit à dix mille, et le nid compter de nombreux étages. Les guêpes vont vaillamment défendre leur nid de leurs prédateurs. Entre elles c’est l’harmonie :

« L’ordre le plus parfait règne dans son intérieur, bien qu’au dehors la guerre éclate avec fureur contre tout étranger ; point de querelles, point de combats entre les Guêpes ; rarement elles se chamaillent sérieusement ; jamais elles ne se livrent à ces attaques violentes de tribus à tribus, ainsi que cela se voit parfois chez les abeilles en proie à la disette ; en temps de famine, la Guêpe meurt avec courage et résignation, elle ne pille jamais ses semblables. »

Nos amies les guêpes

Serait-ce une fable de La Fontaine, la Grenouille et les Guêpes (photo ©Roger Puff)

Et Victor Rendu poursuit :

« Du reste, le gouvernement des Guêpes explique très bien la douceur de leurs mœurs publiques : point de disputes parmi elles ; personne ne règne ni ne gouverne ; chacun vit librement dans une cité libre, sous la seule condition de n’être pas à la charge de l’Etat et de travailler à sa prospérité. Tous agissent de concert, et sous l’inspiration puissante du salut public, sans monopôle ni favoritisme d’aucune sorte : quel gouvernement humain pourrait être comparé à cette république modèle ? »

Mais cette belle société n’est pas éternelle. La Roche Tarpéienne est près du Capitole. A peine les premiers froids arrivés, le fonctionnement du nid est changé du tout au tout. Les guêpes découragées ne travaillent plus. Les ouvrières et les mâles sacrifient les larves et même les nymphes. Mais tous vont mourir :

« Confinées dans leur gîte par le mauvais temps, sans provision aucune au logis, sans ressource au dehors où il n’y a plus un seul morceau de mouche ou de vermisseau, elles sont d’abord obligées de faire diète ; bientôt la diète devient jeûne et jeûne atroce ; elle épargne à peine quelques estomacs ; la gelée leur évite une longue et cruelle agonie 

Les femelles seront les dernières à mourir. Le guêpier est abandonné. « Tout cet édifice somptueux qui a coûté tant de travail et de dévouement à cette nation naguère si animée et si populeuse », n’aura servi qu’une seule année. Quelques femelles survivent cependant et chercheront un autre endroit pour établir une nouvelle communauté, qui « passera, à son tour, par les mêmes vicissitudes. »

Mais ce que Victor Rendu ne nous dit pas dans ce chapitre consacré aux guêpes, c’est comment les femelles rescapées de ce désastre vont procréer dans le futur guêpier. Où est le mâle rescapé qui engendrera la nouvelle société ?

Heureusement d’autres informations complètent utilement ces extraits de Victor Rendu (et surtout actualisent les connaissances entomologiques) : la nouvelle colonie est fondée par une femelle fécondée l’année précédente.

Ceci dit, aujourd’hui de nombreux références parlent d’une reine unique pour le guêpier, contrairement à ce qu’écrivait Victor Rendu, pour qui il y aurait de nombreuses femelles pondeuses vivant dans un même guêpier, ce qu’Aristote disait lui aussi déjà dans son « Histoire des Animaux », lui parlait d’ailleurs de « chefs » pour ces femelles fondatrices. Ces chefs pondaient d’abord des œufs destinés à devenir des ouvrières, puis plus tard seulement des œufs qui seraient les futures mères.

C’est bien compliqué la vie des bêtes…

Nos amies les guêpes

Alors une seule reine ? Des reines ? Des citoyennes pondeuses ?

Oui mais toutes à taille de guêpe ! Alors là on ne pense plus à guêpier mais à guêpière, et c’est une autre histoire.

Toujours est-il que ces guêpes ne sont plus pour moi aussi antipathiques. Elles butinent un peu et participent à la pollinisation, bien sûr elles ne font pas de miel. Elles contribuent aussi au bio-contrôle du jardin, détruisant quelques insectes qui pourraient en vouloir à nos fruits et légumes. Enfin elles mêmes servent de pâture à certains oiseaux, comme les guêpiers, qui, très galants, offrent des insectes à leurs conquêtes à la saison des amours (mais ces volatiles seraient aussi très friands de libellules et de demoiselles … pauvre agrion…).

Nos amies les guêpes

Mais - rappelez-vous - je terminais ici récemment une autre chronique consacrée au doryphore par une allusion automobile. Ici encore nous pouvons rester dans la métaphore mécanique, mais cette fois-ci motocycliste avec la légendaire Vespa (guêpe en italien), scooter de la société Piaggio & Co, créé en 1946, succès mondial s’il en fût. Une taille de guêpe sur une Vespa ? Audrey Hepburn ou Anita Ekberg ? Pas la même cylindrée, manifestement.

Pas de photo de Vespa, mais il y avait déjà depuis un certain temps des bicyclettes qui se prenaient pour des guêpes…

(image Gallica BnF)

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