Publié le 31 Décembre 2014

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Publié le 26 Décembre 2014

Je vous avoue que j'étais un peu sec entre Noël et Nouvel An pour assurer l'article hebdomadaire promis aux lecteurs fidèles de notre blog : ceux que j'avais en préparation n'étaient pas assez festifs à mon goût.

Heureusement, un de nos amis fidèles, enseignant entomologiste, en réponse à mes vœux de Noël, m'a écrit une très gentille lettre, me faisant remarquer au passage quelques erreurs de dénomination.

"Les articles de l' agrion sont très intéressants, par exemple sur les entomologistes français d'autrefois , et j'apprécie tout particulièrement la qualité des photographies qui sont toujours très jolies. Mais il y a un point que je voulais amicalement vous signaler: il arrive, très rarement, qu'elles soient légendées de façon inexacte et pas toujours corrigées après coup (libellule rouge)..."

Et oui... Je ne suis personnellement pas entomologiste, rappelons-le, mais comme beaucoup d'amateurs, je me pique de trouver le nom scientifique des insectes que je photographie et qui illustrent mes articles. Et je dois publiquement reconnaître que je me suis vraiment planté à plusieurs reprises. Alors profitons de cette trêve des confiseurs pour apporter quelques corrections.

Sésie du framboisier @Roger Puff

Sésie du framboisier @Roger Puff

Pour ce bel insecte qui illustrait un récent article sur le biomimétisme, j'avais légendé "tenthrède". Voilà ce que m'écrit notre ami :

"Ainsi, la photo prise le long de l'Azergues, dans le département du Rhône, ne montre pas une "Tenthrède", ni même un Hyménoptère, mais bien un vrai Lépidoptère: les antennes sont comme celles des Zygènes, le corps est velu (noir et jaune) et surtout les ailes postérieures sont grandes (alors qu'elles sont petites chez les Hyménoptères)

Je me suis moi même trompé puisqu'au premier instant, j'ai cru reconnaître la "sésie apiforme" (Sesia apiformis)

En fait, il s'agit plutôt d'une autre sésie: celle du framboisier (Pennisetia hyalaeformis) ce qui apporte une grande valeur scientifique à votre document photo !"

Un grand merci pour cette correction. Les sésies sont des papillons vraiment peu connus et comme les tenthrèdes (hyménoptères), celle-ci est vraiment très douée pour mimer les guêpes.

Il faut toutefois dire qu'un autre "suiveur", photographe amateur, m'en avait aussi fait la remarque. J'avais voulu corriger l'article, mais c'est assez difficile de revenir sur ce qui a été édité et j'y avais renoncé. Mea culpa.

Mais ce n'est pas tout.

Tircis @Roger Puff

Tircis @Roger Puff

Là j'avais légendé "tristan". Ce n'était pas lui...

"Plus anecdotique, la photo du papillon "tristan" montre en fait un "tircis" (Pararge aegeria),espèce très voisine avec de nombreuses petites tache orangées sur les ailes. Le tristan qui s'est d'ailleurs raréfié, est plus uniforme brun assez foncé et quelques petites ocelles en bord d'ailes.

La systématique des insectes me tient beaucoup à cœur. Je sais qu'il s'agit d'une discipline souvent délaissée maintenant car considérée comme trop ardue (1 botaniste métropolitain se confronte à seulement 4500 espèces végétales alors qu'un entomologiste doit se déterminer parmi plus de 40000 espèces!)¨".

Voilà une erreur réparée. Mais là la réparation est double. Il y a quelques semaines, un ami m'avait parlé du "Speckled wood", nom anglais du "Tircis", papillon qu'il appréciait tout particulièrement. Je lui avais dit ne pas le connaître et n'en avoir jamais photographié...

Quel monde fabuleux.

Soyons modestes, il nous reste tant à apprendre.

Alors amis lecteurs, n'hésitez pas à corriger l'Agrion de l'Oise. Il a bien du mal à reconnaitre ces insectes innombrables.

Alors si vous voulez bien encore une erreur de ma part. Un peu plus ancienne celle-là.

Mouche scorpion @Roger Puff

Mouche scorpion @Roger Puff

Heureusement l'erreur était sur ma page perso FB. J'avais baptisé cette "mouche scorpion" du nom d'un insecte d'un tout autre ordre, ce qui a donné lieu à un sympathique échange avec le même photographe amateur évoqué plus haut.

Que cela me serve de leçon et montre à tous qu'il faut toujours se méfier de ce que l'on trouve sur le net. Ne vous fiez jamais aux blogs d'amateurs (y compris évidemment à celui-ci). Rien de tel que de bons bouquins d'entomologie. Pour l'Agrion de l'Oise, il y a des progrès à faire dans la rigueur scientifique. Nous ferons tout notre possible - c'est promis - pour être à la hauteur des attentes de nos lecteurs.

En attendant je vous souhaite de passer une très bonne Saint-Sylvestre et de bien commencer 2015.

La semaine prochaine l'Agrion de l'Oise vous présentera "officiellement" ses vœux.

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Publié le 21 Décembre 2014

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Publié le 17 Décembre 2014

Certains d’entre vous savent que le projet d’Insectarium que notre association défend doit être implanté sur un domaine historique lié à François-Marie Arouet, dit Voltaire.

Il s’agit du Domaine de Villette (Oise), qui a appartenu au marquis Charles de Villette, ayant épousé le 12 novembre 1777 la fille adoptive de Voltaire, Reine-Philiberte Rouph de Varicourt, que notre philosophe surnommait Belle et Bonne.

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Le marquis écrit de son épouse :

Belle et Bonne c’est votre nom ;

C’est le nom que vous donne un sage :

Il peint vos traits, votre raison,

Votre cœur et votre visage.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 quelques mois après le mariage - au domicile parisien du marquis de Villette - et n’aura malheureusement jamais l’occasion de venir sur les terres du Marquis.

Cette évocation est pour moi l’occasion de rechercher ce que le philosophe a pu écrire des insectes. Il ne s’y est à vrai dire pas vraiment intéressé. En effet, si Rousseau ne collectionnait pas les insectes mais en revanche herborisait, à ma connaissance, Voltaire ne s’intéressait pas plus aux hexapodes qu’aux végétaux. Notons toutefois qu’il s’est adonné à la physique expérimentale avec son amie Madame du Châtelet et par ailleurs connaissait les travaux de savants entomologistes comme Swammerdam et Réaumur, on le verra plus loin.

Ceci dit, Voltaire considérait que les hommes n’étaient pas supérieurs aux animaux, ce qui l’opposait aux religions qui considèrent l’homme comme supérieur. D’ailleurs il ne mangeait plus de viande par respect pour eux.

Cependant pour lui le terme « insecte » semble surtout être utilisé pour exprimer le mépris. J’en veux pour preuve deux citations. Une citation, issue du Temple du Goût (1733) que le Dictionnaire Littré donne dans l’article insecte, pour qualifier un Etre vil, misérable, sans importance :

Ces insectes de la société qui ne sont aperçus que parce qu’ils piquent

Une autre extraite de: Zadig ou la destinée (1747) :

Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue.

Etant parmi les premiers à vulgariser en France les idées de l’anglais Isaac Newton, philosophe, théologien et scientifique, il avait écrit dans Eléments de la Philosophie de Newton (1738) :

Si j’examine d’un côté un homme ou un ver à soie, et de l’autre un oiseau et un poisson, je les vois formés tous formés dès le commencement des choses : je ne vois en eux qu’un développement. Celui de l’homme et de l’insecte ont quelques rapports et quelques différences ; celui du poisson et de l’oiseau en ont d’autres : nous sommes un ver avant que d’être reçu dans la matrice de notre mère ; nous devenons chrysalides, nymphes dans l’utérus, lorsque nous sommes dans cette enveloppe qu’on nomme coiffe ; nous en sortons avec des bras et des jambes, comme le ver devenu moucheron sort de son tombeau avec des ailes et des pieds ; nous vivons quelques jours comme lui, et notre corps se dissout ensuite comme le sien.

Dans son conte philosophique Micromégas (1752), nombreuses sont les citations relatives aux insectes. En effet Micromégas, un géant de 36 kilomètres de haut venu de Sirius, et son compagnon le nain, un habitant de Saturne de 2 km de haut seulement, se retrouvent sur Terre à étudier les hommes, pas plus gros pour eux que de minuscules insectes pour nous. Ayant pris en mains un bateau, ils découvrent – avec le regard de l’entomologiste - de minuscules êtres vivants. Ils les comparent à des insectes et sont surpris de pouvoir communiquer avec eux :

[…] aussitôt il tira une paire de ciseaux dont il se coupa les ongles, et d'une rognure de l'ongle de son pouce, il fit sur-le-champ une espèce de grande trompette parlante, comme un vaste entonnoir, dont il mit le tuyau dans son oreille. La circonférence de l'entonnoir enveloppait le vaisseau et tout l'équipage. La voix la plus faible entrait dans les fibres circulaires de l'ongle; de sorte que, grâce à son industrie, le philosophe de là-haut entendit parfaitement le bourdonnement de nos insectes de là-bas. En peu d'heures il parvint à distinguer les paroles, et enfin à entendre le français. Le nain en fit autant, quoique avec plus de difficulté. L'étonnement des voyageurs redoublait à chaque instant. Ils entendaient des mites parler d'assez bon sens : ce jeu de la nature leur paraissait inexplicable.

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Bien sûr, ce conte philosophique a pour but de démontrer la relativité des points de vue et de se poser des questions sur l’homme et la religion. Point d’entomologie dans ces propos.

On y lit plus loin :

Alors Micromégas prononça ces paroles: « Je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur sa grandeur apparente. O Dieu ! qui avez donné une intelligence à des substances qui paraissent si méprisables, l'infiniment petit vous coûte aussi peu que l'infiniment grand; et, s'il est possible qu'il y ait des êtres plus petits que ceux-ci, ils peuvent encore avoir un esprit supérieur à ceux de ces superbes animaux que j'ai vus dans le ciel, dont le pied seul couvrirait le globe où je suis descendu. »

Un des philosophes lui répondit qu'il pouvait en toute sûreté croire qu'il est en effet des êtres intelligents beaucoup plus petits que l'homme. Il lui conta, non pas tout ce que Virgile a dit de fabuleux sur les abeilles, mais ce que Swammerdam a découvert, et ce que Réaumur a disséqué. Il lui apprit enfin qu'il y a des animaux qui sont pour les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme, ce que le Sirien lui-même était pour ces animaux si vastes dont il parlait, et ce que ces grands animaux sont pour d'autres substances devant lesquelles ils ne paraissent que comme des atomes. Peu à peu la conversation devint intéressante, et Micromégas parla ainsi.[…]

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Encore quelques vers sur les abeilles extraits de « De l’envie » dans les Sept discours sur l’Homme parus en 1734-1737 :

On peut à Despréaux pardonner la satire ;

Il joignit l’art de plaire au malheur de médire :

Le miel que cette abeille avait tiré des fleurs

Pouvait de sa piqûre adoucir les douleurs ;

Mais pour un lourd frelon, méchamment imbécile,

Qui vit du mal qu’il fait, et nuit sans être utile,

On écrase à plaisir cet insecte orgueilleux,

Qui fatigue l’oreille, et qui choque les yeux.

Voilà, nous en resterons là pour aujourd’hui. Une autre fois, je reviendrai sur Voltaire et les abeilles, sur elles car il n’a pas écrit que ces quelques vers, et pourquoi pas sur Voltaire et les papillons … mais ceci est une autre histoire.

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Publié le 10 Décembre 2014

Mais d’abord vues par Amélie que j’ai rencontrée à l’occasion de la Fête de la Science à Compiègne et qui m’a autorisé à publier une de ses œuvres "Libellule" réalisée à l’acrylique sur format raisin.

Les libellules vues par des entomologistes et des poètes

Je tombe sur Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, appliquée aux arts, principalement à l’agriculture et à l’économie rurale, un ouvrage paru chez Deterville, Libraire, rue du Battoir à Paris, daté de 1803 de Charles S. Sonnini (membre de la Société d’Agriculture de Paris) et d’autres savants spécialistes. La partie sur les insectes était confiée à Messieurs Olivier et Latreille, membres de l’Institut national.

Latreille, Pierre-André, né en 1762 à Brive-la-Gaillarde, mort en 1833 à Paris, était le fils illégitime d’un baron, qui ordonné prêtre se consacra à l’entomologie. Il refusa de prêter serment lors de la Révolution. Je passe sur les détails, notamment sur l’histoire de l’insecte qui lui sauva la vie, quand le bateau qui devait l’emmener au bagne en Guyane sombra. Il faudra un jour qu’on en parle... Il sera professeur de zoologie à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Sa classification des arthropodes est encore employée aujourd’hui. Un grand entomologiste.

Olivier, Guillaume-Antoine, né aux Arcs près de Toulon en 1756 et mort en 1814 à Lyon., médecin de formation et grand chasseur d’insectes notamment dans l’Empire Ottoman, l’Egypte et la Perse, lui aussi professeur de zoologie à Maisons-Alfort, fut le protecteur de Latreille pendant la Révolution. La collection qu’il a rapportée de ses voyages est conservée au Muséum national d’Histoire naturelle. Un autre grand entomologiste.

A propos des libellules on peut entre autres lire dans le tome XIII du Nouveau Dictionnaire dans un article fort bien documenté (encore qu’à cette époque on confonde libellules et demoiselles) :

Les libellules, avec des formes si élégantes, ont cependant des inclinaisons très meurtrières ; loin d’aimer à se nourrir du suc des fleurs et des fruits, elles ne se tiennent dans les airs que pour fondre sur les insectes ailés qu’elles peuvent y découvrir. Elles mangent tous ceux dont elles peuvent se saisir. Peu difficiles sur le choix de l’espèce, tout leur est bon. On les voit souvent emporter dans l’air de petites mouches, des mouches bleues de la viande, et même des papillons. C’est leur goût pour les insectes qui les conduit dans les jardins garnis de fleurs, dans les campagnes, et surtout le long des haies, sur lesquelles beaucoup de mouches et de papillons vont se poser. Ce même appétit les ramène sur les bords des eaux, où voltigent différents insectes, cherchant ainsi les cantons peuplés de gibier.

Dans un ouvrage dont je me suis déjà servi ici Le petit mode des ruisseaux de Marcel Piponnier on peux lire à propos de l’anax, une libellule :

Au milieu de l’étang, un puissant insecte paraît immobile, suspendu dans l’air ; brusquement projeté vers la rive, avec un grésillement d’ailes séchées, il frôle le promeneur, puis dans u balancement qui s’éteint, il s’immobilise de nouveau ; c’est le vigoureux anax, roi de l’étang dont il chasse ses rivaux plus faibles. Il dispute aux hirondelles, qu’il ne craint guère, tout ce qui vole au dessus des eaux ; il attaque le têtard qui s’est risqué près de la surface, dépouille de sa mouche l’hameçon trop mollement balancé sur l’eau par le pêcheur éberlué de cette effronterie. Le vorace arrive à consommer son poids de victimes en une demi-heure, puis il est prêt à recommencer.

Et oui nos charmants odonates, libellules et demoiselles, sont de charmants carnivores, qui dévorent même les gracieux papillons.

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

Pourtant dans une autre recherche, c’est un poète qui nous parle de libellules et de papillons en tout autres termes. Le poème est titré La Libellule et le Papillon, extrait d’un livre éponyme paru aux Editions le Manuscrit à Paris en 2004. Je n’en ai pas découvert l’auteur… En voici un extrait :

sur la tige fleurie d’un coquelicot

se tenait fier un papillon qui faisait le beau

une libellule forte et rapide volait tout là-haut

mais une bourrasque d’un orage gris lui fit perdre le vol

et elle échoua dans un grand fracas sur le sol

elle vit mille et une étoiles en farandole

ses yeux se fermèrent sur le monde ici bas

madame papillon au chevet de monsieur libellule s’apprêta

c’est l’éclat de sa douce voix qui tendrement le réveilla

et d’amour et de désir intense son cœur se gonfla […]

Une belle histoire d’amour entre un libellule et une papillon. Surprenant cette inversion des genres : la libellule c’est le monsieur, le papillon c’est la dame. J’en perds ma grammaire. Mais pourquoi pas ?

Donc la libellule est forte, rapide et vole haut. Voilà bien des vertus viriles. Le papillon est fier et fait le beau. Seraient ce des critères liés au beau sexe. Je me garderai bien de conclure de crainte d’être taxé de sexisme.

Et puisque j’en suis aux poètes, poursuivons chez le même éditeur, daté cette fois-ci de 2006, dans Sur l’aile d’une libellule, la fin d’un poème et toujours pas de nom d’auteur :

[…] J’aime ta liberté, petite libellule

qui sur la rivière ondule

Quand la rosée se meurt au petit matin.

Voilà pourquoi je t’ai tatouée au creux de mes reins.

Ta liberté dans la peau.

Ta liberté en cadeau.

Loin de nos cœurs déchirés,

Je savoure tes parfums de liberté.

Voilà des écrits moins féroces, notre libellule carnassière a ses côtés tendres, en tout cas elle attendri. Et comme vous avez pu le lire ci-dessus, ne se pose pas que sur les roseaux.

Je ne résiste pas à un autre extrait du poème La Danseuse et le Funambule de Lucia & Mélano, extrait de Po(lé)miens, aux Editions Publibook, non daté :

La danseuse

Vaporeuse

Tournait, tournait sur la piste,

Dix pas sous le fildefériste,

Elle chavirait les cœurs

Des spectateurs :

Légère comme libellule

Elle affolait le funambule. […]

Libellule, funambule,… je vous laisse : moi je m’en vais coincer la bulle…

Encore un grand merci à Amélie pour sa libellule en acrylique sur format raisin et à Bruno pour son majestueux Sympétrum sanguin.

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Publié le 4 Décembre 2014

Un ouvrage ancien trouvé sur le net retient toute mon attention.

Il s’agit de "Théologie des Insectes ou Démonstration des Perfections de Dieu - traduit de l’allemand de Mr Lesser, avec des remarques de Mr P. Lyonnet". Il est publié chez Jean Swart à La Haye en MDCCXLII (1742 si je ne me suis pas trompé).

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Friedrich Christian Lesser est un historien et un théologien luthérien allemand né en 1692 à Nordhausen en Thuringe, ville où il est mort en 1754. Il a également écrit une théologie des mollusques.

Quant à Pierre Pierre Lyonnet, nous y reviendrons à la fin de cet article.

Lesser nous dit "Il n'y a aucune chose dans la Nature, aussi laide qu'elle paraisse, qui ne soit une merveille aux yeux de celui qui s'applique à l'examiner", ce que nous sommes nombreux à penser surtout si l’on s’adonne à la macrophoto d’insecte. Cela étant chez Lesser, il s’agit surtout de montrer que tout ce qui est dans la nature procède de Dieu, qui a très bien fait les choses.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Dans cet ouvrage en deux tomes, à propos du sens des insectes, auquel on le verra il associe les araignées, il écrit :

"Les sens sont absolument nécessaires aux Animaux. Pourraient-ils échapper au danger, s'ils ne voyaient point ? Comment discerneraient-ils les aliments qui leur conviennent, sans le goût et l’odorat ? N'est-il pas nécessaire pour leur conservation, qu'ils entendent le bruit que fait leur ennemi, afin que, sachant de quel côté il vient, ils puissent l'éviter? Privés du Tact, comment distingueraient-ils l’agréable du douloureux ? Comment sauraient-ils s'ils sont malades ou en santé ?

Quand je dis que les sens sont absolument nécessaires aux Animaux, je ne prétends pas qu’ils ne sauraient se passer d'aucun de ceux que nous apercevons chez nous. Il suffit que le Créateur leur en ait donné autant qu'il est nécessaire à leur conservation, dans l'état où il les a placés. C'est le cas des Insectes : ils n'ont pas toujours cinq sens comme les hommes. Les uns sont privés de la vue, d'autres de l'odorat, d'autres encore de l'ouïe, mais toujours selon que le genre de vie qu'ils mènent leur permet de s'en passer."

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Lesser convient que le tact ou le toucher se retrouve chez tous les animaux, il le nomme Mouvement des Esprits et nous dit "Ce mouvement s'excite sous la peau par l'impulsion de quelque corps, il se communique aux nerfs, dont la tension le porte dans l'instant jusqu'au cerveau, et y cause une sensation de plaisir ou de douleur. "

En effet écrit-il "L'on a pu remarquer qu'ils se garantissent avec soin du vent, de la pluie, de la chaleur, du froid etc. Ce qu'ils ne feraient assurément pas, s'ils étaient privés de ce sens.".

Mais si certains sont sensibles au moindre contact ; il cite les araignées quand on touche leur toile et les abeilles si on frappe la ruche, d’autres semblent absolument insensibles, comme de grosses chenilles brunes. Cela étant Lesser n’est pas loin de penser que les insectes sont dépourvus de tout autre sens.

[photo "nature 30" ©Françoise Vandeviele ; sélectionnée au Concours photo de l'Agrion de l'Oise]

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Pour ce qui est de la vue, Lesser pense qu’il n’est pas le même pour tous. Pour certains telles les araignées vagabondes qui ne manquent pas leur proie : "Leur vue est si juste quelle porte, s'il faut ainsi dire, sur un atome". Certains insectes sont bien mieux équipés que l’homme : "Une Demoiselle aquatique de la plus petite espèce a les yeux parfaitement sphériques, ce qui fait qu'elle peut voir devant, derrière, et de côté sans tourner la tête." et d’autres voient même dans l’obscurité, comme les Phalènes.

[photo cache cache ©Jean-Claude Trébouillard ; 1er prix du Jury Concours photo de l'Agrion de l'Oise ]

Pour ce qui est l’ouïe : "Dieu n'a pas donné l’ouïe à tous les Insectes: je n'en connais même aucun qui ait des Oreilles.". Oui pour Lesser, l’organe de l’ouïe serait le pavillon de l’oreille. Comme il avait constaté que la grosse chenille brune n’avait pas le sens du toucher, il a voulu voir si elle avait celui de la vue pour y suppléer : "pour en faire la preuve, je tirai divers coups de pistolet chargé à balle tout prêt de l'animal ; mais il ne donna pas le moindre signe de s'en être aperçu." Fallait le faire.. Donc cette chenille n’a ni toucher, ni ouïe…

Et pourtant : "Comme les amateurs de la Musique se rassemblent au son des instruments qu'ils aiment ; l'on voit aussi plusieurs Insectes se rassembler à un certain ton qui leur plait."

Donc ceux qui émettent des sons doivent bien les entendre. C’est logique, non ?

"Mais comment tout cela peut-il se faire sans Oreilles? C'est ce qu'il est impossible de bien expliquer."

au parc de Chedeville ©Roger Puff

au parc de Chedeville ©Roger Puff

"On ne saurait presque douter que les Insectes à qui la Nature a donne une espèce de voix, ou pour parler plus juste, la faculté de former certains sons , comme elle l'a donné aux Cigales , aux Grillons, aux Sauterelles, à plusieurs Scarabées, etc. n'aient aussi reçu le sens de l'ouïe pour entendre ces sons."

Oui, ils ont des oreilles, mais : "Des Animaux donc la voix ne se forme point par le gosier, qui respirent par le corselet, les cotes, ou la partie postérieure ; des Animaux parmi lesquels on en voit qui ont les yeux sur le dos et les parties génitales à la tête ; des Animaux de cet ordre, peuvent fort bien avoir les oreilles partout ailleurs que là où l'on s'attendrait de les trouver." Nous voilà rassurés.

Lesser conclut qu’on ne connaît pas encore assez les insectes. Ils ont sans doute une oreille intérieure mais "si délicat et si petit, que quand on l'aurait devant les yeux, il serait peut être impossible de le reconnaître".

Passons à l’odorat. Mais… les insectes n’ont pas de nez ! Sapristi.

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Les Insectes n'ont point de nez ; cependant on ne saurait leur disputer le sens de l'Odorat. L'on remarque qu'ils savent distinguer les Odeurs, et qu'ils font sensibles au parfum qu'exhalent les choses odoriférantes."

Il y en a qui aiment les odeurs agréables comme les abeilles (celles des fleurs bien sûr – sauf la camomille), d’autres les désagréables comme il en va des mouches ou des scarabées aquatiques : "ils sentent la charogne d'un chien à plusieurs mille pas de l'eau, et viennent la chercher", remarque qu’il tient d’Aristote…

Mais là ce n’est pas un problème pour l’homme de ne pas avoir l’odorat aussi aiguisé. Il a la Raison et n’a pas besoin de l’odorat pour choisir ce qui convient à son alimentation.

Et le goût. Là encore, problème. Point de langue ! Mais là encore il y a une solution :

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Le goût est un mouvement des Esprits animaux, causé par des particules qui ébranlent les nerfs de la langue, et qui le communiquent au cerveau, où il agit sur l'âme. Les Insectes n'ont point de langue comme les autres animaux, mais leur Trompe et leurs Barbes dont nous parlerons la suite, leur en tient lieu, et est l'organe de leur goût."

Ouf ! Mais il reste néanmoins une question : trompe et barbes ne seraient-ils pas plutôt les organes de l’odorat ? Et oui, ce n’est pas simple. Les insectes présentent de grandes différences sans ce qui plait à leur goût ; "Ce que les uns aiment répugne à d'autres ; et un aliment des plus agréables pour ceux-ci, sera détestable pour ceux-là. […]Le goût des uns les porte à ne vivre que du suc des fleurs ; et celui des autres à sucer le sang des animaux. Toute espèce de sang ne plait pas également à ces derniers: ils mettent beaucoup de différence entre celui des hommes et des bêtes ; et ne s'attachent pas indifféremment à tout animal."

Voilà donc l’état des lieux au milieu du 18ème siècle.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Mais qui est Pierre Lyonnet ? Il est hollandais, n » à Maasticht en 1708, mort à La Haye en 1789.C’est un graveur d’histoire naturelle et un naturaliste. Il illustre l'ouvrage de Lesser ainsi qu'un autre sur les polypes d'Abraham Tremblay. Il publiera en 1762 ses propres observations sur l'anatomie "de la chenille qui ronge le bois de Saule". Nous le retrouverons peut-être un jour dans ce blog

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