Publié le 24 Août 2016

Un jugement intéressant (1903)

" Une dame M., locataire d’un appartement, boulevard de Courcelles, à Paris, demandait samedi au tribunal la résiliation de son bail, le remboursement d’un trimestre de loyer payé d’avance, et des dommages-intérêts. Elle alléguait que l’appartement était inhabitable, à raison de son invasion par les punaises.

Dans quelle proportion cette invasion s’était-elle produite ? C’est ce qu’un expert fut chargé de rechercher. Il constata, en effet, la présence d’un certain nombre de punaises, mais déclara qu’il lui était impossible de juger dans quelle mesure elles pouvaient troubler « la jouissance du locataire ».

La propriétaire s’emparant de ce rapport soutenait que les plaintes de Mme M. étaient exagérées et que, dès lors, sa demande devait être rejetée.

Punaise de lit © Wikicommons

Punaise de lit © Wikicommons

Maître L. et Maître B. ont développé respectivement les arguments des deux adversaires.

Et le tribunal a statué :

Attendu, dit son jugement, que l’expert, et cela se comprend, n’a pu fixer le chiffre auquel doit s’arrêter la tolérance de la présence des punaises dans un appartement ; qu’en effet, tel locataire habitué aux soins de la propreté sera dans l’impossibilité de jouir en paix des lieux loués, si les punaises, même en quantité minime, l’ont envahi alors que tel autre en quelque sorte vacciné par un contact journalier avec la vermine n’attache aucune importance à la présence de quelques punaises ;

Attendu d’un autre côté, que la punaise se reproduit dans les milieux qui lui sont favorables avec une rapidité excessive, qui ne permet pas à un expert d’apprécier les conditions dans lesquelles elle pourra troubler la jouissance d’un locataire ;

Mais, attendu qu’il échet de fixer en principe que la présence de punaises dans un appartement est un trouble apporté à la jouissance du locataire, qui est en droit d’exiger, en échange des loyers qu’il paie, une jouissance qui ne peut qu’être plus ou moins troublée par la présence de la vermine et la nécessité de lutter chaque jour pour s’en débarrasser.

En conséquence, il a donné gain de cause à la locataire, en prononçant la résiliation du bail, en ordonnant la restitution du loyer payé d’avance. La propriétaire est condamnée à 50 francs de dommages-intérêts.

Ce jugement intéressant pour les propriétaires, l’est encore plus pour les locataires et surtout pour les petits."

La République de l’Oise, 15 mai 1903

(Archives départementales de l’Oise)

Punaise in "Les Insectes"  Louis Figuier 1819
Punaise in "Les Insectes" Louis Figuier 1819

Voilà qui m’amène à un moment musical (enfin presque car il nous manque a musique). C’est un tout petit extrait d’une opérette de Jacques Offenbach sur un livret de Nadar et Charles Bataille (La Grande Symphonie héroïque des Punaises - 1877)

L’infortuné voyageur

[…] Ah ça ! mais vous n’avez pas de puce ici ?

La servante

De père en fils, monsieur, la maison est connue

Pour une auberge honnête et proprement tenue

(A part)

Des puces ! quelle idée a donc cet étranger ?

Les punaises d’ailleurs sont là pour les manger.

Commentaires

Il s’agissait manifestement de Cimex Lectularius, la Punaise de lit, un hémiptère, sous-ordre des Hétéroptera, de la famille des Cimicidae, parasite hématophage de l’homme et des animaux, qui se cache le jour et pique la nuit. Fléau à cette époque, elle avait disparu grâce à une meilleure hygiène des ménages et surtout aux insecticides puissants, comme le DTT. Elle reparait depuis les années 90s avec les déplacements internationaux et peut être ramenée dans une valise après un séjour dans un hôtel ici ou là, y compris dans les pays développés.

Un récent article de Sciences et Avenir (avril 2016) alertait sur le retour de cet insecte pas très sympathique. Ses piqûres indolores entraînent des démangeaisons intenses pouvant dégénérer en urticaire généralisé et des surinfections, mais il n’est pas prouvé que les bestioles transmettent parasites, virus ou bactéries.

En Amérique du Nord, New-York, Chicago, Montréal et bien d’autres métropoles les subissent. Un site Bedbugregistry répertorie même les hôtels infestés. Pour la France, c’est moins évident à investiguer, mais on sait que les interventions des services de salubrité à Paris ont manifestement augmenté.

Je n’en dirai ici pas plus et vous renvoie aux nombreux sites qui traitent plus en détails de cet insecte.

Sachez cependant que l’on compte aujourd’hui 80000 espèces d’hémiptères, dont 8000 en Europe.

Alors en voici une champêtre et estivale, nettement plus sympathique

punaise sur son herbe ©RogerPuff

punaise sur son herbe ©RogerPuff

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Publié le 12 Août 2016

Pour nous changer des insectes de France, notre amie Manon a souhaité nous parler de l’entomofaune du Costa-Rica, pays où elle est allée plusieurs fois et où elle a fait connaissance d’Alberto Mairena Roiz, un guide naturaliste photographe.

Donnons-lui la parole.

Au plus loin que je me souvienne, je me suis toujours intéressée à la biodiversité. Petite, j’aimais regarder les documentaires animaliers. Par la suite, j’ai eu la chance d’effectuer de nombreux voyages en compagnie de mes parents un peu partout dans le monde. Et ces voyages m’ont littéralement ouvert les yeux : ils m’ont permis d’entrapercevoir l’immense biodiversité qui compose notre planète et, au-delà de ça, je me suis rendu compte que cultures, traditions et nature sont liées. Il n’est pas possible de protéger une espèce ou un espace sans le soutien des locaux. Et pour bénéficier de leur aide, il nous faut les comprendre.

Il nous faut nous unir et s’écouter : le monde actuel a besoin d’idées, de projets, d’innovations…et chacun a un rôle à jouer.

Alurnus ornatus, coléoptère de la famille des Chrysomelidae ©Alberto Mairena Roiz

Alurnus ornatus, coléoptère de la famille des Chrysomelidae ©Alberto Mairena Roiz

J’ai rencontré Alberto, guide naturaliste, lors d’un de mes voyages au Costa Rica. Mes parents et moi-même étions intéressés par la richesse de la faune de Sarapiqui, zone située dans la région d’Heredia. Cette région est facile d’accès et de nombreuses randonnées sont organisées pour découvrir la nature. Nous avons eu l’occasion d’effectuer une de ces randonnées avec Alberto, qui a pu nous faire découvrir un petit échantillon de la biodiversité costaricaine.

Alberto m’a autorisée à utiliser quelques unes de ses photos pour cet article.

Un charançon Curculio (Pissodes) notatus ©Alberto Mairena Roiz

Un charançon Curculio (Pissodes) notatus ©Alberto Mairena Roiz

Mais d’abord quelques mots sur ce beau pays qui m’a conquise.

Actuellement premier pays mondial en termes d’écotourisme, le Costa Rica a pris conscience de la nécessité de préserver sa principale richesse dès 1970. Sa superficie est de 51 000 km² soit 0.03% des terres émergées du globe. Sa biodiversité avoisine les 500 000 espèces (dont 300 000 espèces d’insectes) soit 4% de la biodiversité mondiale recensée. De part sa superficie réduite et son nombre considérable d’espèces, le Costa Rica est considéré comme l’un des pays les plus concentrés en biodiversité du monde.

Sans armée, le gouvernement s’est entièrement dédié à la protection de l’environnement sous toutes ses formes et souhaite servir de modèle aux autres pays du globe. Ainsi lors de la COP 21, le président affirmait l’engagement du Costa Rica à devenir un pays neutre en carbone en 2021. De plus, il dévoilait que durant les 75 premiers jours de l’année 2015, l’intégralité de l’électricité utilisée provenait de ressources renouvelables.

Exuvie de cigale ©Alberto Mairena Roiz

Exuvie de cigale ©Alberto Mairena Roiz

Découvert le 18 septembre 1502 par Christophe Colomb, le Costa Rica abrite alors 3 tribus précolombiennes : les Chorotegas, les Borucas et les Huetares. Eblouis par l’or que porte les guerriers et sensibles à l’accueil qu’on leur réserve, les Espagnols s’imaginent avoir atteint une terre extraordinaire et la baptisent « Costa Rica » : Côte Riche. C’est en 1561 que le Costa Rica est définitivement occupé. Cependant, les Espagnols sont déçus : l’or n’est pas abondant. Loin de la Couronne espagnole et difficile d’accès, le Costa Rica est presque indépendant. C’est en 1821 qu’il rédige un pacte pour faire valoir son indépendance : il sera intégré aux Provinces Unies Centraméricaines. La totale indépendance du Costa Rica est déclarée en 1838, date à laquelle nait la nouvelle république.

Costa Rica ©costa-rica-map-carte-information-blog

Costa Rica ©costa-rica-map-carte-information-blog

Ce pays est bordé à l’ouest par l’océan Pacifique, à l’est par la Mer des Caraïbes, au nord par le Nicaragua et au sud par le Panama. Le relief du Costa Rica est traversé du nord au sud par des chaines montagneuses, pour la plupart volcaniques. Au centre de ces montagnes, la vallée centrale : 3000 km2 de terres fertiles enrichies par un climat tropical-tempéré. Elle héberge la moitié de la population du pays, dont la capitale San José, et une grande partie des cultures.

Plus de 65 % de ses frontières sont côtières. Elles regroupent des plages rocheuses et des plages de sable fin, toutes idylliques et pour la plupart, méconnues du grand public, les stations balnéaires se regroupant au centre-ouest et sud-ouest du pays.

Un papillon (famille Hepialidae ?) ©Alberto Mairena Roiz

Un papillon (famille Hepialidae ?) ©Alberto Mairena Roiz

Cinq types de climat sont à distinguer :

  • La côte caraïbe et le sud de la côte pacifique regroupent les terres basses humides. La saison sèche y est quasi absente, les pluies sont peu nombreuses et les températures peuvent varier de 25 à 35 degrés environ. Les pluies s’intensifient dès que l’on s’enfonce dans les terres.
  • Au nord-ouest, la région de Guanacaste et une partie de la province de Puntarenas se distingue par des terres basses, une saison sèche très marquée et des températures plus élevées.
  • La vallée centrale a un climat tempéré.
  • Entre 1000 m et 1500 m, la saison sèche reste encore marquée mais les températures sont plus fraiches et constantes.
  • Au-delà de 1500 m, le climat est montagneux, tel celui des Andes. La température peu descendre à 0° C à 3000 m d’altitude.

La topographie du pays ainsi que les différents climats ont permis à la biodiversité de se développer, faisant du Costa Rica l’un des plus gros réservoirs du monde en termes d’espèces.

Une estimation réalisée par INbio, Institut national de la biodiversité, donne le chiffre de 500 000 espèces, faune et flore confondues. Parmi la faune, on compte notamment 205 espèces de mammifères, 850 espèces d’oiseaux et 35 000 espèces d’insectes.

Une mouche  (diptère) ©Alberto Mairena Roiz

Une mouche (diptère) ©Alberto Mairena Roiz

Depuis 1963, date de création du premier parc national, la superficie de ces aires protégées n’a cessé de s’étendre pour atteindre actuellement 27% du territoire. Ces espaces regroupent presque tous les biotopes existants au Costa Rica : forêts caducifoliées, forêts pluvieuses, marais, mangroves, lagunes herbacées, palmeraies de marais et étendues désertiques.

Le pays compte aujourd’hui :

  • 20 parcs nationaux
  • 8 réserves biologiques
  • 27 zones protégées
  • 1 site archéologique
  • 9 réserves forestières
  • 9 refuges de la vie sylvestre

Il faut ajouter à cette liste : 5 projets privés et de multiples propriétés privées, transformés en zones protégées et aménagés pour la visite. Ces derniers ne sont officiellement pas enregistrés. Il y a également 21 réserves indiennes.

La shag carpet caterpillar, littéralement « chenille couverte d’une toison »  est la chenille de Prothysana felderi, famille des Bombycidae ©Alberto Mairena Roiz

La shag carpet caterpillar, littéralement « chenille couverte d’une toison » est la chenille de Prothysana felderi, famille des Bombycidae ©Alberto Mairena Roiz

Alberto Mairena Roiz, guide naturaliste à Chilamate Rainforest Eco Retreat, lodge destiné à l’écotourisme situé au nord du pays à Sarapiqui, et photographe amateur lors de ses temps libres, témoigne : « Notre plus grande richesse est notre nature et les habitants du pays l’ont bien compris. L’augmentation des écotouristes prouve également qu’il y a une prise de conscience mondiale. De plus en plus de gens comprennent l’importance de sauvegarder notre biodiversité ».

Une autre espèce de mouche (diptère) ©Alberto Mairena Roiz

Une autre espèce de mouche (diptère) ©Alberto Mairena Roiz

Le guide naturaliste a un réel rôle à jouer dans la prise de conscience actuelle. Il fait découvrir la biodiversité et les biotopes, sensibilise le public et apporte des exemples de gestes écologiques réalisables par tous. Alberto explique « On devient guide parce qu’on veut partager nos connaissances et montrer la beauté de notre nature. Parce qu’on aime la nature. Je suis devenu Guide naturaliste parce que j’aime la nature et que j’en avais assez de ne pas pouvoir mettre un nom sur les oiseaux que je voyais, sur les sons que j’entendais ».

Il poursuit « J’avais 13 ans et ma mère ne pouvait plus financer mes études. Des touristes venaient au lodge et curieux, je voulais discuter avec eux. J’ai donc appris l’anglais. Peu après, j’ai eu la chance de trouver un emploi au lodge en tant qu’homme à tout faire. C’est là que j’ai commencé à apprendre les bases sur la biodiversité aux côtés d’autres guides. J’ai pu reprendre mes études en cursus générale et plus tard j’ai combiné mes études à une formation environnementale à la Selva* pour devenir guide naturaliste (La Selva est un centre de renommée international dans le domaine de la recherche et de l’éducation). Cette formation, qui a duré 2 ans, m’a permis de connaitre l’intégralité de la biodiversité de ma région, mais également quelques autres espèces du Costa Rica. »

Une punaise (Hémiptère) ©Alberto Mairena Roiz

Une punaise (Hémiptère) ©Alberto Mairena Roiz

Néanmoins, le rôle du guide naturaliste n’est pas seulement de connaitre la biodiversité, il est aussi de partager avec le public : « J’ai régulièrement des groupes hétérogènes en âge avec de jeunes enfants et des personnes âgées. Je me mets alors au diapason de chacun : je répète plusieurs fois la même chose mais sous un angle différent ; mon objectif étant de toujours sensibiliser le public à son environnement ».

Et parfois, de simples règles de sécurité sont difficiles à imposer : Alberto se souvient « C’était l’une de mes premières randonnées. J’avais expliqué qu’il fallait marcher derrière moi, de sorte que je puisse identifier les dangers si danger il y avait. Dans le groupe, il y avait une petite fille que ses parents ne surveillaient pas, et qui s’obstinait à courir devant moi. A un moment donné, elle s’est mise à hurler : elle venait de rentrer de plein fouet dans la toile géante d’une araignée, Néphila Clavipes. Cette araignée peut faire des toiles allant jusqu’à 3 mètres de diamètre et vit généralement en groupe. Heureusement, leur piqure n’est pas dangereuse pour l’homme. Sur le coup je ne savais pas trop quoi faire : j’ai essayé de calmer la fillette et lui réexpliquer pourquoi il fallait que je marche devant. Cette expérience l’a définitivement calmée. »

Une araignée ©Alberto Mairena Roiz

Une araignée ©Alberto Mairena Roiz

A cause du changement climatique, le climat costaricain s’est modifié négativement. En 2015, avant la COP21, le président costaricain, Luis Guillermo Solis, décrivait les conséquences de ce changement pour le pays « Chez nous, les tremblements de terre, les ouragans, les sécheresses et les déluges, s’intensifient avec le changement climatique. Les phénomènes de « El Niño » et de « La Niña » ont des conséquences dramatiques dans une zone, victime à la fois d’abondance et de manque d’eau. ».

une mante religieuse ©Alberto Mairena Roiz

une mante religieuse ©Alberto Mairena Roiz

Et la biodiversité, elle aussi a été impactée. Alberto confirme « Depuis plusieurs mois, il m’arrive d’observer des espèces qui ne sont pas de la région. Par exemple, le colibri à crête noire (Coquette d’Hélène Lophornis helenae) : normalement c’est un oiseau qui vit en altitude et qui ne descend pas dans les vallées. »

Mais le pays reste optimiste : il avance même, lors de la COP 21, qu’il sera un pays neutre en carbone en 2021. Il dévoile également que 100% de son énergie provenait de ressources renouvelables lors des 75 premiers jours de 2016. Etonnant ? Pas vraiment …

En 2015, Elbert Duran, directeur de la communication de l’Institut Costaricain d’Electricité (ICE) se félicite : « De janvier à octobre, nous avons produit 98.7% de notre électricité à partir d’énergie renouvelable ».

En effet, actuellement, le Costa Rica compte :

  • 4 stations hydrauliques
  • 5 centrales géothermiques
  • 9 parcs éoliens
  • 1 usine expérimentale de panneaux solaires (avec au total 4300 panneaux)
Un papillon ©Alberto Mairena Roiz

Un papillon ©Alberto Mairena Roiz

Du fait de l’importante quantité de volcans, la géothermie représente une ressource énergétique importante, plus stable que l’hydraulique et l’éolien : ces dernières variant en fonction de la saison. Ainsi, en juillet 2014, l’État décide d’investir 958 millions de dollars pour développer des installations géothermiques.

Néanmoins, le Costa Rica ne souhaite pas négliger le potentiel des autres ressources : il a pour projet de construire 9 parcs éoliens d’ici 2017.

Cependant, le coût des énergies renouvelable reste supérieur à celui des énergies fossiles et le pari que s’est fixé le gouvernement pour 2021 n’est tenable que si le pays refuse le développement d’une industrie lourde ; un choix qui risque d’être perçu comme un frein à la croissance à plus ou moins long terme.

Affaire à suivre …

Manon Castaing

J’espère que vous avez apprécié ces quelques insectes costaricains et que l'article de Manon vous aura donné envie de visiter le Costa Rica.

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