Publié le 9 Février 2014

"Le vol des oiseaux et des insectes m'a toujours préoccupé… J'avais essayé tous les genres d'ailes d'oiseaux, de chauves-souris et d'insectes, disposées en ailes battantes, ou ailes fixes avec hélice …"

C’est ainsi que Clément Ader disait s’être inspiré de la nature.

Intéressons nous au vol des insectes en revenant si vous le voulez bien à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et plus particulièrement à l’article « Insecte » :

« De la progression des insectes qui volent dans l’air. Parmi les insectes qui sont obligés de chercher leur nourriture dans l’éloignement ; les uns ont deux aîles, d’autres quatre, & d’autres de petits balanciers qui leur servent comme de contre-poids. Ces petits balanciers, ou ces petites boules, sont placées sous la partie postérieure des aîles, & elles tiennent au corps par un filet fort mince, qui sert à l’animal pour les mouvoir selon qu’il en a besoin. Chez les uns elles sont toutes nues, & chez les autres elles sont couvertes. Leur usage est de tenir le corps en équilibre ; elles sont aux insectes ce que les contre-poids sont aux danseurs de corde, & les vessies remplies d’air aux nageurs. Si on leur coupe une de ces boules, on s’apperçoit qu’ils panchent plus d’un côté que de l’autre ; & si on les leur ôte toutes deux, ils n’ont plus ce vol léger & égal qu’ils avoient auparavant, ils ne savent plus se diriger, & ils font des culbutes. La plûpart des insectes n’ayant point de queue & de plumes comme les oiseaux, ont un vol fort inégal, & ne peuvent pas tenir leur corps en équilibre dans un élément si subtil, & qui cede aussi aisément. Swammerdam a pourtant trouvé une espece de papillons qu’il faut excepter de cette regle générale ; il a une queue à l’aide de laquelle il dirige son vol comme il veut. Enfin parmi les insectes qui volent, les uns s’élevent dans l’air à une certaine distance de la terre, tandis que d’autres voltigent sans cesse à quelques lignes seulement de sa surface. »

Il y a là bien de la poésie… et l’orthographe est garantie d’époque.

Les photographes d’insectes aiment bien les prendre en vol. Par exemple le moro – sujet de notre précédent article - qui butine en ne se posant jamais. Ses ailes battent 80 fois par seconde et lui permettent le sur-place et même le vol arrière.

Il ne s’agit pas ici de développer l’art et la technique du vol chez les insectes, mais simplement d’apporter quelques bribes d’informations (les vitesses de vol sont tirées d’un article de l’OPIE) :

Les coléoptères utilisent une seule paire d’ailes pour voler, les élytres servent essentiellement de protection et leur confèrent un vol plutôt maladroit, avec des vitesses de l’ordre de 10 km/h. Les hyménoptères comme les abeilles ont deux paires d’ailes et volent très loin, mais elles ne peuvent ni avoir de vol stationnaire, ni voler quand il pleut. Une abeille ouvrière peut atteindre 50 km/h. Les odonates – qui sont sans doute les plus anciens insectes volants - ont deux paires d’ailes, chaque aile étant indépendante des trois autres, ce qui leur permet le vol stationnaire, le changement brusque de direction ou d’altitude, et même l’accouplement en vol… L’Aeschne vole à près de 100 km/h !

Insectes et minidrones

Les thysanoptères (thrips) sont si légers qu’avec leurs 2 paires d’ailes munies comme de plumes, ils nagent dans l’air plus qu’ils ne volent. Les diptères (mouches) ont une paire d’ailes, mais portent comme un second jeu d’ailes en fait de minuscules sacs d’air, les licols, qui les équilibrent et leur permettent un vol très rapide, des changements de directions brusques et le vol stationnaire. Le taon peut voler à près de 145 km/h.

Insectes et minidrones

Les lépidoptères (papillons) portent sur leurs ailes des écailles qui les alourdissent, mais leur procurent des bénéfices certains comme d’échapper aux toiles d’araignées et par leurs dessins et colorations d’éloigner les prédateurs. Ces écailles secrètent aussi des parfums qui attirent le sexe opposé. Les très grandes surfaces d’ailes de certains papillons leur permettent de faire de très longs vols planés et de parcourir de très longues distances, comme le Monarque qui parcourt du Canada au Mexique 4000 km à une vitesse de 30 à 40 km/h.

Mais notre article aimerait aussi un peu traiter de la recherche de l’imitation du vol de l’insecte dans la technologie. Donc au biomimétisme …

Les insectes volent en battant des ailes plusieurs centaines de fois par seconde, jusqu’à 600 fois comme les moustiques (le colibri l’oiseau le plus rapide ne bat des ailes que 80 fois par seconde), et qui plus est ne se fatiguent pratiquement pas...

Avant Clément Ader, Léonard de Vinci s’est intéressé au vol animal : chauves souris, oiseaux, insectes. L’idée était de développer un ornithoptère, engin volant inspiré du vol des oiseaux. Au début du 20ème siècle le français Etienne Oehmichen a consacré sa vie au vol des insectes, mais est mort oublié et ruiné dans les années 1950. Aujourd’hui, notamment pour la construction des drones et de mini-robots volants, ses travaux sont remis à jour (voir l’intéressant article du Monde de janvier 2012 « De la libellule au microdrone : comment les insectes nous apprennent à voler »)

Le laboratoire de Berkeley - Biomimetic Millisystem Lab - s’est spécialisé, en collaboration étroite avec des biologistes, dans l’application des mouvements des insectes, notamment le vol, pour développer des mini-robots au « vol bio-inspiré ». Le vol battu a notamment permis de développer un robot destiné à voler jusqu’à 2.5 m/s à l’intérieur des constructions en détectant et en naviguant parmi des obstacles non modélisés, le robot de 13 g portant une charge utile de 2.8 g étant suivi et dirigé par une station extérieure.

Insectes et minidrones

En France, un laboratoire de l’ONERA (projet Remanta et le drone du futur copie la nature) s’intéresse entre autres au vol de la libellule pour développer des microdrones. Cet insecte très ancien présente une mécanique de vol simple - les ailes supérieures se lèvent tandis que les ailes inférieures se baissent. - facile à imiter avec une fréquence de battements de 20 à 40 Hz, alors que les mouches battent elles à 1000 Hz…

On voit bien tout l’intérêt de développer des robots volants militaires ou civils - de la taille d’un insecte - capable d’accomplir des missions de renseignements ou d’inspection dans des endroits difficilement accessibles.

Les insectes ont décidément beaucoup de choses à nous apprendre.

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Publié le 2 Février 2014

Je voudrais rendre hommage à ce bel insecte qui honore quelquefois mon jardin. C’est le Moro Sphinx, qu’on baptise aussi Sphinx colibri, tant il ressemble à ce petit oiseau. On le voit en été et il affectionne les géraniums. Comme tous les butineurs, il contribue à la pollinisation des plantes et à ce titre mérite notre protection et notre affection.

Le Moro Sphinx

C’est un papillon, autrement dit un lépidoptère. Il appartient à la famille des Sphingidae, sous-famille des Macroglossinae, tribu des Macroglossini, genre Macroglossum, autrement dit « grande langue » et pourtant il ne médit de quiconque. Ah ! Les charmes de la classification. C’est un sphinx, mais attention contrairement à ses cousins, ce n’est pas un papillon de nuit. Ecoutons ce que nous en dit Guillaume Louis Figuier (1819-1894) dans son ouvrage Les Insectes, très bien illustré, paru chez Hachette en 1869 :

« Ce papillon a frappé l’attention de tous ceux qui ont vécu dans un jardin fleuri. […] Lorsqu’il va d’une fleur à l’autre, il a des mouvements brusques et rapides ; mais il reste en état de vol stationnaire devant chacune. Il ne se pose pas ; il vole sans cesse, tout en enfonçant sa longue trompe dans les corolles des fleurs, contrebalançant l’action de la pesanteur par la vibration continue des ses ailes. »

Le Moro Sphinx

Figuier le décrit bien mieux que moi et, qui plus est, il me donne l’occasion d’évoquer ce personnage né à Montpellier en 1819, docteur en médecine à 22 ans, professeur de pharmacie à Montpellier, puis à Paris, où il mourut en 1894. D’abord expérimentateur, il s’opposa par ses travaux sur le foie à Claude Bernard, ce qui lui fit abandonner définitivement cette pratique pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il sera notamment rédacteur en chef de La revue hebdomadaire La Science illustrée aux côtés de Jules Verne et de Camille Flammarion, entre autres… Il écrivit sur tout, aussi bien sur les glaciers, les avalanches, les tremblements de terre que sur les races, les beautés de la végétation terrestre, les fleurs… Sans oublier l’alchimie, la vie des savants illustres, les aérostats, les merveilles de l’industrie, que sais-je encore ? Il s’est même fait une spécialité du théâtre de la science. On lui doit par exemple des drames comme Kepler, ou l’Astrologie et l’Astronomie, des comédies, comme La République des abeilles.

Vous l’avez deviné : ce n’était pas un entomologiste mais un scientifique touche-à-tout. Aujourd’hui il passerait à la télévision.

Le Moro Sphinx

Mais revenons à notre Moro Sphinx, notre Sphinx colibri. On peut lire aussi que dans le passé les paysans l’appelait mouche folle tant il s’activait de fleur en fleur, ce qui confirme que le travail rend fou : ils avaient bien du bon sens nos ancêtres.

Et aussi pourquoi appelle-t-on cette famille "Sphinx "? Je trouve la réponse dans un ouvrage de Maurice Griveau, conservateur honoraire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, intitulé « Histoire esthétique de la nature », daté de 1929 :

« Ces Sphinx que voici, à l’abdomen pointu, et qui s’éclairent de reflets roses, ont un nom assez peu poétique : on les appelle des « pourceaux »… Mais c’est à cause de leurs larves, dont la bouche se prolonge en groin. De même, le nom de Sphinx a pour origine une attitude bizarre de la chenille, qui redresse sa tête à la manière du monstre inquisiteur de Thèbes, et semble proposer une énigme. »

Il poursuit sur le Moro Sphinx qu’il dit « étoffé comme un petit moineau, et qui plonge sa trompe prodigieusement allongée dans le calyce [sic] des fleurs, sans se poser : la vibration des ailes le soutient. Ce papillon, en vérité, rejoint l’oiseau-mouche… »

Le Moro Sphinx serait – avec les libellules – un des insectes les plus rapides avec un vol à plus de 60 km/heure et 50 à 90 battements d’ailes par seconde. A noter qu’en vol stationnaire, le colibri, l’oiseau-mouche, bat des ailes 80 fois par seconde.

Je ne voudrais pas conclure cet article sans mettre en garde notre Moro Sphinx contre une fleur bien dangereuse pour lui et que certains conseillent de proscrire de nos jardins, à savoir l’onagre rose Oenotera speciosa, originaire du Mexique et commercialisée dans les jardineries. En butinant dans sa corolle riche en nectar, sa longue trompe risque de se trouver coincée, il ne pourra pas se dégager et mourra d’épuisement. Il sera le festin bienvenu pour quelque insecte prédateur qui saura lui se jouer de la mortelle corolle.

Cher Moro, nous attendons les beaux jours avec impatience pour te revoir au jardin

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Publié le 29 Janvier 2014

Pas tant dans le bois de ce bel hôtel à insectes, que dans le bois derrière chez moi, où ils ont leurs habitudes depuis toujours. Quant à moi, comme le dit si bien le journaliste, je fourmille de projets... Rejoignez-nous pour les réaliser.

Mais chez moi, les insectes sont dans le bois

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Publié le 28 Janvier 2014

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Publié le 27 Janvier 2014

Impossible de laisser passer cette occasion : le bicentenaire de la naissance d’Eugène Viollet-le-Duc quand on est isarien et que l’on aime le château de Pierrefonds.

Aussi l’Agrion de l’Oise a-t-il cherché la petite bête dans les écrits de notre homme.

Eugène Viollet-le-Duc est né le 27 janvier 1814 à Paris et il est mort le 17 septembre 1879 à Lausanne. Cet architecte français est célèbre pour avoir restauré les chefs d’œuvre du Moyen-âge : la basilique de Vézelay, Notre Dame de Paris, la cité de Carcassonne, la cathédrale d’Amiens, l’hôtel de Ville de Compiègne, le château de Pierrefonds et bien d’autres encore dans la France entière, en Belgique, en Suisse et même en Pologne à Cracovie …

Viollet-le-Duc et les insectes

Alors voilà le pourquoi du « et les insectes ». Tout d’abord les insectes l’intéressaient dans l’exercice de son art. Il en parle à plusieurs reprises dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle. Par exemple au tome 7 :

« Au point où nous devons nous placer, ne considérant que la question d’art, le beau, le style, ne résident pas dans une seule forme, mais dans l’harmonie de la forme en vue d’un objet, d’un résultat. Si la forme indique nettement l’objet et fait comprendre à quelle fin l’objet est produit, cette forme est belle, et c’est pourquoi les créations de la nature sont toujours belles pour l’observateur. La juste application de la forme à l’objet et à son emploi ou sa fonction, l’harmonie qui préside toujours à cette application, nous saisissent d’admiration devant un chêne comme devant le plus petit insecte si bien pourvu. »

Bien sûr dans ses propres réalisations, l’observateur verra plus la plante, l’oiseau ou le lion. Ses chimères révèlent peu l’insecte, sans doute du fait de la différence d’échelle qui ne permet guère d’imaginer la conjonction de la tête d’un oiseau de proie avec le corps d’une sauterelle.

Viollet-le-Duc et les insectes
Viollet-le-Duc et les insectes

Cette introduction de la beauté de la nature dans l’architecture et ses ornements, qui inspirait déjà les bâtisseurs médiévaux, il l’utilise largement dans ses restaurations et il devance lui-même les architectes de l’Art Nouveau comme Guimard en France ou Gaudi en Espagne. Mais disons-le, à part la libellule ou le papillon, l’insecte reste rare en architecture. Ceci dit je m’évertuerai à le dénicher dans de prochaines expéditions photos consacrées à Viollet-le-Duc ou à l’Art Nouveau (ah ! les papillons de Lalique …).

Cette chimère sur une boiserie du château de Pierrefonds m’évoque quelque peu l’insecte – au moins par le faciès - mais cet « alien » se distingue surtout par sa belle ossature et est donc bien loin de nos chers arthropodes.

Viollet-le-Duc et les insectes

Ceci dit notre architecte a des préoccupations beaucoup plus techniques. L’insecte est pour l’architecte, plus généralement le bâtisseur un vrai problème et depuis bien longtemps. Au tome 2 du dictionnaire cité plus haut, Viollet-le-Duc traite de la protection du bois et des méthodes des charpentiers au Moyen-âge :

« Il arrivait souvent que les bois de charpente recevaient une couche de peinture qui semble n’être qu’une dissolution d’ocre dans de l’eau salée ou alunée, et, en effet, une lessive de sel marin ou d’alun empêche les insectes de s’attacher à la surface du bois ; elle leur donne une belle teinte gris-jaune d’un aspect soigneux. On a supposé que le bois de châtaignier avait la propriété d’éloigner les araignées, et on a conclu de l’absence des araignées dans les anciens combles que ceux-ci étaient en bois de châtaignier ; mais les araignées ne se logent que là où elles peuvent vivre, et les bois bien purgés de sève, quelle que soit leur essence, produisant peu ou point de vers, de mouches, ne peuvent servir de logis aux araignées. »

Au tome 7 encore, Viollet-le-Duc évoque un autre problème du fait d’insectes :

« De plus, le plomb laminé est sujet à se piquer, qui n’arrive pas habituellement au plomb coulé. Ces piqûres sont faites par des insectes qui perforent le plomb de part en part et forment ainsi autant de trous d’un millimètre environ de diamètre, à travers lesquels l’eau de pluie se fait jour. Nous n’avons jamais eu à signaler de ces sortes de perforations dans des vieux plombs coulés, tandis qu’elles sont très fréquentes dans les plombs laminés. Nous laissons aux savants le soin de découvrir la cause de ce phénomène singulier. »

Une explication de ce phénomène, sans doute mal expliqué au XIXème siècle, pourrait être le rôle du dermeste bicolore, c’es en tout cas ce qui ressort d’une page d’un site Internet « Insectes du patrimoine culturel ». En effet le dermeste (littéralement mangeur de peau) est un petit coléoptère nécrophage de 7 à 9 mm, bien connu en entomologie forensique (criminologie), dont les larves sont entre autres nuisibles aux reliures et aux parchemins, ainsi qu’aux collections d’animaux naturalisés (dont bien sûr les boites d’insectes épinglés). Et oui, ces larves, lors de leur recherche d’un abri de nymphose, peuvent forer et transpercer toutes sortes de matériaux, y compris du bois, des isolants, des tuyaux même en plomb… ». CQFD…

Est-là l’explication que Viollet-le-Duc attendait des savants ?

Mais avec ce redoutable petit coléoptère, nous voilà bien éloignés des cathédrales, des palais et des châteaux forts…

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Publié le 25 Janvier 2014

Le petit peuple des ruisseaux

Dans mon enfance - en 6ème, je crois bien, vers à la fin des années 50s - j’avais reçu en prix un petit livre qui m’avait passionné. C’était « Le petit peuple des ruisseaux ». Je viens de le retrouver au fond d’une malle au grenier. Format 20x13, il a une belle reliure cartonnée orange façon peau de lézard et le titre, sur la couverture et sur le dos, est en belle écriture droite couleur or. Je l’ouvre, curieux de retrouver la magie de mes premières lectures.

Il est de Marcel Piponnier, daté de 1956, dans la collection « La Joie de connaître » aux Editions Bourrelier. A l ‘époque, il datait déjà puisque sa première édition s’avère être de 1937 : il était « d’avant la guerre », avec ses photos en noir et blanc et ses croquis en ligne claire. Mais quelle poésie. Il débute ainsi :

« Sous les pierres du ruisseau et aussi dans l’étang bordé de joncs, tout un monde d’insectes, de crevettes habite les eaux ; les larves et les vers se cachent dans le fond ; les menus coquillages ne quittent guère les herbes qu’ils broutent paisiblement. Monde peu connu, à peine soupçonné bien souvent, car la taille des petits êtres est proportionnée à celle de leur univers, le fossé, la flaque où ils sont nés. »

Avant d’aller plus loin, je veux en savoir plus, surtout essayer de savoir qui est Marcel Piponnier. Comme d’habitude, je vais sur mon moteur de recherche préféré. J’y trouve d’emblée tous les sites de vente de livres par correspondance. Je ne vous les cite pas. Le livre est en vente, broché ou cartonné, réputé en bon état ou non, dans plusieurs de ses éditions de 1937 à 1956. Tiens le mien de 1956 avec sa belle couverture est vendu 23 €. A part cela, on le trouve broché avec une photo sur la couverture de 4,95 € à € à 45,88 €, bigre… Il a été réédité en 1947, 1950 et 1956 par Bourrelier et en 1972 par les imprimeries du CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) de Poitiers. Vous pouvez donc vous le procurer, alors n’hésitez pas, c’est un régal.

D’ailleurs, il se trouve que je ne suis pas le seul à le penser. Je tombe sur un collègue blogueur, « Gallipato ». Il commente le livre :

« En fait, cet ouvrage n'est pas un bouquin, c'est une déclaration d'amour à la nature, une invitation à nous immerger dans le microcosme aquatique, aux origines mêmes de la vie. Page après page, avec amour et enthousiasme, Marcel Piponnier nous fait découvrir le monde impitoyable des mares et des ruisseaux, où les drames qui se déroulent ne mettent jamais en cause un équilibre séculaire. »

Cher Gallipato, je partage votre point de vue : oui ce livre est un poème.

D’autres sites évoquent cet ouvrage qui véritablement en a marqué plus d’un.

Mais qui est Marcel Piponnier ? Le site de référence idref.fr ne donne strictement rien de lui, aucune date. Rien pour nous dire qui fut ce poète des humbles ruisseaux, des mares et des ornières. Je vais sur gallica.fr, le site de la BNF et je trouve ce commentaire, signé Jean Rimbaud, dans « Etudes, revue catholique d’intérêt général », une publication des Jésuites datée de 1938 :

« Ce petit peuple des ruisseaux, gyrins, dytiques, moustiques, sangsues, n’est peut-être pas tellement sympathique. Mais en un temps si féru des inventions humaines et des progrès de la mécanique, se pencher sur la vie du plus petit ruisseau et du plus morne étang est bienfaisant. M. Piponnier nous apprend à observer attentivement. Et cette attention est le ressort de l’admiration pour la nature. »

Nos contemporains ont, semble-t-il, plus le sens de la nature que les gens « d’avant la guerre », et, en tout cas, manifestent un peu plus de sympathie pour les petites bestioles et leurs écosystèmes.

Je prolonge ma recherche et je découvre sur le site de l’Institut français de l’éducation que Marcel Piponnier a été reçu à l’agrégation de sciences naturelles en 1924. C’est donc un professeur agrégé de sciences naturelles, aujourd’hui on dit SVT. Je n’en saurai pas plus. Il semble n’être connu que pour cet ouvrage. Où est-il né ? Où a-t-il enseigné ? Les questions restent en suspens. Qui pourra nous renseigner ?

Le petit peuple des ruisseaux

Ne le quittons pas sans lire ce qu’il nous dit de l’Agrion.

« Parfois, près de la rive, sur un jonc couché dans l’eau, toute une brochette de couples sont alignés ; ce sont de fines libellules, les Agrions ; au repos, ils tiennent leurs ailes relevées sur leur dos. Le mâle, fixé sur le cou de la femelle, est fièrement dressé, tandis qu’elle, plus humble, s’agrippe au support. Effrayé par le saut d’une grenouille, tout ce monde s’envole, et les couples, restés unis, comme de gracieux tandems aériens, voltigent à la recherche d’une herbe ensoleillée. »

Oui, il faudra revenir sur la larve, fruit de cet amour et évoquer sa vie aquatique, où elle devra se méfier des dytiques, des notonectes et autres nèpes.

A noter que les Editions Bourrelier et Cie avaient été créées en 1931 par Michel Bourrelier (1900-1983). Elles se consacraient aux ouvrages pour la jeunesse, documentaires ou de fiction. Dans la collection « Le Joie de connaître », Michel Bourellier faisait appel à des spécialistes sachant vulgariser leurs savoirs. En 1963, elles ont fusionné avec la Librairie Armand Collin.

Nous reviendrons certainement dans notre blog sur ce bel ouvrage de Marcel Piponnier pour rêver encore avec « le petit peuple des ruisseaux ».

Le petit peuple des ruisseaux

Une photo de Thomas Vanderheyden, photographe amateur de Pont-Sainte-Maxence pour illustrer cet article. C’est Enallagma cyathigerum, l'Agrion porte-coupe, odonate faisant partie des demoiselles d'Europe.

Thomas Vanderheyden expose « Faune et Flore d’Halatte »

du 25 janvier au 15 février 2014

Bibliothèque Municipale Reine-Philiberte de Pont-Sainte-Maxence

http://tomvdh.wix.com/tomtomphotography

https://www.facebook.com/TomTomphotography

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Publié le 18 Janvier 2014

C'est dans notre belle forêt d'Halatte que Thomas Vanderheyden trouve son inspiration. il s'est tout particulièrement intéressé à nos amis les insectes. Il expose ses œuvres à Pont-Sainte-Maxence et il a bien voulu que l'Agrion de l'Oise l'accompagne dans sa démarche.

Thomas Vanderheyden photographe de la forêt

Découvrez ses photos sur son site Internet

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Publié le 12 Janvier 2014

Biodiversité ? Un mot créé en 1985 à partir de bio (du grec bios, la vie) et de diversité.

Insectes et protection de la biodiversité (1)

Voici la définition qu’en donne le ministère français chargé de l’écologie et du développement durable :

La biodiversité représente la diversité des êtres vivants et des écosystèmes : la faune, la flore, les bactéries, les milieux mais aussi les races, les gènes et les variétés domestiques. Nous autres, humains appartenons à une espèce – Homo sapiens – qui constitue l’un des maillons de cette diversité biologique. Mais la biodiversité va au-delà de la variété du vivant ! Cette notion intègre les interactions qui existent entre les différents organismes précités, tout comme les interactions entre ces organismes et leurs milieux de vie. D’où sa complexité et sa richesse.

La biodiversité qu’on observe aujourd’hui est le résultat de milliards d’années d’évolution du vivant. Elle assure les fonctions indispensables à toutes les formes de vie et rend des services essentiels : elle est source de notre alimentation, fournit des matières premières, contribue au maintien de la qualité de l’eau, de l’air et des sols, offre un patrimoine culturel inestimable.

Mais quand on parle de la biodiversité et de sa protection, c’est avant tout les grandes espèces emblématiques facilement dénombrables que l’on cite : ours polaire, éléphant, rhinocéros,… à savoir quelques dizaines d’espèces. Puis de la biodiversité "remarquable", celle des espèces menacées, quelques centaines, mais on oublie trop la biodiversité "ordinaire", qui, elle, compte des millions d’espèces,…

Insectes et protection de la biodiversité (1)

Les insectes en font bien sûr partie : les abeilles, les bourdons et les syrphes pollinisent les plantes qui nous sont nécessaires, les abeilles produisent du miel, des myriades de petites bêtes comme les collemboles participent à l’aération des sols, la beauté si diverse des insectes fait partie de notre patrimoine culturel… A ce jour on estime à 1 million le nombre d’espèces d’insectes connues, alors qu’il y en aurait sans doute plus de 5 millions, on parle même de 30 millions...

Le maintien de la biodiversité est de ce fait une composante essentielle du développement durable.

Alors pourquoi protéger la biodiversité ?

  • La disparition, la fragmentation et l’altération des habitats réduisent les milieux de vie pour les espèces, perturbent leurs déplacements
  • Les pollutions de l’air, de l’eau, des sols affectent les écosystèmes et la santé des espèces (et des humains, cela va de soi). Pour les insectes, l’emploi des pesticides conduit aussi bien à la destruction d’insectes nuisibles que d’insectes utiles, affecte la nourriture des prédateurs des insectes – par exemple les oiseaux - en la raréfiant
  • L’exploitation (ou leur destruction) des espèces à un rythme supérieur au renouvellement de leurs populations entraîne leur déclin
  • L’arrivée d’espèces exotiques envahissantes dans des systèmes déjà fragilisés par d’autres pressions perturbe l’équilibre proie-prédateur préétabli, exemple le frelon asiatique qui tue les abeilles
  • Le changement climatique a des conséquences directes et indirectes sur la biodiversité (perturbation des cycles de vie, décalages saisonniers,…). Par exemple, une éclosion tardive d’insectes du fait du mauvais temps risque de priver de nourriture les couvées d’oiseaux , des hivers plus doux peuvent favoriser des populations d’insectes ravageurs auparavant contrôlées par la rigueur des hivers (cas du scolyte, coléoptère ravageant aux Etats-Unis les forêts de pins)
  • L’évolution des activités humaines, notamment pratiques agricoles ou artificialisation des sols, conduit à la banalisation des paysages et de la biodiversité. La destruction de haies abritant des insectes entomophages - qui se nourrissent d’autres insectes - favorise le développement d’insectes nuisibles dans les cultures proches (les insectes ne se déplaçant pas sur de grandes distances). De même la présence de haies et d’arbres diversifiés favorisera le peuplement d’oiseaux diversifiés, qui, consommateurs d’insectes, préserveront les cultures.

Il est possible de donner une valeur économique à la biodiversité. En 2006, le rapport Stern avait évalué les conséquences économiques d’ici 2050 de l’inaction dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il estimait à 5500 milliards d’euros sur 10 ans le coût de la réparation des dégâts déjà faits, et à 10 à 20 fois plus si on ne réagissait pas rapidement.

Une étude européenne de 2008 indiquait que si rien n’était fait d’ici à 2050, 11% des espaces naturels auraient disparu (par rapport à 2000), 60% des récifs coralliens… Entre 100 et 150 espèces vivantes disparaissent chaque jour, ce qui est un rythme 100 à 1000 fois supérieur à la disparition naturelle. L’économiste indien Pavan Sukhdev en 2010 estimait déjà à près de 14 milliards d’euros par an le coût de l’érosion de la biodiversité.

En avril 2009, le rapport du groupe de travail du Comité d’Analyse stratégique (CAS) pour la contribution à la décision publique, présidé par le Pr Chevassus-au-Louis, ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle, tentait de fixer une valeur aux services écologiques rendus par la nature. J’ai noté que lors de la présentation à la presse de ce rapport, le CAS soulignait qu’il ne fallait surtout pas perdre de vue les "besogneux anonymes" qui sont l'essentiel de la biodiversité : micro-organismes, plancton, insectes, etc. qui font la fertilité des sols, la production primaire dans les océans ou encore la bio-captation du gaz carbonique.

Je ne retiendrai ici des nombreuses conclusions et recommandations de ce volumineux rapport que la toute dernière :

  • Le groupe recommande de soutenir et développer les initiatives visant à faire connaître les enjeux économiques de la biodiversité auprès des différents publics (scolaires, étudiants, acteurs économiques, collectivités, etc.) en soulignant en particulier la contribution actuelle et future de la biodiversité et des services écosystémiques au développement durable.

C’est là précisément l’une des missions essentielles d’un insectarium comme celui qui est projeté sur notre territoire : faire connaître au plus grand nombre le rôle indispensable de la biodiversité et tout particulièrement le rôle des insectes pour les conditions de notre développement durable.

Sur la base de ce rapport, la même année lors de la conclusion du Grenelle de l’Environnement, le Président Sarkozy s’engageait à intégrer le coût de la biodiversité dans toutes les décisions publiques.

2010 était déclarée au niveau international Année Internationale de la biodiversité

Insectes et protection de la biodiversité (1)

En juillet 2011, le ministère présentait la stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020 avec six orientations stratégiques :

  • Susciter l’envie d’agir pour la biodiversité
  • Préserver le vivant et sa capacité à évoluer
  • Investir dans un bien commun, le capital écologique
  • Assurer un usage durable et équitable de la biodiversité
  • Assurer la cohérence des politiques et de l’efficacité de l’action
  • Développer, partager, valoriser les compétences.

En mars 2013, un rapport de préfiguration d’une Agence française pour la biodiversité, à laquelle seraient rattachés un certain nombre d’établissements publics, était publié. Fin 2013, on estimait que cette Agence pourrait voir le jour en 2015. Nous en reparlerons.

C’est dans le cadre du respect de l’environnement, de la biodiversité et du développement durable que notre association - L’Agrion de l’Oise - souhaite bien entendu agir.

(à suivre)

Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie : http://www.developpement-durable.gouv.fr/-La-biodiversite,4247-.html

SNB 2011-2020 : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/18b_DGALN_Strategie_francaise_biodiversite_4p_DEF_Web.pdf

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Publié le 5 Janvier 2014

Les honneurs de la presse locale

L'Agrion de l'Oise dans "Notre Pays" de janvier 2014

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Publié le 28 Décembre 2013

Tous nos voeux

Une excellente année pour

le projet d'Insectarium

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