Publié le 23 Août 2015

Je suis allé récemment au Parc Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville pour les Nuits des Etoiles, mais où on peut aussi y découvrir jusqu’à fin octobre encore une exposition consacrée à Rousseau et la botanique.

Sur un panneau, j’ai noté et je me suis permis de photographier cette citation extraite d’une lettre écrite en 1772 à Mme Delessert :

Rousseau décrit les ombellifères ©RogerPuff et Parc J.J. Rousseau

Rousseau décrit les ombellifères ©RogerPuff et Parc J.J. Rousseau

Y figure une très belle description de la structure des Ombellifères, bel exemple de géométrie fractale dans la nature… Le chou-fleur c’est pas mal non plus (comme exemple de fractale).

La famille des Apiaceae, les Ombellifères dans la classification de Cronquist de 1981, compte environ 3000 espèces en 420 genres dans le monde (d’après Wikipedia, mais sur le site de l’Université Pierre et Marie Curie, j’ai aussi trouvé 3055 espèces et 438 genres, faudrait savoir ! Où donc est la vérité ?). En France, Jean-Pierre Reduron, dans son ouvrage Ombellifères de France, paru en 2007, en dénombre 356 espèces différentes, "indigènes, naturalisées, subspontanées, adventices, cultivées ou potentielles". Parmi elles : aneth, angélique, carotte sauvage, panais sauvage, céleri, coriandre, fenouil, persil, etc.

belle réunion sur ombellière ©RogerPuff

belle réunion sur ombellière ©RogerPuff

A noter que la berce du Caucase, une espèce de très grande taille, jusqu’à 5 m de hauteur, à la sève phototoxique, introduite en Europe de l’Ouest comme plante ornementale, figure dans la liste des plantes invasives classées parmi les plus nuisibles au 21ème siècle. Le moustique-tigre est dans cette même liste. Vous voyez le problème.

deux diptères prêts à décoller ©RogerPuff

deux diptères prêts à décoller ©RogerPuff

Certaines Apiaceae sont utilisées pour leurs racines comestibles, d’autres pour leurs vertus aromatiques, d’autres sont des poisons violents comme la ciguë… Beaucoup ne servent à rien sauf aux insectes, et puis, ne boudons pas le plaisir des yeux : une belle et grande ombellifère, c’est élégant et esthétique, çà a de l’allure. La preuve ? Les Anglais avaient introduit la berce du Caucase aux jardins botaniques de Kew pour cette raison dès 1817.

rencontre entre deux punaises arlequin Graphosoma italicum ©RogerPuff

rencontre entre deux punaises arlequin Graphosoma italicum ©RogerPuff

Roland Lupoli dans un article Punaises des ombellifères de France, paru dans le magazine Insectes, édité par l’OPIE (n°93 – 1994) écrit :

"Pendant les belles journées ensoleillées, d’impressionnantes quantités d’insectes - principalement des Hyménoptères, des Lépidoptères, des Diptères et des Coléoptères - viennent butiner ces véritables "usines à nectar à plateformes molletonnée" que sont les fleurs blanches d’Ombellifères. Les Hétéroptères [les punaises] armés de leur rostre piqueur-suceur pourront prélever la sève des Ombellifères ou tirer profit de cet incessant défilé en se nourrissant des pollinisateurs eux-mêmes, ou plus tard des fruits issus de la pollinisation et de la fécondation des fleurs."

vue de dos ©RogerPuff

vue de dos ©RogerPuff

Vous aurez compris mon attrait pour les ombellifères : les insectes en nombre qui s’y pavanent longuement me permettent quelques photos. Qui plus est, comme les plantes sont plutôt hautes, je n’ai même pas besoin de beaucoup me baisser…

désordre, des ordres ©RogerPuff

désordre, des ordres ©RogerPuff

Spots de chasse connus de longue date des insectophiles comme on disait jadis, en effet, dans son Traité élémentaire d’entomologie (1873), Maurice Girard écrit à l’attention des chasseurs d’insectes :

"La floraison des Ombellifères commence l’époque du grand développement des Hyménoptères et des Diptères, et ces plantes offrent également des Coléoptères actifs et volants. "

belle mouche ©RogerPuff

belle mouche ©RogerPuff

Pourquoi cette attirance de la part des insectes ? Dans son livre La lutte biologique : vers de nouveaux équilibres écologiques (Editions Quae, 2010), dans un chapitre traitant des auxiliaires, ces insectes qui aident le jardinier ou la cultivateur dans leur lutte sans insecticides contre les ravageurs, Lydie Suty écrit :

"Les plantes de la famille des ombellifères sont particulièrement attirantes pour un grand nombre d’auxiliaires. Plusieurs espèces de guêpes parasitaires possèdent des parties buccales courtes et ne peuvent qu’atteindre les glandes nectarifères bien exposées, ce qui est le cas des ombellifères. Dans une étude sur la préférence de la guêpe parasitaire Itoplectis conquisitor, qui attaque les larves du carpocapse de la pomme, Leius (1962) a observé que l’insecte préférait le panais sauvage à toute autre plante comme source de nectar".

Dans un bref article du magazine Insectes (OPIE n°160 – 2011) je lis à propos du fenouil sauvage :

"Garde-manger des syrphes, des chrysopes, des mouches, des punaises, et bien entendu plante de prédilection du machaon, qui y dépose ses œufs et dont la chenille raffole des feuilles aciculaires, étroites lanières tout en longueur et groupées en touffe."

petit nacré ©RogerPuff

petit nacré ©RogerPuff

Je n’ai pas de photo de Machaon à vous proposer, il faudra vous contenter de ce Petit Nacré.

Les insectes visiteurs de l’ombellifère, attirés par son nectar, vont pouvoir transférer le pollen entre les fleurs voisines d’une même inflorescence, ou celles d’une autre ombelle. Donc toute cette armada de bestioles vient sur les ombellifères pour se délecter de leur nectar, polliniser ou trouver ses mets préférés, fruits ou autres insectes proies.

tous ensemble, tous ensemble ©RogerPuff

tous ensemble, tous ensemble ©RogerPuff

Beaucoup en profitent bien sûr pour se reproduire ayant trouvé l’âme sœur sur ce forum bien fréquenté.

amaryllis ©RogerPuff

amaryllis ©RogerPuff

"Toute ombellifère à odeur fétide est suspecte ; toute ombellifère à odeur forte et aromatique st innocente. " Voilà ce que note Antoine Laurent Apollinaire Fée dans son Cours d’Histoire naturelle pharmaceutique, publié en 1828, mais il traite de substances vénéneuses, voire mortelles ou thérapeutiques et non de l’attirance des mouches. Il parle de principe vireux, avéré dans des végétaux toxiques d’odeur ou de saveur nauséabonde. Les ombellifères dégagent quasiment toutes une odeur plus ou moins forte, surtout au niveau des feuilles, des tiges et des racines, dont ont extrait des huiles essentielles. Les fleurs proprement dites seraient en général inodores ou peu odorantes, susceptibles néanmoins, il me semble, d’attirer les insectes.

syrphe sur ombelle ©RogerPuff

syrphe sur ombelle ©RogerPuff

Certaines ombellifères peuvent dégager une odeur fétide, y compris la coriandre cultivée, une plante aromatique et médicinale. En effet après dessiccation l’odeur est plutôt agréable. La plante tiendrait son nom du grec κόρις / kóris, qui signifie "punaise", mais ce serait controversé. Je n’entrerai pas dans ces polémiques.

phex sur ombelle ©RogerPuff

phex sur ombelle ©RogerPuff

Pour la ciguë, Fée parle d’odeur extrêmement forte et à propos de l’infusion, d’odeur nauséeuse. La férule assa-foetida (cela veut tout dire) a une odeur alliacée, très fétide et très tenace. La férule ammonifère a une odeur rappelant celle du galbanum, mais moins désagréable. Le galbanum, c’est la férule gommeuse, qui a des fleurs jaunes dégageant une odeur déplaisante et que l’on trouve en Iran, Turquie, Turkménistan ; sa gomme-résine est utilisée pour la préparation d’encens ; elle entrait aussi dans la préparation de la thériaque, un célèbre contrepoison. Quant à l’angélique, toute la plante a une odeur forte, aromatique et agréable, comme son nom l’indique. Un ange ne peut être que délicieusement parfumé …

cétoine dorée ©RogerPuff

cétoine dorée ©RogerPuff

Bref je m’arrête là pour les propriétés des ombellifères, sinon nous n’en sortirons pas de sitôt. Je ne vais tout de même pas vous faire un cours de phytothérapie ou d’aromathérapie. Je suis là pour parler d’insectes, non ?

grosses cuisses, petits bras (oedemera nobilis) ©RogerPuff

grosses cuisses, petits bras (oedemera nobilis) ©RogerPuff

Revenons donc, si vous le voulez, bien à Jean-Jacques Rousseau et aux insectes.

Les insectes n’apprécient pas que les plantes en pleine floraison. Ils aiment aussi se repaître des herbes séchées dans les herbiers et peuvent en peu de temps ravager le patient et méticuleux travail de l’herborisateur.

Rousseau, herborisateur, avait une bonne recette :

"Pour garantir votre herbier des ravages qu’y feraient les insectes, il faut tremper le papier sur lequel vous voulez fixer vos plantes dans une forte dissolution d’alun, le faire bien sécher, etc. "

La citation est tirée du Dictionnaire élémentaire de Botanique de Bulliard, revu par Richard (Paris, 1802) au mot Herbier, et, selon l’auteur, serait extraite d’un manuscrit de Rousseau… (in Œuvres complètes – 93 titres de Jean-Jacques Rousseau - Arvensa Editions, 2014). Petit complément d’information : l’alun ordinaire est un sulfate double d’aluminium et de potassium (KAl(S04)2, 12 H2O).

bourdon ©RogerPuff

bourdon ©RogerPuff

Une autre recette s’appliquait aux végétaux plutôt qu’à leur support : elle préconisait de traiter les plantes en les trempant dans une solution alcoolique de sublimé corrosif, c’est en tout cas ce que je lis dans le Dictionnaire d’Histoire naturelle de Rey et Gravier publié en 1825 (NdR. traduit en petit chimiste moderne le sublimé corrosif c’est du chlorure mercurique, HgCl2)

cantharidae ©RogerPuff

cantharidae ©RogerPuff

En revanche Rousseau ne semble pas avoir eu une grande considération pour les insectes ; en effet, il écrit pour la Septième Promenade des Rêveries du promeneur solitaire :

"Le règne animal est plus à notre portée et certainement mérite encore mieux d’être étudié. Mais enfin cette étude n’a-t-elle pas ses difficultés, ses embarras, ses dégoûts et ses peines. […] Je passerais ma vie à me mettre hors d’haleine pour courir auprès des papillons, à empaler de pauvres insectes, à disséquer des souris quand j’en pourrais prendre […] Ce n’est pas là, sur ma parole, que Jean-Jacques ira chercher ses amusements. "

Vulcain et la mouche©RogerPuff

Vulcain et la mouche©RogerPuff

Je vous ai fait grâce des cadavres puants, des squelettes affreux et des vapeurs pestilentielles… Manifestement notre philosophe préférait, et de loin, le règne végétal… Pour lui (je picore dans ses écrits) les insectes étaient méprisables, dévoraient la verdure, rongeaient les plantes, etc. Il devait détester ces ravageurs d’herbiers.

la mouche ©RogerPuff

la mouche ©RogerPuff

Tiens puisque qu’au Parc Jean-Jacques Rousseau, il y a eu les Nuits des Etoiles, une autre citation, celle-ci extraite de l’Emile. Elle traite d’insectes et de microscope, de taches du soleil et de télescope :

"Emile ne saura jamais la dioptrique, ou je veux qu’il l’apprenne autour de ce bâton. Il n’aura point disséqué d’insectes ; il n’aura point compté les taches du soleil ; il ne saura ce que c’est qu’un microscope et un télescope. Vos doctes élèves se moqueront de son ignorance. Ils n’auront pas tort ; car avant de se servir de ces instruments, j’entends qu’il les invente, et vous vous doutez bien que cela ne viendra pas de si tôt. "

A deux c'est mieux (ruptela maculata) ©RogerPuff

A deux c'est mieux (ruptela maculata) ©RogerPuff

Donc une exposition "Rousseau et l’entomologie" n’est sans doute pas pour demain. J’en parlerai tout de même un jour aux responsables du Parc d’Ermenonville. On ne sait jamais et de toute façon il est permis d’en rêver, qu’on soit solitaire ou en association.

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Publié le 13 Août 2015

ET voilà, c'est la dernière ligne droite.

Il ne restera ce soir à minuit que 72 heures pour envoyer vos 3 photos.

Le règlement du concours est à votre portée

N'oubliez pas le bordereau d'envoi

L'Agrion de l'Oise attend vos envois.

Dernier rappel Concours Photos "Insectes de France" 2015

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Publié le 8 Août 2015

Aujourd'hui compris, il ne vous reste plus que 9 jours pour nous envoyer vos photos d'insectes de France.

N'attendez pas la dernière minute.

Le lundi 17 août à 0h01, il sera trop tard.

Le Machaon de Frédéric Pingliez a obtenu le 3ème Prix du Public en 2014

Le Machaon de Frédéric Pingliez a obtenu le 3ème Prix du Public en 2014

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Publié le 27 Juillet 2015

Aujourd'hui, il vous reste 20 jours, pas un de plus pour envoyer vos photos d'insectes de France.

N'attendez pas la dernière minute.

Le lundi 17 août à 0h01, il sera trop tard.

Rouge sur rouille (Crocothémis écarlate mâle surveillant son territoire) ©Bruno Derouané

Rouge sur rouille (Crocothémis écarlate mâle surveillant son territoire) ©Bruno Derouané

Vous avez droit à 3 photos. N'oubliez pas le bordereau d'envoi.

Pour plus de détails reportez vous svp à l'article de lancement du concours

Réglement

Bordereau d'envoi

Le jury se réunira le 26 août prochain pour sélectionner les photos qui seront soumises aux voix du public et attribuer ses prix.

Les photographes sélectionnés seront informés dans les meilleurs délais. Ils devront fournir le fichier de leur photo retenue au meilleur format disponible, si possible avec les détails techniques de la prise de vue et une légende.

Le public pourra voter pour sa photo préférée du 10 au 17 octobre au centre commercial Val-d'Halatte à Pont-Sainte-Maxence (Leclerc partenaire du concours). La proclamation des prix du jury et du public se fera le samedi 17 octobre à partir de 16h00.

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Publié le 20 Juillet 2015

Mon ami Jacques, il y a quelques jours, me pose la question : « Dis moi, comment tes insectes supportent-ils la canicule ? Et toi ? »

sirphe bravant la canicule ©RogerPuff

sirphe bravant la canicule ©RogerPuff

Bonne(s) question(s). Moi cela va, enfin c'est vrai, il a fait chaud. Les pluies de ce week-end ont fait du bien.

Mais lorsqu’il fait très chaud, c’est surtout de l’activité importante des insectes dont on s’inquiète. Tiens cliquez donc sur "insecte + canicule" sur votre navigateur préféré et vous allez voir apparaître des questions sur la prolifération avec la canicule des insectes, tels que criquets, moustiques ou guêpes, sur l’apparition d’insectes exotiques, avec souvent en arrière fond les risques liés au changement climatique.

sphinx tête de mort, illustration extraite de Mémoires pour servir à l'histoire des insectes ©gallica.bnf.fr

sphinx tête de mort, illustration extraite de Mémoires pour servir à l'histoire des insectes ©gallica.bnf.fr

Pendant la canicule de 2003, des sphinx à tête de mort venus d’Afrique ont par exemple été repérés à la frontière belge ou dans les Vosges. On s'est cet année inquiété Outre-Quiévrain de la présence d'un sphinx du troène à la belle couleur rose, pourtant bien présent sous nos climats.

Et oui quand il fait un peu chaud, les insectes sont agités, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela étant les insectes ne sont pas tous à la fête et d’ailleurs pendant les jours de canicule, je n’en ai pas trouvé beaucoup à photographier. Les insectes sont comme nous, ils ont soif, ils cherchent l’ombre et des végétaux frais à manger alors que tout est grillé.

Qui plus est les insectes ne sont pas comme les mammifères capables de réguler leur température corporelle. A la limite les insectes sociaux peuvent maîtriser la température de leur habitat, comme par exemple les termites véritables spécialistes de la climatisation pour maintenir la termitière à une température acceptable pour leurs larves. Les abeilles savent aussi ventiler leur ruche en vibrant des ailes. Mais individuellement les insectes sont tributaires de la température externe.

abeille bravant la canicule ©RogerPuff

abeille bravant la canicule ©RogerPuff

On dit qu’ils sont poïkilothermes. Un joli mot qui vient du grec poïkilo, irrégulier, et therme, chaleur. Donc des animaux à chaleur irrégulière. Quand il fait froid, ils sont en quasi léthargie. Dès que la température monte, ils se mettent en mouvement, au besoin se réchauffent comme les lézards en se mettant au soleil. L’activité musculaire qu’ils déploient notamment en faisant vibrer leurs ailes augmente la température de leur corps de quelques degrés. Mais qu’advient-il s’il fait très chaud ?

En fait on a pu établir des courbes, légèrement différentes selon les espèces et leur milieu habituel, montrant comment ils s’adaptent aux différentes températures. Par exemple en soumettant des mouches Stomoxys calcitrans à un gradient de température, on a pu constater que les individus avaient tendance à se concentrer dans la zone comprise entre 24 et 32°C (expériences de Nieschutz en 1934). On appelle cette zone le preferundum thermique, l’insecte y a son optimum d’activité, d’alimentation, de vol, de reproduction.

extrait de "Les insectes, résistance à la mort par décapitation ou submersion" d'après article OPIE

extrait de "Les insectes, résistance à la mort par décapitation ou submersion" d'après article OPIE

Entre parenthèses j’ai trouvé quelques vieux textes où des insectes étaient soumis à diverses expériences plus ou moins sadiques, pour étudier leur résistance à la submersion ou au tranchage de tête, mais pas grand chose sur la résistance aux hautes températures, si ce n’est quelques informations sur la cuisson des insectes comestibles.

La température limite à laquelle les insectes peuvent résister est effectivement associée à la résistance des protéines à la coagulation, processus irréversible. Or un insecte ce n’est rien moins que beaucoup de protéines et un peu de lipides dans une carapace de chitine, exactement comme une crevette (pour laquelle votre expérience de la cuisson est certainement bien établie).

zygène du trèfle à 30°C environ ©RogerPuff

zygène du trèfle à 30°C environ ©RogerPuff

Cette coagulation va dépendre de la teneur en eau et en sels minéraux de la chair de l’insecte. Ceci dit les insectes peuvent résister à des températures de l’ordre de 55°C, voire un peu plus, plus élevées que la température moyenne de coagulation des protéines. Bien sûr les insectes de nos climats ont des températures létales (auxquelles 50% des individus périssent) plus basses que celles des insectes des pays chauds. Au Sahara la fourmi Cataglyphis bombycina résiste à une température au sol de plus 70°C, mais les Notoptères, insectes vivant en montagne, ne supportent pas une température de plus de 16°C.. Cette température létale va également dépendre du stade de développement (larve, nymphe, imago), du sexe et des conditions nutritionnelles. La plupart des insectes qui vivent sur le sol périssent à 45-48°C, pour ceux qui vivent dans le sol, la fourchette est plus basse.

frelon occis mais pas sous l'effet de la chaleur  ©RogerPuff

frelon occis mais pas sous l'effet de la chaleur ©RogerPuff

Certains d'entre vous ont récemment pu lire qu'en Chine des abeilles sauvages sont capables de tuer un frelon asiatique qui s’introduit dans leur nid en s’agrippant en grappe autour de lui et en faisant monter sa température en vibrant des ailes : le frelon résiste jusqu’à 42°C, l’abeille accepte 43°C. Le degré Celsius d'écart fatal.

L’information n’est toutefois pas nouvelle. Je l’ai trouvé dans un ouvrage de 2010 écrit par Vincent Albouy, dans l’article Quel insecte résiste le mieux à la chaleur ? J'ai pu lire par ailleurs que la température atteinte était de 45°C voire plus. Un article de 2008, faisant référence à une émission télévisée, parle de 50°C et d'abeilles japonaises, mais l'auteur considère que c'est plus du domaine de la rumeur que de l'information.

Attention, la durée d’exposition joue également, donc si la canicule s'installe pour plusieurs jours, ce n’est pas bon pour eux.

Alors que font les insectes quand il fait trop chaud ? Il est probable qu’ils vont moins s’agiter (on a vu que les mouvements augmentent la température corporelle), ils vont se mettre à l’ombre (beaucoup en outre n’aiment pas trop la lumière), ils vont se terrer, bref ils vont faire comme nous : évitez les efforts physiques, se maintenir au frais et s’ils le peuvent s’humidifier et se ventiler. Nous connaissons tous depuis la canicule de 2003 les bons conseils, abondamment repris ces derniers jours. Nul doute qu’ils [les insectes voyons] vont aussi prendre des nouvelles de leurs proches, mais ils n'appelleront probablement pas le 15.

diptère à 28°C ©RogerPuff

diptère à 28°C ©RogerPuff

Il est probable que leur durée de vie pourra tout bêtement être raccourcie de quelques jours, que les individus les plus âgés vont mourir plus tôt que prévu, mais il est certain que quelques uns vont tout simplement cuire, après s’être déshydratés (eux aussi doivent boire beaucoup, comme nous).

Au fait, la chaleur peut être utilisée pour détruire les insectes ravageurs dans les récoltes, cette technique est appelée "désinsectisation thermique". On a même pensé à utiliser les fours à micro-ondes pour cuire les insectes sans cuire les grains. Des procédés existent aussi pour monter en température pendant plusieurs heures des locaux d'habitation pour détruire des acariens ou des punaises de lit.

Conclusion : comme nous les insectes souffrent de la canicule, ralentissent leur activité et passent quelquefois de vie à trépas.

Nous ne parlerons pas aujourd’hui de la résistance des insectes au froid, ce n’est vraiment pas de saison. Sans oublier qu'il faudra bien que j'écrive quelque chose cet hiver.

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Publié le 11 Juillet 2015

Les insectes à l'école maternelle

Cette année, dans le cadre de son nouveau projet d’école, l’école maternelle Paul Langevin de Pont Sainte Maxence a travaillé sur le thème des insectes. Notre collègue de cours préparatoire de Fabre d’Eglantine, Cécilia Besserer, s’y est associée en réalisant un panneau sur les insectes de la mare ; son projet « classe d’eau » était tout indiqué pour permettre à ses élèves de mener des observations riches conduisant à des productions d’écriture et de dessin tout à fait intéressantes.

Les insectes à l'école maternelle

Pourquoi sensibiliser les enfants aux insectes ? Tous les enseignants peuvent témoigner de la propension de leurs élèves à dédaigner, voire à maltraiter les insectes et il nous a semblé tout à fait approprié de changer cette attitude à l’heure où il est important de contribuer au respect de la biodiversité pour un avenir plus radieux !

Les insectes à l'école maternelle

Notre cour et son jardin étaient le lieu idéal pour commencer à découvrir le monde riche des insectes, leurs particularités et leur diversité, puis, plus tard, des balades en forêt sont venues pour élargir le champ de nos recherches. Des loupes ont été distribuées, des indications données pour que nos petits élèves ouvrent grands leurs yeux dans cette belle chasse au trésor.

Les insectes à l'école maternelle

Nous avons également mis en place un élevage de phasmes qui a permis aux enfants de voir en pratique le cycle de la vie. Il a fallu donner à manger et à boire à ces petites bêtes, nettoyer leur habitat. Que de responsabilités ! Ensuite, est venu le temps du travail de mise en forme des informations récoltées. Dessins et travail de lecture et d’écriture sont venus assoir ces nouvelles connaissances de nos petits élèves devenus soudain passionnés par toutes ces minuscules bêtes.

Les insectes à l'école maternelle

Une large part a été laissée au monde des abeilles, on connaît l’importance de leur contribution dans les équilibres biologiques de même, les attaques qu’elles subissent avec l’utilisation des pesticides. Un apiculteur a été invité pour parler de son activité ; il avait apporté ruche et cadres de cire et matériel de protection pour illustrer ses explications suivies avec beaucoup d’intérêt par tous, petits et grands. Puis est venue une dégustation de miel, bien entendu…

Les insectes à l'école maternelle

Enfin, une exposition des travaux a clôturé toutes ces activités, permettant de se rendre compte du travail effectué et réjouissant nos yeux des productions plastiques réalisées. Les jolies photos prêtées par l’Agrion de l’Oise sont venues les compléter.

Les insectes à l'école maternelle

Nous nous félicitons d’avoir mené ce travail qui a donné l’occasion aux enfants d’ouvrir leurs yeux sur un monde qu’ils dédaignaient ou qui leur faisait peur. Leur regard a changé, leur attitude d’un plus grand respect pour ce petit monde nous conforte dans notre mission de savoir et d’éducation que nous poursuivrons l’an prochain.

Dominique Lavalette* et Jean-Jacques Cary, enseignants de l’école Paul Langevin

L’Agrion de l’Oise félicite et remercie Dominique et Jean-Jacques de leur action en faveur de nos amis les insectes. Bravo !

A noter que ces enseignants font partie d'une groupe de collègues de Pont-Sainte-Maxence, Verneuil-en-Halatte et Creil qui travaillent en liaison avec l'Agrion de l'Oise sur des projets pédagogiques consacrés aux insectes.

* les photos sont de Dominique Lavalette

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Publié le 3 Juillet 2015

L’abeille est toujours notre insecte favori, d’autant plus qu’elle est menacée aujourd’hui par les pesticides, le varroa, le frelon asiatique, …que sais-je encore ? Pour vous en parler j’ai trouvé un savoureux texte sur cet insecte écrit au cours de la période révolutionnaire dans un journal destiné aux agriculteurs « La Feuille du Cultivateur », sous-titré « ou Journal des découvertes et des améliorations qui ont eu lieu en Franc et chez l’étranger dans toutes les parties de l’agriculture, de l’économie rurale et domestiques ». Un beau programme.

Le nez dans la rose ©Roger Puff

Le nez dans la rose ©Roger Puff

L’article est daté du 12 Brumaire An IX, à savoir le 3 novembre 1800. C’est le « Discours sur les Abeilles » prononcé le 30 Vendémiaire an VII, le 21 octobre 1798, par le citoyen Vallée à la 59ème séance publique du Lycée des Arts, société dont il était membre.

Des abeilles au Jardin-Egalité

Qui est le Citoyen Vallée ? On sait juste qu’il est membre du Bureau consultatif du Commerce, garde du Dépôt général des archives du Commerce. Ce dépôt général avait été envisagé dès 1777 par Necker, ministre de Louis XVI, mais il ne s’est constitué qu’à partir de 1791 au Ministère de l’Intérieur. Ancien archiviste du Bureau du Commerce supprimé par un décret de la Convention, Vallée le concrétisa, étant secrétaire du nouveau Bureau de Commerce créé par le Comité de Salut Public. Détail pittoresque, le secrétaire du Bureau supprimé se nommait Abeille.

Le Comité de Salut Public créa en effet par arrêté du 14 Germinal An III un dépôt d’archives commerciales ouvert au public, dont Vallée devint le conservateur. Le dépôt qui regroupait des archives jusqu’alors éparses, sera transféré en 1811 aux Archives de l’Empire, aujourd’hui les Archives nationales.

Quant au Lycée des Arts, il avait été fondé en 1795 par le colonel-ingénieur Charles Desaudray (Charles-Emmanuel Gaulard de Saudray 1740-1832), avec une subvention de la Convention, dans le cirque du Jardin Egalité construit en 1787 au Palais Royal (Palais-Egalité sous la Révolution). Il s’agissait d’encourager les arts utiles. On y proposait des cours publics gratuits pour propager les connaissances utiles. Parmi les enseignants on relève les noms de Boissy d’Anglas, Brogniard, Lakanal, Lamarck, Lavoisier, etc. des scientifiques, des artistes, des manufacturiers... Le Lycée brûla à peine deux mois après la séance où Vallée s’exprimait, le 25 frimaire an VII (15 décembre 1798). Desaudray reprit son activité rue Saint-Honoré. En 1800, il sera nommé directeur de l’Institut de l’Hôtel des Invalides par Bonaparte, Premier Consul.

A noter que dans la même séance du 30 Vendémiaire an VII, le citoyen Pipelet présentait un rapport sur un bras artificiel, le citoyen Régnier « une machine à broyer l’émery pour occuper les bras oisifs dans les prisons », le citoyen Hector Chaussier un nouvel instrument pour l’opération de la cataracte, tandis que Desaudray lui même proposait un essai en grand de la double échelle à incendie. J’en passe et des meilleures, le tout étant clôturé par un concert.

Jaune et violet ©Roger Puff

Jaune et violet ©Roger Puff

Mais revenons à l’exposé du Citoyen Vallée. Il débute ainsi :

« Rien n’est inutile dans la nature, et tout ce qu’elle produit a été conquis par le génie des hommes. Ils ont su s’approprier le travail des animaux, en dirigeant leur instinct laborieux, et ils en ont obtenu des choses utiles et agréables. L’animal qui, à pas lents, trace le sillon nourricier, et le coursier fougueux sur lequel le guerrier combat et triomphe, ont également plié leur tête sous le joug des hommes. L’habitant des airs et celui des eux concourent à satisfaire nos besoins et nos plaisirs. L’abeille même travaille pour nos jouissances ; l’abeille, surtout, admirable par son industrie, par son régime, par les lois qu’elle suit au milieu de ses nombreuses peuplades, nous fournit le miel et la cire, qu’elle tire des substances parfumées de toutes les fleurs. »

Suivent quatre pages denses, dont je vais vous donner quelques extraits. Vallée nous présente quatre espèces d’abeilles, puis les diverses abeilles de la ruche : la reine, les faux-bourdons qui la fécondent, les ouvrières. Il décrit comment les larves «nourries d’une bouillie particulière [… ] dont on ignore la composition » (c’est la gelée royale) peuvent devenir reines.

Des abeilles au Jardin-Egalité

Il nous fait part des découvertes de François Huber, un savant aveugle « aidé d’un domestique adroit et intelligent » sur la fécondation de la reine-abeille. Notons qu’il était aussi aidé par son épouse, Vallée n’en parle pas ; rendons hommage à celle-ci.

« Il a surpris à la nature les secrets de cette fécondité prodigieuse, et il s’est assuré que les reines-abeilles ne sont jamais fécondes par elles-mêmes (comme quelques uns l’ont pensé) ; quelles ne le deviennent qu’après leur accouplement avec les faux-bourdons, et que jamais cet accouplement n’a lieu dans la ruche, ni sur les arbres ou les fleurs qui les entourent, mais loin des yeux des hommes, et toujours dans les airs. »

François Huber est un naturaliste suisse (1750 Genève – 1831 Lausanne), considéré comme l’un des premiers observateurs scientifiques des abeilles, qui fera paraitre en 1802 ses Nouvelles Observations sur les abeilles. Vallée, en 1798, est donc bien au courant des travaux de ce savant, avant même la publication de 1802.

Mais Vallée ne reprend pas les détails de cet accouplement dont il dit pudiquement :

« Nous aurions voulu pouvoir décrire publiquement les savants et curieux détails de cette nouvelle découverte ; mais, s’ils sont faits pour charmer l’oreille du naturaliste, ils pourraient effaroucher celles moins accoutumées aux termes anatomiques, et colorer le front timide de l’innocence, en écoutant le récit de cet intéressant chef-d’œuvre. Il prouverait que ce feu divin qui embrase tout ce qui respire, est un sentiment que l’Etre suprême a créé pour le bonheur et l’utilité du monde, et que l’amour et la volupté sont les enfants du ciel et les dieux de la terre. »

Suivent plus succinctement les descriptions de la métamorphose de la larve royale (que Réaumur s'obstinait à appeler ver) en 16 jours à l’état de reine parfaite, celle de l’ouvrière et celle du faux bourdon.

Vallée nous dit encore :

« On n’est pas parvenu à connaître exactement la durée de vie des abeilles, mais on présume qu’elles existent plusieurs années. Elles semblent s’endormir l’hiver ; la nature assoupie languit alors sous les frimas, et tous ses enfants se reposent. »

Et vient le printemps :

« Mais aux premiers jours du printemps, à l’instant où les rayons du soleil percent à travers les brouillards qu’ils dissipent, la terre s’échauffe, la feuille s’échappe du bourgeon qui la recèle, les oiseaux chantent le retour du plaisir, et la volupté se réveille pour rappeler à l’amour tous les enfants de la nature. Alors l’abeille sort de sa ruche, et va chercher la fleur prête à éclore ; elle reprend ses travaux. »

Quelle poésie chez ce révolutionnaire archiviste, quel amour de la vie…

Blanc et rose ©Roger Puff

Blanc et rose ©Roger Puff

Vallée poursuit avec l’essaimage de la vieille reine, la fécondation des reines vierges qui « reviennent avec les signes extérieurs de la fécondité, et c’est alors pour elles les soins et les respects des habitants de la nouvelle ruche… »

Puis Vallée décrit ce qui se passe lorsque deux reines veulent diriger la même ruche, leur combat corps à corps jusqu’à la mort de l’une d’elle. Les abeilles, « vigilantes sentinelles », à la porte de la ruche, examinent tous les individus qui se présentent et si c’est une reine étrangère, « enferment l’indiscrète reine dans un cercle si étroit, si épais, que souvent elle meurt étouffée sans avoir reçu un coup d’aiguillon. »

Le frivole papillon ©Roger Puff

Le frivole papillon ©Roger Puff

Puis voilà le travail des ouvrières :

« Le printemps et l’automne, après le lever du soleil et avant son coucher ; et dans l’été une heure avant le jour et jusqu’à l’entrée de la nuit, et tandis que le frivole papillon fatigue sans dessein la rose qu’il caresse un instant, la laborieuse abeille se pose sur le thym fleuri, et pompe légèrement son parfum, qu’elle porte à sa ruche, dont elle ressort à l’instant pour voler en recueillir encore. »

C’est à partir des fleurs que l’abeille va produire le miel qui « sert aux besoins de l’homme et s’emploie utilement dans les remèdes que son intempérance lui rend trop souvent nécessaires» et la cire qui « sert bientôt à éclairer nos plaisirs : c’est à elle que la femme jolie doit la lumière douce qui vient éclairer ses charmes, et nous fait apercevoir des attraits que la modestie cachait autrefois pour doubler nos plaisirs, et que la mode découvre aujourd’hui pour diminuer nos jouissances. »

Notre archiviste devait aimer les femmes…

Vallée n’en a pas fini. Il va s’employer à motiver l’habitant des campagnes pour « trouver un assez grand profit dans l’éducation des abeilles… ». Il s’emploie à décrire différents types de ruches, celles de Paletau, de della Rocca, celle à feuillets de Huber… mais il considère que celle « en bois, dont la forme est conique, semblable à une baratte à battre le beurre… » convient le mieux aux simples cultivateurs. Elle est décrite en détails. Puis vient l’acquisition en Floréal ou Prairial d’un jeune essaim, si possible « dont les abeilles sont petites, d’un jaune-aurore, luisantes, vives et alertes » et de « vingt-huit hectogrammes ».

extrait de Notice sur la ruche à espacements et sa culture de Charles Sauria édité chez Frédéric Gauthier 1845

extrait de Notice sur la ruche à espacements et sa culture de Charles Sauria édité chez Frédéric Gauthier 1845

Bien sûr il faut veiller à la bonne santé de la ruche, « dont il faut écarter soigneusement les souris, les lézards, les crapauds, les araignées, les fourmis et tous les ennemis des abeilles ». La maladie la plus commune est alors la dysenterie que l’on guérit facilement « avec un sirop composé de jus de poire, de miel et de vin blanc, bouilli avec un peu de sel marin. »

Pas de frelon asiatique, pas de varroa, pas de néocotinoïdes. Ah ! La belle époque…

Positionnement de la ruche pour recevoir les rayons du soleil et se prémunir du vent du Nord, puis description des soins de Vendémiaire pour préparer l’hiver, précautions à prendre en Brumaire, Frimaire, Nivôse et Pluviôse, sortie des ruches en Ventôse et Germinal pour « leur donner quelques fumigations de propolis et de bouse de vache, pour prévenir les maladies qui font quelquefois de grands ravages au commencement du printemps . » En Floréal, l’essaimage et la capture de l’essaim si possible sur l’arbre le plus proche.

A la fin de Prairial, les ruches ont produit et il faut placer un nouveau chapiteau sur la ruche et l’abeille qui a été enfumée va reprendre son vol « sur les champs émaillés de fleurs, et à pomper dans leurs calices odorants, et la cire, et le miel. »

En Messidor on peut accoupler deux ruches. En Thermidor, il faut faire la guerre aux ennemis des abeilles « c’est dans ce mois qu’abondent guêpes, bourdons, abeilles pillardes, qui cherchent à vivre sans travailler, aux dépens des ruches ; il faut les détruire : le lâche, le paresseux, l’égoïste insouciant qui veut vivre sans concourir à faire vivre les autres, ne doit pas entrer dans le temple de l’industrie. »

En Fructidor, dernier mois de l’année au calendrier républicain, on pourra déplacer les ruches.

Et Vallée de conseiller la lecture des bons auteurs en commençant par Pline et Virgile pour finir par Paletau et Huber, en passant par Réaumur et Buffon. Et il y a même une dame :

« La Citoyenne Barras vient d’y ajouter encore, dans un mémoire fait avec ce goût qui caractérise le style d’un sexe aimable, dont les grâces, quand il écrit, semble toujours tailler la plume. »

Ce n’est pas l’épouse de Barras, qui vota la mort de Louis XVI et fut un des Directeurs sous le Directoire, … ? Celui-ci aimait les femmes belles et spirituelles, mais son épouse légitime épousée en 1791 n’aurait pas quitté Fox-Amphous en Provence. La Citoyenne Barras est – c’est le dictionnaire Fortunée Briquet de 1804 qui nous l’apprend - Marie-Thérèse Quiqueran Beaujeu, Dame Barras, née à Salon de Provence en 1753, également membre du Lycée des Arts. Vallée se référait à son Mémoire sur l'Éducation des Abeilles, qu'elle avait fait paraitre « chez J.-J. Fuchs, libraire, rue des Mathurins, au ci-devant hôtel de Cluny, et chez tous les Marchands de nouveautés. An VIII de la Rép. Fr. »

Le dictionnaire nous dit que « ce mémoire est absolument élémentaire. Il est écrit avec précision. On regrette seulement que le style n'en soit pas plus soigné. ». Notre aimable Vallée aurait-il été outrageusement flatteur vis-à-vis de la dame ?

vu à Strasbourg ©Roger Puff

vu à Strasbourg ©Roger Puff

Mais revenons à son texte. Je ne peux pas ne pas citer ce beau paragraphe évoquant l'Eden ou l'Arcadie :

« Dans l’enfance du monde, et lorsque le luxe, en inventant les jouissances factices, n’avait pas encore multiplié les besoins des hommes, les peuples pasteurs vivaient de lait et de miel, alors l’abeille, errante, fixait ses rayons sucrés dans les troncs d’arbres, et près des fleurs humectées par les ruisseaux paisibles ; le berger couronnait de roses le gâteau qu’il arrachait à l’arbre protecteur, le portait à sa tendre amie. Heureux temps ! Vous avez fui à mesure que les hommes ont connu les passions nées au sein des cités ; mais nous pouvons encore trouver dans le miel et la cire, des ressources précieuses pour l’humanité. »

Et Vallée de conclure son discours par ces propos :

« On ne saurait donc trop encourager l’éducation des abeilles ; ce soin est un plaisir, ami de l’innocence et de la tranquillité. La jeunesse peut s’en occuper, et la vieillesse se reposer de ses travaux, en s’en occupant encore ».

Alors c'est décidé, vous vous lancez dans l'apiculture ?

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Publié le 25 Juin 2015

Il vous reste 52 jours pour envoyer vos photos d'insectes au concours de l'Agrion de l'Oise.

Si vous voulez en savoir plus et découvrir la procédure d'envoi, reportez vous à l'article paru fin avril au lancement du concours.

Rappel Concours Photos "Insectes de France"

Dernier délai dimanche 16 août 2015 à 24h00.

Vous avez encore la possibilité de faire de magnifiques photos et de gagner le prix du public ou le prix du jury.

Rappelons qu'un prix spécial est prévu pour les moins de 18 ans.

Réglement

Bordereau d'envoi

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Publié le 11 Juin 2015

L’Agrion de l’Oise avait été invité à exposer à l’occasion de l’Oise verte & bleue au 9ème Festival au Jardin organisé à Pierrefonds par l’Institut Charles-Quentin pendant le week-end des 6 et 7 juin.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Notre stand « rouge & or » était installé dans la bibliothèque d’une belle bâtisse érigée en 1865, le château du Prieuré, d’après des plans de Viollet-le-Duc , pour le compte de Guillaume Sabatier, critique et auteur dramatique, directeur-rédacteur du journal L’Eclair, fondateur du Quotidien Illustré… Ce château est à présent le bâtiment principal de l’Institut, un lycée privé d'enseignement général et agricole, sous tutelle du Ministère de l’Agriculture.

Le Parc mérite une visite approfondie avec son jardin anglais et son petit étang peuplé de demoiselles et de libellules, son jardin de curé, son potager pédagogique, son arboretum aux soixante espèces et le parcours forestier pédagogique, élaboré sur 1 km par Said Belkacem, enseignant en production forestière. Nous y reviendrons plus loin.

Notre stand, qui exposait les photos de notre concours 2014, était installé parmi ceux proposant des parfums naturels, des bijoux artisanaux, de la carterie et de la papeterie, etc. Il y avait là également Georges Larnoult, un photographe de la nature qui présentait des clichés d’oiseaux, de cerfs bramant et de renards bondissant… mais qui m’a montré ses photos d’insectes et qui devrait participer à notre concours 2015. Tout à côté de nous, une librairie associative de Chevrières, Graines de mots, qui mérite d’être connue pour ses actions culturelles.

Le temps superbe a permis a de nombreux visiteurs de découvrir les lieux pendant cette journée « Portes ouvertes » où se pressaient les parents d’élèves.

Occupé à accueillir les visiteurs sur le stand, je n’ai pas pu profiter de toutes les attractions proposées, ni découvrir tous les produits artisanaux comestibles ou non.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Je retiens l’Envol des Sens où les élèves de l’Institut faisaient découvrir les 5 sens au public avec divers tests bien sympathiques et notamment un petit parcours à effectuer pieds nus pour le bonheur de ses petons.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Les grandes associations naturalistes régionales étaient présentes pour l’occasion : Picardie-Nature et le Conservatoire des Sites naturels de Picardie pour décrire leurs actions et sensibiliser le public à la biodiversité et à la préservation de l’environnement.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Les insectes de nos jardins étaient à l’honneur et Madame l’Abeille était comme il se doit la vedette grâce au Rucher du Prieuré, un rucher pédagogique exploité par les élèves de l’Institut, qui proposaient leur production, assisté par une jeune entreprise de Bonneuil-en-Valois, Les Ruchers D’ici. Cette entreprise a une démarche tout à fait originale comme me l’a expliqué un de ses deux fondateurs. Ils installent des ruches chez des partenaires : particuliers, associations, entreprises ou collectivités, et fournissent tout le matériel pour les exploiter. Ce sont eux qui, avec leur camion laboratoire, assurent le suivi et le nettoyage de leurs ruches, la centrifugation des cadres pour récolter le miel. Ce sont ensuite les exploitants qui commercialisent le miel sous leurs propres étiquettes. L’entreprise se rémunère sur un pourcentage des ventes. Une belle initiative lauréate 2015 du Réseau Entreprendre Picardie. Souhaitons leur plein succès.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Côté ambiance musicale, il y avait le choix. Un groupe en costumes, le Ballet russe, assurait avec prestance des démonstrations de danses, quadrilles, polkas ou valses d’une époque où les militaires chamarrés et les belles dames enrubannées enchantaient les salons.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Plus près de nous, le Trio Villena, violoncelle, bandonéon et guitare, plongeaient l’assistance dans l’ambiance tango de Buenos-Aires des années 20 au temps présent. Ce concert ouvrait la saison 2015 du Festival des Forêts.

En rouge & or dans l’Oise verte & bleue

Entretemps Hugues de Grandmaison, animateur des promenades en musique du Festival des Forêts, Said Belkacem, enseignant à l’Institut et Thierry Decoutère de la Ligue de protection des Oiseaux, faisaient découvrir le parcours forestier sur le thème fédérateur des oiseaux de la forêt.

Ce sont Said Belkacem et Hugues de Grandmaison qui parleront de sylviculture et d'insectes à notre conférence du 10 juin.

Un lieu, un parc, un parc à découvrir.

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Publié le 7 Juin 2015

L’Agrion de l’Oise et les orchidées à l’Abbaye royale du Moncel

Du jeudi 14 au dimanche 17 mai, l’Agrion de l’Oise était présent sur un stand à la 1ère exposition internationale ORCHIDEES à l’Abbaye du Moncel organisée par l’association Orchidées 60. Notre stand a vu passer une bonne partie des 5000 visiteurs qui ont découvert cette belle exposition ayant remporté un magnifique succès. Un coup d’essai transformé en coup de maître. Bravo !

Le projet d’insectarium a intrigué pas mal des gens qui se sont arrêtés sur le stand. Des riverains croyaient l’opération déjà bien engagée, d’autres venus d’ailleurs nous demandaient s’ils pouvaient prolonger leur visite au Moncel par la découverte de l’insectarium. Beaucoup de déception donc, surtout quand il a fallu dire que l’ouverture n’était pas pour demain, loin de là…

Quatre jours d’exposition, c’est long pour une jeune association, avec de nombreux adhérents il est vrai, mais encore peu de bénévoles prêts à consacrer un peu de leur temps. Heureusement le président a été assisté par Dominique pour monter le stand, le trésorier Jean-Michel et une nouvelle adhérente très dynamique Caroline pour le tenir, ainsi que Bernadette pour le démonter, ce qui n’était pas de trop. Qu’ils soient ici remerciés..

Un mois de mai bien rempli

Notre stand était bien sûr l’endroit idéal pour promouvoir notre concours photo à défaut de promouvoir l’insectarium, voire l’association. De nombreux visiteurs passaient en effet équipés d’appareils plus ou moins sophistiqués, d’objectifs plus ou moins gros, plus ou moins longs… Venus pour photographier des fleurs, il suffisait de les motiver pour qu’ils ne les photographient que si un insecte y été posé… Vite leur intérêt changerait, ils photographieraient les insectes avec ou sans fleurs.

L'exposition Orchidées sur le blog de Destination Oise Tourisme

Un mois de mai bien rempli

Comme L’Agrion de l'Oise découvrait les orchidées, c’était une bonne occasion pour s’intéresser au fameux papillon prédit par Darwin, Xantopani morgani.

En 1862, le célèbre naturaliste Charles Darwin publia un ouvrage sur la biologie des orchidées. En étudiant les angraécoides, il remarqua que ce groupe d’orchidées était pollinisé par des insectes spécifiques. Une des orchidées, Angraecum sesquipedale, originaire de Madagascar, découverte au 19ème siècle par le botaniste Du Petit-Thouars, se caractérisait par son très long éperon : « Dans plusieurs fleurs que m’a envoyées Mr Bateman, j’ai trouvé des nectaires de onze pouces et demi (29 cm) de long, avec seulement le pouce et demi inférieur (4 cm) rempli d’un nectar très doux. Il est cependant surprenant qu’un insecte soit capable d’atteindre la nectar : nos sphinx anglais ont des trompes aussi longues que leur corps, mais à Madagascar il doit y avoir des papillons avec des trompes capables d’une extension d’une longueur comprise entre dix et onze pouces (25-30 cm) ». En effet, ce papillon fut découvert et décrit 41 ans après la prédiction de Darwin : il appartenait au genre Xantopani morgani prædicta, c’est à dire « prédit », ce qui est amplement mérité.

NB. Ce paragraphe et la photo de papillons viennent d’une boite d’insectes photographiée à l’insectarium du Bioparc de Gaspésie (Canada) l’an dernier.

A noter que le fameux papillon n’a été filmé (de nuit) pollinisant la fleur qu’en 2008.

L'Agrion prend l'autoroute

L’Agrion de l’Oise a répondu à la demande de l’Agence Verte et de la Sanef comme l’an dernier pour participer vendredi 22 et samedi 23 mai à l’animation de l’aire de repos de Chevrières sur l’A1, sortie vers Pont-Sainte-Maxence et Compiègne, entre Paris et Lille. Il s’agissait de célébrer la Fête de la Nature et la Biodiversité sur une aire respectueuse du développement durable. Nous étions aux côtés de la Ligue de Protection des Oiseaux qui proposait aux automobilistes des nichoirs, d’un apiculteur qui décrivait avec passion sa profession, d’un marchand de yaourts glacés bio, d’une maquilleuse et d’un caricaturiste. Le vendredi matin il s’agissait de jouer le rôle de guide naturaliste pour guider une centaine d’élèves de l’école primaire de Chevrières. Nous étions 3 : Guy et Marie m’assistaient avec brio. Ce sont eux qui ont eu l’honneur des caméras. Beaucoup de succès avec une épuisette et un bocal pour capturer aux fins d’examen larves de demoiselles et notonectes dans la mare, et décrire avec force détails la consoude tubéreuse, ou apprendre à distinguer le hêtre du charme…

Un mois de mai bien rempli

On pouvait admirer les magnifiques ruches peintes par des artistes que présentait André Claude, notre ami l’apiculteur. Il en a 21, de quoi exposer….

Un mois de mai bien rempli

L’aire se visite bien sûr 365 jours par an. Voilà ce que Sanef en dit : « La biodiversité est mise à l'honneur sur l'aire de repos de Chevrières (A1). Un parcours découverte jalonné de nombreux panneaux d'information sur la richesse de la Biodiversité de la vallée de l'Oise, vous y attend."

Pour en savoir plus

L'Agrion supporte les coureurs

Dimanche matin, 31 mai, l’Agrion de l’Oise était présent sur un stand du Village du Trail du Château à Verneuil-en-Halatte. C’est Jean-Marc qui assurait le service avec la superbe exposition très didactique qu’il avait montée sur sa passion, l’apiculture. La ruche qu’il voulait présenter avait été colonisée quasiment la veille par un essaim en goguette. Heureusement Chrysta a pu apporter sa ruche ancienne. Les enfants pouvaient même endosser un habit complet d’apiculteur à leur taille. Deux autres adhérents, très actifs sur le Trail, Frédéric et Jean-Louis, nous ont aidés pour nous installer. Jean-Louis avait même exposé son mini-hôtel à insectes. Si le Trail a été un grand succès, la pluie a un peu fait fuir les visiteurs potentiels du stand. Il y a cependant eu de l’intérêt pour notre concours photo.

@Marc/Trail du Château

@Marc/Trail du Château

C'étaient les activités du mois de mai.

Le mois de juin sera l'occasion d'autres aventures dont nous vous ferons part.

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