Publié le 21 Décembre 2014

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Publié le 17 Décembre 2014

Certains d’entre vous savent que le projet d’Insectarium que notre association défend doit être implanté sur un domaine historique lié à François-Marie Arouet, dit Voltaire.

Il s’agit du Domaine de Villette (Oise), qui a appartenu au marquis Charles de Villette, ayant épousé le 12 novembre 1777 la fille adoptive de Voltaire, Reine-Philiberte Rouph de Varicourt, que notre philosophe surnommait Belle et Bonne.

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Le marquis écrit de son épouse :

Belle et Bonne c’est votre nom ;

C’est le nom que vous donne un sage :

Il peint vos traits, votre raison,

Votre cœur et votre visage.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 quelques mois après le mariage - au domicile parisien du marquis de Villette - et n’aura malheureusement jamais l’occasion de venir sur les terres du Marquis.

Cette évocation est pour moi l’occasion de rechercher ce que le philosophe a pu écrire des insectes. Il ne s’y est à vrai dire pas vraiment intéressé. En effet, si Rousseau ne collectionnait pas les insectes mais en revanche herborisait, à ma connaissance, Voltaire ne s’intéressait pas plus aux hexapodes qu’aux végétaux. Notons toutefois qu’il s’est adonné à la physique expérimentale avec son amie Madame du Châtelet et par ailleurs connaissait les travaux de savants entomologistes comme Swammerdam et Réaumur, on le verra plus loin.

Ceci dit, Voltaire considérait que les hommes n’étaient pas supérieurs aux animaux, ce qui l’opposait aux religions qui considèrent l’homme comme supérieur. D’ailleurs il ne mangeait plus de viande par respect pour eux.

Cependant pour lui le terme « insecte » semble surtout être utilisé pour exprimer le mépris. J’en veux pour preuve deux citations. Une citation, issue du Temple du Goût (1733) que le Dictionnaire Littré donne dans l’article insecte, pour qualifier un Etre vil, misérable, sans importance :

Ces insectes de la société qui ne sont aperçus que parce qu’ils piquent

Une autre extraite de: Zadig ou la destinée (1747) :

Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue.

Etant parmi les premiers à vulgariser en France les idées de l’anglais Isaac Newton, philosophe, théologien et scientifique, il avait écrit dans Eléments de la Philosophie de Newton (1738) :

Si j’examine d’un côté un homme ou un ver à soie, et de l’autre un oiseau et un poisson, je les vois formés tous formés dès le commencement des choses : je ne vois en eux qu’un développement. Celui de l’homme et de l’insecte ont quelques rapports et quelques différences ; celui du poisson et de l’oiseau en ont d’autres : nous sommes un ver avant que d’être reçu dans la matrice de notre mère ; nous devenons chrysalides, nymphes dans l’utérus, lorsque nous sommes dans cette enveloppe qu’on nomme coiffe ; nous en sortons avec des bras et des jambes, comme le ver devenu moucheron sort de son tombeau avec des ailes et des pieds ; nous vivons quelques jours comme lui, et notre corps se dissout ensuite comme le sien.

Dans son conte philosophique Micromégas (1752), nombreuses sont les citations relatives aux insectes. En effet Micromégas, un géant de 36 kilomètres de haut venu de Sirius, et son compagnon le nain, un habitant de Saturne de 2 km de haut seulement, se retrouvent sur Terre à étudier les hommes, pas plus gros pour eux que de minuscules insectes pour nous. Ayant pris en mains un bateau, ils découvrent – avec le regard de l’entomologiste - de minuscules êtres vivants. Ils les comparent à des insectes et sont surpris de pouvoir communiquer avec eux :

[…] aussitôt il tira une paire de ciseaux dont il se coupa les ongles, et d'une rognure de l'ongle de son pouce, il fit sur-le-champ une espèce de grande trompette parlante, comme un vaste entonnoir, dont il mit le tuyau dans son oreille. La circonférence de l'entonnoir enveloppait le vaisseau et tout l'équipage. La voix la plus faible entrait dans les fibres circulaires de l'ongle; de sorte que, grâce à son industrie, le philosophe de là-haut entendit parfaitement le bourdonnement de nos insectes de là-bas. En peu d'heures il parvint à distinguer les paroles, et enfin à entendre le français. Le nain en fit autant, quoique avec plus de difficulté. L'étonnement des voyageurs redoublait à chaque instant. Ils entendaient des mites parler d'assez bon sens : ce jeu de la nature leur paraissait inexplicable.

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Bien sûr, ce conte philosophique a pour but de démontrer la relativité des points de vue et de se poser des questions sur l’homme et la religion. Point d’entomologie dans ces propos.

On y lit plus loin :

Alors Micromégas prononça ces paroles: « Je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur sa grandeur apparente. O Dieu ! qui avez donné une intelligence à des substances qui paraissent si méprisables, l'infiniment petit vous coûte aussi peu que l'infiniment grand; et, s'il est possible qu'il y ait des êtres plus petits que ceux-ci, ils peuvent encore avoir un esprit supérieur à ceux de ces superbes animaux que j'ai vus dans le ciel, dont le pied seul couvrirait le globe où je suis descendu. »

Un des philosophes lui répondit qu'il pouvait en toute sûreté croire qu'il est en effet des êtres intelligents beaucoup plus petits que l'homme. Il lui conta, non pas tout ce que Virgile a dit de fabuleux sur les abeilles, mais ce que Swammerdam a découvert, et ce que Réaumur a disséqué. Il lui apprit enfin qu'il y a des animaux qui sont pour les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme, ce que le Sirien lui-même était pour ces animaux si vastes dont il parlait, et ce que ces grands animaux sont pour d'autres substances devant lesquelles ils ne paraissent que comme des atomes. Peu à peu la conversation devint intéressante, et Micromégas parla ainsi.[…]

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Encore quelques vers sur les abeilles extraits de « De l’envie » dans les Sept discours sur l’Homme parus en 1734-1737 :

On peut à Despréaux pardonner la satire ;

Il joignit l’art de plaire au malheur de médire :

Le miel que cette abeille avait tiré des fleurs

Pouvait de sa piqûre adoucir les douleurs ;

Mais pour un lourd frelon, méchamment imbécile,

Qui vit du mal qu’il fait, et nuit sans être utile,

On écrase à plaisir cet insecte orgueilleux,

Qui fatigue l’oreille, et qui choque les yeux.

Voilà, nous en resterons là pour aujourd’hui. Une autre fois, je reviendrai sur Voltaire et les abeilles, sur elles car il n’a pas écrit que ces quelques vers, et pourquoi pas sur Voltaire et les papillons … mais ceci est une autre histoire.

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Publié le 10 Décembre 2014

Mais d’abord vues par Amélie que j’ai rencontrée à l’occasion de la Fête de la Science à Compiègne et qui m’a autorisé à publier une de ses œuvres "Libellule" réalisée à l’acrylique sur format raisin.

Les libellules vues par des entomologistes et des poètes

Je tombe sur Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, appliquée aux arts, principalement à l’agriculture et à l’économie rurale, un ouvrage paru chez Deterville, Libraire, rue du Battoir à Paris, daté de 1803 de Charles S. Sonnini (membre de la Société d’Agriculture de Paris) et d’autres savants spécialistes. La partie sur les insectes était confiée à Messieurs Olivier et Latreille, membres de l’Institut national.

Latreille, Pierre-André, né en 1762 à Brive-la-Gaillarde, mort en 1833 à Paris, était le fils illégitime d’un baron, qui ordonné prêtre se consacra à l’entomologie. Il refusa de prêter serment lors de la Révolution. Je passe sur les détails, notamment sur l’histoire de l’insecte qui lui sauva la vie, quand le bateau qui devait l’emmener au bagne en Guyane sombra. Il faudra un jour qu’on en parle... Il sera professeur de zoologie à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Sa classification des arthropodes est encore employée aujourd’hui. Un grand entomologiste.

Olivier, Guillaume-Antoine, né aux Arcs près de Toulon en 1756 et mort en 1814 à Lyon., médecin de formation et grand chasseur d’insectes notamment dans l’Empire Ottoman, l’Egypte et la Perse, lui aussi professeur de zoologie à Maisons-Alfort, fut le protecteur de Latreille pendant la Révolution. La collection qu’il a rapportée de ses voyages est conservée au Muséum national d’Histoire naturelle. Un autre grand entomologiste.

A propos des libellules on peut entre autres lire dans le tome XIII du Nouveau Dictionnaire dans un article fort bien documenté (encore qu’à cette époque on confonde libellules et demoiselles) :

Les libellules, avec des formes si élégantes, ont cependant des inclinaisons très meurtrières ; loin d’aimer à se nourrir du suc des fleurs et des fruits, elles ne se tiennent dans les airs que pour fondre sur les insectes ailés qu’elles peuvent y découvrir. Elles mangent tous ceux dont elles peuvent se saisir. Peu difficiles sur le choix de l’espèce, tout leur est bon. On les voit souvent emporter dans l’air de petites mouches, des mouches bleues de la viande, et même des papillons. C’est leur goût pour les insectes qui les conduit dans les jardins garnis de fleurs, dans les campagnes, et surtout le long des haies, sur lesquelles beaucoup de mouches et de papillons vont se poser. Ce même appétit les ramène sur les bords des eaux, où voltigent différents insectes, cherchant ainsi les cantons peuplés de gibier.

Dans un ouvrage dont je me suis déjà servi ici Le petit mode des ruisseaux de Marcel Piponnier on peux lire à propos de l’anax, une libellule :

Au milieu de l’étang, un puissant insecte paraît immobile, suspendu dans l’air ; brusquement projeté vers la rive, avec un grésillement d’ailes séchées, il frôle le promeneur, puis dans u balancement qui s’éteint, il s’immobilise de nouveau ; c’est le vigoureux anax, roi de l’étang dont il chasse ses rivaux plus faibles. Il dispute aux hirondelles, qu’il ne craint guère, tout ce qui vole au dessus des eaux ; il attaque le têtard qui s’est risqué près de la surface, dépouille de sa mouche l’hameçon trop mollement balancé sur l’eau par le pêcheur éberlué de cette effronterie. Le vorace arrive à consommer son poids de victimes en une demi-heure, puis il est prêt à recommencer.

Et oui nos charmants odonates, libellules et demoiselles, sont de charmants carnivores, qui dévorent même les gracieux papillons.

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

Pourtant dans une autre recherche, c’est un poète qui nous parle de libellules et de papillons en tout autres termes. Le poème est titré La Libellule et le Papillon, extrait d’un livre éponyme paru aux Editions le Manuscrit à Paris en 2004. Je n’en ai pas découvert l’auteur… En voici un extrait :

sur la tige fleurie d’un coquelicot

se tenait fier un papillon qui faisait le beau

une libellule forte et rapide volait tout là-haut

mais une bourrasque d’un orage gris lui fit perdre le vol

et elle échoua dans un grand fracas sur le sol

elle vit mille et une étoiles en farandole

ses yeux se fermèrent sur le monde ici bas

madame papillon au chevet de monsieur libellule s’apprêta

c’est l’éclat de sa douce voix qui tendrement le réveilla

et d’amour et de désir intense son cœur se gonfla […]

Une belle histoire d’amour entre un libellule et une papillon. Surprenant cette inversion des genres : la libellule c’est le monsieur, le papillon c’est la dame. J’en perds ma grammaire. Mais pourquoi pas ?

Donc la libellule est forte, rapide et vole haut. Voilà bien des vertus viriles. Le papillon est fier et fait le beau. Seraient ce des critères liés au beau sexe. Je me garderai bien de conclure de crainte d’être taxé de sexisme.

Et puisque j’en suis aux poètes, poursuivons chez le même éditeur, daté cette fois-ci de 2006, dans Sur l’aile d’une libellule, la fin d’un poème et toujours pas de nom d’auteur :

[…] J’aime ta liberté, petite libellule

qui sur la rivière ondule

Quand la rosée se meurt au petit matin.

Voilà pourquoi je t’ai tatouée au creux de mes reins.

Ta liberté dans la peau.

Ta liberté en cadeau.

Loin de nos cœurs déchirés,

Je savoure tes parfums de liberté.

Voilà des écrits moins féroces, notre libellule carnassière a ses côtés tendres, en tout cas elle attendri. Et comme vous avez pu le lire ci-dessus, ne se pose pas que sur les roseaux.

Je ne résiste pas à un autre extrait du poème La Danseuse et le Funambule de Lucia & Mélano, extrait de Po(lé)miens, aux Editions Publibook, non daté :

La danseuse

Vaporeuse

Tournait, tournait sur la piste,

Dix pas sous le fildefériste,

Elle chavirait les cœurs

Des spectateurs :

Légère comme libellule

Elle affolait le funambule. […]

Libellule, funambule,… je vous laisse : moi je m’en vais coincer la bulle…

Encore un grand merci à Amélie pour sa libellule en acrylique sur format raisin et à Bruno pour son majestueux Sympétrum sanguin.

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Publié le 4 Décembre 2014

Un ouvrage ancien trouvé sur le net retient toute mon attention.

Il s’agit de "Théologie des Insectes ou Démonstration des Perfections de Dieu - traduit de l’allemand de Mr Lesser, avec des remarques de Mr P. Lyonnet". Il est publié chez Jean Swart à La Haye en MDCCXLII (1742 si je ne me suis pas trompé).

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Friedrich Christian Lesser est un historien et un théologien luthérien allemand né en 1692 à Nordhausen en Thuringe, ville où il est mort en 1754. Il a également écrit une théologie des mollusques.

Quant à Pierre Pierre Lyonnet, nous y reviendrons à la fin de cet article.

Lesser nous dit "Il n'y a aucune chose dans la Nature, aussi laide qu'elle paraisse, qui ne soit une merveille aux yeux de celui qui s'applique à l'examiner", ce que nous sommes nombreux à penser surtout si l’on s’adonne à la macrophoto d’insecte. Cela étant chez Lesser, il s’agit surtout de montrer que tout ce qui est dans la nature procède de Dieu, qui a très bien fait les choses.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Dans cet ouvrage en deux tomes, à propos du sens des insectes, auquel on le verra il associe les araignées, il écrit :

"Les sens sont absolument nécessaires aux Animaux. Pourraient-ils échapper au danger, s'ils ne voyaient point ? Comment discerneraient-ils les aliments qui leur conviennent, sans le goût et l’odorat ? N'est-il pas nécessaire pour leur conservation, qu'ils entendent le bruit que fait leur ennemi, afin que, sachant de quel côté il vient, ils puissent l'éviter? Privés du Tact, comment distingueraient-ils l’agréable du douloureux ? Comment sauraient-ils s'ils sont malades ou en santé ?

Quand je dis que les sens sont absolument nécessaires aux Animaux, je ne prétends pas qu’ils ne sauraient se passer d'aucun de ceux que nous apercevons chez nous. Il suffit que le Créateur leur en ait donné autant qu'il est nécessaire à leur conservation, dans l'état où il les a placés. C'est le cas des Insectes : ils n'ont pas toujours cinq sens comme les hommes. Les uns sont privés de la vue, d'autres de l'odorat, d'autres encore de l'ouïe, mais toujours selon que le genre de vie qu'ils mènent leur permet de s'en passer."

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Lesser convient que le tact ou le toucher se retrouve chez tous les animaux, il le nomme Mouvement des Esprits et nous dit "Ce mouvement s'excite sous la peau par l'impulsion de quelque corps, il se communique aux nerfs, dont la tension le porte dans l'instant jusqu'au cerveau, et y cause une sensation de plaisir ou de douleur. "

En effet écrit-il "L'on a pu remarquer qu'ils se garantissent avec soin du vent, de la pluie, de la chaleur, du froid etc. Ce qu'ils ne feraient assurément pas, s'ils étaient privés de ce sens.".

Mais si certains sont sensibles au moindre contact ; il cite les araignées quand on touche leur toile et les abeilles si on frappe la ruche, d’autres semblent absolument insensibles, comme de grosses chenilles brunes. Cela étant Lesser n’est pas loin de penser que les insectes sont dépourvus de tout autre sens.

[photo "nature 30" ©Françoise Vandeviele ; sélectionnée au Concours photo de l'Agrion de l'Oise]

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Pour ce qui est de la vue, Lesser pense qu’il n’est pas le même pour tous. Pour certains telles les araignées vagabondes qui ne manquent pas leur proie : "Leur vue est si juste quelle porte, s'il faut ainsi dire, sur un atome". Certains insectes sont bien mieux équipés que l’homme : "Une Demoiselle aquatique de la plus petite espèce a les yeux parfaitement sphériques, ce qui fait qu'elle peut voir devant, derrière, et de côté sans tourner la tête." et d’autres voient même dans l’obscurité, comme les Phalènes.

[photo cache cache ©Jean-Claude Trébouillard ; 1er prix du Jury Concours photo de l'Agrion de l'Oise ]

Pour ce qui est l’ouïe : "Dieu n'a pas donné l’ouïe à tous les Insectes: je n'en connais même aucun qui ait des Oreilles.". Oui pour Lesser, l’organe de l’ouïe serait le pavillon de l’oreille. Comme il avait constaté que la grosse chenille brune n’avait pas le sens du toucher, il a voulu voir si elle avait celui de la vue pour y suppléer : "pour en faire la preuve, je tirai divers coups de pistolet chargé à balle tout prêt de l'animal ; mais il ne donna pas le moindre signe de s'en être aperçu." Fallait le faire.. Donc cette chenille n’a ni toucher, ni ouïe…

Et pourtant : "Comme les amateurs de la Musique se rassemblent au son des instruments qu'ils aiment ; l'on voit aussi plusieurs Insectes se rassembler à un certain ton qui leur plait."

Donc ceux qui émettent des sons doivent bien les entendre. C’est logique, non ?

"Mais comment tout cela peut-il se faire sans Oreilles? C'est ce qu'il est impossible de bien expliquer."

au parc de Chedeville ©Roger Puff

au parc de Chedeville ©Roger Puff

"On ne saurait presque douter que les Insectes à qui la Nature a donne une espèce de voix, ou pour parler plus juste, la faculté de former certains sons , comme elle l'a donné aux Cigales , aux Grillons, aux Sauterelles, à plusieurs Scarabées, etc. n'aient aussi reçu le sens de l'ouïe pour entendre ces sons."

Oui, ils ont des oreilles, mais : "Des Animaux donc la voix ne se forme point par le gosier, qui respirent par le corselet, les cotes, ou la partie postérieure ; des Animaux parmi lesquels on en voit qui ont les yeux sur le dos et les parties génitales à la tête ; des Animaux de cet ordre, peuvent fort bien avoir les oreilles partout ailleurs que là où l'on s'attendrait de les trouver." Nous voilà rassurés.

Lesser conclut qu’on ne connaît pas encore assez les insectes. Ils ont sans doute une oreille intérieure mais "si délicat et si petit, que quand on l'aurait devant les yeux, il serait peut être impossible de le reconnaître".

Passons à l’odorat. Mais… les insectes n’ont pas de nez ! Sapristi.

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Les Insectes n'ont point de nez ; cependant on ne saurait leur disputer le sens de l'Odorat. L'on remarque qu'ils savent distinguer les Odeurs, et qu'ils font sensibles au parfum qu'exhalent les choses odoriférantes."

Il y en a qui aiment les odeurs agréables comme les abeilles (celles des fleurs bien sûr – sauf la camomille), d’autres les désagréables comme il en va des mouches ou des scarabées aquatiques : "ils sentent la charogne d'un chien à plusieurs mille pas de l'eau, et viennent la chercher", remarque qu’il tient d’Aristote…

Mais là ce n’est pas un problème pour l’homme de ne pas avoir l’odorat aussi aiguisé. Il a la Raison et n’a pas besoin de l’odorat pour choisir ce qui convient à son alimentation.

Et le goût. Là encore, problème. Point de langue ! Mais là encore il y a une solution :

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Le goût est un mouvement des Esprits animaux, causé par des particules qui ébranlent les nerfs de la langue, et qui le communiquent au cerveau, où il agit sur l'âme. Les Insectes n'ont point de langue comme les autres animaux, mais leur Trompe et leurs Barbes dont nous parlerons la suite, leur en tient lieu, et est l'organe de leur goût."

Ouf ! Mais il reste néanmoins une question : trompe et barbes ne seraient-ils pas plutôt les organes de l’odorat ? Et oui, ce n’est pas simple. Les insectes présentent de grandes différences sans ce qui plait à leur goût ; "Ce que les uns aiment répugne à d'autres ; et un aliment des plus agréables pour ceux-ci, sera détestable pour ceux-là. […]Le goût des uns les porte à ne vivre que du suc des fleurs ; et celui des autres à sucer le sang des animaux. Toute espèce de sang ne plait pas également à ces derniers: ils mettent beaucoup de différence entre celui des hommes et des bêtes ; et ne s'attachent pas indifféremment à tout animal."

Voilà donc l’état des lieux au milieu du 18ème siècle.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Mais qui est Pierre Lyonnet ? Il est hollandais, n » à Maasticht en 1708, mort à La Haye en 1789.C’est un graveur d’histoire naturelle et un naturaliste. Il illustre l'ouvrage de Lesser ainsi qu'un autre sur les polypes d'Abraham Tremblay. Il publiera en 1762 ses propres observations sur l'anatomie "de la chenille qui ronge le bois de Saule". Nous le retrouverons peut-être un jour dans ce blog

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Publié le 25 Novembre 2014

Je tombe sur un ouvrage de 1958 "Les Leçons de choses – Cours moyen" chez Fernand Nathan. Voilà qui ne me rajeunit pas. La table des matières indique qu’il y aura 77 leçons. Numéro 49, le hanneton. Numéro 50, les insectes. En voilà un autre de 1967 "Leçons de choses au cours moyen" chez Delagrave. Là il n’y a que 60 leçons, avec numéro 40, le hanneton et numéro 41, l’abeille et les insectes.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Notre bon vieux hanneton. C’est donc lui ce bon coléoptère débonnaire l’archétype des insectes ? Il faut dire qu’on en voyait beaucoup à l’époque. L’ouvrage de 1967 nous dit d’ailleurs comment les récolter "Les soirs de mai, ils volent autour des arbres. Le matin, ils sont engourdis ; il suffit de secouer les branches pour les faire tomber".. Ce que nous ne manquions pas de faire.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

En 1958, on n’y allait pas de main morte "Malheur à l’arbre sur lequel s’abattent, durant les chaudes soirée de printemps, les gros hannetons au vol bruyant. Son feuillage risque fort d’être en grande partie dévoré". Faut pas s’étonner alors que certains d’entre nous - pas moi je vous assure - leur accrochaient un fil à la patte pour les faire voler en laisse. Ce ne sont sans doute pas les mêmes qui aujourd’hui nous disent avec nostalgie "On ne voit plus de hannetons aujourd’hui". Pourtant si j'en crois la presse, ils envahissaient les environs de Fontainebleau en 2011, les Vosges en 2012, la région de Liège en 2013, où le journaliste rtbf.be écrivait : "Le hanneton, très commun il y a cinquante ans, avait presque disparu. Et son retour surprend."... En 2014, le hanneton s'est fait, semble-t-il, plus discret, mais on a pu lire quelques plaintes sur son ver blanc. Et j'ai pu photographier celui qui ci-dessus trône sur les fougères.

Notre hanneton va donc permettre aux chères petites têtes blondes d’observer que l’insecte est formé de trois parties bien distinctes. En 1967, on n’est guère plus tendre : "Chaque partie est dure. Pourtant il vous est arrivé d’écraser un hanneton (ou un cafard) : le corps de l’animal contient-il des os ?". Les méthodes sont brutales, le talon est l’outil préalable à la dissection… Comme l’enfant est passionné de chevalerie, la carapace se compare "aux armures du Moyen Age formées d’éléments rigides articulés entre eux".

Poursuivons. La tête avec deux antennes coudées et deux gros yeux à facettes. L’enfant a pris une loupe.."Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, qu’il broie avec ses pièces buccales".

Et maintenant comptons les pattes : elles sont au nombre de six, fixées au thorax. "Arrachons une patte de derrière et dessinons-la". Excusez moi, j’ai oublié de vous dire que les insectes sont bien occis, l’instituteur, qui les a capturés en mai, a pris soin de les mettre dans une boite à chaussures avec du produit antimites, alors couic ! "Arrachons lui maintenant un élytre […] Ouvrons le corps ". Le hanneton est un animal invertébré…

"Le hanneton vit quelques semaines seulement. Avant de mourir, la femelle pond une cinquantaine d’œufs. De chaque œuf naît un ver blanc, la larve [...] Le ver blanc vit trois ans, se nourrissant de racines et faisant ainsi mourir les plantes". Et après un mot sur la nymphe, occasion de faire épeler "métamorphose", le 8ème point de la leçon conclut laconiquement en deux courtes phrases : "Le hanneton est un insecte. Il est nuisible".

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

L’ouvrage de 1967 reste objectif, évitant d’écrire "nuisible ". Il poursuit avec quelques insectes voisins du hanneton, la lucane (sic), le doryphore, le dytique, le carabe, le ver luisant, la coccinelle. Ce sont des insectes et des mots que l’enfant connaît. Il propose de disséquer le papillon pour découvrir les différences essentielles : trompe spiralée et ailes écailleuses. Puis il passe à l’étude de l’abeille.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

L’ouvrage de 1958 poursuit avec la leçon suivante titrée "Des animaux qui ressemblent au hanneton et qui, comme lui, sont nuisibles" Crac pas un pour racheter l’autre. Et la litanie des paragraphes commence : les doryphores dévorent les pommes de terre, les chenilles s’attaquent aux choux, à la vigne, au chêne, au pin… les charançons dévorent blé, châtaignes, noisettes,… les mouches transportent les germes de toutes sortes de maladies, les pucerons… dont le phylloxera qui s’attaque au vin sacré… Et pour conclure :

"Contre ces innombrables ennemis, l’homme lutte à l’aide de poisons et surtout en protégeant les animaux insectivores : lézards, crapauds, chauves-souris, oiseaux, etc.". En note de bas de page les poisons sont précisés : bouillies à base d’arsenic, poudres ou liquides à base de D.D.T.

En 1967, on reste plutôt neutre.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Mais en 1958 il y des insectes utiles, heureusement. Les abeilles qui produisent du miel, de la cire et transportent le pollen des fleurs : "Elles favorisent la formation des fruits.". Le bombyx du murier "qu’on élève en vue de la confection de belles soieries".. Le carabe doré, la gracieuse libellule, la coccinelle qui détruisent des animaux nuisibles. Le lampyre ou ver luisant "qui est friand d’escargots", sous-entendu qui boulottent nos laitues..

L’ouvrage conclut abruptement "Beaucoup d’insectes sont nuisibles". En petites lettres comme dans un contrat d’assurance, quelques insectes sont sauvés : l’abeille et le bombyx (rappelons que ce sont 2 des 3 insectes légalement "domestiques", le 3ème étant la drosophile). Le chapitre suivant est consacré aux crustacés (qui se distinguent des insectes, arachnides et myriapodes par le fait qu’ils respirent par des branchies). Puis vient le chapitre de l’araignée des jardins qui conclut tout aussi brutalement "Beaucoup d’araignées sont utiles. Toutes sont carnivores et se nourrissent d’animaux nuisibles (insectes en particulier)".

Alors je ne comprends vraiment pas pourquoi beaucoup de gens sont aujourd’hui horrifiés par ces petites bestioles bien utiles. Sauf que - en petites lettres là encore - on apprend qu’il y en a de très grosses qui s’attaquent aux oiseaux et aux petits rongeurs et que leurs piqûres peuvent être dangereuses pour l’homme.

Revenons en 1967, le chapitre suivant est essentiellement consacré à l’abeille sur deux pages. Pourtant il est intitulé "L’abeille : les insectes". On apprend surtout que ses pattes postérieures sont adaptées à la récolte du pollen et que les glandes de l’abdomen secrètent de la cire. Mais où parle-t-on d’autres insectes ? Nulle part. Ah si, dans les figures je trouve le dessin de la piéride du chou et la photo d’une mouche, sans le moindre commentaire.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Ceci vu je vais plus loin dans le bouquin de 1967 et là, magnifiques dessins en couleurs d’un doryphore et du phylloxera… et le chapitre s’intitule "Les animaux utiles et les animaux nuisibles". Il est consacré à l’ensemble du monde animal.

Nous allons découvrir quels sont les critères, avec quelques exemples des espèces citées.

Les animaux utiles a) nous fournissent des aliments (le bœuf, le faisan…), b) produisent des matières dont sont faits nos vêtements (le mouton, le bombyx…), c) travaillent pour nous (le cheval, le chien,…), d) détruisent des animaux nuisibles (le chat, les oiseaux,…). "Sans les oiseaux, la terre serait la proie des insectes". A part le bombyx qui tisse le précieux fil de soie, pas d’insectes côté utile, même l’abeille n’est pas citée sur cette page. Et je ne parle pas de la drosophile, la petite mouche du vinaigre, l’héroïne de la recherche génétique, qui valu à Thomas Hunt Morgan en 1933 le Prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le rôle du chromosome dans l’hérédité.

Les animaux nuisibles a) s’attaquent à l’homme et aux animaux utiles (le serpent, le renard,…), b) transmettent de redoutables maladies (le moustique, la puce,…), c) détruisent nos cultures et nos récoltes (le doryphore, le hanneton,…). Tiens, rien que des insectes pour b et c.

Et pour conclure, voilà le noble rôle de l’homme :

  • L’homme élève les animaux qui lui sont le plus utiles : ce sont les animaux domestiques
  • Les autres animaux vivent à l’était sauvage. L’homme s’efforce de protéger ceux qui sont utiles et en particulier les oiseaux ; il détruit ceux qui sont nuisibles.
Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Je ne vous parlerai pas d’un autre bouquin de 1956 qui consacrait deux pages à la sauterelle et deux autres à la piéride du chou. Ni d’un autre de 1966, nettement plus riche avec deux pages sur la mouche bleue (beurk) qui conclut "Il faut détruire les mouches"., deux pages sur l’abeille "insecte social utile", deux pages sur la piéride du chou dont la larve est végétarienne, sur le doryphore dont les larves causent de graves dégâts aux pommes de terre.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

C’est en 1962 que paraissait aux Etats-Unis Silent Spring – Le Printemps silencieux – le bouquin de la biologiste Rachel L. Carson dédié à Albert Schweitzer qui avait écrit, la phrase est en exergue, "L’homme a perdu l’aptitude à prévoir et à prévenir. Il finira par détruire la terre", bouquin dont je ne citerai ici qu’un paragraphe :

"Selon la philosophie qui semble maintenant guider nos destinées, rien ne doit barrer le chemin aux chevaliers du pulvérisateur. Les victimes occasionnelles de leur croisade contre les insectes n’ont aucune importance ; si des rouges-gorges, des faisans, des ratons-laveurs, des chats et même des bœufs se trouvent habiter le même coin de terre que l’insecte pourchassé, et sont pris sous l’averse insecticide, personne ne doit protester."

Heureusement Rachel L. Carson a été entendue et entretemps les leçons de choses sont devenues SVT.

Mais que peuvent bien dire des insectes les manuels scolaires de 2014 ? Ceci est une autre histoire.

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Publié le 19 Novembre 2014

L‘Agrion de l’OIse n’a pas attendu les récents événements – et oui le survol de centrales nucléaires par des drones - pour s’intéresser à ces engins. Enfin aux drones s’inspirant du vol des insectes : nous avions en effet traité ce sujet dans un précédent article en février dernier titré " Insectes et minidrones" .

Cela étant j’ai retrouvé sur la toile un article de 2007 « Libellule ou insecte espion ? Des scientifiques travaillent sur des robots-bestioles » sur des sites francophones s’intéressant à la mondialisation. Je me suis reporté à l’article original - c'est plus sûr - paru sur le site du Washington Post du 9 octobre 2007 "Dragonfly or Insect Spy ? Scientists at Work on Robobugs". L’article indique que de tels engins auraient été récemment utilisés pour espionner les foules.

Cet article en anglais évoquait un robot-libellule que la CIA aurait développé en secret dans les années 70s. Mais il ne devait pas être si petit que cela car les ailes battantes de la libellule étaient animées par un moteur à essence. Le projet n’aurait pas débouché, les performances de cet insectothopter étant particulièrement médiocres par vents latéraux.

L’article dit aussi que la miniaturisation d’un tel engin motorisé – et qui plus est équipé d’outils d’espionnage - à la taille d’une libellule de belle taille n’est pas chose évidente. On n’est plus au paléolithique avec des odonates de 70 cm d’envergure. Qui plus est si la taille du drone était celle d’un moustique comme le laisse entendre un hoax (voir notre page Facebook du 29 octobre).

« Comprendre et reproduire l'efficacité du vol des insectes n'est pas un mince défi » c’est l’ONERA (le centre français de la recherche aéronautique, spatiale et de défense) qui le souligne, sachant que cet organisme travaille, dans le cadre de son projet REMANTA, sur les drones à ailes battantes depuis le début des années 2000.

Toujours est-il que c’est là l’occasion de parler de ces mini-drones entomomorphes. Mais il n’y a pas que les drones qui se donnent un look d'insecte, il y a ceux qui se proposent de lutter contre les insectes. Je veux parler de drones plus conventionnels, comme ceux largement utilisés pour les prises de vue aériennes, à l’ouvrage en agriculture. Un "drone agricole" était présenté pour la première fois au Salon de l’Agriculture en février dernier. Ces engins très maniables sont destinés à l’inspection des parcelles en vue de l’optimisation des traitements, donc ici pour éventuellement lutter contre des insectes invasifs.

Mais pour en savoir plus, il faudra venir à notre prochaine réunion trimestrielle. Nous vous y invitons. C'est à Rieux, à 20h00, le 4 décembre. Qu'on se le dise.

Des Insectes et des Drones

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Publié le 10 Novembre 2014

La mode était à la fin du 19ème siècle, et jusqu’à la guerre 14-18 au moins, de représenter les pays sous forme de caricatures dans une cartographie satirique. André Belloguet (1830-1873) en était un des dessinateurs les plus connus en France.

Une de ses cartes probablement dessinée entre 1870 et 1873 (date de sa mort) présente «L’Europe animale», où la France, rabotée à l’est par la perte de l’Alsace et de la Moselle, est figurée comme un coq tourné vers l’Allemagne, celle-ci comme un renard prêt à plonger sur le coq, l’Angleterre en pieuvre voulant étendre son hégémonie, la Russie comme un ours féroce, ... Le sens de ces représentations était relativement clair dans le contexte politique de l’époque. Avec cela plus ou moins évident : l’Italie en pie, l’Espagne en taureau, l’Afrique du Nord en lion, la Turquie d’Europe en tortue, la Turquie d’Asie en chameau, etc.

Je vous laisse la découvrir sur la toile. Un site en anglais la présente. Mais dans cette carte et d’autres du même genre pratiquement jamais un pays n’était figuré par un insecte. Quel dommage pour nous.

Avec une autre association dont je fais partie, les Amis du Vieux Verneuil, une exposition sur la Guerre 14-18 a été montée en mai dernier dans le cadre des commémorations. Une collection de cartes postales a été prêtée et j’ai eu la permission du collectionneur de m’en servir pour notre blog. Qu’il soit remercié ici.

Tous les pays belligérants sont représentés en insectes.

14-18 : des insectes symbolisaient les belligérants

Bien sûr l’auteur est français et tous les alliés dans le conflit sont des insectes bien sympathiques : des papillons pour la quasi totalité. La France aux ailes bleu-blanc-rouge est perchée sur une branche. Au fait savez-vous qu’il existe bien un papillon avec de telles ailes tricolores l’Ancyluris formossima ? Il vit au Pérou, en Equateur et en Bolivie.

14-18 : des insectes symbolisaient les belligérants

Papillons aussi pour l’Angleterre, la Belgique, l’Italie et le Japon. Tous des papillons aux ailes couleurs du drapeau national. Les personnages, qui en forment le corps, sont tous féminins, une Française en casque de poilu, une Russe couronnée comme une impératrice, les autres moins typées… Mais aucun de ces personnages ne figure une tête connue, pas de roi, de reine ou de chef d’état. Ils symbolisent le peuple de chaque pays dans son anonymat.

14-18 : des insectes symbolisaient les belligérants

Il en va de même pour les autres alliés, le Monténégro, la Russie et la Serbie.

Nos lépidoptères sont tous posés sur une branche, et surtout ils sont paisibles, souriants, innocents, pourrait-on dire.

A noter qu’il manque la Grèce, le Portugal et la Roumanie pour les Alliés de la Triple Entente du continent européen.

14-18 : des insectes symbolisaient les belligérants

Bien sûr rien de tel pour les ennemis, L’Allemagne en tête figurée en coléoptère menaçant aux énormes mandibules.

14-18 : des insectes symbolisaient les belligérants

Il y a bien ici aussi le drapeau colorant leurs ailes, mais à côté de l’Allemagne en lucane, les autres sont des hyménoptères peu sympathiques : guêpe ou frelon pour l’Autriche, bourdon pour la Bulgarie. Quant à la Turquie, c’est une espèce de coléoptère aux élytres bruns peu identifiable. Un hanneton peut être ?

De plus les personnages sont des hommes, barbus, revêches, que dis-je belliqueux. Les responsables de la guerre, les « méchants » sont identifiés. Ce sont des despotes, des tyrans… et non comme on la vu pour les « gentils » le peuple. L’Allemagne, c’est manifestement le Kaiser Guillaume II avec ses moustaches retroussées, l’Autriche c’est l’Empereur austro-hongrois François-Joseph Ier avec son crane chauve et ses favoris blancs, la Bulgarie c’est le roi Ferdinand avec sa barbichette noire et ses moustaches à la Napoléon III. Le personnage symbolisant la Turquie coiffé d’un fez rouge pourrait bien être le Sultan Mehmed V, mais la ressemblance avec les photos consultées, mis à part le fez, est moins frappante …

Ils sont ailes déployés, présentés comme des assaillants, des agresseurs … mais regardez bien, ils sont tous une épée fichée dans le corps, « épinglés » comme dans une boite de collectionneur, donc tués, figés dans leur posture guerrière. Voilà le destin de la Triple Alliance.

Les paisibles papillons auront raison de ces nuisibles insectes.

Inutile de vous dire que si une même collection de cartes postales existait dans le camp adverse, la symbolique serait diamétralement opposée, mais là j’enfonce des portes ouvertes.

Ah oui j’oubliais : l’Espagne, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse sont restés neutres dans la Grande Guerre, donc point d’insectes pour les caricaturer.

Mais puisque nous parlons des insectes dans la guerre, je vous propose pour conclure cet extrait du livre Les Croix de bois de Roland Dorgelès :

« A tout moment, Gilbert regardait sa montre. Cette attente angoissante lui crispait le cœur : il eut voulu entendre le signal, partir tout de suite, en finir. Il pensa tout haut :

- Ils font durer le plaisir

Sur le parapet, entre deux touffes d’herbe, deux bêtes se battaient : un gros scarabée mordoré à la cuirasse épaisse et un insecte bleu aux fines antennes. Gilbert les regardait, et, quand le scarabée allait écraser l’autre, il le renversait sur le dos, du bout du doigt. De son front une goutte de sueur tomba sur la petite bête bleue, qui secoua ses ailes bigarrées.

- Attention, il va être l’heure, prévint un officier sur notre droite.

Plus près, Cruchet commanda :

- Baïonnette au canon… Les grenadiers en tête.

Un frisson d’acier courut tout le long de la tranchée. Penché, Gilbert observait toujours ses insectes, n’écoutant pas battre son cœur. Le scarabée secouait sa lourde carapace, mais l’autre l’avait saisi entre ses longues antennes, et il le maintenait ne le lâchait plus.

[…] Tiens, le scarabée doré ne bougeait plus, l’insecte l’emportait… Oh ! cette poudre, quelle âcre puanteur !… Une rumeur monta vers la droite, des cris ou une chanson. « Les zouaves sont sortis ! » Une rafale de 105 éclata, cinq coups de cymbales…

- En avant la troisième ! cria le capitaine.

- En avant !… »

Et surtout n’oublions pas : cette guerre ce sont plus de 18 millions de morts militaires et civils, tous pays confondus, plus de 21 millions de militaires blessés.

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Publié le 3 Novembre 2014

Dans le livre de Patrick Deville « Peste et choléra », prix Femina 2012, nous pouvons lire la mort brutale du père d’Alexandre Yersin, le jeune pastorien, découvreur du bacille de la peste.

« A Morges dans le canton de Vaud, chez les Yersin comme chez les voisins, ce n’est pas le dénuement mais une stricte frugalité. Un sou y est un sou. Les jupes élimées des mères passent aux servantes. Ce père parvient à coups de leçons particulières à mener à Genève des études de moyenne intensité, devient un temps professeur de collège, féru de botanique et d’entomologie, mais pour mieux gagner son pain c’est l’administration des poudrières. Il porte la longue veste noire cintrée des savants et un chapeau haut de forme, il sait tout des coléoptères, se spécialise dans les orthoptères et les acridiens.

Il dessine les criquets et les grillons, les tue, place sous le microscope les élytres et les antennes, envoie des communications à la Société vaudoise des sciences naturelles, et jusqu’à la Société entomologique de France. Puis le voilà intendant des Poudres et ça n’est pas rien. Il poursuit l’étude du système nerveux du grillon champêtre et modernise la poudrerie. Le front écrase le dernier grillon. Un bras dans une ultime contraction renverse les bocaux. Alexandre Yersin meurt à trente-huit ans. Un scarabée vert traverse sa joue. Une sauterelle se piège dans ses cheveux. Un doryphore entre dans sa bouche ouverte. Sa jeune épouse Fanny est enceinte. La veuve du patron va devoir quitter la poudrerie. Après l’oraison, au milieu des ballots de linge et des piles de vaisselle, un enfant naît. On lui donne le prénom du mari mort. »

Alexandre Yersin fils / wikipedia commons
Alexandre Yersin fils / wikipedia commons

Cette mort brutale de l’entomologiste à sa table de travail, ainsi traitée de façon spectaculaire par Patrick Deville, est sans doute quelque peu romancée. Il n’en reste pas moins que le père du disciple de Pasteur et de Roux, Alexandre Yersin, a effectivement laissé sa trace dans l’histoire de l’entomologie.

Il s’agit donc d’Alexandre Yersin père (1829-1863).

On trouve un ouvrage de 1866 « La vie et les écrits d’Alexandre Yersin » écrit par le genevois Henry de Saussure (1829-1905), que Patrick Deville a probablement consulté. Henry de Saussure est un géographe qui a beaucoup voyagé, notamment en Amérique, où, alpiniste, il a gravi le Popocatepelt, et qui a également écrit sur l’entomologie américaine : « Fourmis mexicaines » (1853), « Orthoptères de l’Amérique moyenne et mantidés américaines » (1858), pour ne citer que ces deux publications. Fondateur entre autres de la Société d’entomologie de Suisse, il était le petit-fils de Horace-Bénédict de Saussure, naturaliste et géologue, fondateur de l’alpinisme.

Alexandre Yersin père s’est illustré en entomologie dans l’étude des orthoptères d’Europe. Il a travaillé sur le chant de ces insectes, la stridulation. Dans un ouvrage il décrit le chant particulier des différentes espèces que l’on trouve en Suisse en le notant en musique. Dans les espèces d’Orthoptères qu’il décrit, il distingue trois familles musicales : les Grilloniens, les Locustaires et les Criquets, les autres étant muettes. (Attention la cigale n’est pas un orthoptère, nous n’en parlons donc pas).

Jeune sauterelle verte ©Philippe_Delmer _ 1er prix du Jury au 1er concours photo de l'Agrion de l'Oise 2014

Jeune sauterelle verte ©Philippe_Delmer _ 1er prix du Jury au 1er concours photo de l'Agrion de l'Oise 2014

C’est Henry de Saussure qui synthétise ces travaux

« Les Grillons et les Locustes stridulent au moyen d’un tambour ou appareil spécial de leurs élytres, tandis que les Criquets produisent leurs sons en faisant jouer leurs tibias postérieurs sur les élytres, comme un archet sur un violon. Le procédé de ces derniers a un caractère beaucoup plus musical que celui des premiers : il est par conséquent beaucoup moins facile à noter ; mais quoique produisant un bruit plutôt qu’un son, il devient chez les différentes espèces la source d’un chant infiniment plus varié que le procédé employé par les Grilloniens et les Locustaires. Tandis que les insectes de ces deux dernières familles recherchent l’ombre des buissons et l’obscurité de la nuit, pour faire entendre avec persistance ces sons aigus qui nous impatientent si souvent, les Criquets ne saluent de leur chant que les rayons du soleil ; ils recherchent la chaleur, et pour n’en perdre aucun rayon, ils ont soin d’abaisser la patte placée du côté de la lumière afin qu’elle ne projette aucune ombre sur leur corps. A l’approche de la soirée, les Criquets cessent de striduler.

Tous les Orthoptères chanteurs savent varier leurs stridulations. Lorsqu’on les saisit ils produisent un son aigu que l’on pourrait prendre pour un cri de détresse ; ils ont aussi leur cri d’appel et lorsque les mâles s’approchent de la femelle ils adoucissent la voix d’une manière remarquable ; et quelquefois même ils vont jusqu’à en changer complètement le rythme. Enfin lorsque les insectes se nettoient les pattes et les élytres, ou lorsque le temps change ils rendent par moments des sons désordonnés, qu’il ne faut pas confondre avec le chant de l’espèce. »

Criquets (insectarium Hexapoda Waremme Belgique) ©Roger_Puff

Criquets (insectarium Hexapoda Waremme Belgique) ©Roger_Puff

Dans un article du blog, nous avons évoqué les Plaies d’Egypte et plus particulièrement les invasions de criquets. Ce phénomène n’est pas propre aux pays du Sud. Il a en effet été étudié par Alexandre Yersin en Suisse, où en 1858 des myriades de sauterelles envahirent le canton de Vaud. Le point de départ n’était pas l’Orient, mais le Valais où l’espèce en cause Pachytitus migratorius était indigène. Le même phénomène était déjà apparu en 1837. Les ravages de ces sauterelles suisses ne sont en rien comparables à celles des criquets pèlerins mais suffisants pour que des moyens de destruction aient été proposés.

Henry de Saussure nous dit encore que le fléau des sauterelles avait ravagé en 1613 les Bouches-du-Rhône. La ville de Marseille avait accordé des primes pour la destruction des œufs, des larves et des insectes. Les enfants pouvaient chacun en recueillir plusieurs kilogrammes par jour.

Ceci dit les œufs des sauterelles de l’invasion de 1858 ne furent pas détruits par le froid au cours de l’hiver et les sauterelles apparurent par myriades dévorant les champs d’avoine et autres graminées.

Alexandre Yersin qui avait commencé sa carrière de scientifique dans la météorologie sut faire la relation entre les conditions climatiques et ces éclosions explosives.

Grillons  ©Roger_Puff

Grillons ©Roger_Puff

Mais il vaudrait mieux que vous puissiez lire la totalité de ce que dit Henry de Saussure des œuvres de Yersin et mieux encore lire Yersin lui-même. C’est de Saussure qui écrit d’ailleurs à ce propos :

«[… pour tout ce qui tient à la peinture de la nature vivante, il faut lire ce qu’on écrit les observateurs eux-mêmes. Les extraits font perdre tout le charme des descriptions. La vie de la nature ne saurait en effet se traduire avec vérité que par la plume de ceux qui se sont eux-mêmes inspirés par la contemplation de ses admirables mystères. »

Les travaux approfondis sur le système nerveux des grillons de Alexandre Yersin ont été particulièrement appréciés. Il en publia une première partie faite surtout de ces observations, mais la mort vint interrompre ses travaux et la synthèse qu’il rédigeait ne fut pas publiée.

Les collections de Yersin père, complétées par celles de Yersin fils, qui s’est passionné pour la science de son père dans son enfance, ont été recueillies par le Muséum d’histoire naturelle de Genève où elles ont rejoint celles de Henry de Saussure.

Timbre poste Indochine 1943-1944
Timbre poste Indochine 1943-1944

Voilà ce qu’écrit à ce sujet Patrick Deville :

« Le garçon est seul et bat la campagne, nage dans le Lac ou construit des cerfs-volants. Il capture des insectes, les dessine, les transperce d’une aiguille et les fixe au carton. Le rite sacrificiel ressuscite les morts. Du père – comme dans une peuplade guerrière la lance et le bouclier -, il hérite des emblèmes, sort d’une malle au grenier le microscope et le bistouri. Voilà un deuxième Alexandre Yersin et un deuxième entomologiste. »

Et c’est grâce au microscope le plus perfectionné que Alexandre Yersin le fils, acheta vers 1884 chez Carl Zeiss à Iéna, tandis qu’il poursuivait ses études de médecine à Marburg puis à Berlin et qui ne le quitta pas de toute sa vie, qu’il va découvrir plusieurs années après le bacille de la peste à Hongkong en 1894…

Mais - bien qu’entomologiste - il ne parvint pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme.

Alexandre Yersin, père et fils, entomologistes

« C’est un insecte qui propage la peste. La puce. On l’ignore encore. » écrit Patrick Deville.

Atteint d'un paludisme sévère, Yersin doit rentrer en France. En 1898, son collègue Paul-Louis Simond établit que c’est par sa piqûre que la puce transmet du rat à l’homme le bacille de la peste .

Revenu en Indochine, Alexandre Yersin de son côté met au point un sérum antipesteux et, depuis Nha Trang en Annam où il s’est établi, voyage en Chine et en Inde pour lutter contre de nouvelles épidémies .

timbre poste Viet Nam 2013
timbre poste Viet Nam 2013

Il poursuit sa carrière de médecin-militaire en Indochine où il fonde un Institut Pasteur à Saigon, une succursale à Nha Trang, ouvre l’Ecole de Médecine de Hanoi, introduit la culture de l’hévéa, installe un sanatorium à Dalat, développe la culture du quinquina pour lutter avec la quinine contre le paludisme, etc.Une riche carrière

Il meurt en 1943 à Nha Trang où il s’est établi.

Le Viet Nam honore aujourd’hui encore ce grand chercheur franco-suisse, qui est surnommé Ong Nam (Monsieur Cinq en référence à ses 5 galons de Médecin-Colonel du Service de Santé Colonial), témoin ce timbre poste de 2013.

Je vous recommande, si vous ne l’avez pas encore lu, l’ouvrage de Patrick Deville

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Publié le 26 Octobre 2014

Voilà ce que l’on peut lire dans un opuscule publié aux Pays-Bas, à Utrecht en 1791 « La Flore des Insectophiles précédée d’un discours sur l’utilité des Insectes et de l’étude de l’Insectologie… » écrit par Jacques Brez, un pasteur vaudois, par ailleurs auteur d’une « Histoire des Vaudois ». J’aurais peut-être l’occasion de revenir sur cette Flore des Insectophiles pour d’autres thématiques.

Aujourd’hui je ne retiendrais que le passage intitulé « Les Insectes auraient pu nous apprendre plusieurs arts utiles » :

« Enfin, car il est temps de nous arrêter, l’étude des insectes aurait pu seule nous apprendre plusieurs arts utiles. Les Guêpes faisaient leurs nids d’une sorte de papier, avant même qu’on eu pensé à avoir des papeteries. On apprend avec plaisir, que l’art est parvenu de nos jours à imiter assez bien ces ouvrages de la Nature. On trouve en Amérique des Guêpes, auxquelles on a donné le nom de cartonnières, dont le nid est composé de plus beau carton, qui est d’une blancheur et d’un poli, que nos ouvriers ne surent jamais donner à leurs cartons. »

Je vous renvoie à mon précédent article « Nos amies les Guêpes » pour en savoir plus.

Après un produit : le carton, Jacques Brez va nous parler d’un outil :

« Les mouches à scie sciaient les branches de rosier, longtemps avant que nous eussions l’instrument, dont elles ont pris leur nom. Et cet instrument que nous possédons et qui nous est d’une si grande utilité, ne réunit pas à beaucoup près autant d’avantages que celui de la mouche. Il ne fait pour nous que les fonctions d’une scie, au lieu que celui de la mouche fait en même temps les fonctions d’une scie, d’une râpe et d’une lime. Ne pourrions-nous pas perfectionner notre instrument, en étudiant sérieusement le mécanisme de celui de la mouche ? »

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des  Arts et des Métiers Diderot et d’Alembert

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers Diderot et d’Alembert

Voici une mouche à scie, prise cet été le long de l'Azergues (dans le département du Rhône). C'est un insecte de l'ordre des hyménoptères, du sous-ordre des symphytes ou tenthrèdes, de la super-famille de tenthrendinidae. Les femelles possèdent un ovipositeur en forme de scie qui leur permet d'insérer leurs œufs dans les tissus des plantes dont se nourrissent les larves.

Tenthrède ©RogerPuff

Tenthrède ©RogerPuff

Remarquez le mimétisme avec les guêpes, mais il n'y a pas la "taille de guêpe". L'animal ne pique pas. Les tenthredinidae sont phytophages. Leurs larves, appelée "fausses chenilles" car elles ne donnent pas de papillons, peuvent faire des ravages dans la végétation.

Des insectes et du biomimétisme en 1790

Autre outil, la pompe (image tirée de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert):

« Les papillons pompaient les liqueurs mielleuses des fleurs, les Cousins, la mouche commune, les punaises, suçaient le sang qui coule de nos veines, etc. longtemps avant que nous connussions les pompes aspirantes ; et quelle différence entre le nombre et la variété des fonctions auxquelles ces pompes naturelles sont propres, et celui de nos pompes, même les plus parfaites ! »

Tristan ©RogerPuff

Tristan ©RogerPuff

Des insectes et du biomimétisme en 1790

Et à présent, la tarière (gravure d'Albrecht Durer) ou la perceuse :

« Nous ne connaissions, sans doute, pas encore les instruments avec lesquels nous perçons le bois et le matières plus dures encore, lorsque l’Abeille perce-bois perçait et creusait déjà de la manière la plus simple de vieux troncs d’arbres, lorsque les Ichneumons introduisaient déjà leur aiguillon à travers la paroi des nids de guêpes des murailles, formés d’une matière très dure, pour y déposer leurs œufs et y faire croitre les larves qui doivent en sortir, aux dépens de l’habitante naturelle du nid. »

abeille xylophage ©RogerPuff

abeille xylophage ©RogerPuff

Et voilà l’art de bâtir :

« Nous étions à coup sûr peu avancés dans l’art de la Maçonnerie, lorsque les fameux Termites, de la grosseur de nos fourmis des bois, bâtissaient, en Afrique et en Asie, des nids de la hauteur de quinze à seize pieds, sur lesquels la pioche n‘a presque aucune prise ; et qu’ils bâtissaient, toute proportion gardée, en beaucoup moins de temps que nos ouvriers les plus habiles ne l’auraient fait. »

Voyage au Cap de Bonne-Espérance et autour du monde avec le Capitaine Cook, et principalement dans le pays des Hottentots et des Caffres] / [Non identifié] ; George Forster, André Sparrman, aut. du texte

Voyage au Cap de Bonne-Espérance et autour du monde avec le Capitaine Cook, et principalement dans le pays des Hottentots et des Caffres] / [Non identifié] ; George Forster, André Sparrman, aut. du texte

Jacques Brez termine son chapitre sur des considérations à connotation religieuse sur l’importance de l’Insectologie, qu’il place manifestement avant les autres domaines des sciences du vivant.

« Que conclurons nous de tout ce que nous avons avancés dans ce discours , -- que l’Insectologie mérite au moins autant de nous occuper que tout autre science ; qu’étant plus propre qu’aucune autre partie de l’histoire naturelle, à nous donner à chaque instant les preuves les plus éclatantes de la Sagesse, de la Bonté, de l’Intelligence sans bornes du CREATEUR de l’univers, elle mérite d’autant plus d’être l’objet de nos loisirs et de nos méditations. Mais lorsque je nomme l’Insectologie, j’entends par là la vraie science des insectes, telle qu’elle a été traitée par un SWAMMERDAM, par un REAUMUR, par un BONNET. Je ne parle nullement de la science de nos Insectologues les plus modernes, qui ne consiste guère que dans la connaissance des noms classifiques, génériques et spécifiques des insectes ; cette étude, si tant qu’on puisse lui en donner le nom, n’étant pas, suivant moi, digne d’un bon esprit, d’un homme raisonnable, elle ne mérite pas qu’on la mettre en ligne de compte. »

Des insectes et du biomimétisme en 1790

Mais ce faisant il oppose les classificateurs, qu’il rejette, aux observateurs. Ces derniers sont les précurseurs de l'éthologie, l'étude du comportement des diverses espèces animales, branche de la biologie animale remontant au 17ème siècle, mais dont la dénomination n’apparaitra qu’en 1854 sous la plume du naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861). Les Français Réaumur (1683-1757) et plus tard Jean-Henri Fabre (1823-1915) en sont les représentants les plus connus pour ce qui concerne l’entomologie. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces entomologistes, ainsi que sur le néerlandais Jan Swammerdam (1637-1680), qui étudia la métamorphose des insectes grâce au microscope, et le suisse Charles Bonnet (1720-1793), à qui on doit la description de la parthénogenèse chez le puceron.

Si en 1790, on constatait que les insectes auraient pu inspirer les inventeurs, aujourd’hui on pense que l’on doit s’inspirer de la nature pour découvrir de nouveaux procédés, de nouveaux matériaux, de nouvelles molécules. Les anglophones parlent de biomimicry.

Le site de l’Association Biomimicry Europa annonce comme phrase-vocation « Promouvoir le biomimétisme : quand la nature inspire la durabilité » et précise :

« Le biomimétisme, défini par Janine Benyus[i] en 1997, est une démarche d’innovation, qui fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes, afin de produire des biens et des services de manière durable, et rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. »

C’est le but que se fixe le CEEBIOS (Centre européen d’excellence en biomimétisme de Senlis), qui se veut un centre de développement économique et scientifique s’inspirant du vivant.

[i] Biomimicry : Innovation Inspired by Nature by Janine M. Benyus, Sept. 1, 1997, (ISBN 0060533226) ou en français Biomimétisme : Quand la nature inspire des innovations durables Janine M. Benyus, Rue de l'échiquier, mai 2011.

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Publié le 20 Octobre 2014

L’Agrion de l'Oise était présent du 16 au 19 octobre au Centre Pierre Guillaumat de l’Université de Technologie de Compiègne à l’occasion de la Fête de la Science.

Lumières d'insectes

Il exposait des travaux de design industriels des étudiants (2ème bac de design industriel) du Pr Hilke Vervaeke de l’Ecole Supérieure des Arts de l’Institut Saint-Luc à Liège. Il s’agissait de luminaires bio-inspirés par l’anatomie des insectes, qui avaient été présentés pour la première fois en mai dernier à Agro-Bio Tech à Gembloux dans le cadre d’Insectopolis, le Festival de l’Insecte.

Lumières d'insectes

L’exposition des luminaires, complétée par les macro-photographies d’insectes d’un de nos adhérents, Jean-Pierre Bertrand, a remporté un grand succès auprès du public de scolaires (plus de 2500 écoliers et collégiens les jeudi et vendredi) ainsi que du public familial du week-end (plus de 1200 visiteurs).

Si les lampes avaient été à vendre, nul doute que nous aurions fait un excellent chiffre d’affaires. Souhaitons aux étudiants de rencontrer bientôt les industriels qui les fabriqueront et les commercialiseront.

Occasion pour l’Agrion de l’Oise de marquer sa présence dans l’Oise, au sein du milieu scientifique, et de faire connaître le projet d’insectarium et le monde des insectes par le biais du design, point de rencontre entre l’entomologie, l’art et la technologie.

Lumières d'insectes

Si pour certaines lampes le rapport entre l’objet et l’insecte pouvait assez facilement être mis en évidence, comme par exemple l’applique « ailes de libellule » de Julien Colson ou la lampe de chevet « pattes de sauterelle » de Guillaume Humblet, il n’en allait pas de même pour les autres.

Lumières d'insectes

Les étudiants sont allés chercher chez l’insecte le détail quelquefois infime qui allait permettre la réalisation d’un luminaire beau et fonctionnel, comme pour le lucane (cerf-volant) dont le dessin de la mandibule motivait Marie Gardier pour une boule de lumière, tandis qu’un segment de patte inspirait Jacques Ernotte pour une lampe à poser.

Lumières d'insectes

La structure du corps de l’insecte « une tête, un thorax, un abdomen » donna sans doute à Alexandre Weymiens l’idée de sa lampe éclatée en trois éléments, mais à n’en pas douter les couleurs chatoyantes des élytres d’un coléoptère, chrysolina fastuosa se retrouvent bien dans les tons chauds des coques de bois que les LEDs éclairent.

Lumières d'insectes

N’oublions pas la corne en fine céramique du dynaste hercule de Fabien Principe,

Lumières d'insectes

Ni l’abdomen de la mante religieuse de Céline Louesse, et la belle et grande lampe inspirée par le bien modeste lépisme argenté de Florent Charlier.

Nous comptons présenter d'ici février 2015 cette magnifique collection de luminaires dans d’autres localités de l’Oise. Leur lumière va éclairer un bout du chemin qui reste à suivre jusqu’à l’ouverture de l’insectarium, que nous espérons pour 2017.

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