Publié le 21 Janvier 2015

Lorsque notre projet d’insectarium a été lancé en 2007 au niveau du pays Sud de l’Oise, j’ai voulu en savoir plus sur les insectariums en France et dans le monde. Ma première visite a été pour l’insectarium de Montréal bien sûr avec son rayonnement mondial et ses près de 450000 visiteurs par an. L’année suivante je suis allé voir Micropolis, construit à proximité de la maison natale de Jean-Henri Fabre et l’année suivante je suis allé visiter l’Harmas à Lésignan, la maison où il a passé la fin de sa vie et où il est mort.

Viaduc de Millau et panneau Micropolis Cité des Insectes ©RogerPuff

Viaduc de Millau et panneau Micropolis Cité des Insectes ©RogerPuff

Il n’est pas dans mes intentions de faire ici la biographie de Jean-Henri Fabre, d’autres s’en chargeront sans doute cette année, notamment le Muséum national d’Histoire naturelle, car c’est l’année du centenaire de sa mort en 1915.

Si vous descendez vers le Languedoc-Roussillon, en empruntant l’autoroute A75, après avoir traversé le Massif Central, vous arrivez à quelques kilomètres au nord de Millau et de son viaduc à une sortie qui vous mène à Micropolis. Ceci dit, nous on remontait vers Paris venant de Montpellier et c’était notre premier passage du viaduc. Profitez de la visite de ce beau musée vivant et promenez vous sur le chemin ludique juste au-dessus, chemin aménagé pour que les enfants puissent se dépenser avant de reprendre la route.

Vue de Micropolis.©RogerPuff

Vue de Micropolis.©RogerPuff

De là vous pourrez voir la maison natale de Fabre sur l’autre flanc de la vallée. Une lunette permet même de l’approcher. Ensuite il suffit de suivre les panneaux puis peintes directement sur le chemin, de bien sympathiques fourmis…

Maison natale de Jena-Henri-Fabre ©RogerPuff

Maison natale de Jena-Henri-Fabre ©RogerPuff

Vous arriverez à la maison où Jean-Henri Fabre est né le 21 décembre 1823 et où, après avoir été élevé par ses grands-parents maternels dans une ferme un peu plus loin, il est revenu âgé de sept ans. C’est à Saint-Léons du Lévézou, une modeste maison, qui aujourd’hui se visite. En fait c’est un petit insectarium. Une jeune femme nous a fait découvrir la maison au mobilier campagnard, à la grande cheminée et au plafond à poutres apparentes.

Ouvrages écrits par Jean-Henri Fabre ©RogerPuff

Ouvrages écrits par Jean-Henri Fabre ©RogerPuff

Quelques boites de collection d’insectes épinglés. Quelques ouvrages dont un traité de Chimie agricole et une édition des Souvenirs entomologiques en japonais. Et oui les enfants japonais apprennent paraît-il le français dans les textes de notre entomologistes, peut-être plus connu au pays de Madame Butterfly qu’en France. Au fait Loti honorait-il Fabre en nommant ainsi son héroïne que Puccini mit en musique ?

Jardin et vue sur l'Insectarium Micropolis ©RogerPuff

Jardin et vue sur l'Insectarium Micropolis ©RogerPuff

Un petit jardin où une statue en pied de l’entomologiste regarde en face l’impressionnant bâtiment de Micropolis.. Dans le jardin un hôtel à osmies, ces abeilles sauvages solitaires si utiles à la pollinisation. Une petite maison toute simple. C’est là que Jean-Henri Fabre s’éveillera aux merveilles de la nature, observant les bêtes de la ferme d’abord, puis les insectes, qui le passionneront sa vie durant.

A dix ans, à une époque où on ne voyageait guère, la famille doit aller chercher du travail ailleurs. Rodez, Aurillac, Toulouse, Montpellier, Avignon … où il entre avant à l’Ecole normale d’instituteurs à dix-sept ans.

L’autodidacte va devenir un scientifique. A vingt cinq ans après avoir acquis le bac littéraire et le bac en mathématiques, il est titulaire d’une licence de sciences mathématiques et d’une de sciences physiques… Professeur de sciences physiques à Ajaccio, il se passionne toujours pour la nature. Il sera enseignant-chercheur à trente ans de retour à Avignon. A la guerre de 1870, il quitte l’enseignement et se retire à Orange pour écrire des ouvrages pour l’enseignement dans pratiquement toutes les matières et des ouvrages de vulgarisation, tout en poursuivant ses études personnelles sur les insectes.

En 1979, grâce à l’argent gagné avec ses ouvrages, il achète à 8 km d’Orange, à Sérignan-du-Comtat, une propriété qu’il baptise L'Harmas. Ce sera sa dernière demeure et son laboratoire.

C’est là qu’il meurt le 11 octobre 1915.

Et c’est cette belle propriété, qui aujourd’hui appartient au Muséum national d’Histoire naturelle, que je suis allé visiter l’année suivante, en 2009, alors que les études de faisabilité de l’insectarium étaient engagées.

L'Harmas ©RogerPuff

L'Harmas ©RogerPuff

Une belle bâtisse au sein d’un grand jardin clos de murs.

Les pièces de travail de Fabre avec de grandes vitrines pour ses collections, son tout petit bureau, qui le suivait depuis longtemps dans ses multiples demeures, et où il a écrit tous ses ouvrages et consignés toutes ses observations.

On ne photographie pas à l’intérieur… dommage. Ceci dit depuis 2009, cela a peut être changé.

Dans le jardin L'Harmas ©RogerPuff

Dans le jardin L'Harmas ©RogerPuff

Mais la merveille, enfin pour moi, c’est le jardin avec son grand bassin. Un paradis pour les insectes.

Ces quelques photos prises ce jour-là en l’hommage du grand entomologiste.

Vanesse du chardon ou Vanesse des chardons (Cynthia cardui ou Vanessa cardui), appelée Belle-Dame ©RogerPuff

Vanesse du chardon ou Vanesse des chardons (Cynthia cardui ou Vanessa cardui), appelée Belle-Dame ©RogerPuff

Pièride de la rave ( Pieris rapae) ©RogerPuff

Pièride de la rave ( Pieris rapae) ©RogerPuff

Je n’ai pas photographié de grand paon, mais je voudrais vous donner à son sujet, un extrait d’un texte de Fabre, pour vous en faire apprécier la clarté du style.

Ce fut une soirée mémorable. Je l'appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus gros de l'Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun, traversées d'un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand oeil à prunelle noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge amarante.

Souvenirs entomologiques, Série VII, Chapitre 23 "Le Grand Paon"

Abeille mellifère, oui mais quelle espèce ? ©RogerPuff

Abeille mellifère, oui mais quelle espèce ? ©RogerPuff

J’avoue mon incompétence. Quel est ce bel hyménoptère ?  ©RogerPuff

J’avoue mon incompétence. Quel est ce bel hyménoptère ? ©RogerPuff

Et à propos des hyménoptères un autre extrait :

Expérimentons maintenant le Chalicodome des murailles sous un autre point de vue psychologique. — Voici une Abeille maçonne qui construit ; elle en est à la première assise de sa cellule. Je lui donne en échange une cellule non seulement achevée comme édifice, mais encore garnie de miel presque au complet. Je viens de la dérober à sa propriétaire, qui n'aurait pas tardé à y déposer son oeuf. Que va faire la maçonne devant ce don de ma munificence, lui épargnant fatigues de bâtisse et de récolte ? Laisser là le mortier, sans doute ; achever l'amas de pâtée, pondre et sceller. — Erreur, profonde erreur : notre logique est illogique pour la bête. L'insecte obéit à une incitation fatale, inconsciente. Il n'a pas le choix de ce qu'il doit faire ; il n'a pas le discernement de ce qui convient et de ce qui ne convient pas ; il glisse, en quelque sorte, suivant une pente irrésistible, déterminée d'avance pour l'amener au but. C'est ce qu'affirment hautement les faits qu'il me reste à rapporter.

Souvenirs entomologiques, Serié 1, Chapitre 22 "Echange de nids"

NB. Le chalicodome des murailles, Megachile parietina, ou abeille-maçonne, est un hyménoptère de la famille des osmildes

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Publié le 14 Janvier 2015

Depuis quelques temps, quand tout était calme dans la maison, nous entendions des bruits au plafond. Que se passait-il au grenier ? Des souris ? Des chauves-souris ?

aperçu de la charpente ©PascaleC

aperçu de la charpente ©PascaleC

Il a fallu aller y voir de près. A la lampe de poche, a priori pas de bestioles apparentes, ni souris, ni chauve-souris, mais les poutres de la charpente étaient dans un drôle d’état avec comme des boursouflures.

Des termites ? Nous ne savions pas, alors nous avons fait appel à un spécialiste pour qu’il diagnostique le mal.

Et voilà le résultat.

Ce n’était pas des termites (ordre des blattoptères), notre région au nord de Paris n’est pas (encore) atteinte par ce fléau. Ce n’était pas la petite vrillette (Anobium punctatum), ni la grosse vrillette (Xestobium rufovillosum), la fameuse "horloge de la mort", ainsi nommée à cause du bruit régulier fait par le mal en se cognant la tête contre le bois pour attirer le femelle, tous deux des coléoptères de la sous-famille des Anobiinae. Les vrillettes font comme des trous de perceuses dans les bois alors que chez nous la surface du bois semblait s’effriter. Elles s’attaquent aussi bien aux feuillus qu’aux résineux, la grosse vrillette s’attaquant surtout aux bois humides.

Il s’agissait, nous dit-on, du capricorne des maisons, dont le nom scientifique Hyhotrupes bajulus, Hylotrupes du grec "je perce le bois". Le creusement de la larve est audible – voilà pourquoi nous entendions des bruits - et les spécialistes le détectent au stéthoscope, ou bien avec un tournevis tout simplement pour mieux voir les dégâts et éventuellement mettre en évidence les larves. Notre maison abritait sans doute depuis longtemps cet intrus, insecte de 10 à 20 mm de long, avec les grandes antennes caractéristiques des longicornes, sans bien sûr que nous le sachions...

capricorne des maisons ©Wikipedia Commons

capricorne des maisons ©Wikipedia Commons

Cet insecte est un coléoptère de la famille des Cerambycidae à larve xylophage, qui endommage la structure du bois et compromet par le fait sa résistance. Comme les vrillettes il est redouté des responsables de patrimoine mobilier ou immobilier.

Son bois de prédilection : il n’attaque que l’aubier des résineux (douglas, épicéa, sapin, pin, etc.) très présents dans nos habitations ou le bois blanc.

La femelle pond une trentaine d’œufs 3 jours après l’accouplement (entre juin et août) et les dépose par groupe de 3 à 7 dans les infractuosités du bois. 7 à 20 jours après la ponte, les œufs éclosent et laissent place aux larves qui vont dévorer le bois. Leur survie dépend de la qualité nutritive du bois, de l’hygrométrie ainsi que de la température ambiante. C’est pour cela que le stade larvaire peut demander 3 à 5 ans.

Les larves creusent des galeries en suivant le fil du bois, effleurant la surface sans la percer, faisant tout un réseau ramifié de galeries ovales. Comme dans un premier temps, il n’y a pas de sciure visible au sol, on ne se rend compte de l’atteinte que tardivement. Sinon les résidus se présentent sous la forme de petits cylindres de moins d’un millimètre.

Arrivée à maturité, la larve se transforme en imago (adulte prêt à la reproduction). Ce stade, la nymphose, peut durer 15 jours. Un trou d’envol ovale de 6 à 10 mm est foré pour que l’insecte puisse s’échapper. S’il le faut la bestiole peut forer du plomb. Oui du plomb… Les insectes adultes s’observent de juin à août et leur durée de vie est de 3-4 semaines.

Il va falloir traiter si nous voulons sauver notre charpente. Trop tard bien sûr pour un traitement préventif par imprégnation. On ne peut pas badigeonner les poutres avec un produit xylophage. Il faut un traitement curatif de choc pour détruire les larves. Il doit être réalisé par des spécialistes agréés, travaillant selon les règles édictées par par le FCBA (centre technique industriel Forêt Bois-Construction Ameublement).

Alors – chez vous - cela vaut peut-être le coup de jouer au Sherlock Holmes et de monter sous la charpente. Surveillez bien toute trace de boursouflure, de vermoulure, au besoin sondez les poutres avec un tournevis : qui sait l’individu a peut-être déjà laissé des preuves de son existence…

Et si vous construisez, proscrivez l’aubier des résineux (la partie juste sous l’écorce du bois) et surtout choisissez des bois traités préventivement.

Bon à savoir : les traitements luttant contre les xylophages peuvent vous faire bénéficier d’une subvention de la part de l'ANAH (Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat).

Pascale C.

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Publié le 7 Janvier 2015

Le colloque INSECTINOV organisé par Adebiotech à Romainville en décembre dernier a réuni autour des insectes près de 180 participants du monde académique et des entreprises.

Il ne s’agissait pas d’un colloque entomologique avec des spécialistes de la classification ou de l’éthologie des insectes, mais sur les recherches et les débouchés innombrables que les insectes peuvent offrir.

Bien sûr on y a parlé d’entomophagie avec la production d’insectes dédiés à la nourriture humaine, mais surtout de la possibilité de nourrir les animaux, que ce soit les animaux de compagnie (petfood) ou les animaux d’élevage, notamment en aviculture et aquaculture, les volailles et les poissons appréciant déjà largement ce genre de nourriture.

Yellow technology ©Roger Puff

Yellow technology ©Roger Puff

Mais ce ne sera pas le propos de cet article, pas plus que la production d’insectes comme micro-guêpes ou coccinelles pour le bio-contrôle en agriculture ou bourdons pour la pollinisation. En effet d’autres débouchés sont d’ores et déjà largement explorés et offrent de belles perspectives : les "biotechnologies jaunes"..

Et oui, on a pris l’habitude de donner des couleurs aux biotechnologies. Les biotechnologies, faut-il le rappeler, sont les technologies utilisant le vivant (végétaux, animaux, micro-organismes) pour la fabrication industrielle de composés biologiques ou chimiques (médicaments, matières premières industrielles) ou pour l’amélioration de la production agricole (plantes et animaux transgéniques, organismes génétiquement modifiés). Ces technologies de bioconversion sont donc l’intersection entre la biologie et diverses techniques telles que microbiologie, biochimie, biophysique, génétique, informatique, etc.

Aujourd’hui on distingue tout un arc-en-ciel de biotechnologies :

  • Vertes, dans les domaines de l’agriculture, de l’agrochimie, de l’agro-alimentaire, (incluant les OGM)
  • Rouges, dans le domaine médical, pour le traitement ou le diagnostic des maladies, très utilisées dans l’industrie pharmaceutique
  • Blanches, dans l’industrie, entre autres celles – alternatives aux procédés chimiques, qui vont être utilisées pour la production de polymères, de solvants, de matériaux de construction, de textile, de carburants, etc.
  • Bleues, à partir des organismes marins, pour la cosmétique, la pharmacie, l’aquaculture, l’agroalimentaire
  • Jaunes, celles qui, utilisées dans le domaine de l’environnement, permettent le traitement et l’élimination des pollutions (assainissement des sols, traitement des eaux, épuration des gaz résiduels et de l'air, recyclage des déchets et résidus.). Quelquefois on les qualifie de "grises".

Ces couleurs sont admises depuis un certain nombre d’années, un ouvrage les présente ainsi en 2010 (Aide-mémoire de génie chimique, Emilian Koller, Dunod 2010)

Mais cela étant, de plus en plus souvent on trouve la dénomination "technologies jaunes" utilisée pour celles qui concernent les insectes. Sauf à me tromper cette dénomination s’est développée en France à partir de 2013 avec la médiatisation d’un centre de recherche en Allemagne. On pouvait en effet lire sur plusieurs sites Internet un communiqué émanant de bulletins-electroniques.com, un site de veille technologique internationale du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international.

"Avec plus de 30 millions d'espèces connues, les insectes représentent un véritable "trésor pharmaceutique" dont il reste encore beaucoup à découvrir. Le développement de nouveaux produits basés sur les propriétés des insectes (biotechnologie "jaune") est récent, mais il est déjà internationalement reconnu comme un domaine innovant avec des perspectives de croissance considérables. En effet, la capacité des insectes à coloniser l'ensemble de la biosphère est le résultat d'une adaptabilité évolutive exceptionnelle. De nombreuses espèces d'insectes peuvent survivre dans des environnements extrêmes, et sont capables de métaboliser des substances à forte toxicité. La compréhension de leurs outils de synthèse moléculaire ouvre de nouvelles perspectives dans les domaines de la médecine (biotechnologie "rouge"), de la lutte antiparasitaire (biotechnologie "verte") et de la production industrielle (biotechnologie "blanche"). La recherche sur ces espèces doit également permettre le développement de modèles pour l'évaluation des risques éco-toxicologiques ou encore faciliter la production de nouveaux biocapteurs."

Le communiqué émanait de LOEWE avec le projet Centre for Insect Biotechnology & Bioresources, dirigé par l’entomologiste Prof. Dr. Andreas Vilcinskas de l’Université Justus-Liebig de Giessen (Land de Hesse), qui se présentait ainsi :

"LOEWE,-Centre pour la biotechnologie des Insectes utilise les insectes comme bioressource pour de nouveaux produits avec des applications en médecine, biotechnologie agriculturale et industrielle."

Le Pr Vilcinskac avait publié en 2010 à cette époque un ouvrage en anglais "Insect Biotechnology" les développements en entomologie appliquée obtenus grâce à la biologie moléculaire et résumés sous le terme de biotechnologie des insectes :

"La biotechnologie des insectes apparait comme une discipline au potentiel économique considérable ; elle englobe l'utilisation des insectes comme organismes modèles et celle des molécules d'insectes issues de la recherche médicale ainsi que des mesures de protection des plantes modernes."

extrait de LOEWE

extrait de LOEWE

Bref, admettons que ce sont les allemands de Giessen qui ont introduit le terme de biotechnologies jaunes dès 2009, peut être même auparavant. En effet on le trouve dans le résumé d’un ouvrage sur les technologies blanches paru en 2009 "Weiße Gentechnologie - Von Vitaminen & Aromen zu Industriechemikalien" (Biotechnologies blanches – des vitamines et aromes aux produits chimiques industriels ) de Jochen Schmid et Volker Sieder.

De leur côté les biologistes japonais, tout particulièrement ceux qui sont investis dans la sériciculture (ver à soie, chenille de Bombyx mori), travaillent également ces questions. La Société japonaise de la Science de la Sériciculture publie depuis 2000 le Journal of Insect Biotechnology and Sericology.

Vous avez dit "Technologies jaunes" ?

Pour en revenir au colloque INSECTINOV, la conférence inaugurale était donnée par le Professeur Jean-Marc Reichhart, de l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire de l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg, disciple de Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine 2011. Cette conférence de haut niveau portait sur l’historique des études menées sur la drosophile (mouche du vinaigre), modèle incontournable pour les études génétiques et l’immunité innée. A noter que la drosophile est avec l’abeille mellifère et le ver à soie (bombyx), l’une des trois espèces d’insectes légalement considérées comme domestiques.

Les conférences du lendemain matin étaient consacrées au développement des applications dans le domaine de la santé, session animée par Madame Yasmine Zouicha de la société Pall Life Sciences, spécialisée dans les appareils d’analyse en biotechnologies.

Un exposé général d’Hassan Chaabi (société Agate bioservices) présentait les utilisations possibles des cellules d’insectes dans le domaine de la santé, sujet lancé dès 1935 avec des travaux sur le ver à soie. Il évoquait notamment les caractérisations biologiques (caryotypes..), l’étude des virus d’insectes (sujet que nous avons déjà évoqué dans ce blog), la lutte biologique (production de virus pathogènes) et la production de protéines recombinantes. Les applications actuelles étaient décrites : production de vaccins vétérinaires et humains, interférons à usage vétérinaire, thérapie génique,… Il concluait sur les axes majeurs de développement.

Hot pink technology ? ©Roger Puff

Hot pink technology ? ©Roger Puff

Stéphanie Spirkel de la société Merial, filiale pour la santé animale de Sanofi, traitait plus particulièrement des vaccins vétérinaires obtenus à partir de cellules d’insectes

Roland Lupoli, chercheur à l’INSERM, auteur du livre L’Insecte médicinal (Editions Ancyrosoma, 2010), rappelait que l’usage des insectes remonte aux Mésopotamiens il y a 5000 ans, présentait un certain nombre d’utilisations en médecines traditionnelles, les miels thérapeutiques, l’asticothérapie, que je développerai peut-être un jour ici. Il montrait les perspectives ouvertes par les molécules à haute valeur pharmaceutique que l’on peut trouver chez l’insecte, comme celles obtenues à partir des insectes hématophages (ex. moustique) : vasodilatateurs, anti-agrégants, anti-inflammatoires, etc., celles contenues dans les venins, les peptides antimicrobiens, etc. Pour conclure il présentait les stratégies de développement de molécules soit par synthèse après bioguidage, soit par biosynthèse ou hémisynthèse après élevage d’insectes de certaines espèces comme Cordyceps, Apis mellifera, Tenebrio molitor, Hermetia illucens, Bombyx mori… De belles perspectives.

Tenebrio molitor (vers de farine)  ©Roger Puff

Tenebrio molitor (vers de farine) ©Roger Puff

Le traitement de maladies génétiques et de maladies rares, à partir de cellules d’insectes ou de baculovirus, était développé par Otto-Wilhelm Merten de la fondation Généthon, travaillant sur les maladies génétiques rares (désordres neuromusculaires, immunodéficiences, maladies hépatiques…). Il présentait les techniques d’obtention en laboratoire et au stade industriel, montrant clairement pourquoi, du fait de la complexité et de la durée des opérations nécessaires, ces médicaments et les thérapies qui en découlent sont si chers. Les travaux futurs permettront sans doute d’améliorer la qualité des produits et de baisser les coûts de production afin de traiter plus de patients avec de meilleurs résultats.

Sancha Salgueriro de la société danoise ExpreS2ion Biotechnologies présentait le rôle des cellules S2 de Drosophila pour le développement de nouveaux traitements immunologiques et de vaccins.

Enfin une table ronde animée par Christian Valentin de Lyonbiopole avec tous les acteurs de la filière santé permettait d’évaluer les enjeux et les perspectives de développement de cette filière insecte-santé.

Et je conclurai en disant que si les insectes sont connus pour être la cause de nombreuses maladies : chikungunya, fièvre jaune, dengue, paludisme, maladie du sommeil, etc., ils peuvent également être la source de nouveaux médicaments et de vaccins. Aussi faut-il veiller à préserver la biodiversité, car il y a peut être quelque part un insecte ignoré qui pourra nous aider à guérir une maladie nouvelle ou non…

Pour en savoir plus voir INSECTINOV et Biotechinfo

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Publié le 31 Décembre 2014

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Publié le 26 Décembre 2014

Je vous avoue que j'étais un peu sec entre Noël et Nouvel An pour assurer l'article hebdomadaire promis aux lecteurs fidèles de notre blog : ceux que j'avais en préparation n'étaient pas assez festifs à mon goût.

Heureusement, un de nos amis fidèles, enseignant entomologiste, en réponse à mes vœux de Noël, m'a écrit une très gentille lettre, me faisant remarquer au passage quelques erreurs de dénomination.

"Les articles de l' agrion sont très intéressants, par exemple sur les entomologistes français d'autrefois , et j'apprécie tout particulièrement la qualité des photographies qui sont toujours très jolies. Mais il y a un point que je voulais amicalement vous signaler: il arrive, très rarement, qu'elles soient légendées de façon inexacte et pas toujours corrigées après coup (libellule rouge)..."

Et oui... Je ne suis personnellement pas entomologiste, rappelons-le, mais comme beaucoup d'amateurs, je me pique de trouver le nom scientifique des insectes que je photographie et qui illustrent mes articles. Et je dois publiquement reconnaître que je me suis vraiment planté à plusieurs reprises. Alors profitons de cette trêve des confiseurs pour apporter quelques corrections.

Sésie du framboisier @Roger Puff

Sésie du framboisier @Roger Puff

Pour ce bel insecte qui illustrait un récent article sur le biomimétisme, j'avais légendé "tenthrède". Voilà ce que m'écrit notre ami :

"Ainsi, la photo prise le long de l'Azergues, dans le département du Rhône, ne montre pas une "Tenthrède", ni même un Hyménoptère, mais bien un vrai Lépidoptère: les antennes sont comme celles des Zygènes, le corps est velu (noir et jaune) et surtout les ailes postérieures sont grandes (alors qu'elles sont petites chez les Hyménoptères)

Je me suis moi même trompé puisqu'au premier instant, j'ai cru reconnaître la "sésie apiforme" (Sesia apiformis)

En fait, il s'agit plutôt d'une autre sésie: celle du framboisier (Pennisetia hyalaeformis) ce qui apporte une grande valeur scientifique à votre document photo !"

Un grand merci pour cette correction. Les sésies sont des papillons vraiment peu connus et comme les tenthrèdes (hyménoptères), celle-ci est vraiment très douée pour mimer les guêpes.

Il faut toutefois dire qu'un autre "suiveur", photographe amateur, m'en avait aussi fait la remarque. J'avais voulu corriger l'article, mais c'est assez difficile de revenir sur ce qui a été édité et j'y avais renoncé. Mea culpa.

Mais ce n'est pas tout.

Tircis @Roger Puff

Tircis @Roger Puff

Là j'avais légendé "tristan". Ce n'était pas lui...

"Plus anecdotique, la photo du papillon "tristan" montre en fait un "tircis" (Pararge aegeria),espèce très voisine avec de nombreuses petites tache orangées sur les ailes. Le tristan qui s'est d'ailleurs raréfié, est plus uniforme brun assez foncé et quelques petites ocelles en bord d'ailes.

La systématique des insectes me tient beaucoup à cœur. Je sais qu'il s'agit d'une discipline souvent délaissée maintenant car considérée comme trop ardue (1 botaniste métropolitain se confronte à seulement 4500 espèces végétales alors qu'un entomologiste doit se déterminer parmi plus de 40000 espèces!)¨".

Voilà une erreur réparée. Mais là la réparation est double. Il y a quelques semaines, un ami m'avait parlé du "Speckled wood", nom anglais du "Tircis", papillon qu'il appréciait tout particulièrement. Je lui avais dit ne pas le connaître et n'en avoir jamais photographié...

Quel monde fabuleux.

Soyons modestes, il nous reste tant à apprendre.

Alors amis lecteurs, n'hésitez pas à corriger l'Agrion de l'Oise. Il a bien du mal à reconnaitre ces insectes innombrables.

Alors si vous voulez bien encore une erreur de ma part. Un peu plus ancienne celle-là.

Mouche scorpion @Roger Puff

Mouche scorpion @Roger Puff

Heureusement l'erreur était sur ma page perso FB. J'avais baptisé cette "mouche scorpion" du nom d'un insecte d'un tout autre ordre, ce qui a donné lieu à un sympathique échange avec le même photographe amateur évoqué plus haut.

Que cela me serve de leçon et montre à tous qu'il faut toujours se méfier de ce que l'on trouve sur le net. Ne vous fiez jamais aux blogs d'amateurs (y compris évidemment à celui-ci). Rien de tel que de bons bouquins d'entomologie. Pour l'Agrion de l'Oise, il y a des progrès à faire dans la rigueur scientifique. Nous ferons tout notre possible - c'est promis - pour être à la hauteur des attentes de nos lecteurs.

En attendant je vous souhaite de passer une très bonne Saint-Sylvestre et de bien commencer 2015.

La semaine prochaine l'Agrion de l'Oise vous présentera "officiellement" ses vœux.

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Publié le 21 Décembre 2014

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Publié le 17 Décembre 2014

Certains d’entre vous savent que le projet d’Insectarium que notre association défend doit être implanté sur un domaine historique lié à François-Marie Arouet, dit Voltaire.

Il s’agit du Domaine de Villette (Oise), qui a appartenu au marquis Charles de Villette, ayant épousé le 12 novembre 1777 la fille adoptive de Voltaire, Reine-Philiberte Rouph de Varicourt, que notre philosophe surnommait Belle et Bonne.

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Dédié à Belle et Bonne fille adoptive de Voltaire : [estampe] / peint par Garnerey ; gravé par P.M. Alix, Source gallica.bnf.fr

Le marquis écrit de son épouse :

Belle et Bonne c’est votre nom ;

C’est le nom que vous donne un sage :

Il peint vos traits, votre raison,

Votre cœur et votre visage.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 quelques mois après le mariage - au domicile parisien du marquis de Villette - et n’aura malheureusement jamais l’occasion de venir sur les terres du Marquis.

Cette évocation est pour moi l’occasion de rechercher ce que le philosophe a pu écrire des insectes. Il ne s’y est à vrai dire pas vraiment intéressé. En effet, si Rousseau ne collectionnait pas les insectes mais en revanche herborisait, à ma connaissance, Voltaire ne s’intéressait pas plus aux hexapodes qu’aux végétaux. Notons toutefois qu’il s’est adonné à la physique expérimentale avec son amie Madame du Châtelet et par ailleurs connaissait les travaux de savants entomologistes comme Swammerdam et Réaumur, on le verra plus loin.

Ceci dit, Voltaire considérait que les hommes n’étaient pas supérieurs aux animaux, ce qui l’opposait aux religions qui considèrent l’homme comme supérieur. D’ailleurs il ne mangeait plus de viande par respect pour eux.

Cependant pour lui le terme « insecte » semble surtout être utilisé pour exprimer le mépris. J’en veux pour preuve deux citations. Une citation, issue du Temple du Goût (1733) que le Dictionnaire Littré donne dans l’article insecte, pour qualifier un Etre vil, misérable, sans importance :

Ces insectes de la société qui ne sont aperçus que parce qu’ils piquent

Une autre extraite de: Zadig ou la destinée (1747) :

Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue.

Etant parmi les premiers à vulgariser en France les idées de l’anglais Isaac Newton, philosophe, théologien et scientifique, il avait écrit dans Eléments de la Philosophie de Newton (1738) :

Si j’examine d’un côté un homme ou un ver à soie, et de l’autre un oiseau et un poisson, je les vois formés tous formés dès le commencement des choses : je ne vois en eux qu’un développement. Celui de l’homme et de l’insecte ont quelques rapports et quelques différences ; celui du poisson et de l’oiseau en ont d’autres : nous sommes un ver avant que d’être reçu dans la matrice de notre mère ; nous devenons chrysalides, nymphes dans l’utérus, lorsque nous sommes dans cette enveloppe qu’on nomme coiffe ; nous en sortons avec des bras et des jambes, comme le ver devenu moucheron sort de son tombeau avec des ailes et des pieds ; nous vivons quelques jours comme lui, et notre corps se dissout ensuite comme le sien.

Dans son conte philosophique Micromégas (1752), nombreuses sont les citations relatives aux insectes. En effet Micromégas, un géant de 36 kilomètres de haut venu de Sirius, et son compagnon le nain, un habitant de Saturne de 2 km de haut seulement, se retrouvent sur Terre à étudier les hommes, pas plus gros pour eux que de minuscules insectes pour nous. Ayant pris en mains un bateau, ils découvrent – avec le regard de l’entomologiste - de minuscules êtres vivants. Ils les comparent à des insectes et sont surpris de pouvoir communiquer avec eux :

[…] aussitôt il tira une paire de ciseaux dont il se coupa les ongles, et d'une rognure de l'ongle de son pouce, il fit sur-le-champ une espèce de grande trompette parlante, comme un vaste entonnoir, dont il mit le tuyau dans son oreille. La circonférence de l'entonnoir enveloppait le vaisseau et tout l'équipage. La voix la plus faible entrait dans les fibres circulaires de l'ongle; de sorte que, grâce à son industrie, le philosophe de là-haut entendit parfaitement le bourdonnement de nos insectes de là-bas. En peu d'heures il parvint à distinguer les paroles, et enfin à entendre le français. Le nain en fit autant, quoique avec plus de difficulté. L'étonnement des voyageurs redoublait à chaque instant. Ils entendaient des mites parler d'assez bon sens : ce jeu de la nature leur paraissait inexplicable.

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Mante religieuse mâle s’apprêtant à dévorer une punaise sous les yeux d’un moucheron ©Roger Puff

Bien sûr, ce conte philosophique a pour but de démontrer la relativité des points de vue et de se poser des questions sur l’homme et la religion. Point d’entomologie dans ces propos.

On y lit plus loin :

Alors Micromégas prononça ces paroles: « Je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur sa grandeur apparente. O Dieu ! qui avez donné une intelligence à des substances qui paraissent si méprisables, l'infiniment petit vous coûte aussi peu que l'infiniment grand; et, s'il est possible qu'il y ait des êtres plus petits que ceux-ci, ils peuvent encore avoir un esprit supérieur à ceux de ces superbes animaux que j'ai vus dans le ciel, dont le pied seul couvrirait le globe où je suis descendu. »

Un des philosophes lui répondit qu'il pouvait en toute sûreté croire qu'il est en effet des êtres intelligents beaucoup plus petits que l'homme. Il lui conta, non pas tout ce que Virgile a dit de fabuleux sur les abeilles, mais ce que Swammerdam a découvert, et ce que Réaumur a disséqué. Il lui apprit enfin qu'il y a des animaux qui sont pour les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme, ce que le Sirien lui-même était pour ces animaux si vastes dont il parlait, et ce que ces grands animaux sont pour d'autres substances devant lesquelles ils ne paraissent que comme des atomes. Peu à peu la conversation devint intéressante, et Micromégas parla ainsi.[…]

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Abeille sur Aster ©Roger Puff

Encore quelques vers sur les abeilles extraits de « De l’envie » dans les Sept discours sur l’Homme parus en 1734-1737 :

On peut à Despréaux pardonner la satire ;

Il joignit l’art de plaire au malheur de médire :

Le miel que cette abeille avait tiré des fleurs

Pouvait de sa piqûre adoucir les douleurs ;

Mais pour un lourd frelon, méchamment imbécile,

Qui vit du mal qu’il fait, et nuit sans être utile,

On écrase à plaisir cet insecte orgueilleux,

Qui fatigue l’oreille, et qui choque les yeux.

Voilà, nous en resterons là pour aujourd’hui. Une autre fois, je reviendrai sur Voltaire et les abeilles, sur elles car il n’a pas écrit que ces quelques vers, et pourquoi pas sur Voltaire et les papillons … mais ceci est une autre histoire.

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Publié le 10 Décembre 2014

Mais d’abord vues par Amélie que j’ai rencontrée à l’occasion de la Fête de la Science à Compiègne et qui m’a autorisé à publier une de ses œuvres "Libellule" réalisée à l’acrylique sur format raisin.

Les libellules vues par des entomologistes et des poètes

Je tombe sur Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, appliquée aux arts, principalement à l’agriculture et à l’économie rurale, un ouvrage paru chez Deterville, Libraire, rue du Battoir à Paris, daté de 1803 de Charles S. Sonnini (membre de la Société d’Agriculture de Paris) et d’autres savants spécialistes. La partie sur les insectes était confiée à Messieurs Olivier et Latreille, membres de l’Institut national.

Latreille, Pierre-André, né en 1762 à Brive-la-Gaillarde, mort en 1833 à Paris, était le fils illégitime d’un baron, qui ordonné prêtre se consacra à l’entomologie. Il refusa de prêter serment lors de la Révolution. Je passe sur les détails, notamment sur l’histoire de l’insecte qui lui sauva la vie, quand le bateau qui devait l’emmener au bagne en Guyane sombra. Il faudra un jour qu’on en parle... Il sera professeur de zoologie à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Sa classification des arthropodes est encore employée aujourd’hui. Un grand entomologiste.

Olivier, Guillaume-Antoine, né aux Arcs près de Toulon en 1756 et mort en 1814 à Lyon., médecin de formation et grand chasseur d’insectes notamment dans l’Empire Ottoman, l’Egypte et la Perse, lui aussi professeur de zoologie à Maisons-Alfort, fut le protecteur de Latreille pendant la Révolution. La collection qu’il a rapportée de ses voyages est conservée au Muséum national d’Histoire naturelle. Un autre grand entomologiste.

A propos des libellules on peut entre autres lire dans le tome XIII du Nouveau Dictionnaire dans un article fort bien documenté (encore qu’à cette époque on confonde libellules et demoiselles) :

Les libellules, avec des formes si élégantes, ont cependant des inclinaisons très meurtrières ; loin d’aimer à se nourrir du suc des fleurs et des fruits, elles ne se tiennent dans les airs que pour fondre sur les insectes ailés qu’elles peuvent y découvrir. Elles mangent tous ceux dont elles peuvent se saisir. Peu difficiles sur le choix de l’espèce, tout leur est bon. On les voit souvent emporter dans l’air de petites mouches, des mouches bleues de la viande, et même des papillons. C’est leur goût pour les insectes qui les conduit dans les jardins garnis de fleurs, dans les campagnes, et surtout le long des haies, sur lesquelles beaucoup de mouches et de papillons vont se poser. Ce même appétit les ramène sur les bords des eaux, où voltigent différents insectes, cherchant ainsi les cantons peuplés de gibier.

Dans un ouvrage dont je me suis déjà servi ici Le petit mode des ruisseaux de Marcel Piponnier on peux lire à propos de l’anax, une libellule :

Au milieu de l’étang, un puissant insecte paraît immobile, suspendu dans l’air ; brusquement projeté vers la rive, avec un grésillement d’ailes séchées, il frôle le promeneur, puis dans u balancement qui s’éteint, il s’immobilise de nouveau ; c’est le vigoureux anax, roi de l’étang dont il chasse ses rivaux plus faibles. Il dispute aux hirondelles, qu’il ne craint guère, tout ce qui vole au dessus des eaux ; il attaque le têtard qui s’est risqué près de la surface, dépouille de sa mouche l’hameçon trop mollement balancé sur l’eau par le pêcheur éberlué de cette effronterie. Le vorace arrive à consommer son poids de victimes en une demi-heure, puis il est prêt à recommencer.

Et oui nos charmants odonates, libellules et demoiselles, sont de charmants carnivores, qui dévorent même les gracieux papillons.

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

"Rouge sur Rouille"" ©Bruno-Derouané 3ème Prix du Jury et 2ème Prix du Public Concours Photo L'Agrion de l'Oise 2014

Pourtant dans une autre recherche, c’est un poète qui nous parle de libellules et de papillons en tout autres termes. Le poème est titré La Libellule et le Papillon, extrait d’un livre éponyme paru aux Editions le Manuscrit à Paris en 2004. Je n’en ai pas découvert l’auteur… En voici un extrait :

sur la tige fleurie d’un coquelicot

se tenait fier un papillon qui faisait le beau

une libellule forte et rapide volait tout là-haut

mais une bourrasque d’un orage gris lui fit perdre le vol

et elle échoua dans un grand fracas sur le sol

elle vit mille et une étoiles en farandole

ses yeux se fermèrent sur le monde ici bas

madame papillon au chevet de monsieur libellule s’apprêta

c’est l’éclat de sa douce voix qui tendrement le réveilla

et d’amour et de désir intense son cœur se gonfla […]

Une belle histoire d’amour entre un libellule et une papillon. Surprenant cette inversion des genres : la libellule c’est le monsieur, le papillon c’est la dame. J’en perds ma grammaire. Mais pourquoi pas ?

Donc la libellule est forte, rapide et vole haut. Voilà bien des vertus viriles. Le papillon est fier et fait le beau. Seraient ce des critères liés au beau sexe. Je me garderai bien de conclure de crainte d’être taxé de sexisme.

Et puisque j’en suis aux poètes, poursuivons chez le même éditeur, daté cette fois-ci de 2006, dans Sur l’aile d’une libellule, la fin d’un poème et toujours pas de nom d’auteur :

[…] J’aime ta liberté, petite libellule

qui sur la rivière ondule

Quand la rosée se meurt au petit matin.

Voilà pourquoi je t’ai tatouée au creux de mes reins.

Ta liberté dans la peau.

Ta liberté en cadeau.

Loin de nos cœurs déchirés,

Je savoure tes parfums de liberté.

Voilà des écrits moins féroces, notre libellule carnassière a ses côtés tendres, en tout cas elle attendri. Et comme vous avez pu le lire ci-dessus, ne se pose pas que sur les roseaux.

Je ne résiste pas à un autre extrait du poème La Danseuse et le Funambule de Lucia & Mélano, extrait de Po(lé)miens, aux Editions Publibook, non daté :

La danseuse

Vaporeuse

Tournait, tournait sur la piste,

Dix pas sous le fildefériste,

Elle chavirait les cœurs

Des spectateurs :

Légère comme libellule

Elle affolait le funambule. […]

Libellule, funambule,… je vous laisse : moi je m’en vais coincer la bulle…

Encore un grand merci à Amélie pour sa libellule en acrylique sur format raisin et à Bruno pour son majestueux Sympétrum sanguin.

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Publié le 4 Décembre 2014

Un ouvrage ancien trouvé sur le net retient toute mon attention.

Il s’agit de "Théologie des Insectes ou Démonstration des Perfections de Dieu - traduit de l’allemand de Mr Lesser, avec des remarques de Mr P. Lyonnet". Il est publié chez Jean Swart à La Haye en MDCCXLII (1742 si je ne me suis pas trompé).

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Friedrich Christian Lesser est un historien et un théologien luthérien allemand né en 1692 à Nordhausen en Thuringe, ville où il est mort en 1754. Il a également écrit une théologie des mollusques.

Quant à Pierre Pierre Lyonnet, nous y reviendrons à la fin de cet article.

Lesser nous dit "Il n'y a aucune chose dans la Nature, aussi laide qu'elle paraisse, qui ne soit une merveille aux yeux de celui qui s'applique à l'examiner", ce que nous sommes nombreux à penser surtout si l’on s’adonne à la macrophoto d’insecte. Cela étant chez Lesser, il s’agit surtout de montrer que tout ce qui est dans la nature procède de Dieu, qui a très bien fait les choses.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Dans cet ouvrage en deux tomes, à propos du sens des insectes, auquel on le verra il associe les araignées, il écrit :

"Les sens sont absolument nécessaires aux Animaux. Pourraient-ils échapper au danger, s'ils ne voyaient point ? Comment discerneraient-ils les aliments qui leur conviennent, sans le goût et l’odorat ? N'est-il pas nécessaire pour leur conservation, qu'ils entendent le bruit que fait leur ennemi, afin que, sachant de quel côté il vient, ils puissent l'éviter? Privés du Tact, comment distingueraient-ils l’agréable du douloureux ? Comment sauraient-ils s'ils sont malades ou en santé ?

Quand je dis que les sens sont absolument nécessaires aux Animaux, je ne prétends pas qu’ils ne sauraient se passer d'aucun de ceux que nous apercevons chez nous. Il suffit que le Créateur leur en ait donné autant qu'il est nécessaire à leur conservation, dans l'état où il les a placés. C'est le cas des Insectes : ils n'ont pas toujours cinq sens comme les hommes. Les uns sont privés de la vue, d'autres de l'odorat, d'autres encore de l'ouïe, mais toujours selon que le genre de vie qu'ils mènent leur permet de s'en passer."

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Lesser convient que le tact ou le toucher se retrouve chez tous les animaux, il le nomme Mouvement des Esprits et nous dit "Ce mouvement s'excite sous la peau par l'impulsion de quelque corps, il se communique aux nerfs, dont la tension le porte dans l'instant jusqu'au cerveau, et y cause une sensation de plaisir ou de douleur. "

En effet écrit-il "L'on a pu remarquer qu'ils se garantissent avec soin du vent, de la pluie, de la chaleur, du froid etc. Ce qu'ils ne feraient assurément pas, s'ils étaient privés de ce sens.".

Mais si certains sont sensibles au moindre contact ; il cite les araignées quand on touche leur toile et les abeilles si on frappe la ruche, d’autres semblent absolument insensibles, comme de grosses chenilles brunes. Cela étant Lesser n’est pas loin de penser que les insectes sont dépourvus de tout autre sens.

[photo "nature 30" ©Françoise Vandeviele ; sélectionnée au Concours photo de l'Agrion de l'Oise]

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Pour ce qui est de la vue, Lesser pense qu’il n’est pas le même pour tous. Pour certains telles les araignées vagabondes qui ne manquent pas leur proie : "Leur vue est si juste quelle porte, s'il faut ainsi dire, sur un atome". Certains insectes sont bien mieux équipés que l’homme : "Une Demoiselle aquatique de la plus petite espèce a les yeux parfaitement sphériques, ce qui fait qu'elle peut voir devant, derrière, et de côté sans tourner la tête." et d’autres voient même dans l’obscurité, comme les Phalènes.

[photo cache cache ©Jean-Claude Trébouillard ; 1er prix du Jury Concours photo de l'Agrion de l'Oise ]

Pour ce qui est l’ouïe : "Dieu n'a pas donné l’ouïe à tous les Insectes: je n'en connais même aucun qui ait des Oreilles.". Oui pour Lesser, l’organe de l’ouïe serait le pavillon de l’oreille. Comme il avait constaté que la grosse chenille brune n’avait pas le sens du toucher, il a voulu voir si elle avait celui de la vue pour y suppléer : "pour en faire la preuve, je tirai divers coups de pistolet chargé à balle tout prêt de l'animal ; mais il ne donna pas le moindre signe de s'en être aperçu." Fallait le faire.. Donc cette chenille n’a ni toucher, ni ouïe…

Et pourtant : "Comme les amateurs de la Musique se rassemblent au son des instruments qu'ils aiment ; l'on voit aussi plusieurs Insectes se rassembler à un certain ton qui leur plait."

Donc ceux qui émettent des sons doivent bien les entendre. C’est logique, non ?

"Mais comment tout cela peut-il se faire sans Oreilles? C'est ce qu'il est impossible de bien expliquer."

au parc de Chedeville ©Roger Puff

au parc de Chedeville ©Roger Puff

"On ne saurait presque douter que les Insectes à qui la Nature a donne une espèce de voix, ou pour parler plus juste, la faculté de former certains sons , comme elle l'a donné aux Cigales , aux Grillons, aux Sauterelles, à plusieurs Scarabées, etc. n'aient aussi reçu le sens de l'ouïe pour entendre ces sons."

Oui, ils ont des oreilles, mais : "Des Animaux donc la voix ne se forme point par le gosier, qui respirent par le corselet, les cotes, ou la partie postérieure ; des Animaux parmi lesquels on en voit qui ont les yeux sur le dos et les parties génitales à la tête ; des Animaux de cet ordre, peuvent fort bien avoir les oreilles partout ailleurs que là où l'on s'attendrait de les trouver." Nous voilà rassurés.

Lesser conclut qu’on ne connaît pas encore assez les insectes. Ils ont sans doute une oreille intérieure mais "si délicat et si petit, que quand on l'aurait devant les yeux, il serait peut être impossible de le reconnaître".

Passons à l’odorat. Mais… les insectes n’ont pas de nez ! Sapristi.

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Sur la fleur dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Les Insectes n'ont point de nez ; cependant on ne saurait leur disputer le sens de l'Odorat. L'on remarque qu'ils savent distinguer les Odeurs, et qu'ils font sensibles au parfum qu'exhalent les choses odoriférantes."

Il y en a qui aiment les odeurs agréables comme les abeilles (celles des fleurs bien sûr – sauf la camomille), d’autres les désagréables comme il en va des mouches ou des scarabées aquatiques : "ils sentent la charogne d'un chien à plusieurs mille pas de l'eau, et viennent la chercher", remarque qu’il tient d’Aristote…

Mais là ce n’est pas un problème pour l’homme de ne pas avoir l’odorat aussi aiguisé. Il a la Raison et n’a pas besoin de l’odorat pour choisir ce qui convient à son alimentation.

Et le goût. Là encore, problème. Point de langue ! Mais là encore il y a une solution :

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

Dégustation d'orange dans une serre à papillons exotiques ©Roger Puff

"Le goût est un mouvement des Esprits animaux, causé par des particules qui ébranlent les nerfs de la langue, et qui le communiquent au cerveau, où il agit sur l'âme. Les Insectes n'ont point de langue comme les autres animaux, mais leur Trompe et leurs Barbes dont nous parlerons la suite, leur en tient lieu, et est l'organe de leur goût."

Ouf ! Mais il reste néanmoins une question : trompe et barbes ne seraient-ils pas plutôt les organes de l’odorat ? Et oui, ce n’est pas simple. Les insectes présentent de grandes différences sans ce qui plait à leur goût ; "Ce que les uns aiment répugne à d'autres ; et un aliment des plus agréables pour ceux-ci, sera détestable pour ceux-là. […]Le goût des uns les porte à ne vivre que du suc des fleurs ; et celui des autres à sucer le sang des animaux. Toute espèce de sang ne plait pas également à ces derniers: ils mettent beaucoup de différence entre celui des hommes et des bêtes ; et ne s'attachent pas indifféremment à tout animal."

Voilà donc l’état des lieux au milieu du 18ème siècle.

De la Théologie des Insectes : les cinq sens

Mais qui est Pierre Lyonnet ? Il est hollandais, n » à Maasticht en 1708, mort à La Haye en 1789.C’est un graveur d’histoire naturelle et un naturaliste. Il illustre l'ouvrage de Lesser ainsi qu'un autre sur les polypes d'Abraham Tremblay. Il publiera en 1762 ses propres observations sur l'anatomie "de la chenille qui ronge le bois de Saule". Nous le retrouverons peut-être un jour dans ce blog

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Publié le 25 Novembre 2014

Je tombe sur un ouvrage de 1958 "Les Leçons de choses – Cours moyen" chez Fernand Nathan. Voilà qui ne me rajeunit pas. La table des matières indique qu’il y aura 77 leçons. Numéro 49, le hanneton. Numéro 50, les insectes. En voilà un autre de 1967 "Leçons de choses au cours moyen" chez Delagrave. Là il n’y a que 60 leçons, avec numéro 40, le hanneton et numéro 41, l’abeille et les insectes.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Notre bon vieux hanneton. C’est donc lui ce bon coléoptère débonnaire l’archétype des insectes ? Il faut dire qu’on en voyait beaucoup à l’époque. L’ouvrage de 1967 nous dit d’ailleurs comment les récolter "Les soirs de mai, ils volent autour des arbres. Le matin, ils sont engourdis ; il suffit de secouer les branches pour les faire tomber".. Ce que nous ne manquions pas de faire.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

En 1958, on n’y allait pas de main morte "Malheur à l’arbre sur lequel s’abattent, durant les chaudes soirée de printemps, les gros hannetons au vol bruyant. Son feuillage risque fort d’être en grande partie dévoré". Faut pas s’étonner alors que certains d’entre nous - pas moi je vous assure - leur accrochaient un fil à la patte pour les faire voler en laisse. Ce ne sont sans doute pas les mêmes qui aujourd’hui nous disent avec nostalgie "On ne voit plus de hannetons aujourd’hui". Pourtant si j'en crois la presse, ils envahissaient les environs de Fontainebleau en 2011, les Vosges en 2012, la région de Liège en 2013, où le journaliste rtbf.be écrivait : "Le hanneton, très commun il y a cinquante ans, avait presque disparu. Et son retour surprend."... En 2014, le hanneton s'est fait, semble-t-il, plus discret, mais on a pu lire quelques plaintes sur son ver blanc. Et j'ai pu photographier celui qui ci-dessus trône sur les fougères.

Notre hanneton va donc permettre aux chères petites têtes blondes d’observer que l’insecte est formé de trois parties bien distinctes. En 1967, on n’est guère plus tendre : "Chaque partie est dure. Pourtant il vous est arrivé d’écraser un hanneton (ou un cafard) : le corps de l’animal contient-il des os ?". Les méthodes sont brutales, le talon est l’outil préalable à la dissection… Comme l’enfant est passionné de chevalerie, la carapace se compare "aux armures du Moyen Age formées d’éléments rigides articulés entre eux".

Poursuivons. La tête avec deux antennes coudées et deux gros yeux à facettes. L’enfant a pris une loupe.."Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, qu’il broie avec ses pièces buccales".

Et maintenant comptons les pattes : elles sont au nombre de six, fixées au thorax. "Arrachons une patte de derrière et dessinons-la". Excusez moi, j’ai oublié de vous dire que les insectes sont bien occis, l’instituteur, qui les a capturés en mai, a pris soin de les mettre dans une boite à chaussures avec du produit antimites, alors couic ! "Arrachons lui maintenant un élytre […] Ouvrons le corps ". Le hanneton est un animal invertébré…

"Le hanneton vit quelques semaines seulement. Avant de mourir, la femelle pond une cinquantaine d’œufs. De chaque œuf naît un ver blanc, la larve [...] Le ver blanc vit trois ans, se nourrissant de racines et faisant ainsi mourir les plantes". Et après un mot sur la nymphe, occasion de faire épeler "métamorphose", le 8ème point de la leçon conclut laconiquement en deux courtes phrases : "Le hanneton est un insecte. Il est nuisible".

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

L’ouvrage de 1967 reste objectif, évitant d’écrire "nuisible ". Il poursuit avec quelques insectes voisins du hanneton, la lucane (sic), le doryphore, le dytique, le carabe, le ver luisant, la coccinelle. Ce sont des insectes et des mots que l’enfant connaît. Il propose de disséquer le papillon pour découvrir les différences essentielles : trompe spiralée et ailes écailleuses. Puis il passe à l’étude de l’abeille.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

L’ouvrage de 1958 poursuit avec la leçon suivante titrée "Des animaux qui ressemblent au hanneton et qui, comme lui, sont nuisibles" Crac pas un pour racheter l’autre. Et la litanie des paragraphes commence : les doryphores dévorent les pommes de terre, les chenilles s’attaquent aux choux, à la vigne, au chêne, au pin… les charançons dévorent blé, châtaignes, noisettes,… les mouches transportent les germes de toutes sortes de maladies, les pucerons… dont le phylloxera qui s’attaque au vin sacré… Et pour conclure :

"Contre ces innombrables ennemis, l’homme lutte à l’aide de poisons et surtout en protégeant les animaux insectivores : lézards, crapauds, chauves-souris, oiseaux, etc.". En note de bas de page les poisons sont précisés : bouillies à base d’arsenic, poudres ou liquides à base de D.D.T.

En 1967, on reste plutôt neutre.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Mais en 1958 il y des insectes utiles, heureusement. Les abeilles qui produisent du miel, de la cire et transportent le pollen des fleurs : "Elles favorisent la formation des fruits.". Le bombyx du murier "qu’on élève en vue de la confection de belles soieries".. Le carabe doré, la gracieuse libellule, la coccinelle qui détruisent des animaux nuisibles. Le lampyre ou ver luisant "qui est friand d’escargots", sous-entendu qui boulottent nos laitues..

L’ouvrage conclut abruptement "Beaucoup d’insectes sont nuisibles". En petites lettres comme dans un contrat d’assurance, quelques insectes sont sauvés : l’abeille et le bombyx (rappelons que ce sont 2 des 3 insectes légalement "domestiques", le 3ème étant la drosophile). Le chapitre suivant est consacré aux crustacés (qui se distinguent des insectes, arachnides et myriapodes par le fait qu’ils respirent par des branchies). Puis vient le chapitre de l’araignée des jardins qui conclut tout aussi brutalement "Beaucoup d’araignées sont utiles. Toutes sont carnivores et se nourrissent d’animaux nuisibles (insectes en particulier)".

Alors je ne comprends vraiment pas pourquoi beaucoup de gens sont aujourd’hui horrifiés par ces petites bestioles bien utiles. Sauf que - en petites lettres là encore - on apprend qu’il y en a de très grosses qui s’attaquent aux oiseaux et aux petits rongeurs et que leurs piqûres peuvent être dangereuses pour l’homme.

Revenons en 1967, le chapitre suivant est essentiellement consacré à l’abeille sur deux pages. Pourtant il est intitulé "L’abeille : les insectes". On apprend surtout que ses pattes postérieures sont adaptées à la récolte du pollen et que les glandes de l’abdomen secrètent de la cire. Mais où parle-t-on d’autres insectes ? Nulle part. Ah si, dans les figures je trouve le dessin de la piéride du chou et la photo d’une mouche, sans le moindre commentaire.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Ceci vu je vais plus loin dans le bouquin de 1967 et là, magnifiques dessins en couleurs d’un doryphore et du phylloxera… et le chapitre s’intitule "Les animaux utiles et les animaux nuisibles". Il est consacré à l’ensemble du monde animal.

Nous allons découvrir quels sont les critères, avec quelques exemples des espèces citées.

Les animaux utiles a) nous fournissent des aliments (le bœuf, le faisan…), b) produisent des matières dont sont faits nos vêtements (le mouton, le bombyx…), c) travaillent pour nous (le cheval, le chien,…), d) détruisent des animaux nuisibles (le chat, les oiseaux,…). "Sans les oiseaux, la terre serait la proie des insectes". A part le bombyx qui tisse le précieux fil de soie, pas d’insectes côté utile, même l’abeille n’est pas citée sur cette page. Et je ne parle pas de la drosophile, la petite mouche du vinaigre, l’héroïne de la recherche génétique, qui valu à Thomas Hunt Morgan en 1933 le Prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le rôle du chromosome dans l’hérédité.

Les animaux nuisibles a) s’attaquent à l’homme et aux animaux utiles (le serpent, le renard,…), b) transmettent de redoutables maladies (le moustique, la puce,…), c) détruisent nos cultures et nos récoltes (le doryphore, le hanneton,…). Tiens, rien que des insectes pour b et c.

Et pour conclure, voilà le noble rôle de l’homme :

  • L’homme élève les animaux qui lui sont le plus utiles : ce sont les animaux domestiques
  • Les autres animaux vivent à l’était sauvage. L’homme s’efforce de protéger ceux qui sont utiles et en particulier les oiseaux ; il détruit ceux qui sont nuisibles.
Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

Je ne vous parlerai pas d’un autre bouquin de 1956 qui consacrait deux pages à la sauterelle et deux autres à la piéride du chou. Ni d’un autre de 1966, nettement plus riche avec deux pages sur la mouche bleue (beurk) qui conclut "Il faut détruire les mouches"., deux pages sur l’abeille "insecte social utile", deux pages sur la piéride du chou dont la larve est végétarienne, sur le doryphore dont les larves causent de graves dégâts aux pommes de terre.

Les insectes à l'école primaire dans les années 50-60

C’est en 1962 que paraissait aux Etats-Unis Silent Spring – Le Printemps silencieux – le bouquin de la biologiste Rachel L. Carson dédié à Albert Schweitzer qui avait écrit, la phrase est en exergue, "L’homme a perdu l’aptitude à prévoir et à prévenir. Il finira par détruire la terre", bouquin dont je ne citerai ici qu’un paragraphe :

"Selon la philosophie qui semble maintenant guider nos destinées, rien ne doit barrer le chemin aux chevaliers du pulvérisateur. Les victimes occasionnelles de leur croisade contre les insectes n’ont aucune importance ; si des rouges-gorges, des faisans, des ratons-laveurs, des chats et même des bœufs se trouvent habiter le même coin de terre que l’insecte pourchassé, et sont pris sous l’averse insecticide, personne ne doit protester."

Heureusement Rachel L. Carson a été entendue et entretemps les leçons de choses sont devenues SVT.

Mais que peuvent bien dire des insectes les manuels scolaires de 2014 ? Ceci est une autre histoire.

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