Le petit peuple des ruisseaux

Publié le 25 Janvier 2014

Le petit peuple des ruisseaux

Dans mon enfance - en 6ème, je crois bien, vers à la fin des années 50s - j’avais reçu en prix un petit livre qui m’avait passionné. C’était « Le petit peuple des ruisseaux ». Je viens de le retrouver au fond d’une malle au grenier. Format 20x13, il a une belle reliure cartonnée orange façon peau de lézard et le titre, sur la couverture et sur le dos, est en belle écriture droite couleur or. Je l’ouvre, curieux de retrouver la magie de mes premières lectures.

Il est de Marcel Piponnier, daté de 1956, dans la collection « La Joie de connaître » aux Editions Bourrelier. A l ‘époque, il datait déjà puisque sa première édition s’avère être de 1937 : il était « d’avant la guerre », avec ses photos en noir et blanc et ses croquis en ligne claire. Mais quelle poésie. Il débute ainsi :

« Sous les pierres du ruisseau et aussi dans l’étang bordé de joncs, tout un monde d’insectes, de crevettes habite les eaux ; les larves et les vers se cachent dans le fond ; les menus coquillages ne quittent guère les herbes qu’ils broutent paisiblement. Monde peu connu, à peine soupçonné bien souvent, car la taille des petits êtres est proportionnée à celle de leur univers, le fossé, la flaque où ils sont nés. »

Avant d’aller plus loin, je veux en savoir plus, surtout essayer de savoir qui est Marcel Piponnier. Comme d’habitude, je vais sur mon moteur de recherche préféré. J’y trouve d’emblée tous les sites de vente de livres par correspondance. Je ne vous les cite pas. Le livre est en vente, broché ou cartonné, réputé en bon état ou non, dans plusieurs de ses éditions de 1937 à 1956. Tiens le mien de 1956 avec sa belle couverture est vendu 23 €. A part cela, on le trouve broché avec une photo sur la couverture de 4,95 € à € à 45,88 €, bigre… Il a été réédité en 1947, 1950 et 1956 par Bourrelier et en 1972 par les imprimeries du CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) de Poitiers. Vous pouvez donc vous le procurer, alors n’hésitez pas, c’est un régal.

D’ailleurs, il se trouve que je ne suis pas le seul à le penser. Je tombe sur un collègue blogueur, « Gallipato ». Il commente le livre :

« En fait, cet ouvrage n'est pas un bouquin, c'est une déclaration d'amour à la nature, une invitation à nous immerger dans le microcosme aquatique, aux origines mêmes de la vie. Page après page, avec amour et enthousiasme, Marcel Piponnier nous fait découvrir le monde impitoyable des mares et des ruisseaux, où les drames qui se déroulent ne mettent jamais en cause un équilibre séculaire. »

Cher Gallipato, je partage votre point de vue : oui ce livre est un poème.

D’autres sites évoquent cet ouvrage qui véritablement en a marqué plus d’un.

Mais qui est Marcel Piponnier ? Le site de référence idref.fr ne donne strictement rien de lui, aucune date. Rien pour nous dire qui fut ce poète des humbles ruisseaux, des mares et des ornières. Je vais sur gallica.fr, le site de la BNF et je trouve ce commentaire, signé Jean Rimbaud, dans « Etudes, revue catholique d’intérêt général », une publication des Jésuites datée de 1938 :

« Ce petit peuple des ruisseaux, gyrins, dytiques, moustiques, sangsues, n’est peut-être pas tellement sympathique. Mais en un temps si féru des inventions humaines et des progrès de la mécanique, se pencher sur la vie du plus petit ruisseau et du plus morne étang est bienfaisant. M. Piponnier nous apprend à observer attentivement. Et cette attention est le ressort de l’admiration pour la nature. »

Nos contemporains ont, semble-t-il, plus le sens de la nature que les gens « d’avant la guerre », et, en tout cas, manifestent un peu plus de sympathie pour les petites bestioles et leurs écosystèmes.

Je prolonge ma recherche et je découvre sur le site de l’Institut français de l’éducation que Marcel Piponnier a été reçu à l’agrégation de sciences naturelles en 1924. C’est donc un professeur agrégé de sciences naturelles, aujourd’hui on dit SVT. Je n’en saurai pas plus. Il semble n’être connu que pour cet ouvrage. Où est-il né ? Où a-t-il enseigné ? Les questions restent en suspens. Qui pourra nous renseigner ?

Le petit peuple des ruisseaux

Ne le quittons pas sans lire ce qu’il nous dit de l’Agrion.

« Parfois, près de la rive, sur un jonc couché dans l’eau, toute une brochette de couples sont alignés ; ce sont de fines libellules, les Agrions ; au repos, ils tiennent leurs ailes relevées sur leur dos. Le mâle, fixé sur le cou de la femelle, est fièrement dressé, tandis qu’elle, plus humble, s’agrippe au support. Effrayé par le saut d’une grenouille, tout ce monde s’envole, et les couples, restés unis, comme de gracieux tandems aériens, voltigent à la recherche d’une herbe ensoleillée. »

Oui, il faudra revenir sur la larve, fruit de cet amour et évoquer sa vie aquatique, où elle devra se méfier des dytiques, des notonectes et autres nèpes.

A noter que les Editions Bourrelier et Cie avaient été créées en 1931 par Michel Bourrelier (1900-1983). Elles se consacraient aux ouvrages pour la jeunesse, documentaires ou de fiction. Dans la collection « Le Joie de connaître », Michel Bourellier faisait appel à des spécialistes sachant vulgariser leurs savoirs. En 1963, elles ont fusionné avec la Librairie Armand Collin.

Nous reviendrons certainement dans notre blog sur ce bel ouvrage de Marcel Piponnier pour rêver encore avec « le petit peuple des ruisseaux ».

Le petit peuple des ruisseaux

Une photo de Thomas Vanderheyden, photographe amateur de Pont-Sainte-Maxence pour illustrer cet article. C’est Enallagma cyathigerum, l'Agrion porte-coupe, odonate faisant partie des demoiselles d'Europe.

Thomas Vanderheyden expose « Faune et Flore d’Halatte »

du 25 janvier au 15 février 2014

Bibliothèque Municipale Reine-Philiberte de Pont-Sainte-Maxence

http://tomvdh.wix.com/tomtomphotography

https://www.facebook.com/TomTomphotography

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Martine 27/01/2014 09:01

Bravo, Sir Roger ! Ah ! Ces greniers ! Des lieux magiques ! La malle du grenier...! Souvenir d'un sujet de rédaction au temps de la 6è !