Publié le 10 Mai 2014

Dans un précédent article, à propos des fourmis au cinéma et plus particulièrement du film "Quand la Marabunta gronde", j’ai évoqué la plaga de hormigas, la plaie des fourmis. Le héros masculin du film est Charlton Heston, qui peu de temps après - en 1956 - jouera le rôle de Moïse dans "Les Dix Commandements" de Cecil B. De Mille. Le film, sorti en France en janvier 1958, tous les gens de ma génération s’en souviennent, était un des premiers très longs métrages. En Technicolor et Vistavision, il durait 3 heures et 39 minutes avec un entracte. Est-ce parce qu’il avait connu la plaga de hormigas, que Charlton Heston-Moïse fit subir à l’Egypte les fameuses dix plaies ? Bien sûr que non, c’est dans la Bible, tout le monde sait cela. Troublant tout de même cette prédestination pour Charlton, mais qui va s’en plaindre ?

Ce qui est plus important pour nous c’est que sur les dix fameuses plaies que Moïse y déclencha, il y en avait trois dues aux insectes. Je ne vous rappelle pas toute la série de dix. Je me contente de la 3ème "toute la poussière du sol se changea en moustiques", de la 4ème "des taons en grand nombre entrèrent dans tout le pays d’Egypte" et de la 8ème "Les sauterelles couvrirent toute la surface du pays".

Et à l’époque, on ne connaissait pas les insecticides, l’Égypte dû subir chaque plaie et Pharaon à chaque fois dû demander grâce.

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Revenons au Livre de l’Exode qui nous conte le départ des Hébreux d’Egypte. Tiens prenons une Bible publiée en 1859 par la Société biblique américaine, traduite en français, et cherchons le texte. La plaie dite des moustiques vient après celle des grenouilles qui tombent du ciel. Mais dans cette version de 1859, point de moustiques, mais des poux…

« Et l’Eternel dit à Moïse : Dis à Aaron : Etends ta verge, et frappe la poussière de la terre, et elle devint des poux sur les hommes et sur les bêtes ; toute la poussière du pays devint des poux en tout le pays d’Egypte ».

Faudrait savoir ? Moustiques ou poux ? Ce n’est pas la même chose. Les poux, c’est le fléau des écoles, cela se traitait dans le temps avec "la Marie Rose, la mort parfumée des poux", qui fit la fortune du dramaturge Armand Salacrou. Aujourd’hui, les poux font de la résistance. Bref dans un cas comme dans l’autre, ils nous ennuient énormément, mais le moustique surtout le tigre est bien plus dangereux que le brave pou. Au fait, poux de tête ou poux de corps ? Cette version de la Bible n’en dit rien de plus. Il aurait fallu demander à Charlton Heston, il devait savoir.

Qu’en est-il pour la 4ème plaie ? Va-t-on bien avoir des taons, ou à la rigueur des mouches ? Que dis Moïse à Pharaon ?

« Car si tu ne laisses pas aller mon peuple, voici, je m’en vais envoyer, contre toi, contre tes serviteurs, contre ton peuple et contre tes maisons, un mélange d’insectes ; et les maison des Egyptiens seront remplies de ce mélange, et la terre aussi sur laquelle ils seront. »

D’accord, il ne se mouille pas, il envoie un mélange d’insectes, comme on dirait un mélange de céréales pour le petit déjeuner du matin. Il n’y avait donc pas d’entomologistes spécialistes des diptères à cette époque ? Il aurait lui bien vu que sur la photo ci-dessous ce ne sont pas des diptères, mais des hyménoptères (tentredo mesomelas, ne vous fatiguez pas à retourner votre écran)...

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Qu’est ce que cela va donner pour la 8ème plaie. Je lis :

« Laisse aller mon peuple, afin qu’ils me servent. Car si tu refuses de laisser aller mon peuple, voici, je vais faire venir demain des sauterelles en tes contrées, qui couvriront toute la face de la terre, tellement qu’on ne pourra voir la terre, et qui brouteront le reste de ce qui est échappé, que la grêle vous a laissé, et brouteront tous les arbres qui poussent dans les champs. »

Rappel : la grêle avait été la 7ème plaie, juste avant. Pharaon ne céda pas et :

« Moïse donc étendit sa verge sur le pays d’Egypte ; et l’Eternel amena sur la terre un vent oriental tout ce jour-là et toute la nuit ; et au matin le vent oriental eut enlevé les sauterelles. Et il fit monter les sauterelles sur tout le pays d’Egypte, et les mit dans toutes les contrées d’Egypte : elles étaient fort grosses, et il n’y en avait point eu de semblables avant elles, et il n’y en aura pas de semblables après elles, etc. »

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Moïse ne plaisantait pas. En tout cas, cela nous montre que les sauterelles, comme fléau, ne font aucun doute, alors qu’entre les moustiques et les poux on peut hésiter et quand on ne sait pas, on parle de mélange d’insectes.

Mais soyons sérieux, enfin essayons.

La 3ème plaie. Les moustiques sont un véritable fléau. Ils nous apportent des tas de maladies. Ils nous envahissent, profitant des transports aériens pour sauter d’un continent à l’autre, enfin pour ceux qui sont impatients et n’attendent pas les effets du changement climatique.

On a craint une véritable invasion de moustiques à l’été 2013. Disons que la presse en a parlé. L’Est Eclair, un quotidien de Champagne-Ardenne rapportait les propos du porte-parole du syndicat de démoustification Marne-Aube qui disait "Les crues et les débordements de nappes phréatiques d'avril dernier ont fait éclore des milliards d'œufs". Un site Internet publiait des cartes inquiétantes (et publie toujours, je viens de le consulter). Il s’avère qu’il est soutenu par un laboratoire proposant des produits anti-moustique. Bon marketing… Il n’y a pas de mal à cela, mais de là à parler d’invasion. On est tout de même loin des plaies d’Egypte.

Voilà pour les moustiques, mais quid des poux ? On parle, nous dit un autre site, d’invasion de poux lorsqu’on dénombre 10 à 20 poux dans une chevelure. D’accord ce n’est pas agréable et les mamans ont vite fait de déclarer la guerre aux poux avec moult produits chimiques ou naturels ou encore "peigne électronique". Les techniques sont nombreuses et progressent à mesure que la résistance des poux augmente.

Ceci dit s’agissant de l’Egypte et plus particulièrement des bords du Nil, je parierai plutôt pour "moustiques" que pour "poux".

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Je veux en avoir le cœur net. Je trouve un autre ouvrage "Le grand Dictionnaire de la Bible – Explication littérale et historique de tous les mots propres du Vieux et Nouveau Testament…" édité en MDCCXVII (1717) à Lyon, par la veuve de Jean Certe et son fils Jacques Certe, rue Mercière. Là aussi point de moustiques, mais bien des poux… Certes. En fait le même ouvrage dans une page récapitulant les dix plaies, nous dit « La troisième, celles de petits insectes piquants ». Une autre entrée du dictionnaire parle de « scinifes ou cinifes, moucheron ou pou volant, une sorte de petits insectes très piquants & très facheux, dont Dieu se servit pour punir Pharaon & les Egyptiens […] ce fut la troisième plaie, l’an 2544 ». Donc ce ne sont pas les poux de nos chères têtes blondes, mais bien des bestioles qui volent et qui piquent… Une bible illustrée de 1725 parle de "mouches, bourdons et guêpes"… mais va pour les moustiques et restons en là. Comment vous me dites que ces bestioles pourraient être des nonos, ces petits moucherons piqueurs de Polynésie ? Leptoconops albiventris ou Culicoïdes bellani ? Faudrait savoir ?

La 4ème plaie. Des mouches, des taons ou un mélange d’insectes ? L’ouvrage de 1717 parle de "La quatrième, celles des mouches très importunes et très incommodes". Alors ces insectes ne piqueraient pas mais seraient très énervants ? Voilà ce que dit encore cet ouvrage "La quatrième fut celle d’une espèce de mouches, d’une prodigieuse grosseur, si importunes qu’elles suivoient partout les Egyptiens & les piquoient de telle sorte qu’ils ne pouvoient aucunement se défendre, plusieurs mêmes devenoient enflés de leurs picqueures & en mouroient". Non de grosses mouches qui piquent, forcément ce sont des taons…

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Ceci dit, plus près de nous, Le Courrier Picard dans un édition de juin 2013, faisait état d’une grande invasion de mouches dans le village de Pertain et alentours « Les habitants s'épuisent à changer les rubans adhésifs qui capturent ces insectes, à faire un usage immodéré de bombe insecticide ou à carrément vivre les fenêtres closes. « Certains soirs, je peux en tuer une trentaine à la tapette, affirme Jean-Claude, qui habite rue des Limaçons. On ne peut rien laisser à manger sur les tables... ». Pour cause les habitants invoquaient soit un poulailler industriel, soit les épandages, ou encore la folie des mouches du fait d’un été précoce. On a les plaies d’Egypte qu’on peut.

La 8ème plaie. Là pas d’ambiguïté, l’ouvrage de 1717 parle de sauterelles. Ouf… Ouf ? Et non car si je cherche "sauterelle", je tombe sur une entrée page 512 du Dictionnaire qui me dit :

« Sauterelle, Locusta. Le Père Lami en mit de dix sortes. La première s’appelle Arbé, qui signifie plusieurs multiplex, parce qu’entre tous les insectes, il n’y en a point que soit plus fécond, & qui multiplie davantage que les sauterelles. La seconde s’appelle Gab, ce qui signifie sortir de la terre, parce que quand ces animaux ont fait leurs œufs, ils les couvrent de terre pour les faire éclore par la chaleur, & d’où elles sortent par après en grandes troupes. »

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

Je passe sur les huit autres et je lis plus loin que, selon les évangélistes Saint Mathieu et Saint Marc, que Saint Jean-Baptiste ne se nourrissait dans le désert que de sauterelles et de miel sauvage. Voilà qui met de l’eau au moulin des entomophages, mais excusez-moi c’est hors sujet.

Une autre entrée page 533 achève de jeter le trouble dans mon esprit car elle dit que les Hébreux admettent non pas dix, mais dix-sept sortes de sauterelles. La première "ce sont les cerfs-volants, & les Escarbots". La seconde "Iserah". La troisième "Gadau". La quatrième, "Cargolah, Cantharus […], les œufs de ce petit insecte sont très propres pour apaiser la douleur d’oreilles". La cinquième, "Jokunan, on la prend pour un ver-à-soye". La sixième, "karze ou karzin, sauterelles qui naissent & qui se nourrissent dans les orties, […]". La dix-septième, "Scharsechibah". Il y en a encore une qu’on appelle sauterelle ou langouste de mer : "C’est un poisson qui n’a point de sang, il est couvert de test mou, ayant devant les yeux deux longues cornes garnies d’aiguillons", etc. bref une crevette !

Les insectes des Dix Plaies d'Egypte

On ne s’en sortira pas… On est en 1717 et on évoque la Bible. Linné (1707-1778) ne sortira sa classification qu’à partir de 1735.

Ne pinaillons pas, on admettra que la 8ème plaie, ce sont les criquets pèlerins (schistocerca gregaria) qui sont bien connus pour être une plaie, un fléau pour l’humanité, lorsqu’ils décident de ne plus vivre chacun pour soi. Le site spécialisé du CIRAD nous dit :

« Le Criquet pèlerin (Schistocerca gregaria Forskål) passe très facilement d'une forme solitaire inoffensive à une phase grégaire nuisible. Ses capacités de déplacement, l'extrême densité de ses essaims et sa voracité font peser sur l'agriculture de nombreux pays une menace redoutable

Et pour conclure mon article, je ferai référence à une explication des Dix Plaies d’Égypte par l’éruption du volcan de Santorin vers 1500 avant notre ère. Selon deux géologues, un français et un américain, les cendres émises par le volcan en obscurcissant le ciel auraient provoqué un changement climatique brutal et des pluies diluviennes. Ces pluies exceptionnelles seraient à l’origine des grenouilles, des ténèbres, de la grêle, de la mortalité du bétail, des maladies humaines, des proliférations d’insectes, etc.

Tout s’explique, même le passage de la Mer Rouge… "Mais oui, mais c’est, bien sûr…" comme aurait dit l’inspecteur Bourrel, ce qui lui valut d’être promu commissaire, comme le savent tous ceux de ma génération.

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Publié le 3 Mai 2014

L'un de nos adhérents, pas trop collant rassurez-vous, me demande de parler de la sexualité des insectes. On se demande bien pourquoi. Je suis bien ennuyé car, n’étant pas entomologiste comme vous le savez, je n’ai pas approfondi la question. Mais j’aime bien, vous le savez aussi, trouver réponse à mes interrogations dans les ouvrages plus ou moins anciens, et plutôt plus que moins.

Tiens prenons l’agrion, et tout particulièrement l’Agrion de Mercure, voilà ce qu’écrit L.ND. ( ?) dans "Les animaux en voie de disparition" daté 2009 (d’accord çà ce n’est pas très ancien) à son propos :

« Le comportement reproducteur commence par la formation des tandems. Ceux-ci se forment dès les premières heures chaudes de la journée. Comme chez les autres libellules, un cœur copulatoire se forme, puis cas particulier notamment aux Agrions, la ponte est effectuée en tandem. La femelle pénètre entièrement dans l’eau et y entraîne le mâle qui généralement renonce et se détache alors que son corps semble trop immergé. Il s’envole alors que la femelle poursuit sa tâche subaquatique. »

Du sexe chez les insectes

Je ne sais pas qui est L.ND. mais son style est quelque peu répétitif et rébarbatif, il faut dire qu’il traite aussi des pandas, des tigres blancs et des lémuriens, tout un vaste monde. Bon, on trouve mieux et je vous renvoie à ce qu’en disait Réaumur et que j’ai déjà évoqué dans ce même blog à propos du magnifique cœur copulatoire de nos demoiselles. Cela étant Réaumur n’évoque pas la phase plongée sous-marine… N’est pas le Commandant Cousteau qui veut. Par ailleurs l'Agrion de Mercure est rare et la photo que je vous propose correspond à une espèce cousine, mais les pratiques sont identiques.

Jean-Henri Fabre, lui nous parle dans ses "Souvenirs entomologiques" en termes bien plus littéraires, élégants et précis, des amours de la mante religieuse. Ecoutons-le conter :

« Nous sommes vers la fin août. Le mâle fluet amoureux, juge le moment propice. Il lance des œillades vers sa puissante compagne ; il tourne la tête de son côté, il fléchit le col, il redresse la poitrine. Sa petite frimousse pointue est presque visage passionné. En cette posture, immobile, longtemps il contemple la désirée. Celle-ci ne bouge pas, comme indifférente. L’amoureux cependant a saisi un signe d’acquiescement, signe dont je n’ai pas le secret. Il se rapproche ; soudain il étale les ailes, qui frémissent d’un tremblement convulsif. C’est là sa déclaration. Il s‘élance chétif sur le dos de la corpulente ; il se cramponne de son mieux, se stabilise. En général les préludes sont longs. Enfin l’accouplement se fait, de longue durée, cinq à six heures parfois. »

Et après, vous le savez tous, il sera croqué au cœur même de l’action - la tête d’abord - n’arrêtant son affaire que quand la mante lui boulottera le ventre … Et Fabre nous dit encore que si un deuxième mâle se présente, il sera lui aussi dévoré, le troisième et le quatrième auront la même peine. Et ce n’est pas tout :

« Dans l’intervalle de deux semaines, je vois ainsi la même Mante user jusqu’à sept mâles. A tous elle livre ses flancs, à tous elle fait payer de la vie l’ivresse nuptiale. »

Du sexe chez les insectes

Terrible mante. On en frémit… Et quel style ce Monsieur Fabre. On comprend que les lycéens japonais apprennent le français en le lisant, et qu’ensuite les mangas sado-masochistes aient un tels succès au pays de Madame Butterfly. Tiens un drôle d’insecte dont on pourra un jour parler dans une rubrique "Les insectes et l’Opéra"..

Mais encore me direz-vous ? Et les fourmis ? Là je prends mon "Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture" de 1837 (tome XXVIII) à l’article « fourmi », signé Paul Tiby, et je lis :

« Dès que la température a atteint 15 à 16° de Réaumur, les mâles et les femelles s’élancent en foule aux portes de la fourmilière pour prendre leur essor […]. L’essaim prend son vol, voltige, tournoie et disparaît […]. C’est dans cette course aérienne que s’opère le rapprochement des sexes, et le sol ne tarde pas à être jonché de couples étroitement unis que leurs ébats y ont précipités ; et là s’achève l’œuvre mystérieuse de la fécondation. Les mâles, nés en quelque sorte uniquement pour procréer et mourir, se dispersent et expirent çà et là de faim et de misère. Il n’en est pas de même des femelles : elles n’ont pas plus tôt conçu qu’elles se dépouillent volontairement de leurs ailes, fardeau désormais inutile, puisqu’elles ne doivent plus convoler à de nouvelles amours. »

Mante et fourmi, pauvres mâles. Le sort du mâle libellule paraît bien plus sympathique. Quid des papillons ? Je tombe par hasard sur un brevet d’invention qui nous ramène au ver à soie. Le brevet de "Quinze Ans" est de 1859, attribué au Sieur Salles, de Vigan (Gard) "Pour des moyens d’obtenir une bonne graine de vers à soie et de la préserver de tout germe morbide". Voilà ce qu’écrit le demandeur :

« Je pense que les papillons sont, comme certains ovipares, très lents dans la fécondation, parce que, à raison de la grande quantité d’œufs qui existent dans le corps de la femelle, la fécondation de ceux-ci ne peut s’opérer que lentement et à plusieurs reprises ; aussi j’ai remarqué que l’émission du fluide fécondant du mâle sur les œufs de la femelle est toujours annoncée par un battement des ailes du premier, alors que la femelle exécute à son tour des mouvements ondulatoires pour rapprocher tous les œufs vers l’anus, afin qu’ils soient tous également fécondés : ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que les papillonnes saines n’abandonnent jamais le mâle tant que celui-ci continue le battement de ses ailes et tant qu’elles mêmes ont des œufs pour recevoir la fécondation, ce qu’elles annoncent par leur mouvements ondulatoires. »

Oui, les papillons de vers à soie semblent avoir des mœurs bien agréables. Les papillons sauvages aussi. On les voit batifoler à deux, voletant l’un autour de l’autre, grimpant au ciel, le 7ème peut-être, bien longtemps avant de se poser. Longs préludes, marivaudage aérien, avant une union qui - nous dit le brevet - dure au moins six heures (pour les papillons domestiques s’entend, je n’ai pas eu le loisir d’assister à la chose pendant toute sa durée pour les piérides du chou de mon jardin). La belle vie…

Vous avez tous vu la punaise arlequin. Jacques Attali (associé à Stéphanie Bourdon) dans "Amours ; Histoires des relations entre les hommes et les femmes" (2007) nous en parle :

« La punaise arlequin appelée "gendarme" s’accouple durant plusieurs heures, voire plusieurs jours et la plupart du temps en groupe. Elle peut aller jusqu’à deux cents rapports par jour. Ces accouplements, visibles et prolongés, ont une fonction biologique très précise : ainsi les autres mâles ne pourront plus féconder la femelle. Le mâle accouplé attend en effet que sa partenaire ne soit plus réceptive aux autres mâles ou qu’elle soit prête à pondre. »

Quelle santé !

Du sexe chez les insectes

Ceci dit - désolé Monsieur Attali - la punaise "arlequin" (Graphosoma italicum de la famille des Pentatomidae), en couple sur la photo de gauche, n’est pas la punaise "gendarme" (Pyrrhocoris apterus de la famille des Pyrrhocoridae), encore appelée "diable cherche-midi", "soldat" (en Lorraine) ou "suisse" (mais à Genève on l’appelle "cordonnier"), qui est celle dont vous nous parlez, sur la photo de droite. Faut voir à pas confondre, d’autant que la punaise "arlequin", comme nombre de ses cousines, ne sent pas bon, ce qui n’est pas le cas de notre sympathique gendarme.

Quand on écoute Brassens chanter :

« Mon père a vu, comme je vous vois,
Des nombrils de femmes de gendarmes, .
.. »

on se prend à penser que les gendarmes, qui dans la position où ils sont ne peuvent voir le nombril de leur compagne, tout comme les papillons (pas ceux que les premiers mettent sur les pare-brise) et les demoiselles (qui ne sont ni des aubergines ni des pervenches) ont bien de la chance si on les compare aux mâles de fourmis et surtout à ce pauvre Monsieur Mante.

Je ne résiste pas à vous proposer la photo que j'ai prise d’un couple de cétoines dorées (Cetonia aurata, hanneton des roses) en pleine action dans un érable en fleurs, où cétoines et abeilles se disputaient le pollen. Tout à coup apparaît un troisième larron. "Ciel mon mari !" s’écrit l’infidèle. Mais je découvre dans la littérature que cette bestiole porte aussi le nom vernaculaire de "catinette", serait-ce pour son infidélité ?

Du sexe chez les insectes

Que va-t-il se passer ? Peut être un constat d’huissier… J’apprends aussi que son ver blanc ne doit pas être détruit (confusion possible avec la larve du hanneton) car il a un rôle important dans le recyclage des matières organiques.

Mais ce n’est pas tout car voici, sur une même feuille d’ortie, deux couples de l’espèce téléphore moine ou cantharide rustique (Cantharis rustica ) qui se ne s’ennuient pas, les coquins. Sans doute s’encouragent-ils même.

Du sexe chez les insectes

Et comme dit la chanson :

« Si c’est çà la vie que tous les moines font (bis), je me ferai moine avec ma Jeanneton (bis)».

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Publié le 26 Avril 2014

Les insectes, tels le moustique, sont susceptibles de transmettre de graves maladies virales aux humains comme la fièvre jaune, la dengue, etc. Mais eux aussi, surtout les lépidoptères (les papillons), sont les victimes de virus, comme on va le voir.

Les maladies ravageaient les élevages de vers à soie, les sériciculteurs étaient menacés de faillite, quand Louis Pasteur fut appelé en 1865 pour étudier les causes de cette crise. Ses études – je passe sur les détails et les controverses, mirent en évidence la pébrine, maladie éminemment contagieuse causée par un champignon, en fait une maladie microbienne, qu’il réussit à enrayer par sélection des chrysalides. Une autre maladie, la flacherie, causée par l’ingestion de feuilles de mûrier infectées, lui tint tête et il le reconnu en 1878, mais en soutenant que les sériciculteurs n’avaient pas suivi ses conseils. En fait cette maladie existe sous plusieurs formes, dont une virale. Trois virus sont en cause. Seuls ou associés à une infection bactérienne, ils détruisent les intestins du vers à soie.

Parmi les causes de la mortalité des abeilles domestique, figure un acarien parasite, le Varroa, qui est le vecteur d’un virus qui serait impliqué dans l’effondrement des colonies.

Tout d’abord il me faut rappeler que les virus sont des organismes pathogènes (qui provoquent une maladie), ultramicroscopiques (moins de 250 nanomètres, mais on admet aujourd’hui qu’il y en a des virus géants, les pandoravirus, allant jusqu’à 1000 nm, soit un micron). Ils sont constitués d’une enveloppe protectrice (capsule) de nature protéinique ou lipoprotéinique contenant un seul type d’acide nucléique soit ADN (acide désoxyribonucléïque) soit ARN (acide ribonucléique). Une fois à l’intérieur d’une cellule de leur hôte spécifique (humain ou animal), ils vont pouvoir dérégler le fonctionnement de cette cellule et notamment l’utiliser pour se répliquer, c’est à dire faire des copies d’eux-mêmes. Ce sont des parasites cellulaires obligatoires, qui sont obligés d’utiliser la machine cellulaire pour se multiplier. Ils ne sont en principe pas considérés comme des organismes vivants, mais le débat est ouvert.

Mais revenons aux virus chez les insectes, les entomovirus. Il en existerait environ 1600 espèces, enfin connues à ce jour, isolées sur 1100 espèces d’insectes ou d’acariens. Chez les insectes, la transmission des virus se fait, comme on l’a vu pour le ver à soie, essentiellement par ingestion de nourriture contaminée. Les entomovirus sont largement disséminés dans la nature. Pour assurer leur transmission, les virus agissent soit en très grand nombre dans un organisme (cas des iridovirus), soit contenus dans des matrices très résistantes (des macromolécules d’acides aminés liés entre elles par des liaisons peptidiques). Cela se complique, je vais essayer de rester simple…

Pour ce dernier type, on distingue 3 familles les entomopoxvirus, les cupovirus et les baculovirus. Ce sont ces derniers qui nous intéressent. Nous ne parlerons pas des autres, c’est déjà bien compliqué comme cela.

Les baculovirus (gros virus en forme de bâtonnet de 350 nm de long et de 50 nm de diamètre) ne se trouvent que chez les arthropodes, surtout chez les insectes, mais aussi chez certains crustacés (crevettes notamment). Ils peuvent infecter plus de 600 espèces d’insectes comme les larves de mites, de symphytes ou de moustiques. Ils ne sont pathogènes que pour les insectes (entomopathogène), donc inoffensifs pour les vertébrés, donc pour les humains. Ils sont aussi particulièrement intéressants pour nous parce que ce sont les seuls virus à ADN de taille suffisamment grande pour qu’on puisse y introduire de très grands fragments d’ADN étranger.

On comprend que si on maîtrise les baculovirus, il va être possible de les utiliser pour la lutte biologique contre certaines espèces nuisibles, notamment celles qui ravagent les cultures, ce qui va permettre d’éviter l’utilisation de pesticides chimiques. On utilise aujourd’hui – surtout dans les pays du Sud - plusieurs préparations à base de virus pathogènes, qui assurent la destruction de chenilles de papillons.

Mais une autre application des baculovirus, mise en œuvre depuis les années 1980, est particulièrement utile en médecine humaine ou vétérinaire. Il s’agit de la production de protéines recombinantes, identiques aux protéines naturelles. Pour ce faire on remplace le gène codant d’une protéine de virus par le gène d’une protéine étrangère. Ces protéines recombinantes vont non seulement pouvoir être utilisées pour le diagnostic de maladies humaines ou animales, mais être utilisées en thérapie. On va pouvoir notamment produire, par exemple, des anticorps et des vaccins. Un vaccin antigrippe ainsi produit – FluBlok mis au point aux Etats-Unis - a été testé avec succès sur l’homme, les résultats ayant été publiés en 2007 et l’autorisation de mise sur le marché a été délivrée aux Etats-Unis en 2013. Ce type de production sur cellules d’insectes est plus rapide – environ 2 mois - que celui par incubation en œufs fécondés de poules qui nécessite 4 mois à partir de l’identification du virus à combattre. Cela permet de réagir plus rapidement à l’épidémie annuelle de grippe (où de nouvelles souches de virus apparaissent chaque année) ou à une pandémie. Pour mémoire la pandémie de grippe de 1918 ou « grippe espagnole », due à une souche particulièrement virulente et contagieuse de grippe (le virus H1N1), aurait– selon des évaluations récentes – fait jusqu’à 100 millions de morts.

Donc pour produire ces virus bénéfiques à partir des baculovirus, vous avez bien compris : on n’élève pas des insectes à qui on ferait ingérer des aliments infectés par des virus. On utilise des cultures de cellules d’insectes en milieu nutritif dans des réacteurs de plusieurs centaines de litres à paramètres physico-chimiques (température, pression, CO2, …) contrôlés. La protéine recombinante est ainsi produite en grande quantité et purifiée avant utilisation chez l’homme. Les insectes qui fournissent leurs cellules les plus utilisés sont celles de deux lépidoptères : Autographa californica (famille des Noctuidae) et Bombyx mori (bombyx du ver à soie, famille des Bombycidae).

Le développement est très rapide. Je passe sur les détails de la technologie, les phases de culture et de purification. Ce type de production reste encore coûteux.

Voilà désolé, ce n’est pas simple et je ne suis pas sûr - moi - d’avoir tout compris, loin de là. Sachez donc que les maladies virales des insectes peuvent être pour l’homme un bienfait, que ce soit en lutte biologique pour éviter l’emploi de pesticides chimiques, ou en médecine pour produire des vaccins, diagnostiquer ou traiter des maladies.

Merci les insectes.

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Publié le 19 Avril 2014

Le 12 avril dernier, L’Agrion de l’Oise, en étroite collaboration avec Mai du Cinéma, une association de cinéphiles de Pont-Sainte-Maxence, a proposé à ses amis un programme de films consacrés aux fourmis.

Il y avait en ouverture le film « Minuscule, la Vallée des Fourmis perdues » sorti fin janvier de cette année, où une petite bande d’une vingtaine de fourmis bien déterminées, assistées d’une charmante coccinelle provisoirement handicapée, découvrent une boite de sucre en morceaux et la transportent sur des kilomètres pour rejoindre leur fourmilière, attaquée par d’autres fourmis guerrières celles-là. Bien entendu, nos héroïnes à la fin … à vous de deviner.

Oui la fourmi, véritable haltérophile, est capable de porter de lourdes charges. On estime généralement qu’une fourmi peut porter ou tirer 60 fois son propre poids. Imaginez-vous, Monsieur le Français moyen, mesurant 175,6 cm pour 77,4 kg, portant 4644 kg ? Faut le faire, non ? Et en plus, 60 fois son propre poids c’est pour la fourmi coupeuse de feuille. Les fourmis tisserandes soutiennent 100 fois leur poids en tenant un objet entre leurs mandibules.

Les fourmis font leur cinéma

Ceci dit le brave bousier pourrait porter plus de 1000 fois sa propre masse. Mais ne voilà t-il pas qu’une étude américaine soutient que la fourmi serait capable, grâce à l’articulation très résistante de son cou « dotée de microstructures en forme de bosses et de plis », de supporter théoriquement entre 3400 et 5000 fois son poids avant de perdre la tête. Cela ne signifie en effet pas que les fourmis peuvent effectivement porter de telles charges, mais qu’elles peuvent les supporter, l’expérience a été faite en centrifugeuse.

Mais quel est, me direz-vous, le poids d’une fourmi ? Il varie selon sa taille et il existe 12600 espèces reconnues à ce jour. Leur taille varie de 0,75 à 52 mm (plus pour les reines) et leur poids de 1 à 150 milligrammes. Admettons une fourmi de 15 mg, déjà une belle bête de plus de 5 mm, elle pourrait donc porter 60 x 15 = 900 mg soit 0,9 g. Il en faudrait donc plus de 1100 pour porter un kilogramme de sucre. Mais c’est du dessin animé... et si le scénariste a pris pour hypothèse 3540 fois son poids, un rapide calcul montre qu’il suffit effectivement de moins de 20 fourmis, et encore la boite de sucre n’était pas pleine.

Mais rien ne nous dit qu’une fourmi de 18 mètres, je sais ça n’existe pas, pourrait porter sur son cou 60 fois son poids. Je vous laisse à vos réflexions.

Les fourmis font leur cinéma

L’autre film « Quand la Marabunta gronde » était un film romantico-catastrophe de 1954, se passant au Mexique, où les héros sont menacés par la marabunta, c’est à dire une migration massive de fourmis ravageant tout sur son passage.

La marabunta « qui gronde » en fait cela ne ferait pas autant de bruit que cela. Cette migration destructrice de fourmis légionnaires, dont les colonies peuvent aller jusqu’à 20 millions d’individus, est aussi appelée par les hispanophones plaga de hormigas, la plaie de fourmis, pensez aux Dix plaies d’Egypte de la Bible…

Le grand écrivain Maurice Maeterlinck écrit dans « La vie des fourmis » après avoir évoqué les guerres entre fourmis – ce qu’on voit d’ailleurs aussi dans « Minuscule » :

« A ces fourmis belliqueuses, il convient […] de joindre les grandes et redoutables fourmis visiteuses de l’Afrique du Sud, de la Guyane, du Mexique er du Brésil : les Dorylini, les Ecitini et les Lepatnillini. Elles ne font pas la guerre à proprement parler, parce que rien ne leur résiste et qu’elles ne rencontrent jamais, pas plus que la tornade ou le typhon, un adversaire qui ose leur barrer la route. Les Dorylines d’Afrique, […], sont, comme les Ecitini […], d’énormes fourmis aveugles, exclusivement carnivores, n’ayant d’autre industrie que le massacre et le pillage, ne fondant pas de villes mais jalonnant leurs routes de camps ou plutôt de bivouacs, forcément nomades, parce qu’elles dévastent rapidement et complètement les lieux où elles s’arrêtent.

Elles organisent militairement, méthodiquement leurs expéditions prédatrices. Elles se font précéder de quelques éclaireurs ; mais bientôt, impatientes de pillage et de carnage, surgissent à flots de toutes les crevasses et inondent la plaine ou la jungle. Marchand à pas de charge, elles serrent leurs rangs entre deux haies d’officiers à grosse tête et à mandibules crochues qui les protègent, les dirigent, les surveillent et à la moindre alerte, fondent sur l’ennemi. […] »

Les fourmis font leur cinéma

Mais il n’y a pas que ces deux films qui traitent de fourmis. Sans prétendre être exhaustif, on a pu voir des dessins animés bien sympathiques comme :

  • « FourmiZ » (Eric Darnell et Tim Johnson) en 1998
  • « Lucas fourmi malgré lui » (John A. Daves) en 2006

Mais aussi des films d’horreur avec des fourmis mutantes et forcément géantes comme :

  • « Des Monstres attaquent la ville » (Douglas Gordon) en 1953
  • « L’empire des fourmis géantes » (Bert L. Gordon) en 1977

Et ce n’était pas la très poétique « fourmi de dix huit mètres, avec un chapeau sur la tête» ou « trainant un char plein de pingouins et de canards » du poète Robert Desnos, loin de là, « ça n’existe pas, ça n’existe pas »…

Crédits photos : Avecousansailes, Philippe Delmer, Roger Puff

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Publié le 13 Avril 2014

Dans L’Express n°3274 du 2 avril, je tombe sur un très bon article « Sur les toits de Paris… des fermes ». Bon titre vous en conviendrez, mais quelle déconvenue pour moi. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a quelques semaines, après ma visite au Salon de l’Agriculture, je voulais écrire un papier sur le sujet. Ceci dit je ne vais tout de même pas me comparer à ce grand magazine qui me coiffe sur le poteau.

Sur le stand d’AgroParistech, j’avais en effet suivi une conférence sur ce thème vu l’intérêt de cette agriculture urbaine pour la biodiversité. En me documentant, j’avais repéré d’excellentes photos sur les réalisations américaines, notamment celle de Brooklyn Grange à New-York que la conférencière avait citées. J’avais demandé l’autorisation à Brooklyn Grange d’en utiliser une pour mon article, mais manque de chance, c’était bien possible mais il fallait payer des droits, ce que notre petit blog associatif ne peut pas encore se permettre. Alors j’ai mis mon papier sous la pile des projets d’articles en attendant de faire moi-même un cliché quelque part.

Mais là, je ne peux plus attendre, il faut que je sorte mon papier, qui plus est sans que cela paraisse être un plagiat de celui de l’Express. Cerise sur le gâteau, je ne retrouve pas mon premier jet…

Alors voilà pour la photo :

L’agriculture urbaine et les insectes

La conférence au Salon de l’Agriculture partait des bons vieux jardins ouvriers – aujourd’hui jardins familiaux ou associatifs - en périphérie des villes pour arriver à une agriculture ou un maraichage au sein même des villes, y compris et surtout utilisant les toitures.

Elle faisait référence aux expériences menées par l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech, qui exploite depuis décembre 2011 un potager urbain expérimental (Topager) sur les toits du Centre Claude Bernard à Paris, en collaboration avec des chercheurs de l’INRA Versailles-Grignon, de l’Ecole normale et du Muséum national d’Histoire naturelle. La culture se fait sur un terreau composé de déchets organiques, permettant de recycler des déchets ménagers après lombricompostage en pied d’immeubles ainsi que des produits d’élagage des arbres de la ville. Le projet étudie également l’atteinte éventuelle des cultures par la pollution urbaine, notamment atmosphérique par les gaz ou les poussières.

Le journal Le Monde avait d’ailleurs publié en juillet 2012 un article « Agriculture urbaine : l’avenir est sur les toits » sur cette expérimentation avec une vidéo que je vous invite à regarder.

Les résultats sont positifs et la pollution sur les toits serait manifestement nettement moindre qu’au niveau de la rue. Les sols artificiels sur les toits sont aussi souvent beaucoup moins pollués par les retombées industrielles, métaux lourds entre autres, que les jardins maraîchers ou les champs en périphérie urbaine. En plus en ville, on utilise moins de pesticides.

Bref la culture en toiture peut être très intéressante dans les villes – où plus 50 % de la population mondiale se retrouve - surtout si elle est pratiquée de façon écologique. Bien sûr à Paris, il paraît difficile de transformer les toits des immeubles haussmanniens en jardins suspendus, mais il y a par ailleurs beaucoup de toits-terrasses, surtout dans les récents quartiers de bureaux, qui pourraient devenir de superbes jardins potagers. Dans l’article de L’Express, une élue parisienne dit qu’une superficie de 2,5 ha pourrait nourrir 450 habitants. Les légumes cultivés sans addition de pesticides et autres engrais chimiques seraient particulièrement sains.

Dans son programme la candidate à Paris, Anne Hidalgo, aujourd’hui élue, propose d’ailleurs de végétaliser 100 ha de toitures et de façades, dont 30 % pour produire des fruits et des légumes, pour un coût de 114 M€. Selon l’Institut Montaigne, l’Atelier parisien d’Urbanisme a recensé près de 80 ha végétalisables, dont 14 appartenant à la municipalité, le reste appartenant à des propriétaires privés qu’il faudra subventionner.

Cela étant une barre d’habitations à Romainville (Seine-Saint-Denis) a déjà été équipée et il y a des projets à Roubaix, Lille et Bordeaux, dans le Val-de-Marne. Une société UrbAgri a été créée, s’inscrivant dans l’économie sociale et solidaire, dont les objectifs sont de promouvoir des projets d’agriculture urbaine dans des friches et sur des toits, avec création d’emplois à la clé.

On connaissait déjà les abeilles des ruches de l’Opéra, dont le miel est paraît-il (je ne l’ai pas goûté) d’excellente qualité. Ces jardins en toiture, qui pourraient représenter à Paris et sa proche banlieue plusieurs centaines d’hectares, seraient un bonheur non seulement pour les habitants ou les petits exploitants, mais aussi pour les abeilles domestiques de nombreux ruchers, et les autres insectes pollinisateurs : thrips, guêpes, mouches, coléoptères, mites et autres …. Je n’oublie évidemment pas les nombreuses espèces d’abeilles sauvages que l’on peut trouver dans les espaces urbains. Le programme européen Urbanbees qui s’achève, étudie d’ailleurs les conditions favorables au développement en ville de ces abeilles sauvages. En France dans le cadre de ce programme, elles font l’objet d’expérimentation de la part de l’association Arthropologia à Lyon, notamment à Gerland et au Parc de la Tête d’Or.

L’agriculture urbaine et les insectes

Pour être complet, même sans photos, il me faut évoquer les expériences aux Etats-Unis, notamment celles de Brooklyn Grange Farm à New-York, qui est le leader en la matière avec, sur 2 immeubles, les plus grandes surfaces de toitures exploitées et qui produit environ 25 tonnes de légumes par an. Il y a également des ruches installées sur ces toits, ainsi que quelques petites serres de forçage. Cette organisation joue également le rôle de consultant et de conseil pour développer ce type d’activités. Elle travaille avec de nombreuses associations à but non lucratif dans des actions à caractère social.

A Montréal au Canada, où la température hivernale est encore plus basse qu’à New-York, ce sont essentiellement des serres qui occupent les toitures. La ferme expérimentale LUFA à Montréal cultive 31000 pieds carrés (2880 m2) et dit ainsi pouvoir nourrir 2000 personnes « en produits, frais, sains et nutritifs », ce qui est manifestement un meilleur rendement que celui annoncé plus haut pour Paris. LUFA pratique la lutte biologique et annonce :

« Les insectes : dès qu'on cultive, on les attire. Tout fermier, qu'il soit en ville ou à la campagne, doit contrôler la présence des insectes nuisibles. Nous savons aussi que certains pesticides, herbicides et fongicides sont liés à de sérieux problèmes de santé et pour nous, ils ne font pas partie de la solution. Aux Fermes Lufa, nous utilisons des contrôles biologiques pour vaincre les insectes nuisibles. Cela nous permet de produire des légumes sans pesticides, herbicides et fongicides synthétiques […] En utilisant des contrôles biologiques et en maintenant la propreté des serres, nous sommes en mesure de cultiver des aliments sains et nutritifs. Plus précisément nous relâchons des insectes bénéfiques dans les serres pour combattre des insectes ravageurs. Les coccinelles, par exemple, sont introduites dans les serres pour aider à limiter les populations de pucerons qui endommagent les plants en se nourrissant de leur sève. Nous utilisons plusieurs types d’insectes pour en combattre de nombreux autres et nous avons développé un logiciel de lutte biologique nous permettant d’assurer que nos produits sont sains et délicieux. »

Par ailleurs une association de Montréal, Agriculture Urbaine MTL, conseille les citadins pour aménager leurs jardins de façon à en faire « un oasis de biodiversité ». Voilà ce qu’elle écrit :

« Que ce soit par le verdissement des quartiers ou la mise en place d’espaces regroupant une grande variété de plantes, les différents projets en agriculture urbaine favorisent la biodiversité urbaine. En offrant un lieu de nourriture et d’habitation, les jardins maraîchers sont, entre autres, des espaces essentiels pour les abeilles solitaires et autres insectes pollinisateurs. En voulant s’approprier les toits pour la mise en place de jardins, le mouvement de l’agriculture urbaine joue aussi un rôle pour la biodiversité. Les toits verts sont des refuges pour la biodiversité urbaine.»

L’agriculture urbaine et les insectes

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Publié le 5 Avril 2014

Le week-end dernier j’étais du côté du Tréport et en haut de la falaise j’ai remarqué de petits insectes en grand nombre : de petits coléoptères verts, des moucherons et également quelques coccinelles.

Ces coccinelles étaient de couleurs différentes, il y en avait des oranges, des jaunes et des rouges avec un nombre de points variable. Indubitablement des coccinelles asiatiques. J’ai pu faire quelques photos mais de qualité médiocre malheureusement.

Que peut-on dire de ces bestioles ? Originaires d’Asie, ces coccinelles Harmonia axyridis ont été utilisées pour la lutte biologique aux Etats-Unis dès 1916, plus systématiquement à partir des années 60. Des pullulations ont été observées aux Etats-Unis au nord-est en 1988 et au nord-ouest en 1990. En Europe les observations de pullulations remontent aux débuts des années 2000 en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. En France elles sont apparues en 2004 dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie et en Ile-de-France, à présent elles sont en Normandie, en Champagne-Ardennes….

Les coccinelles asiatiques

Cette espèce avait au départ tout pour plaire, importée pour lutter contre les pucerons, comme le fait notre bonne vieille Bête à Bon Dieu, qui, selon une légende remontant au Xème siècle, tiendrait son nom d’une coccinelle qui s’était posée avec obstination sur le cou d’un condamné, qui clamait son innocence et qu’on allait décapiter. Cette intervention du petit coléoptère fut considérée comme divine et lui valu ce surnom sympathique.

La coccinelle asiatique, très vorace, mange les pucerons et aussi d’autres insectes comme les psylles, les cochenilles, ainsi que des larves d’autres coccinelles, voire de lépidoptères. Elle s’attaque même aux fruits et peut gâter les vendanges. Elle a, dans certaines régions, supplanté la coccinelle autochtone.

Les coccinelles asiatiques

A l’automne on les voit se regrouper en quantité (par un bel après-midi ensoleillé de fin de saison, habillé de blanc, je me suis vu couvert d’une vingtaine de coccinelles de toutes couleurs avec des taches plus ou moins nombreuses, voire sans tache). Elles vont quelquefois pénétrer dans les maisons où elles hiberneront. Elles ne mangent pas pendant cette pause, ne se reproduisent pas, ne font pas de dégâts, sauf si on les écrase... C’est néanmoins assez dérangeant d’abriter chez soi une kyrielle de ces insectes. Au printemps elles vont quitter leurs abris pour se reproduire, pondre leurs œufs qui donneront des larves qui, comme les adultes, se nourriront de pucerons. Plusieurs cycles de reproduction se succèderont jusqu’à l’automne.

Les pullulations de la coccinelle asiatique ont fait d’elle un insecte invasif nuisible risquant d’affecter les écosystème locaux, détériorant des productions viticoles, gênante dans les habitations, responsable même de quelques cas d’allergies (observés aux Etats-Unis). Selon les spécialistes de l’INRA, les coccinelles qui nous envahissent en Europe sont originaires d’Amérique du Nord et ont pu se mélanger à d’autres espèces locales.

Un observatoire a été mis en place et collecte grâce à un réseau d’entomologistes en régions les informations sur l’expansion des populations de coccinelles asiatiques.

Les coccinelles asiatiques

A noter que par ailleurs l’INRA avait également importé des coccinelles de Chine dès 1982 pour la lutte biologique dans le Midi. Aujourd’hui la société française Biotop propose des coccinelles mieux adaptées au biocontrôle et ne présentant pas le risque de pullulation. Développée depuis 1995 à partir de Harmonia axyridis, la coccinelle Coccibelle® est une souche "sédentaire", incapable de voler, qui peut être utilisée au stade larvaire sur les plantes basses. Biotop propose également d’autres souches d’espèces adaptées à différents types de culture, comme Coccifly® (Adalia bipunctata) ou Coccilaure® (Hippodamia undecimnotata).

Les coccinelles asiatiques

Il faudra y regarder à deux fois quand vous verrez une supposée "Bête à Bon Dieu" dans votre jardin.

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Publié le 3 Avril 2014

Un peu de publicité pour notre manifestation : 2 films consacrés aux insectes, plus particulièrement aux fourmis :
- Minuscule, la Vallée des Fourmis perdues
- Quand la Marabunta gronde
projetés le samedi 12 avril au Cinéma Palace de Pont-Sainte-Maxence, en partenariat avec L'association Mai du Cinéma.

Deux films sur les fourmis à Pont-Sainte-Maxence le 12 avril

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Publié le 29 Mars 2014

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

Je ne vais pas attendre un anniversaire quelconque pour célébrer Duméril. Il faudrait attendre trop longtemps pour faire un multiple de 50 ou 100. La Picardie compte parmi ses enfants ce grand entomologiste. La raison est suffisante. L’Agrion de l’Oise se devait d’en parler.

André Marie Constant Duméril est né à Amiens le 1er janvier 1774, il y a donc 240 ans. Il est mort le 14 août 1860 à Paris, il y a 154 ans. Médecin à 19 ans, il enseigne l’anatomie à l’Ecole de Médecine de Rouen. A 26 ans, il vient à Paris à l’Ecole du Panthéon où il succède à Cuvier. En 1801 il a une chaire à l’Ecole de Médecine de Paris. Il est membre de l’Académie des Sciences à 32 ans… Je passe sur sa brillante carrière menée tambour battant. C’est surtout en zoologiste qu’il se distingue. Il poursuit notamment avec Daubenton, Lacépède, Cuvier, Geoffroy-St-Hilaire les œuvres du grand Buffon. Il publie un Traité élémentaire d’Histoire naturelle (1804), une Zoologie analytique (1806)… et s’illustre sur les poissons et surtout les reptiles et les batraciens avec son Erpétologie générale en 10 volumes et 120 planche parue entre 1834 et 1857. Son fils Auguste (1812-1870), également zoologiste l’assiste pour créer le premier vivarium pour reptiles au Jardin des Plantes de Paris.

Et ce n’est pas tout. Toute sa vie, il s’intéresse aux insectes et publie plusieurs ouvrages. De 1821 à 1830, les 50 volumes du Dictionnaire des sciences naturelles sont édités. C’est Duméril qui y écrit tous les articles relatifs à l’entomologie. Un volume complet, rehaussé de 60 planches originales, est dédié à la classe des insectes. L’année de sa mort, en 1860, est publiée son Entomologie analytique en 2 volumes, qui fera un temps autorité.

Nombreux sont ses travaux entomologiques. Comme il faut choisir, je me focaliserai ici sur l’olfaction des insectes où Duméril est précurseur. Je me permets de citer ici Sylvain Bouture qui écrit en 2008 dans l’Encyclopédie Picarde.

« Il est également le premier à rassembler les données permettant d’attester de la perception olfactive des insectes. […]. Ainsi, il observe que les abeilles sont attirées par l’odeur des fleurs alors que celles-ci sont enveloppées dans un sac en papier opaque ou encore que les insectes nécrophages sont attirés par l’odeur d’un cadavre sur de très longues distances. […] il s’oppose aux idées de son temps qui considèrent que l’insecte, n’ayant pas de nez, n’a pas d’odorat. […] Cependant, ses réflexions sur l’odorat de l’insecte lancent un vif débat qui animera la communauté entomologique jusqu’au début du XXe siècle, […]

Duméril soutient en effet que l’odorat des insectes réside dans les stigmates, orifices présents le long de l’abdomen. Le débat était justifié. Depuis le début du 20ème siècle, on sait qu’il n’en est rien et que l’odorat des insectes est principalement localisé dans les antennes, parfois aussi dans les palpes, pièces buccales des invertébrés.

Nous n’irons pas plus loin sur ce sujet, l’odorat des insectes mérite un article plus complet et puisque aujourd’hui notre sujet est Duméril, qui - s’il s’est trompé ici - n’en reste pas moins un grand entomologiste, revenons à ses œuvres.

Un autre de ses mérites, vu sous l’angle picard, est qu’il contribue à l’enrichissement des collections du jardin botanique – un des plus anciens de France, aujourd’hui labellisé ‘Jardin remarquable’ - et de l’Ecole des plantes d’Amiens, M. Trannoy, directeur et successeur de M. Lendormy, étant son ami. J’ai également recueilli cette citation dans un mémoire de l’Académie des sciences, des lettres et des arts d’Amiens, dont il était associé-correspondant. Il s’agit d’une proposition relative à l’établissement d’un musée départemental d’histoire naturelle à Amiens, rédigée en 1839 par M. Pauquy, docteur en médecine :

« Pour ce qui est des objets étrangers, quelle ville serait plus favorisée que la nôtre ? M. Duméril, professeur du Muséum et notre compatriote ne se ferait-il pas un plaisir de doter sa ville et de nous favoriser dans ces nombreux envois que le Muséum fait aux villes mêmes les moins considérables. »

Je voudrais ici vous donner un extrait de son Entomologie analytique. Et puisque nous parlions de l’odorat, par esprit de contradiction je citerai un passage relatif à l’oreille… pourquoi pas ?

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

« Il nous paraît que le nom de Perce-Oreille tient à la conformation de l’extrémité du ventre de ces insectes, qui ressemble à de petites pinces courbées, telles que celles dont se servaient autrefois les orfèvres pour percer en une seule fois le lobe inférieur, afin d’y introduire se suite le petit anneau de plomb qu’on ne retirait que lorsque le pourtour de l’orifice était cicatrisé.

En effet, on nommait en vieux français les Forficules des Aureillez, Oreillières, Auriculaires, et par suite Perce-Oreille. Ce dernier nom leur est resté et il a donné lieu à beaucoup de préjugés. On a supposé que l’insecte qui fuit la lumière et qui cherche les cavités étroites et obscures, s’introduisait pendant le sommeil dans le conduit auditif, qu’il y perçait le tympan et qu’il pénétrait même jusqu’au cerveau, ce qui est anatomiquement impossible, et cependant le vulgaire en est persuadé. Linné avait même dit en parlant de cet insecte : Aures dormientium intrans, spiritu frumenti pellenda ; de sorte qu’une proscription générale est étendue comme une malédiction sur cette race d’insectes, soit à cause de ce dont on l’accuse faussement, soit en raison des torts réels et mieux fondés qu’elle cause, en chagrinant les cultivateurs d’œillets et d’oreilles-d’ours, dont ces insectes détériorent les fleurs pendant la nuit. »

Forficucula auricularia est insecte (sinon je n’en parlerai pas) de la sous-classe Pterygota, de l’infra-classe Neoptera et de l’ordre Dermaptera, je vous fais grâce du sous-ordre. Il est inoffensif pour l’homme. Il est actif la nuit, s’infiltre dans les endroits frais, sombres, humides et étroits, sous les pierres ou les pots de fleurs, dans les déchets végétaux, les fissures des murs et même dans les pieds du mobilier de jardin. En grand nombre il peut endommager fleurs et légumes. Mais c’est un insecte bénéfique auxiliaire du jardinier se nourrissant d’insectes nuisibles comme les pucerons, les psylles et les petites chenilles. Les araignées, les coléoptères, les oiseaux et les petits mammifères se chargent d’en faire leur proie. Donc ne le détruisez pas, d’autres s’en chargeront bien. Laissez la nature gérer son équilibre. Vous pouvez même le favoriser dans votre jardin : il suffit d’un pot de fleur en terre cuite renversé pendu par une corde, rempli de paille ou du foin ou de fibres de bois légèrement humides, ils viendront s’y réfugier.

Un grand entomologiste picard : André Marie Constant Duméril

Aîe, je suis bien loin des travaux scientifiques de Duméril avec mes petits conseils de jardinier amateur. D’ailleurs, il n’y a même pas la queue d’une forficule dans le bel hôtel à insectes de mon jardin. Ingrates bestioles !

Mais il faut que je me rattrape, on ne peut pas parler du pince-oreille sans rendre hommage au grand entomologiste Claude Caussanel (1933-1999), qui après avoir fait sa thèse sur les forficules, leur consacra une grande partie de ses travaux. Il nota en particulier que ces insectes élèvent leurs petits avec beaucoup de soin, ce qui est très rare chez les insectes ne vivant pas en société. Qui plus est il est à l’origine de la création de l’insectarium Micropolis à Saint-Léons-du Levezou, village natal du grand Jean-Henri Fabre. Il ne faudra pas oublier de revenir ici sur la carrière de Claude Caussanel.

Mais pour revenir à Duméril, je conclurai en disant qu’il me paraît justifié de demander à ce qu’une des salles de notre futur "Insectarium de Picardie" porte le nom André Marie Constant Duméril, natif d’Amiens. Ce serait faire grand honneur à ce musée vivant de l’insecte.

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Publié le 23 Mars 2014

La parution de l’ouvrage « Poulpe fiction, quand l'animal inspire l'innovation », récemment évoquée dans notre page Facebook, me conduit à m’intéresser ici à la vision des insectes, puisque les auteurs Agnès Guillot et Jean-Arcady Meyer, traitent entre autres - et les exemples sont nombreux et passionnants - d’un œil artificiel inspiré de celui de l’insecte. Comme j’avais en plus des photos de notre ami Philippe Delmer, c’était pour moi une raison supplémentaire d’écrire cet article.

Mais au préalable je jette un coup d’œil (clin d’œil ?) aux vieux textes : l’Encyclopédie de Diderot, tome X, page 775 où je découvre l’article suivant :

« Mouche-dragon, œil de la (Science microsc.) la mouche-dragon est peut-être la plus remarquable des insectes connus, par la grandeur & la finesse de ses yeux à réseau, qui paroissent même avec les lunettes ordinaires dont on se sert pour lire, semblables à la peau qu’on appelle de chagrin. M. Leeuwenhock trouve dans chaque œil de cet animal 12544 lentilles, ou dans les deux 25088 placées en exagone ; en sorte que chaque lentille est entourée de six autres ; ce qui est leur situation la plus ordinaire dans les autres yeux de mouche. Il découvrit aussi dans le centre de chaque lentille une petite tache transparente, plus brillante que le reste, & il crut que c’étoit la prunelle par où les rayons de lumiere passoient sur la rétine ; cette tache est environnée de trois cercles, & paroît sept fois plus petite que le diametre de toute la lentille. On voit dans chacune de ces surfaces lenticulaires extrèmement petites, autant d’exactitude pour la figure & la finesse, & autant d’invention & de beauté que dans l’œil d’une baleine & d’un éléphant. Combien donc doivent être exquis & délicats les filamens de la rétine de chacune de ces lentilles, puisque toute la peinture des objets qui y sont représentés doit être plusieurs millions de fois moindre que les images qui se peignent dans notre œil. »

Biomimétisme et vision des insectes

Le rédacteur n'est pas précisé, mais l’article précédent est signé D.J., à savoir Louis de Jaucourt, le spécialiste des insectes de l’Encyclopédie. Pourquoi cet article est-il anonyme ? Bah… et qui est ce Monsieur Leeuwenhock ? Un néerlandais (1632-1723) qui a amélioré le microscope et est considéré comme un des précurseurs de la biologie cellulaire. Dès 1632, il découvre bactéries, protozoaires et spermatozoïdes… suscitant l’enthousiasme des scientifiques de l’époque. Bon j’arrête, sinon je vais être vite hors sujet. Et si en plus je m'engage sur la sexualité des insectes...

Déjà, grâce au microscope, les savants des 17-18ème siècles avaient pu examiner la structure d’un œil d’insecte et imaginer son fonctionnement en considérant qu’il était composé d’une multitude d’yeux similaires aux nôtres.

Les arthropodes, dont font partie les insectes, possèdent des yeux composés, ou yeux à facettes, constitués de récepteurs sensibles à la lumière nommés ommatidies, chacune avec sa cornée, sa chambre interne, sa rétine et son nerf optique. Je vous renvoie aux ouvrages spécialisés pour comprendre en détail comment cela fonctionne, toujours est-il que comme pour nous c’est le cerveau qui interprète ce que les capteurs ont perçus (donc les insectes ont un cerveau, oui le protocérébron, faudra qu’on en parle). Chez les insectes quelques aptères (sans ailes) ne possèdent que très quelques ommatidies, la mouche drosophile en possède 800, et le nombre s’envole à 30000 chez certains coléoptères, odonates ou papillons de nuit. Il faut aussi savoir que le nombre d’ommatidies augmente au fur et à mesure du développement de l’insecte : un bébé æschne en possède un peu moins de 300, sa grand-mère 100 fois plus.

Biomimétisme et vision des insectes

Les insectes ont deux yeux composés, plus ou moins volumineux, plus ou moins espacés, quelquefois jointifs, jamais pédonculés comme chez le crabe. Le champ de vision des insectes est très large et leur permet de détecter facilement les mouvements, les ommatidies s’activant successivement au passage d’un objet. Nous voyons 24 images/secondes, la mouche en voit 200. Voilà pourquoi j’ai du mal à attraper les mouches à la main, mais cela ne m’explique pas pourquoi c’est plus facile avec une tapette en plastique à 1 euro au supermarché (je ne vous parle pas de la bombe aérosol sur les bestioles qui font krrr-krrr ou bzzz-bzzz , elle est hors jeu).

Et cela se complique. Les yeux d’insectes sont sensibles à une large gamme de longueurs d’onde, les couleurs du visible et jusqu’à l’ultraviolet (rare chez les vertébrés), mais malgré leur nombre important de facettes, ils perçoivent mal les détails, contrairement à ce que pensait l’encyclopédiste, pas de chance.

Et ce n’est pas fini. Certains insectes possèdent en outre des "ocelles", des yeux simples leur permettant de capter les variations de lumière, rôle que joue chez d’autres la "pseudopupille" changeant de position sur l’œil. Attention pour les ocelles ne confondez pas avec les taches sur l'aile d'un papillon ou les plumes du paon, qui comme chacun sait n'est pas un insecte (c'est un oiseau de la famille des Phasianidae, à ne pas confondre avec les paons homonymes de l'ordre des lépidoptères, mais je m'égare). Certains insectes sont sensibles à la polarisation de la lumière. A ce propos, il faudra que l’on aborde un jour (pourquoi pas une nuit ?) les méfaits de la pollution lumineuse sur les insectes. C’est important et attention les insectes nous ont à l’œil…

Mais venons enfin au biomimétisme, prétexte de cet article, j’y arrive. « Poulpe fiction », ouvrage qui vient tout juste de sortir – et que je viens tout juste de commencer à lire en commençant par le chapitre sur l’œil artificiel - en parle. Les publications scientifiques relatives au sujet remontent à l’été 2013 et ont été à l’époque commentées dans les médias. Il faut dire que c’est une belle innovation.

Il s’agit du projet CURVACE, un acronyme comme les aiment les projets européens, pour "miniature curved artificial compound eye", c’est-à-dire œil composé artificiel miniature courbe, mettez les adjectifs dans l’ordre que vous voulez, enfin si je ne me suis pas trompé, j’allais dire mis le doigt dans l’œil mais c'est un peu populaire, tant pis c'est écrit et en ligne C’est un projet mené dans le cadre du 7ème Programme Cadre européen pour l’amélioration de la compétitivité de l’industrie européenne. Les initiés comprendront. Le coût total a été de 2.73 millions d’euros dont 2.09 de financement européen. Il a duré 45 mois de 2009 à 2013.

Les partenaires de ce programme étaient suisses (Lausanne), allemands (Iena et Tübingen) et français, à savoir deux laboratoires CNRS de l’Université d’Aix-Marseille : l’Institut des Sciences du Mouvement et le Centre de Physique des Particules, tous deux implantés à Marseille

L’œil artificiel réalisé est un petit cylindre de 12.8 mm de diamètre et de 1.75 g constitué de 630 yeux élémentaires, composés chacun d’une lentille (172 microns) associée à un pixel électronique (30 microns).

Biomimétisme et vision des insectes

Bien sûr il faut derrière tout cela un système informatique de traitement des données : le cerveau … mais de nos jours il n’y a quasiment plus de difficultés dans ce domaine.

Et voilà les usages que l’on peut en espérer. C’est la Commission européenne qui parle, je cite :

Cet œil artificiel pourrait être utilisé dans des domaines où la détection panoramique des mouvements est primordiale, souligne la Commission : il pourrait être fixé sur les voitures pour détecter efficacement les obstacles ou intégrés dans des micro-drones (MAV).

Leur faible épaisseur et leur souplesse intrinsèques permettraient également de les intégrer dans des tissus pour fabriquer des vêtements intelligents, tels que des chapeaux munis d’un système avertisseur de risque de collision destinés aux personnes malvoyantes. Des yeux composés artificiels flexibles pourraient aussi être fixés aux murs et au mobilier de maisons intelligentes afin de détecter les mouvements », cite encore le communiqué, mentionnant les personnes âgées en « autonomie assistée à domicile » et la prévention des accidents chez les enfants.

Super bien vu, non ?

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Publié le 16 Mars 2014

Les insectes domestiques

Si on vous demande de citer un insecte « domestique » vous allez tout de suite penser qu’il s’agit d’un insecte que vous pouvez trouver dans votre maison : une mouche domestique, une fourmi domestique, une araignée domestique, le grillon du foyer (autrefois, aujourd’hui c’est plutôt le grillon du métro).

Si l’on se place du point de vue de l’élevage, à savoir un animal que vous logez et nourrissez, alors oui on peut presque le dire, puisque ces bestioles se nourrissent de vos déchets ou des réserves de vos placards.

Non ce n’est pas cela l’insecte domestique. Bien sûr il ne s’agit pas non plus de « faune sauvage captive », vous ne les retenez pas enfermés comme dans un zoo, ou plus modestement un terrarium. Ils sont chez vous et vous vous en passeriez bien…

Il y a une définition légale à laquelle nous allons nous référer. Le JORF (Journal officiel de la République Française) du 7 octobre 2006 a publié l’arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d'animaux domestiques. Il est signé du ministre de l'agriculture et de la pêche et la ministre de l'écologie et du développement durable :

  • Vu le code de l'environnement, et notamment ses articles L. 411-1 à L. 413-5, R. 411-5 et R. 413-8 ;
  • Vu l'avis du Conseil national de la protection de la nature en date du 15 juin 2006,

Le présent arrêté nous dit que sont considérés comme des animaux domestiques les animaux appartenant à des populations animales sélectionnées ou dont les deux parents appartiennent à des populations animales sélectionnées.

Ce n’est évidemment pas le cas de la mouche qui vous énerve en venant frôler votre nez et qui vous nargue en se frottant les mains sur votre table de cuisine. Ce n’est pas le cas de la colonne de fourmis qui vient piller votre garde-manger. Je cite donc la suite de l’article 1 :

On appelle population animale sélectionnée une population d'animaux qui se différencie des populations génétiquement les plus proches par un ensemble de caractéristiques identifiables et héréditaires qui sont la conséquence d'une politique de gestion spécifique et raisonnée des accouplements.
Une espèce domestique est une espèce dont tous les représentants appartiennent à des populations animales sélectionnées ou sont issus de parents appartenant à des populations animales sélectionnées.
Une race domestique est une population animale sélectionnée constituée d'un ensemble d'animaux d'une même espèce présentant entre eux suffisamment de caractères héréditaires communs dont l'énumération et l'indication de leur intensité moyenne d'expression dans l'ensemble considéré définit le mod
èle. Une variété domestique est une population animale sélectionnée constituée d'une fraction des animaux d'une espèce ou d'une race que des traitements particuliers de sélection ont eu pour effet de distinguer des autres animaux de l'espèce ou de la race par un petit nombre de caractères dont l'énumération définit le modèle.

Voilà tout est dit. Il ne reste qu’à énumérer « les espèces, races et variétés domestiques visées à l'article 1er ».

Je n’ai pas pour propos de vous citer tous ces animaux que notre espèce humaine a domestiqués et sélectionnés depuis plus ou moins longtemps, mais chez les mammifères n’oubliez pas la gerbille, le chinchilla et le cochon d’Inde. Passons sur la basse-cour avec ses poules, ses oies, ses dindes, etc. Ils sont très nombreux. Pour les anoures, surprenant, il y a la race "Rivan 92" de la grenouille rieuse et une variété albinos de l’axolotl (ne m’en demandez pas plus), mais c’est tout pour les amphibiens. Chez les poissons la carpe Koï, les poissons rouges et japonais et les races et variétés domestiques du guppy, du danio et du combattant.

Et voilà les insectes qui n’occupent que trois lignes. Ce sont :

  • Le ver à soie (Bombyx mori)
  • Les variétés domestiques de l'abeille (Apis spp.)
  • Les variétés domestiques de la drosophile (Drosophila spp.).

Tous les autres insectes sont sauvages, qu’on les trouve dans votre matelas, votre cuisine, votre cave à vin, le métro, la campagne picarde, la Baie de Somme, la canopée amazonienne ou le désert du Kalahari.

Le ver à soie est la chenille du bombyx du mûrier, lépidoptère domestique originaire du nord de la Chine, élevé depuis 3000 ou 2000 ans avant Jésus-Christ pour produire de la soie.

Le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture de 1837 (Paris, Belin-Mandar) écrit :

Les œufs de ver à soie que l’on peut comparer à la graine de millet, et qui de là on reçu dans la pratique le nom de graine, sont le résultats de l’accouplement des papillons sortis de la chrysalide. L’éclosion de l’œuf a lieu par l’influence d’une température élevée.

Ainsi le sériciculteur déclenche l’éclosion quand le mûrier – dont la feuille va nourrir les vers – commence à se couvrir de bourgeons. Sans l’homme, sans la culture du mûrier, il n’y a pas de bombyx, pas de ver, pas de soie.

Les insectes domestiques

Concernant le bombyx, je passe sur sa vie, son œuvre et sur la fabrication de la soie. On en aurait pour des heures. Je ne vous parlerai pas de Pasteur qui vint à bout de la pébrine, maladie qui ravageait la sériciculture française.

L’abeille domestique qu’on nomme encore quelquefois mouche à miel – la plus connue étant Apis mellifera - hyménoptère, qui, contrairement à ses nombreuses cousines sauvages, solitaires, mais grégaires, vit aujourd’hui dans des ruches et a besoin de l’apiculteur. Le même dictionnaire nous dit :

Abeilles : ces insectes si remarquable par leur industrie, leur activité et leur amour de l’ordre, ont été de bonne heure placées par l’homme au nombre des animaux domestiques.

Là encore je ne vous parlerai pas de la production mondiale ou picarde de miel, des méfaits de certains insecticides, ni de cette méchante bestiole sauvage, autre hyménoptère de la famille des Vespidae, qu’est le frelon et surtout le frelon asiatique récemment apparu.

Les insectes domestiques

La drosophile est un insecte holométabole diptère radio-résistant également appelée mouche du vinaigre, appartenant à un genre plus général mouche des fruits. Il en existe plus de 400 espèces présentes sur tout le globe. Les espèces qui sont qualifiées de domestiques sont Drosophila melanogaster, mais il y a d’autres espèces ainsi qualifiées comme Drosophila simulans. Ce minuscule moucheron 0.5 mg et 2 à 4 mm de long, dont la vie ne dépasse pas 29 jours et dont le cycle de reproduction est de 10 jours, est devenu une star pour les études de génétique, depuis notamment les travaux de l’américain Thomas Hunt Morgan (1866-1945), d’où l’importance de maintenir des souches parfaitement reproductibles. Qui plus est nous avons quasiment tous fait connaissance avec lui dans nos cours de sciences nat ou de SVT. Le grand biologiste Jean Rostand, qui ne voit pas beaucoup d’utilité aux insectes, écrit cependant :

Le seul titre sérieux qu’ait l’insecte à notre gratitude, c’est le rôle qu’il joue en tant que matériel de recherches dans le développement des sciences naturelles. Il doit lui être pour cela beaucoup pardonné, et l’on conviendra que ses services d’informateur réparent quelques-uns des ses méfaits, s’il est vrai que toutes les disciplines se compénètrent et que la médecine elle-même est tributaire de la biologie. Des chapitres entiers de cette science sont issus de l’’entomologie. C’est sur l’insecte que Wilson a fait les premières observations sur les chromosomes sexuels, que marcha a découvert la polyembryonie, et Wagner la pæedogénèse ; les grandes généralisations de la génétique n’eussent pas été possibles sans la petite Mouche du vinaigre.

Plus près de nous c’est grâce à la petite drosophile que le biologiste français d’origine luxembourgeois, membre de l’Académie française, Jules Hoffman, s’est vu remettre en 2011 – conjointement avec l’américain Bruce Beutler - le Prix Nobel de physiologie ou médecine pour ses travaux sur l’immunité innée chez les insectes.

Les insectes domestiques

Cette liste de 3 petites lignes ne risque-t-elle pas de s’allonger si l’on venait à déclarer comme insectes domestiques les insectes, qui seront élevés pour la consommation humaine dans des conditions de contrôle sanitaire, de contrôle qualité et de traçabilité très stricts ? Mais on n’en est pas là, d’autant que les saumons et les truites d’élevage, par exemple, n’y sont pas encore. Les animaux de ces élevages modernes ne sont en effet pas encore suffisamment différenciés de leurs congénères sauvages.

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