Association pour le développement d’une image objective de l’insecte auprès du grand public, par des actions de sensibilisation, d’information et de formation pour une meilleure connaissance de la biodiversité des insectes et de leurs interactions avec notre vie de tous les jours
L'Agrion de l'Oise vous propose d'en savoir plus sur l'entomologie judiciaire, qu'on peut aussi appeler entomologie légale, ou entomologie médico-légale ou encore entomologie forensique (en anglais forensics).
Beaucoup de dénominations pour cette discipline. Mais savez-vous ce que cela recouvre ? Savez-vous en quoi les insectes et autres arthropodes ont affaire à la justice.
Un cadavre sur la scène de crime... mais quand est-il mort ?
Le lendemain, changement de décors. Nous prenons de l’altitude pour découvrir l’Ardèche des montagnes en direction du col de la Croix de Bauzon à 1308 m qui est une station de ski. A la lecture d’un panneau, nous découvrons qu’à 1400 m, il y a une tourbière.
Ceci laisse penser que la flore et la faune sont bien présentes. Après quelques minutes de marche un lieu féerique habité par une multitude d’insectes s’offre à nous. Rarement il m’est arrivé de voir autant de variétés de petites bêtes cohabiter.
Des Lépidoptères : Machaon (Papilio machaon), Paon du jour (Aglais io), Petite Tortue ou vanesse de l'ortie (Aglais urticae), Grand Sylvandre (Hipparchia fagi), ...
... des Orthoptères : Decticelle des alpages (Metrioptera saussuriana),
... des Hyménoptères : Abeille Charpentière (Xylocope violacea) et des Diptères dont la Tachinaire corpulente (Tachina grossa), la plus grosse mouche d'Europe. Et bien d'autres...
Les jours qui passent m’offrent de nouvelles rencontres. Arrivés au cœur de la vallée de la Bourges à Burzet avec sa très belle horloge et sa statue de la Vierge qui dominent ce village, nous partons pour une randonnée de 8 km sur le thème de la myrtille et de la châtaigne. Nous apprenons que l’Ardèche est le premier producteur de myrtilles, ce fruit délicieux qu’il soit en confiture ou en tarte. La châtaigne n’est pas en reste et elle se décline en marrons glacés ou en confiture.
Au bord d’un champ de myrtilles sauvages, je surprend un Géotrupe (Geotrupes sp.) de la famille des Geotrupidae, un brave coléoptère nettoyeurs de bouses, dont les population en Europe sont menacées par l'agriculture intensive, les pesticides et les traitements vermifuges des animaux domestiques.
Lors d’une petite pause dans une prairie, je fais connaissance avec un grillon surpris mais curieux de se retrouver sur un sol étranger, en l’occurrence la paume de ma main. Il en existe une vingtaine d'espèces en France (5000 dans le monde). Je me garderai donc de vous préciser l'espèce. Peut-être Grillus campestris, le grillon champêtre ? Les mâles stridulent pour attirer les femelles. Il semble que cela en soit une, regardez son oviscapte qui lui permet de déposer ses œufs. .
A quelques mètres, une Mélitée orangée (Melitaea didyma) vient faire le plein de nectar. Elle aime les lieux herbus fleuris. C'était le spot idéal pour elle.
De retour à Burzet, un beau grand Flambé (Iphiclides podalirius) m’ouvre ses ailes écaillées déployant son éventail de rayures noires pour ma dernière photo de la journée. Quel splendide lépido.
Le repas du soir se terminera, bien sûr, avec une succulente tarte aux myrtilles.
Il fait très chaud mais je décide de faire quelques pas en empruntant une calade où le chant des cigales est incessant. Soudain une libellule tourne et cherche à se poser. Je ne la quitte pas des yeux. Au bout de quelques secondes, elle se pose où plutôt elle s’agrippe au bord d’un rocher à 2,50 m du sol. Il en faut plus pour me décourager. Je décide de faire un peu d’escalade et dans une position pas très confortable, je m’approche à 1 cm. Je suis en présence d’une Æschne paisible (Boyeria irene). On la nomme aussi Libellule fantôme ou Spectre paisible. Pourquoi ? c'est ce que l'on appelle une espèce cryptique autrement dit qui se cache ou encore mimétique. Elle prend la couleur du milieu où elle vit. Comme le Citron qui se fait passer pour une feuille.
"Que la montagne est belle" chantait Jean Ferrat qui s’était installé à Entraigues-sur-Volane. Nous décidons de passer la journée dans ce village où un musée, "la Maison de Jean Ferrat", lui a été consacré.
Nous avons eu un coup de cœur pour le village de Jaujac, alors quoi de plus naturel que de revenir pour découvrir la Maison du Parc des Monts d’Ardèche créée en 2001 et située au cœur d’un domaine de 40 hectares au pied du dernier volcan éteint du Vivarais : la Coupe de Jaujac. Un magnifique jardin fleuri avec son bassin de biodiversité, ainsi qu’un sentier, la Coulée vive nous y attendent.
Ces lieux me permettent de nouvelles rencontres avec le Peuple de l’Herbe comme le Mylabre inconstant (Mylabris variabilis), un coléoptère de la famille des Meloidae, ...
... ou la Chryside enflammée (Chrisis ignita), appelée aussi Guêpe de feu, petite guêpe parasitoïde (ou guêpe coucou) avec ses magnifiques couleurs métalliques.
Voici encore le Chlorophore soufré (Chlorophorus varius), de la famille des Cerambycidae) juché sur une ombellifère. Probablement une femelle, le mâle a de plus longues antennes.
Avant de quitter ce village, une dernière halte au bord du Lignon et du Pont romain me permet de photographier enfin une Empuse commune (Empusa pennata) femelle avec son oothèque. Cet insecte appartient à l'ordre des Mantoptères. Elle ressemble à la Mante religieuse à la différence qu’elle possède un casque pointu entre ses antennes et son premier segment du thorax est quasiment aussi long que le reste du corps. Les femelles sont plus grandes que les mâles et peuvent mesurer jusqu’à 67 mm. Je passe de longues minutes à la photographier, quand je suis attiré par une tâche rouge et noire de 1,5 cm environ. On appelle souvent "Diablotins" les jeunes individus à l'abdomen recourbé.
Je délaisse notre Empuse que J’ai photographiée sous toutes ses faces pour m’approcher délicatement de cet insecte. C’est une magnifique punaise (ordre des Hémiptères) qui s’appelle le Réduve irascible (Rhynochoris iracundus), un assassin... Cette punaise écarlate fait partie d'une famille dont nombre d'espèces sont tropicales, les Reduvidae. Je découvre de profil son rostre arqué qu’il plantera dans un insecte en lui injectant une substance digestive avec sa salive. Un conseil : évitez de le prendre, car il peut vous infliger une piqûre plus douloureuse que dangereuse.
Le séjour se termine par une dernière et très belle rencontre sur la terrasse du gîte. Le plus gros syrphe d’Europe, la Milésie Faux–frelon (Milesia crabroniformis)fait un brin de toilette, puis se sentant déranger elle s’envole à quelques mètres sur un lierre. Dépourvue de dard elle est inoffensive, une grosse mouche, quoi... Je pense qu’elle voulait que j’immortalise cette rencontre par une dernière série de photos afin d’admirer son splendide thorax coloré : ne dirait-on pas un masque africain ? Des larmes semblent couler de ses yeux. Pleurent-ils la disparition des insectes ?
Cette région des Monts ardéchois est un réservoir d’insectes que je ne soupçonnais pas et me laisse à penser, malgré des études pessimistes et les pleurs de cette Milésie, que les insectes ont encore de belles années devant eux. Mais à condition qu'on leur offre des espaces privilégiés.
Cette région des Monts ardéchois est un réservoir d’insectes que je ne soupçonnais pas et me laisse à penser, malgré des études pessimistes, que les insectes ont encore de belles années devant eux. Mais les larmes de la Milésie me contredisent un peu.
Avant de revenir en banlieue parisienne, nous prenons la direction du Vaucluse pour une visite du musée consacré à Jean-Henri Fabre à Serignan du Comtat. Je vous raconterai ce moment tant attendu bientôt.
20h30, Cinéma « LE PALACE » rue des Pêcheurs 60700 PONT-SAINTE-MAXENCE
Tarif 5 € adhérents des associations organisatrices, 6,5 € tarif normal
Mercredi 11 novembre 2020
Ciné-goûter en partenariat avec Mai du Cinéma
Film d’animation estonien« Captain Morten et la Reine des Araignées »
14h, Cinéma « LE PALACE » rue des Pêcheurs 60700 PONT-SAINTE-MAXENCE.
tarif 5 € par personne
Mardi 17 novembre 2020
Conférence : "Maria Sybilla Merian, première femme entomologiste"
par Jean-Louis Fischer, historien des sciences
20 h, salle Philippe de Boulainvilliers – Manoir Salomon de Brosse 60550 VERNEUIL-EN-HALATTE
Gratuit, inscription conseillée
Mardi 15 décembre 2020
Conférence : "L’entomologie archéologique"
par Jean-Hervé Yvinec, archéo-entomologiste au Centre de recherches archéologiques de la Vallée de l’Oise (CRAVO) à Compiègne et président de l’Association des Entomologistes de Picardie (ADEP)
Cette découverte du département de l’Ardèche, je la voulais très nature, sauvage, tranquille. C’est pourquoi mon choix s’est porté dans un pays de caractère à mi-chemin entre la montagne ardéchoise et les gorges de l’Ardèche, en plein cœur du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche.
C’est dans le charmant village de Chirols, situé à 460 m d’altitude que débute cette balade touristique et entomologique.
Entouré d’une végétation luxuriante, je pixélise mon premier insecte prenant le soleil sur une palme de palmier, le très beau Sphinx du palmier (Paysandia archon), dont l’envergure peut atteindre 11 cm.
Peu farouche, il se laisse approcher à 1cm, ce qui me permet d’admirer la structure détaillée des écailles sur ses ailes et son thorax. Si ce papillon me séduit par ses belles couleurs, il n’en reste pas moins l’ennemi de cette plante, car il n’a pas de prédateur. Il a été introduit accidentellement lors de l’importation de palmiers venus d’Argentine.
Cette première journée autour du gîte se veut également sonore avec le chant des Cigales dont je me suis promis d’approcher de très près. La difficulté avec cet insecte de l’ordre des Hémiptères, c’est qu’au moindre bruit il s’arrête de chanter ou de cymbaliser. La Cigale possède un organe situé dans son abdomen appelé cymbale. Ce son, chez le mâle, a pour but d’attirer la femelle ou d’annoncer un danger. Ici c'est l'espèce Cigale grise de l'orne (Cicada orni) qui a été photographiée. On l'appelle aussi Cigale panachée ou Cigale du frêne et localement le Cacan. Le nom de l'espèce provient de l'arbre où la cigale dépose ses œufs : le Frêne à fleurs ou Orne).
Les degrés, en ce début du mois d’août, sont en folie. Il est temps d’aller chercher un peu de fraîcheur sur les bords de la rivière Lignon. Nous partons en direction du charmant village cévenol de Jaujac.
Nous prenons de la hauteur en arpentant d’agréables venelles jusqu’à la table d’orientation pour découvrir ce village niché entre le plus jeune volcan ardéchois et de longues coulées basaltiques classées Geopark mondial UNESCO.
Mon œil est tout de suite attiré par le vol d’une libellule. Ne la quittant pas du regard, elle finit par se poser sur un rocher à quelques mètres de moi. Je prépare mon appareil et j’avance doucement les pieds dans l’eau. Me voici, comme d’habitude à ma distance favorite de 1 cm. Je suis en présence du Grand Gomphe à pinces (Onyhogomphus forcipatus).
Quelques mètres plus loin, nous franchissons un petit pont romain pour emprunter une calade qui désigne en Provence et Languedoc une ancienne voie de communication pavée de galets.
Je suis attiré par un accouplement de papillons, le Petit Agreste appelé aussi le Mercure (Arethusana arethusa) présent dans de nombreuses régions de France dans les landes sèches jusqu'à 1700 m.
Cette randonnée de 8 km me fera découvrir le Citron de Provence (Gonopteryx cleopatra), un papillon de la famille des Pieridae qui essaie de se faire passer pour une feuille. Avec son nom latin, il ne faudrait pas le confondre avec Astérix et Cléopâtre.
A la nuit tombée, les papillons nocturnes veulent aussi se faire photographier telles la Lithosie quadrille (Lithosia quadra). C'est une femelle, le mâle n'ayant pas de points sur les ailes. Le genre Lithosia ne comprend que cette espèce en Europe.
Et le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus) ou Minime à bandes jaunes. Le mâle peut voler de jour, la femelle seulement de nuit, attirant le mâle par ses phéromones.
Un Enicospilus purgatus de l’ordre des Hyménoptères, espèce de guêpe de la famille des Icheumonidae, attiré par les lumières, profite également de la séance photo .
Le lendemain nous décidons de partir au Mont Gerbier de Jonc (1551 m) où - comme nous savons tous, ou presque, depuis l'école primaire - la Loire prend sa source. Le temps est au beau et l’ascension se fait au ralenti car nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette envie. La récompense depuis le sommet, c’est une vue imprenable à 360°. Après une descente prudente, nous nous offrons un pique-nique face à ce dôme majestueux.
Et toujours mon regard scrute la végétation pour découvrir un Criquet à la couleur parme qui me laisse pantois. On parle d’apparition des morphes anormaux de plus en plus fréquentes chez ces Orthoptères. Certains ont cru à des canulars car cette coloration n'était pas décrite dans la littérature entomologique. Mais là, je vous l'assure, je n'ai pas photoshopé la photo.
En marchant sur le bas côté du chemin, une sauterelle femelle de Dectique verrucivore (Decticus verrucivourus) ou Sauterelle à sabre, de la famille des Tettigonoidae, bondit, puis se fige devant l’objectif. Son nom viendrait d'une pratique ancienne consistant à faire mordre les verrues par la bestiole pour les faire disparaitre sous l'effet caustique de ses sucs digestifs. Faudra que j'essaie.
De retour au gîte, un criquet me fait du charme avec ses yeux arc-en-ciel. Comme pour l'individu couleur parme, je me garde bien de vous nommer l'espèce de celui-ci, mais si vous les reconnaissez, n'hésitez pas à me le dire.
Poursuivons l'article consacré aux insectes par William Paley dans son ouvrage Théologie naturelle ou Preuves de l'existence et des attributs de la divinité, tirées des apparences de la nature, paru en Angleterre en 1802, en 1813 en France.
Nous étions restés à l'abeille domestique, passons à un autre insecte domestique le ver à soie.
"L'organisation de l'abdomen du ver à soie et de l'araignée est aussi évidemment mécanique que la construction d'un moulin à fil d'archal. Il y a dans le ventre d'un ver à soie, deux poches remarquables par leur forme, leur position, et leur usage. Elles se roulent autour de l'intestin ; et lorsqu'on les étend elles ont dix pouces de long, quoique l'insecte n'en ait que deux. Il se rassemble dans ces poches une espèce de glu, qui en sort à la volonté de l'animal, par des grilles percées de trous infiniment resserrés. La glu qui passe par ces trous forme des fils déliés dont la réunion fait le cordon de soie que nous dévidons dans le cocon, et avec lequel le ver s'était construit sa prison. L'araignée forme sa toile avec des fils semblables. Elle commence par attacher un de ces fils gluants ; puis s'éloignant de ce point fixe, elle fait sortir de son corps des fils qui se moulent dans les trous de la grille, précisément comme des fils de métal dans une filière. Mais il y a cette différence, c'est que le fil est encore le métal en nature, au lieu que la substance sortie liquide du corps de l'animal se durcit à l'air et devient un fil solide et élastique. Il est probable que c'est l'action de l'air sur cette substance molle qui produit cette métamorphose : et cette propriété de la pâte fait partie de l'invention dont je parle. "
"Le mécanisme lui-même consiste dans les poches ou réservoirs qui contiennent la matière visqueuse, et dans les trous qui communiquent au dehors. L'action de la machine se voit dans l'expulsion de la matière au travers des trous, pour la formation du fil de la grosseur convenable. La sécrétion même est un procédé trop subtil pour notre observation ; mais nous voyons que chaque chose répond à l'autre : les glandes sécrétoires séparent une liqueur qui a précisément la qualité et la consistance nécessaires, Les réservoirs sont là pour la conserver. Les orifices sont faits de manière, non-seulement à décharger les réservoirs de l'excédent de la matière visqueuse, mais à façonner la glu et à en faire des instruments qui deviendront nécessaires à la vie de l'insecte."
"Les abeilles ont fourni aux naturalistes une grande variété d'observations intéressantes. Je ne considérerai ici que le rapport entre la cire et le miel. La simple inspection d'une ruche suffit à montrer combien le miel se trouve commodément logé dans le rayon ; et, en particulier, combien la distribution en diverses cellules est une circonstance heureusement inventée pour prévenir la fermentation du miel, laquelle a toujours lieu lorsque le miel est déposé en masse dans une température même moins chaude que celle d'une ruche. Je demande ce que les abeilles pourraient faire du miel si elles n'avaient pas la cire. Comment pourraient-elles le mettre en magasin pour l'hiver ? Une de ces deux substances est donc nécessaire à la conservation de l'autre, et cette dernière l'est à la vie de l'insecte. Mais ces deux choses si indispensables l'une à l'autre ont une origine différente : l'abeille trouve et rassemble le miel, mais elle fabrique la cire. Le miel, tel que le produisent les fleurs, est emmagasiné pour la provision d'hiver : la cire, au contraire, est le produit d'une digestion que fait l'abeille d'une matière pulvérulente. Comment expliquer ce concours ? L'animal, destiné à vivre de miel, a reçu une organisation particulière, qui lui permet de le recueillir dans les fleurs. Mais comme l'insecte a besoin de manger dans la saison où il n'est plus possible de recueillir du miel, il a été doué des moyens de construiredes magasins pour conserver cette matière. Il fallait, pour cela, que l'abeille pût rassembler les matériaux dont elle avait besoin."
"Elle a, en conséquence, reçu la faculté de charger ses cuisses de la poussière fécondante des fleurs, procédé qui se réalise avec des espèces de pelles très commodes. Enfin elle a été douée de la singulière faculté de convertir, par une espèce de digestion, la poussière des étamines en une matière compacte. Je demande si cette suite de procédés, et ses rapports si justes entre les moyens et la fin, ne proclament pas hautement une intelligence créatrice."
"Un observateur nous a appris qu'une mouche qui a six jambes, a les deux jambes antérieures et les deux jambes postérieures pourvues de brosses avec lesquelles elle fait une espèce de toilette tantôt pour la tête et tantôt pour les ailes. Les deux jambes du milieu ne sont point pourvues de brosses semblables, parce que la mouche ne pourrait pas s'en servir. "
"Je n'ai guère donné jusqu'ici que des exemples du mécanisme employé dans l'organisation des insectes pour remplir les objets qui importent le plus à l'individu et à l'espèce. Je vais donner un exemple d'un procédé chimique employé dans le même but. Le ver luisant porte dans sa queue un réservoir de phosphore. Quelle est la raison de cette singulière propriété ? La voici. Le ver luisant est une femelle, dont le mâle est une espèce de mouche qui a des facultés et des habitudes absolument différentes de celles du ver. La femelle ne peut pas rencontrer le mâle dans les airs : le mâle dédaigne de ramper, et a besoin d'un signal qui l'attire : la lueur est un flambeau d'amour qui les réunit. C'est une grande opération chimique que la fabrication du phosphore : il se fait ici dans le corps de l'insecte."
"Quelques-unes des inventions qui ont eu le plus de célébrité dans les arts, sont parfaitement analogues à certains procédés de la nature, lesquels ont le même droit à être qualifiés d'inventions : j'ai déjà eu occasion d'en citer quelques exemples : nous en trouvons deux dans la classe des insectes dont les rapports avec les procédés des arts sont frappants. Il y a une larve qui vit dans l'eau, et qui est destinée à devenir une espèce de mouche. Sa manière de cheminer en avant est de lancer de sa queue une certaine quantité d'eau. Le fluide lancé se trouvant retardé par l'inertie du fluide immobile, il en résulte une répulsion qui fait cheminer l'insecte : c'est le principe de l’éolipyle : c'est celui qui fait monter avec rapidité, ou serpenter dans les airs certains feux d'artifice. "
"L'invention des ballons a étonné l'Europe. La nature avait employé avant nous le même procédé pour transporter dans les airs un insecte non ailé. Il y a une espèce d'araignée qui étend sa toile au travers d'un ruisseau, ou réunit deux branches de haies séparées par un chemin. Cet insecte n'a, dans sa construction, aucun moyen direct de traverser un espace en l'air : le Créateur y a pourvu : il lui a donné la faculté de filer avec la matière contenue dans son corps, un fil qui se trouve spécifiquement plus léger que l'air. Lorsque l'insecte en a filé une suffisante quantité pour que l'excès de légèreté du fil compense la différence de gravité de l'araignée, relativement à l'air, l'insecte profite du premier zéphyr favorable , pour traverser d'un bord à l'autre du ruisseau ou de la route, dévidant chemin faisant, le fil qui doit lui servir de pont pour passer et repasser ensuite, et fabriquer le reste de sa toile. Cette même araignée fait quelquefois de plus grands voyages montée sur son ballon : et il n'est pas improbable qu'elle a la faculté d'augmenter à volonté la pesanteur de l'appareil soit en comprimant la matière qui lui sert de ballon, soit en détachant quelque partie de cette matière."
Paley poursuit
« Je demande la permission de présenter ici quelques observations sur la classe des animaux que la nature a recouverts d'une enveloppe solide. »
Permettez-moi de passer sur ces paragraphes consacrés à la coquille de l’escargot, aux coquillages bivalves ou à la queue de l’écrevisse…
« C'est dans cette classe d'animaux que l'observateur est surtout frappé de ce que Cicéron appelle l'insatiable variété de la nature. On a compté jusqu'à six milles espèces de mouches, et sept cent soixante papillons différents. L'abbé de Saint-Pierre nous dit encore avoir observé lui-même trente-sept différentes espèces d'insectes ailés, qui, dans le cours de trois semaines, sont venus se reposer sur une plante de fraises. Ray a observé deux cents différentes espèces de papillons dans l'espace d'un mille autour de sa maison. Il estime que le nombre des diverses espèces d'insectes monte à dix mille. Nous pouvons observer dans cette prodigieuse variété d'animaux, une variété non moins grande, quant aux moyens d'arriver au même but. Par exemple, on sait que, généralement les insectes respirent par les côtés, et non par la bouche. Les nymphes des moustiques, qui vivent dans l'eau, ont un appareil d'organes pour respirer par le dos, et s'élèvent au-dessus de l'eau pour reprendre haleine : Un autre insecte aspire l'air par sa queue, qu'il jette hors de l'eau, à cet effet. Le ver de l'eruca labra a une longue queue, dont une partie est nichée dans l'autre, et en sort à la volonté de l'insecte, pour épanouir une touffe qui, une fois étendue sur la surface de l'eau, soutient l'animal, et lui permet de respirer. Nous ne voyons pas moins de variété dans le vêtement naturel des animaux. Les écailles, les plumes, les fourrures, la glu, les coquilles remplissent le même objet, sous des formes diverses. Le Créateur a encore pourvu à la défense des animaux par des moyens infiniment variés. Les dents, les griffes, les serres, le bec, les cornes, les piquants, le pouvoir de donner la commotion électrique, et jusqu'à la faculté de répandre une odeur infecte, ont été donnés aux animaux pour leur sûreté contre les attaques auxquelles ils étaient exposés."
"A cette prodigieuse variété dans la vie organisée, correspond une variété semblable dans les appétits des animaux. La cause finale de cette disposition paraît évidente. Si tous les animaux désiraient le même élément, la même retraite, ou le même genre de nourriture, il n'y en aurait eu qu'un nombre comparativement petit qui pût exister dans le même espace, aujourd'hui suffisant pour tous. Ce que certains animaux évitent ou rejettent fait les délices de quelques autres. La chair corrompue attire les chiens, les vautours et les corneilles. Les mouches s'y réunissent par milliers. Les vers ne doivent leur existence qu'à cette décomposition qui révolte tous nos sens. La vie est partout ; la nature est pleine : chaque élément, chaque substance nous offre des preuves vivantes, et sans nombre, d'une intelligence infinie dans le Créateur de cet univers.'
Dans un précédent article, je vous avais annoncé que je vous en dirais plus que William Paley 1743-1805). Ce théologien de l’Université de Cambridge professait que la nature devait avoir un concepteur, un Créateur. Pour cela, il faisait appel à une analogie expliquant son point de vue : l'argument dit « de la montre » (watchmaker analogy). Si vous considérez une montre, vous constatez que c’est un instrument très complexe et concluez qu’un être intelligent, un horloger, l’a conçue pour donner le temps.
« La machine que nous avons sous les yeux, démontre par sa construction une invention et un dessein. L’invention suppose un inventeur, et le dessein un être intelligent». Paley, 1813
Considérant que dans la nature il y a des choses au moins aussi complexes qu’une montre, Paley conclut à l’existence d’un concepteur intelligent, un ingénieur avec un dessein, un Créateur. L’argument est toujours utilisé par les tenants du dessein intelligent, qui prétend que « certaines observations de l'Univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une cause intelligente » que par des processus non dirigés tels que la sélection naturelle. Je me garderai de m’engager plus avant dans des considérations théologiques. En revanche je vais donner ici des extraits du chapitre « Des Insectes » de sa Théologie naturelle ou Preuves de l'existence et des attributs de la divinité, tirées des apparences de la nature, paru en Angleterre en 1802, en 1813 en France.
Parcourons ce chapitre pour avoir une idée de ce que William Paley disait des insectes au tout début du 19ème siècle.
"Ce n'est point ici un traité d'histoire naturelle ; et mon intention n'est pas de parcourir méthodiquement les diverses parties de la création ; mais il existe chez les insectes des particularités qui concourent à prouver d'une manière frappante l'intelligence et le dessein de l'ouvrier qui les forma. Leur structure et leur organisation sont moins connues que celles des grands animaux. Leur petitesse exige le plus souvent l'emploi du microscope ; et d'ailleurs leur genre de vie, et leurs mœurs, s'éloignent tout-à-fait des habitudes des grands animaux. Ils sont doués d'organes particuliers, et de l'usage desquels nous ne pouvons pas nous rendre compte d'une manière pleinement satisfaisante, parce que nous n'avons pas des organes analogues."
"Par exemple, tous les insectes quelle que soit leur forme, ont des antennes, c'est-à-dire deux cornes déliées et souples qui se projettent en avant comme pour tâter le terrain, et faire connaissance avec les objets dont ils s'approchent. Nous ignorons quelle est, au juste, la nature de la sensation que l'animal reçoit par ses antennes ; mais il est d'autres parties de son organisation sur l'usage desquelles nous ne pouvons avoir aucun doute."
"Les véritables ailes des scarabées sont formées d'une membrane extrêmement légère et transparente, qui ressemble à une gaze. Lorsque ces ailes sont étendues, elles ont une très grande surface relativement au volume de l'animal. Pour protéger ces ailes délicates, et pour les maintenir humides et souples, le Créateur les a recouvertes d'autres ailes écailleuses qui font office de fourreau. Lorsque l'animal est en repos, les ailes de gaze sont pliées sous ce bouclier impénétrable. Si le scarabée veut voler, il soulève ces deux écailles, et déploie ses ailes membraneuses pour faire route. Quelle variété et quelle précision ne faut-il point dans l'arrangement des cordages qui vont mouvoir ces grandes voiles, c'est-à-dire des tendons musculaires qui dirigent la manœuvre de ces ailes de gaze ; il faut non seulement que l'insecte puisse les plier et les développer à volonté, mais encore les mouvoir et les diriger de la manière précisément convenable pour frapper l'air avec avantage, pour pincer le vent, et pour varier sa direction dans tous les sens possibles. Le plus grand nombre des scarabées vivent dans des trous qu'ils font en terre, et entourés de substances dures au travers desquelles ils sont obligés de faire leur chemin : de grandes ailes légères et faibles eussent été bientôt froissées et déchirées, sans cet étui solide qui les recouvre. "
"On trouve chez les insectes une autre invention également mécanique, et destinée à préparer aux œufs de l'animal une retraite sûre. Il y a plusieurs espèces de mouches qui portent dans leur partie inférieure, un perçoir destiné à pénétrer dans les plantes, dans le bois, dans la peau ou la chair des animaux, dans les chrysalides d'animaux différents ; quelquefois même dans le mortier et dans la pierre. Le perçoir est un instrument pointu, caché à l'extrémité de l'abdomen, d'où il sort à la volonté de l'animal. Dans un étui qui se divise et s'ouvre, lorsque l'aiguillon agit, il y a un pivot dentelé, le long duquel est une gouttière ou rainure, qui sert à conduire l'œuf lorsque le perçoir a fait le trou dans la substance qui convient à la vie de l'animal qui doit éclore. Chez les œstres, le perçoir se projette en dehors, comme les étuis d'une lunette qui sont renfermés les uns dans les autres ; et la partie la plus saillante est armée d'un instrument aigu, capable de percer la peau d'un bœuf. Il suffit d'indiquer le fait, pour faire admirer le mécanisme d'un tel instrument."
"Les aiguillons des insectes leur ont été donnés dans un but différent, mais la construction en est analogue à celle du perçoir. L'extrême ténuité et la solidité de cet instrument ; sa substance absolument différente de celle des autres parties de l'insecte, la force du muscle qui le met en mouvement, la rapidité de son action, en font un instrument merveilleux. L'aiguillon d'une abeille perce un gant de peau de chèvre. Il pénètre dans la peau de l'homme avec plus de facilité que l'aiguille la plus acérée. L'action de l'instrument nous offre la réunion des moyens mécaniques et chimiques. À quel degré de concentration ne doit pas être porté le venin qui agit avec tant de force, même en quantité si petite ?"
"Observons cependant que, chez l'abeille, ce venin si subtil procède du miel, seule et unique nourriture de l'insecte. C'est une curieuse métamorphose chimique que celle du miel en poison. Quant à la partie mécanique, elle n'est pas moins curieuse. L'aiguillon, tout acéré qu'il nous paraît, n'est cependant qu'un étui. Près de sa pointe, on découvre au microscope, deux trous extrêmement petits. À l'instant où l'insecte plante son aiguillon, il sort par ces deux trous deux autres dards, lesquels lancent le poison dans la plaie. J'ai dit que les procédés chimiques se trouvaient ici réunis aux dispositions mécaniques ; et, en effet, à quoi servirait tout cet appareil microscopique combiné avec tant d'art, s'il ne se passait pas dans le corps de l'insecte une élaboration chimique dont le résultat est un venin tellement concentré et subtil, que même en dose si faible, ses effets sont ce qu'ils doivent être ? D'un autre côté, à quoi aurait servi l'action chimique qui élabore le poison, s'il n'y eût pas eu un mécanisme qui pût transporter ce poison jusque dans le corps de l'ennemi ?"
"La plupart des insectes sont munis d'une trompe : arrêtons-nous à considérer cet organe. C'est un tube attaché à la tête de l'animal. Chez l'abeille, ce tube est composé de deux parties articulées ensemble ; car si la trompe était toujours étendue de sa longueur, elle serait trop exposée aux accidents extérieurs. Lorsque l'abeille ne s'en sert pas, la trompe est repliée en sûreté, sous un petit avant-toit formé par une écaille. Il y a des papillons chez lesquels la trompe, dans son état de repos, est roulée comme le ressort d'une montre. Dans l'abeille, la trompe fait office de bouche : l'insecte n'en a pas d'autre ; et il est bien évident que l’autre forme qu'eût pu avoir la bouche d'une abeille, elle n'aurait pas été si propre à recueillir la nourriture de l'animal. La nourriture de l'abeille est le nectar des fleurs, c'est à dire une goutte de sirop qui se trouve déposée dans le fond des corolles, et dans les replis des pétales. L'abeille plonge sa trompe dans ces cavités inaccessibles à tout autre instrument, et aspire la liqueur sucrée."
"Les anneaux qui composent la trompe, les muscles qui servent à son extension et à ses divers mouvements, en font un instrument d'une admirable construction. Mais ce que je veux surtout faire remarquer ici, c'est le rapport entre la structure et l'usage de la trompe, ainsi que le soin que l'auteur de la nature a eu de s'écarter de l'analogie générale toutes les fois que cette déviation a été convenable.
Il y a des insectes chez lesquels la trompe est renfermée dans un étui pointu. Cet étui, qui est d'une contexture plus solide que la trompe elle-même, sert à percer la substance qui contient la nourriture de l'animal, après quoi la trompe fait son office de suçoir. Peut-il y avoir un mécanisme dont le but soit plus évident ?"
"La métamorphose que subissent la plupart des insectes en passant de l'état de ver à celui de mouche ou de papillon, est un merveilleux procédé de la nature : Quel étonnant changement dans la chenille, par exemple ! Quatre ailes magnifiques se trouvent formées, là où auparavant il n'y avait rien. Une trompe a remplacé la bouche et les dents. L'animal a six longues jambes, au lieu de quatorze pieds. Dans d'autres cas, c'est un ver mou et blanc qui devient un scarabée noir, couvert d'une écaille dure, et pourvu d'ailes de gaze. Ce sont là, il le faut avouer, de bien étranges métamorphoses : il faut, sans doute, pour opérer de tels effets, un appareil de moyens bien merveilleux ; mais cet appareil échappe à notre observation. L'hypothèse qui paraît la plus probable, c'est qu'il existe, tout à la fois, trois animaux les uns dans les autres, et que la même digestion nourrit. "
"Les découvertes récentes des naturalistes semblent favoriser cette opinion. On a cru voir les ailes du papillon déjà formées, sous les membranes du ver et de la nymphe. On a observé au microscope, chez certains vers, la trompe, les antennes, les jambes et les ailes de la mouche qui devait se développer ; mais toutes ces parties repliées et cachées avec tant d'art et de soin qu'elles ne gênaient en rien les mouvements du ver. Il paraît donc que celui-ci, qui servait comme d'enveloppe aux deux autres animaux, meurt le premier, et fait place à la chrysalide, laquelle en mourant à son tour laisse paraître l'insecte ailé. Que cette supposition soit fondée, ou qu'on en adopte une autre quelconque, il demeurera vrai que c'est un des plus curieux mécanismes dont on puisse se former l'idée ; c'est un animal sur trois de hauteur, ou trois animaux auxquels un même système vasculaire suffit, et qui vivent les uns dans les autres."
"Presque tous les insectes sont ovipares. La nature tient les insectes en sûreté pendant l'hiver, dans l'état d'œuf. Mais la variété de ses ressources pour mettre les œufs à l'abri de tout accident, est infinie. Plusieurs insectes renferment leurs œufs dans un tissu de soie ; d'autres les couvrent d'une enveloppe de poils pris sur eux-mêmes ; d'autres les agglutinent ensemble; d'autres , comme le ver à soie, les collent sur les feuilles, en les déposant, pour que le vent et la pluie ne les emportent pas ; d'autres font des incisions dans les feuilles, et y cachent leurs œufs ; d'autres enfin font des trous en terre , et après y avoir déposé une certaine quantité de nourriture pour les vers qui doivent éclore, y placent leurs œufs. Dans ces divers cas, nous voyons que la précaution prévoyante de l'insecte dépend essentiellement des ressources physiques de sa constitution : celui qui a formé l'insecte a pré-ordonné avec dessein et intelligence les opérations dont devoir résulter la sûreté de sa progéniture, et l'a organisé en conséquence."
"C'est une observation curieuse à faire, quand cette observation est possible, que la manière dont le jeune insecte est replié dans l'œuf. Tous ses membres sont formés avant qu'il éclose ; mais ils sont repliés de la manière la plus propre à épargner la place. Observons ici la preuve d'un dessein, et d'une direction spéciale : si l'animal était simplement comprimé dans l'œuf, l'arrangement de ses membres ne serait pas toujours le même : au lieu que dans les mêmes espèces, les membres sont toujours pliés de la même manière. · ·
Les remarques que je viens de faire s'appliquent à la généralité des insectes : j'en ai quelques autres à présenter qui ont pour objet certains insectes seulement."
Parcourant mes vieux grimoires, je tombe sur un article titré Le Papillon décrit par Linné dans une revue L’Amateur d’Histoire naturelle publiée en 1905, plus précisément dans le n°5 daté 10 novembre de la première année de parution.
Le directeur de la revue est Alphonse Labitte (1852-1934) - poète, journaliste, enlumineur et entomologiste - dont j’ai eu l’occasion d’étudier la bibliographie et la biographie. Elle est présentée dans la revue Insectes de l'OPIE (n°191 - 2018 (4).
Il a fondé cette revue mensuelle plus particulièrement à l’attention des enfants pour leur faire comprendre et aimer la nature en y traitant de botanique, de biologie, de géologie, par des mots simples à leur portée.
Malheureusement pour des raison manifestement financières sans doute par manque d'abonnés, il n'y aura pas de suite à ce numéro 5. Dommage les premiers numéros laissaient augurer de beaux articles de vulgarisation par des rédacteurs compétents.
Le but que se fixe la revue est précisé dans le numéro 1 du 10 juillet 1905 :
"Nous suivrons les regards de l'enfant étonné et nous chercherons à répondre à tous ces pourquoi qui se pressent sur ses lèvres, dès qu'il commence à contempler le merveilleux spectacle qu'il a sous les yeux. […]
S'il cueille une fleur au bord d'un sentier, nous l'examinerons avec lui et nous lui révèlerons la finesse et l'étonnante complication de ses tissus. Le brin d'herbe nous dira son secret, ce secret de la vie qui, dans ses manifestations les plus humbles, demeure encore la plus belle leçon que nos cœurs puissent apprendre. "
"Lorsque son regard amusé suivra la marche lente du colimaçon, la course fiévreuse de la fourmi ou le vol insouciant du papillon, nous lui parlerons des insectes, de l'existence qu'ils mènent et du rôle extraordinaire que jouent ces êtres en apparence insignifiants dans l'immense nature. La fourmilière ne sera plus pour lui le petit tas de terre, ou l'on donne un coup de pied en passant, mais la cité merveilleuse où chacun accomplit silencieusement sa tâche, dans l'intérêt de tous.
Il ne verra plus dans l'abeille la vilaine bête qui pique, mais l'étonnante ouvrière qui ne se lasse jamais d'aller puiser dans les fleurs les sucs capiteux, qu'elle transforme ensuite en miel, Nous lui montrerons l'usine où ce travail s'opère, la ruche laborieuse, chef-d'œuvre de patience et d'organisation. Mais nous ne nous contenterons pas seulement de faire appel à l'intelligence de l'enfant, nous parlerons encore à son cœur. Nous lui inspirerons le respect de tous les animaux qui l'entourent, et nous lui répéterons souvent qu'ils ne sont pas de simples jouets, mais des serviteurs utiles, qu'il faut traiter avec bonté. Etc."
Mais venons-en à cet article sur le papillon où le rédacteur fait parler Linné.
"Regarde, s'écrie Linné qui se montrait poète à force d'être savant, regarde les grandes ailes, si élégantes et si richement peintes du papillon ; elles sont au nombre de quatre, et couvertes de petites écailles comme de plumes délicates. A l'aide de ces ailes, il se soutient dans l'air tout un jour ; il rivalise avec le vol de l'oiseau, avec le luxe du paon. Considère l’insecte dans sa marche à travers la vie ; combien il diffère, dans la première période, de ce qu'il sera dans la seconde, et combien ces deux états diffèrent de ce que sont les auteurs de ses jours !
"Ses changements sont pour nous une énigme inexplicable : nous voyons une chenille verte, avec seize pieds ; elle se nourrit des feuilles vertes des plantes ; plus tard, elle se change en chrysalide lisse, d'un lustre doré, qui se suspend à un point fixe, qui vit sans pieds et qui subsiste sans nourriture. Cet insecte subit encore une autre transformation, il acquiert des ailes, il a maintenant six pattes, il devient un gai papillon, s'ébattant dans l'air et vivant par voie de succion sur le miel des plantes. La nature a-t-elle produit un être plus digne de notre admiration que cet animal venant sur la scène du monde et y jouant son rôle sous tant de masques différents ? "
"Les anciens étaient si frappés des transformations du papillon, de sa renaissance - à la suite d'une mort apparente - qu'ils l'avaient considéré comme l'emblème de l'âme. Le mot grec psyché signifie à la fois âme et papillon et c'est pour cette raison que cet insecte figure dans les emblèmes allégoriques comme un symbole d'immortalité. Devant cette description ravissante un poète contemporain écrivit ces vers sur le papillon :"
N.d.R. Je vous avoue ne pas avoir trouvé le poète contemporain, auteur de ce poème. Je soupçonne qu’Alphonse Labitte en soit lui-même l’auteur, mais ce poème ne figure pas dans les œuvres éditées.
« Si insignifiante donc, peut-être si méprisable que puisse sembler, à ceux qui ne réfléchissent pas, l'étude d'un papillon, ce n'est pas, il s'en faut de beaucoup, un être insignifiant. Comment ne point être saisi d'étonnement et d'admiration quand on considère l'art déployé dans le mécanisme d'une si mince créature. - Les fluides circulant dans des vaisseaux si petits qu'ils échappent à la vue ; la beauté des ailes et la peinture qui les recouvre - enfin, la manière dont chaque partie se trouve adaptée à des fonctions particulières ! C'est le cas de nous écrier avec Paley: « l'idéal de la beauté était aussi bien présent dans l'esprit du créateur quand il peignit un papillon que lorsqu'il donna la symétrie à la forme humaine. »
Paley cité ici est probablement William Paley (1743-1825), un théologien anglais dont les écrits ont fortement influencé Charles Darwin. La citation est peut-être tirée de Théologie naturelle ou Preuves de l'existence et des attributs de la divinité, tirées des apparences de la nature, paru en Angleterre en 1802, en 1813 en France. Nous reviendrons ientôt sur les écrits de William Paley à propos des insectes.
Quant à A. L. de Camprémy, il n’est autre qu’Alphonse Labitte lui-même. Il a pris ce pseudonyme pour certaines de ses œuvres de chansonnier et pour quelques articles de la revue, y compris le courrier des lecteurs. Camprémy, dans l’Oise, est le village d’origine de son père.
Au pied des vestiges du château de Verneuil-en-Halatte, départ du Sentier de la Biodiversité aménagé par la municipalité avec le concours de l’Agrion de l’Oise, il y a un hôtel à insectes. Au printemps cet hôtel a vu le manège des abeilles sauvages, des osmies.
Mais en juillet, ce sont d’autres hyménoptères qui ont mené la danse autour de cet hôtel. Il s’agit d’un hyménoptère tout noir de la super-famille des Apoidea, famille des Sphecidae (les guêpes fouisseuses), du genre Isodontia, genre appartenant à la sous-famille des Sphecinae comme le genre Sphex. Et oui c’est compliqué la classification des hyménoptères…
Venons en au fait, il s’agit d’Isodontia mexicana, encore appelée Isodonte mexicaine ou Sphex du Mexique. Cet insecte est originaire d'Amérique centrale et du Nord, récemment venu en Europe occidentale. C’est une guêpe solitaire d’une vingtaine de millimètres. Son thorax et sa tête sont couverts d’une pilosité blanche. Comme pour les Sphex, un long pétiole relie le thorax à l’abdomen.
Proches d'elle il y a Isodentia spendidula à l’abdomen partiellement rouge et qui a le même mode de vie et notamment partage les mêmes proies, ainsi que I. paludosa, également toute noire, mais au pétiole plus court.
Cet insecte n’est pas agressif, il se nourrit de nectar. Les femelles bâtissent leurs nids dans des branches creuses. C’est pourquoi elles apprécient les tiges creuses des hôtels à insectes. Dans cet hôtel, il y a également des structures en plastique avec des cavités parallélépipédiques manifestement plus logeables.
Les Sphex, quant à eux, bâtissent leurs nids en creusant le sol. Mais comme les Sphex grillivores (mangeurs de grillons), Isodontia mexicana est une guêpe prédatrice qui chasse les petites sauterelles. Elle les capture et les paralyse avec son aiguillon, les introduit dans un nid (une tige creuse ou une cavité du panneau plastique) et pond dessus entre ses pattes (la sauterelle est mise sur le dos chez les Sphex). Puis elle ferme la cavité avec des herbes sèches qui sont toujours prises aux alentours des nids et non dans les pailles garnissant l'hôtel à insectes.
Insistons sur le fait que l'Isodonte adulte ne mange pas la sauterelle, cette proie est uniquement destinée à sa larve qui aura besoin de protéines pour se développer.
A l’éclosion des œufs quelques semaines plus tard, les larves auront à leur disposition de la chair fraiche pour se nourrir, les sauterelles n’étant pas mortes. Les larves tisseront un cocon et les imagos en sortiront 2 à 3 semaines plus tard.
Les femelles étaient nombreuses devant l'hôtel à insectes. il y avait probablement des mâles autour d'elles, mais il n'a pas été observé d'accouplement. Cette guêpe est "solitaire" (ne vit pas en société avec une reine comme d'autres guêpes) mais est grégaire comme les abeilles sauvages (nombreux couples au même endroit).
Michel Huyvaert a eu l’occasion de photographier les femelles avec leurs proies ou garnissant les nids.
Il ne reste plus qu’à attendre la sortie des adultes.
Il faudra environ 11 à 13 mues, en au minimum 15 jours jusqu’à deux ou trois années, avant que la larve qui a commencé sa transformation sorte de l’eau. Cette sortie est principalement conditionnée par la température de l’eau et l’abondance de proies. Comme les insectes finis, les larves sont carnassières. Elles se nourrissent de larves d’insectes, par ex. larves de moustiques, d'alevins de poissons, de petits crustacés. Elles peuvent aussi consommer des larves d'odonates d'autres espèces, voire de leur propre espèce.
Pour attraper sa proie, la larve est équipée d’un masque mentonnier. C’est une sorte de bras articulé sous son menton équipé de deux crochets qu’elle déplie rapidement pour capturer ses proies.
Voici la dernière phase qui va transformer la larve aquatique en libellule terrestre : l’émergence.
Ceci nécessite nombre de transformations physiologiques et morphologiques. Il lui faudra passer d’une respiration aquatique à une respiration aérienne.
Cette métamorphose a déjà commencé dans l’eau. Si les émergences ont lieu dès la tombée de la nuit, on peut observer ce spectacle à l’aube.
Ce même mois de juillet 2017, j’arrive vers 8h du matin et oh surprise, j’aperçois une larve qui grimpe le long d’un roseau. Le support doit être le plus nu possible afin d’éviter d’abîmer ses ailes encore fragiles.
Je suis tout excité car c’est une première. Je prépare mon appareil et J’attends. Par chance il fait très beau. Plusieurs facteurs peuvent mettre la vie de cette Odonate en péril. Un vent violent, la pluie mais surtout des prédateurs tels les grenouilles et les oiseaux.
Elle arrête sa progression sur le roseau et je peux observer par transparence, notamment au niveau des yeux, que la métamorphose avait bien commencé dans l’eau. Doucement le thorax se gonfle, puis il se déchire au niveau des fourreaux alaires.
Je vois apparaître le thorax, la tête, les pattes et en dernier les ailes toutes fripées. Quelques secondes de repos la tête en bas et par de petits mouvements de balancier, la libellule se retrouve tête en haut en s’accrochant à son exuvie. Tout son corps est sorti. Doucement les ailes irriguées par l’hémolymphe (le sang), se déploient telles les voiles d'un voilier. Cette transformation totale aura demandé 2 h. Une fois le durcissement des ailes terminé, L’Odonate est prêt pour son premier vol. Les couleurs définitives apparaîtront 2 à 3 jours plus tard.