Publié le 17 Novembre 2017

En me promenant en forêt de Halatte, j’aime à observer le travail des bouviers, ces modestes insectes dans leur livrée noire aux beaux reflets bleu métallique. Ils s’affairent dans le crottin des chevaux qui fréquentent nos belles allées. Chevaux de course à l’entrainement ou chevaux de ballade, sans oublier la chasse à courre tant décriée, ils sont nombreux et bien sûr laissent le fumet de leur crottin.

bousier © Philippe Delmer

bousier © Philippe Delmer

La fonction des bousiers est, comme on le sait depuis que Jean-Henri Fabre en a si bien parlé dans ses Souvenirs entomologiques, de faire rapidement disparaitre les restes de l’alimentation des animaux. Fabre étudiait ces insectes et leurs larves dans ce qu’il appelait des volières et leur fournissait du crottin qu’il faisait ramasser par des enfants du voisinage ou l’achetait à un voisin.

« Pour résoudre la question ardue de l'éducation de la larve, ma première tentative fut la construction d'une ample volière, avec sol artificiel de sable et provisions de bouche fréquemment renouvelées. Des Scarabées sacrés y furent introduits au nombre d'une vingtaine, en société de Copris, de Gymnopleures et Onthophages. Jamais expérience entomologique ne me valut autant de déboires. Le difficile était le renouvellement des vivres. Mon propriétaire avait écurie et cheval. Je gagnai la confiance du domestique, qui rit d'abord de mes projets, puis se laissa convaincre par la petite pièce blanche. Chaque déjeuner de mes bêtes me coûtait vingt-cinq centimes. Budget de bousier n'avait jamais sans doute atteint un pareil chiffre. Or, je vois encore, je verrai toujours Joseph qui, le matin, après le pansement du cheval, dressait un peu la tête par-dessus le mur mitoyen des deux jardins et, tout doucement, faisant porte-voix de la main, me criait : hé ! hé ! J'accourais recevoir un plein pot de crottin. La discrétion des deux parts était nécessaire, vous allez voir. Un jour le maître survient de fortune au moment de l'opération ; il s'imagine que tout son fumier déménage par-dessus le mur et que je détourne au profit de mes verveines et de mes narcisses ce qu'il réserve pour ses choux. Vainement j'essaie d'expliquer la chose : mes raisons paraissent plaisanteries. Joseph est houspillé, traité de ceci, traité de cela, et menacé d'être congédié s'il recommence. On se le tint pour dit. »

bousier  © Michel Huyvaert

bousier © Michel Huyvaert

Cet insecte coprophage est indispensable à nos écosystèmes.

 

Prenons ce passage de Wikipédia :

« Les bousiers jouent un rôle particulier dans l’agriculture : en enterrant ou en recyclant les excréments par leur digestion, ils accélèrent la formation d’engrais naturel et enrichissent le sol en matière organique et sels minéraux. Ils protègent aussi le bétail, notamment les ruminants, des possibles infections que les excréments, longtemps abandonnés à la putréfaction naturelle, pourraient propager par l’intermédiaire de parasites, comme les mouches. C’est pour cette raison que de nombreux pays ont introduit ces créatures au grand bénéfice de leur élevage. Dans les pays en voie de développement, les bousiers sont un facteur important de promotion de l’hygiène.

L'American Institute of Biological Sciences estime que les bousiers, en enterrant les déjections, font épargner environ 380 millions de dollars au secteur agroalimentaire des États-Unis. L’absence d’insectes coprophages endémiques capables de recycler les matières fécales d’animaux introduits en Australie a poussé le gouvernement australien à acclimater plusieurs espèces de bousiers. »

sur le dos, je fais le mort © Roger Puff

sur le dos, je fais le mort © Roger Puff

Il faut dire que comme cet insecte est assez lent, il est facile à observer. Il se met sur le dos quand il se sent menacé et fait le mort, ce qui permet d’admirer sa livrée.

Mais cet été j’ai constaté des tas de crottin étalé jonchés de dizaines de bousiers morts. Des hécatombes.

Lors d’une visite des marais de Sacy, notre guide Lucas Baliteau du CPIE, a insisté sur le fait que le bétail qui pâture dans le marais, équins et bovins, n’est pas vermifugé préventivement.

hécatombe © Roger Puff

hécatombe © Roger Puff

Voilà donc ce qui tue mes chers bousiers, le vermifuge des chevaux… Le problème est-il nouveau ? Une rapide enquête m’a montré que les éleveurs et propriétaires de chevaux sont informés depuis longtemps des dégâts faits par ces produits vétérinaires.

Mon moteur de recherche préféré m’a rapidement conduit à un article paru dans Libération du 3 mars 1999, titré :

« S.O.S. Bousiers. Des insectes coprophages meurent par la faute de traitements donnés au bétail »

La journaliste écrivait alors :

« Si les bousiers disparaissent, ça va être le bourbier. La perspective de l'extinction de ces insectes mangeurs d'excréments d'herbivores inquiète le Pr Jean-Pierre Lumaret, directeur du laboratoire de zoogéographie de l'université Paul-Valéry de Montpellier. Ce scientifique a d'ailleurs saisi le Conseil de l'Europe pour lui demander de faire respecter la convention de Berne de 1979 sur la conservation de la vie sauvage et des milieux naturels de l'Europe. Des experts ont été nommés et sont en train de préparer une recommandation pour le Conseil. »

Pas nouveau donc.

bousier © Michel Huyvaert

bousier © Michel Huyvaert

Le site Internet de l’Association loi 1901 pour l'aménagement d'un "Chemin du Philosophe" en forêt domaniale de Montmorency en parlait en 2009 :

« En me promenant en forêt, sur le Chemin du philosophe, je suis étonné par l’hécatombe de bousiers sur les crottins de chevaux. Ces petits scarabées remplissent la fonction de décomposer et de recycler des déchets organiques. Se tueraient-ils à la tâche ? Renseignements pris, cette mortalité est la conséquence, apparemment bien connue, de l’administration massive d’ivermectines, des vermifuges, au bétail à travers le monde entier depuis vingt ans. Sans doute d’autres insectes coprophages subissent le même sort. Ils ont pourtant tous un rôle essentiel dans les cycles alimentaires de la nature et pour l'équilibre des écosystèmes. Malheureusement pour eux, moins nobles dans nos imaginaires, ils sont moins médiatisés que les abeilles qui sont également menacées par les pharmacopées humaines. »

Un site professionnel « Techniques d’élevage » dans un article de septembre 2013 alertait les éleveurs :

« L’impact des vermifuges sur la faune sauvage en images »

On pouvait lire :

« Choisir le moment de la vermifugation, ne pas vermifuger à outrance, ne pas mettre l'animal au pré ou le sortir après vermifuge... des précautions inutiles ? Pas pour la faune sauvage. »

bousier © Roger Puff

bousier © Roger Puff

Il présentait des photos de crottin de chevaux vermifugés avec les bousiers décimés et écrivait :

« Les molécules d'un vermifuge vont tuer tous les insectes à proximité des fèces et à fortiori ceux qui vont disperser celles-ci. Un vermifuge, c'est pas automatique. Coprologie, program-mation, estimation, analyse des vermifuges nécessaires sont autant de réflexes qui réduisent la mortalité dans la faune sauvage. »

Des études ont été réalisées par les Haras nationaux sur l’impact des antiparasitaires sur les coprophages entre 2012 et 2014 dans la réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais. Une des conclusions :

« Par ailleurs, les pratiques montrent que les traitements, (notamment aux avermectines) sont trop fréquents et que le recours à un avis vétérinaire est rare avant le traitement. Cela pose divers problèmes : outre les effets sur la biodiversité, l’apparition de résistances, le non-respect de la règlementation sur la délivrance de médicaments, la perte de contrôle sur la diffusion des molécules toxiques dans l’environnement...en plus de coûts de prophylaxie probablement plus élevés que nécessaire pour les structures. » (travaux publiés à la 40ème Journée de Recherche équine en 2014 ; article du site mis à jour en juin 2017).

L’article recommandait la mise en œuvre de bonnes pratiques et proposait une fiche technique « vermifugation ».

 

bousier  © Philippe Delmer

bousier © Philippe Delmer

2017 : les propriétaires de chevaux n’auraient toujours pas compris le message. Et merdre ! comme disait le bon Roi Ubu ! Il n’y a pas que les abeilles qui dégustent ! Alors à quand une levée de boucliers pour la protection de nos bousiers et autres insectes coprophages ? Les mânes de Jean-Henri Fabre nous en saurons gré.

sur un champignon  © Philippe Delmer

sur un champignon © Philippe Delmer

Mon conseil : A moins d’être sûr du bidet, n’utilisez pas de crottin de cheval dans vos jardins, au risque de ravager toute la faune qui travaille sans relâche la terre pour vous : lombrics, collemboles, insectes… et le fumier de vache n’est sans doute pas plus sûr. Alors les engrais NPK ? bof …

 

N.B. L’ivermectine est une molécule apparentée aux avermectines (insecticides souvent utilisés à usage domestique comme appâts contre les fourmis) qui sont extraites d’une bactérie le Streptomyces avermitilis.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 12 Novembre 2017

Attention

Nous avons été amenés à changer le lieu de notre conférence de mardi 14 novembre.

Elle ne sera pas donnée à Pontpoint comme annoncé.

mais à Verneuil-en-Halatte à 20h00

Salle Henriette d'Entragues / Salomon de Brosse

Merci de bien vouloir nous pardonner cette modification de dernière minute.

Attention au changement de lieu

Attention au changement de lieu

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 29 Octobre 2017

1er Prix du Public et 3ème Prix du Jury "Douceur matinale" ©Patrick Carliez

1er Prix du Public et 3ème Prix du Jury "Douceur matinale" ©Patrick Carliez

L’ouverture de la 4ème édition de notre concours photos s’est faite le 1er mai. Le premier candidat a remis ses 3 photos dès le 6 mai à 8h40, le dernier le 31 août à 23h50, juste à temps. Les candidats étaient un peu moins nombreux que l’an dernier, et ce malgré une communication vers toutes les fédérations départementales de clubs photos. C’est un peu une déception. Mais les photos reçues étaient d’une qualité remarquable,  il faut le souligner. Un peu de statistiques si vous le voulez bien :

  • 57 % d'hommes et 43 % de femmes
  • 54 % d'actifs, 11 % de scolaires ou d'étudiants, 35 % de retraités ou non actifs
  • 78 % originaires des Hauts-de-France (63 % de l’Oise)
  • Les autres candidats venant d’Ile-de-France, Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Occitanie, PACA, etc. et même de Belgique
  • 44 % de nouveaux candidats (dommage que tous les anciens ne se soient pas représentés).

Notre jury s’est réuni le 19 septembre sous la présidence de Gilles Mermet, artiste-journaliste-photographe.

Le choix a été difficile. Les lépidoptères étaient les plus photographiés (22,0%), devançant odonates (18,5%), hyménoptères (15,6%), puis diptères et coléoptères à égalité à 11,2%. Quelques hémiptères dont 5 cigales, des orthoptères, des mantes toutes religieuses, une pincée de névroptères, un mécoptère (une mouche scorpion) et un éphémère (qui ne le restera pas puisqu’il a été primé).

Parmi ces 24 photos sélectionnées, le jury a attribué ses prix adultes et moins de 18 ans.

Le samedi 21 octobre, arrivés sur les lieux à 7h30 dans la galerie marchande du centre commercial Val d’Halatte de Pont-Sainte-Maxence, nous avons pu monter nos grilles et installer les photos, tirées en grand format par les soins de Henrique dos Santos (Photo Henrique à Pont-Ste-Maxence).

ils ont voté ©L'Agrion de l'Oise

ils ont voté ©L'Agrion de l'Oise

Le public allait voter pour sa photo préférée. Pendant 7 jours jusqu’au samedi 28 octobre, nous nous sommes partagé la garde de l’urne, qui s’est lentement remplie grâce à notre force de conviction. Ce n’est pas évident de faire voter les clients sortant du magasin, poussant un lourd caddie et vérifiant une longue addition. Mais c’est faisable d’autant que la beauté des photos captive rapidement petits et grands en cette 1ère semaine de vacances scolaires. Quelques candidats sont passés. Mais le secret des votes ne nous a pas permis de savoir s’ils avaient voté pour leur photo (qui plus est, ce n’était pas interdit par le règlement).

724 votants se sont exprimés et deux bulletins ont été tirés au sort parmi les votants pour recevoir un prix offert par McDonald’s. Les prix du Public ont été remis aussitôt après le dépouillement des votes. Seules 3 photos, dans un mouchoir de poche, obtenaient plus de 10% des voix.

Patrick Carliez devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

Patrick Carliez devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

Le 1er prix du Public, (bon d’achat de 100 € offert par Espace culturel Leclerc) avec 89 votants (12,3% des votes), est revenu à la photo n°13 « Douceur matinale » de Patrick Carliez, responsable de production à Roye (Somme), récidiviste de notre concours. L’insecte, un lépidoptère, était un gazé (Aporia crataegi), pris au bord de la rivière Aumance, dans une friche, près de Hérisson dans l’Allier. Phot prise avec un boitier Nikon D750 équipé d'un objectif 105 mm.

2ème Prix du Public "Théâtre d'ombres" ©François-Xavier Taxil

2ème Prix du Public "Théâtre d'ombres" ©François-Xavier Taxil

A deux voix près, un recomptage sérieux ayant été effectué, le 2ème prix du Public (bon de 50 € offert par Brico Leclerc) avec 87 votants (12,0%) était pour François-Xavier Taxil, enseignant à Chantilly (Oise) n’ayant encore jamais candidaté à notre concours, pour la photo n° 19 « Théâtre d’ombre » présentant une mante religieuse à contre-jour. Photo prise avec un boitier Nikon D7000, objectif 105 mm.

3ème Prix du Public et 2ème Prix du Jury "Accouplement de zygènes" ©Gilles Parigot

3ème Prix du Public et 2ème Prix du Jury "Accouplement de zygènes" ©Gilles Parigot

Enfin le 3ème prix du Public (coffret cadeau de 30 € offert par l’Agrion de l’Oise) était pour la photo n°6 « Accouplement de zygènes » recueillant 79 voix (10,9%) de Gilles Parigot, retraité de Istres (Bouches-du-Rhône), pour sa 1ère candidature, avec ses Zygaena rhadamantus, zygènes cendrées ou de l’esparcete ou encore de la dorcnie. Photo prise avec un boitier Nikon D2000, objectif Sigma 105 mm macro.

La photo de ces beaux lépidoptères avait été prise dans le Var, cette espèce de papillon étant essentiellement présente dans le sud-est de la France.

Excellent choix du public pour ce tiercé gagnant.

Notons que la photo arrivée 4ème obtenait 53 voix, la n°4 « Shopping au jardin » de Brigitte Roussel, tandis que la 5ème avec 34 voix était la n°7 « Belle écarlate » du Jean-Marc Curvers.

Les prix du Jury ont ensuite été dévoilés.

1er Prix du Jury adulte "Aeschne bleue" ©William Mathot

1er Prix du Jury adulte "Aeschne bleue" ©William Mathot

William Mathot devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

William Mathot devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

Le 1er prix du Jury "adulte" (un bon d’achat de 100 € chez Brico Leclerc) a été attribué à William Mathot, retraité à Margny-sur-Matz (Oise).

La photo primée était sa magnifique Aeschne bleue (Aeshna cyanea) prise en plein vol et à Margny., prise avec un boitier Nikon D300S, objectif Nikon AFS 105 mm

Le 2ème prix du Jury "adulte" (un coffret cadeau d’une valeur de 60 € offert par L’Agrion de l’Oise) était pour Gilles Parigot, déjà 3ème prix du Public pour ses zygènes.

Bravo pour ce beau doublé (normal pour un couple).

Deux diplômes pour Patrick Carliez  ©L'Agrion de l'Oise

Deux diplômes pour Patrick Carliez ©L'Agrion de l'Oise

Deux diplômes pour Patrick Carliez (à gauche).

Le 3ème prix du Jury "adulte" (un coffret cadeau d’une valeur de 30 € offert par L’Agrion de l’Oise) était à nouveau dans un doublé, puisqu’il revenait à Patrick Carliez.

MM. Paringaux et Warin du Groupe Leclerc félicitant M. Carliez, en présence de M. Demay, journaliste d’Oise Hebdo  ©L'Agrion de l'Oise

MM. Paringaux et Warin du Groupe Leclerc félicitant M. Carliez, en présence de M. Demay, journaliste d’Oise Hebdo ©L'Agrion de l'Oise

Les jeunes avaient été plus nombreux que l’an dernier mais pas encore suffisamment à notre gré.

1er Prix du Jury jeune "L'équilibriste" ©Yanis Langlois

1er Prix du Jury jeune "L'équilibriste" ©Yanis Langlois

La photo « L’équilibriste », représentant un éphémère sur un brin d’herbe, remportait le 1er prix du Jury "jeune" (un bon pour 100 € de tirages photos chez Photo Henrique). Elle était l’œuvre de Yanis Langlois, de Saint-Ouen-l’Aumone Val d’Oise), qui – soulignons-le, avait reçu le prix d’encouragement du jury l’an dernier. Yanis, qui vient d’avoir 10 ans, a fait cette belle photo avec l’appareil photo Konika Minolta bridge Dimage A2, que lui avait offert son papy, dans le jardin de ce dernier à Naveil dans le Loir-et-Cher. Toute la famille était là, y compris le papy.

Yanis Langlois et Nathalie, sa maman, dont la photo avait également été sélectionnée ©L'Agrion de l'Oise

Yanis Langlois et Nathalie, sa maman, dont la photo avait également été sélectionnée ©L'Agrion de l'Oise

2ème Prix du Jury jeune "Sur les baies" ©Marina Aubry

2ème Prix du Jury jeune "Sur les baies" ©Marina Aubry

Le 2ème Prix du Jury "jeune" (un bon d’achat de 100 € de Grand Optical) était pour  la photo n° 15 « Sur les baies » de Marina Aubry, 16 ans. Elle représentait un papillon tircis (Pararge aegeria) pris fin août à Nogent-sur-Oise (Oise), où habite Marina. Photo prise avec un vboitier Nikon D5200, objectif Nikon AFS 105 mm.

3ème Prix du Jury jeune "Sur les baies" ©Téa Masson

3ème Prix du Jury jeune "Sur les baies" ©Téa Masson

Enfin le 3ème Prix du Jury "jeune" (un coffret cadeau d’une valeur de 30 € offert par L’Agrion de l’Oise ) était attribué à Téa Masson, 15 ans, de Villeneuve sous-Verberie (Oise), pour la photo n° 22 une abeille « Butinant dans les fleurs de menthe ». Téa avait déjà reçu le 2ème Prix l’an dernier…

Téa Masson devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

Téa Masson devant sa photo ©L'Agrion de l'Oise

Une abeille mellifère, une abeille noire semble-t-il (Apis mellifera mellifera ). Comme l’an dernier la photo est prise avec un iphone muni d’un olloclip 14x.

Tous les candidats primés se sont également vus recevoir un ouvrage sur l’Oise ou la Picardie offert par Oise Tourisme, ainsi qu’un exemplaire de la revue « Insectes » publiée par l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement), association nationale d’entomologie à laquelle l’Agrion de l’Oise adhère.

Un président satisfait entouré des lauréats présents  ©L'Agrion de l'Oise

Un président satisfait entouré des lauréats présents ©L'Agrion de l'Oise

Il y avait 9 prix à attribuer, il y a eu 2 doublés, donc 7 photos et 7 photographes récompensés. Les lauréats absents recevront leurs prix dans les prochains jours ainsi que les deux votants qui ont été tirés au sort (prix offert par McDonald's Pont-Ste-Maxence).

L’Agrion de l’Oise remercie les donateurs qui lui permettent de récompenser les lauréats de son concours et tout particulièrement le centre commercial Leclerc qui l’accueille dans sa galerie marchande pour la 3ème année .

Il remercie aussi tous ceux qui ont participé au dépouillement et à la remise des prix, qu’ils soient membres de l’Agrion de l’Oise, photographes sélectionnés ou non, primés ou non, sans oublier les clients du centre Leclerc qui ont pris part au vote.

L’an prochain la 5ème édition de notre concours « Insectes de France »sera lancée le 1er juin pour se terminer le 10 septembre à minuit, laissant un peu de temps aux aoûtiens pour choisir les photos qu’ils présenteront. Bien sûr les photos peuvent être faites à tout moment (et même être déjà faites).

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 20 Octobre 2017

La 4ème édition du concours photo "Insectes de France" de l'Agrion de l'Oise arrive en phase finale ces prochains jours.

Le jury, présidé par Gilles Mermet, journaliste et artiste-photographe, s'est tenu et a délibéré  le 19 septembre. Nous avons reçu des photos d'excellente qualité venues de toute la France. Les Hauts-de-France ont fourni 78% des candidats, dont  les 4/5 de l'Oise. Mais on n'en trouve aussi de nombreuses autres régions de France (Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Ile-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d'Azur,  et même de Belgique, les insectes passent les frontières,

Belle façon d'honorer les insectes dont la raréfaction, récemment démontrée par des scientifiques allemands, ne peut que nous inquiéter. En effet si certains insectes vecteurs de maladies, ravageurs des cultures ou invasifs nous perturbent, les nombreuses espèces de pollinisateurs - il n'y a pas que l'abeille mellifère -  menacées par les pesticides, nous sont indispensables. Et n'oublions pas la place des insectes dans la chaîne alimentaire et leurs fonctions de nettoyeurs de la nature ou de bio-contrôle.

Du 21 au 28 octobre, venez voter pour votre photo d'insecte préférée

Le jury a sélectionné 24 photos, parmi lesquelles il a décerné les prix "adulte" et "jeune". Les résultats ne seront connus que le 28 octobre à l'issue d'une semaine d'exposition pour que le public puisse lui aussi décerner ses prix.

L'exposition de cette 4ème édition se tiendra comme les deux années précédentes dans la galerie marchande du centre commercial "Val d'Halatte" à Pont-Sainte-Maxence (Leclerc). Le public pourra voter du 21 au 28 octobre pour sa photo préférée. L'an dernier, nous avions décompté près de 900 votants.

La proclamation des prix du public et du jury sera faite à l'issue du dépouillement, samedi 28 octobre vers 17h00. Les lots offerts par l'Agrion de l'Oise et ses partenaires : groupe E. Leclerc, Photo Henrique, Grand Optical, Oise Tourisme et McDonald's,  seront remis aux photographes primés présents. Les absents, rassurons-les, devront encore attendre un peu une livraison par la poste.

Deux bulletins de vote tirés au sort permettront à leurs déposants de gagner un lot.

Alors venez dès samedi 21 octobre admirer ces photos, faire votre choix et déposer votre bulletin dans l'urne. Nous vous attendons.

 

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 26 Septembre 2017

Jeudi 14 septembre, le photographe Jean-Pierre Bertrand était le conférencier invité pour notre 14ème réunion trimestrielle, qui cette fois-ci se tenait à Rieux.

Collembole de type Arthropléone (allongé)

Collembole de type Arthropléone (allongé)

Un public où se retrouvaient quelques photographes d’insectes qui venaient découvrir ces petits arthropodes à 6 pattes, qui ne sont plus classés parmi les insectes.

Après une courte introduction, Jean-Pierre nous a projeté, en avant-première la vidéo de 4’58 « La litière du sol, un univers inconnu » qu’il a réalisé en milieu naturel – la forêt de Halatte - avec Patrick Bodu pour le montage et les vues d’ensemble. C’est Claudine Guittet qui a écrit et dit le commentaire. Avant-première en effet, car la vidéo sera présentée le 15 octobre prochain au Festival international Nature à Namur

vue de la salle

vue de la salle

Après la projection de la vidéo, que nous avons vraiment beaucoup appréciée et que nous espérons voir récompensée à Namur, Jean-Pierre a poursuivi avec ses photos sur la description et le mode de vie extraordinaire des collemboles : alimentation, longévité, reproduction, etc.

La classification distingue aujourd’hui dans la classe des Hexapodes :

  • La sous-classe des Insectes
  • La sous-classe des Entognathes (signifiant pièces buccales internes, encloses dans une poche sous la tête) comprenant :
    • Protoures
    • Diploures
    • Collemboles
Collembole de type Symphypléone (pyriforme, antennes plus longue que la tête)

Collembole de type Symphypléone (pyriforme, antennes plus longue que la tête)

Ces trois sous-classes étaient autrefois dénommées insectes aptèrigotes, au côté des thysanoures, toujours classés insectes  (dont le lépisme ou poisson d’agent).

Les collemboles sont très anciens, ils existaient déjà au Dévonien (400 millions d’années), sans doute avant les insectes, ce que montrent les fossiles trouvés.

Notre conférencier Jean-Pierre Berrtrand décrit l'anatomie d'un collembole

Notre conférencier Jean-Pierre Berrtrand décrit l'anatomie d'un collembole

Comme les insectes, les collemboles ont bien 6 pattes, un corps en 3 parties, 2 antennes segmentées. Les extrémités des pattes sont munies de griffes. Le thorax ne se distingue pas aussi bien que chez les insectes.

Les collemboles n’ont pas d’ailes (aptèrygotes) et surtout ont un appareil buccal (mandibules et maxilles), caché dans une cavité appelée la capsule céphalique (entognathe).

Sinon ils ont bien un corps en 3 parties et 2 antennes.

Ils n’ont pas des yeux à facettes, mais de simples ocelles, 1 à 8, regroupées ou non.

En plus ils possèdent deux organes tout à fait originaux : la furca et le collophore :

  • La furca, espèce de fourche sous le corps, leur permet de se projeter très rapidement en se détendant brusquement vers l’arrière. Ce saut leur permet d’échapper à un prédateur ou d’échapper à un milieu, par exemple l’eau d’une ornière. La direction du saut n’est pas contrôlée, c’est un mécanisme de fuite et de survie. On l’observe surtout quand, en soulevant la feuille sous laquelle ils s’abritent, on les met en pleine lumière. Ils n’aiment pas :  ils sont lucifuges. Jean-Pierre nous a présenté quelques vidéos montrant la rapidité extraordinaire de leur saut.
  • et un tube ventral, le collophore, dont les fonctions sont encore discutées. Plusieurs hypothèses : il leur permettrait de rester accroché aux surfaces lisses, de respirer via sa mince paroi, il aurait une fonction de régulation de la teneur en eau dans leur corps (le plus souvent évoqué), il pourrait servir à la réception après le saut, il permettrait en s’allongeant au collembole de se nettoyer. Jean-Pierre dit avoir observé cette fonction de toilettage.
Anatomie d'un collembole de type Symphypléone

Anatomie d'un collembole de type Symphypléone

Les collemboles sont répandus partout et il en existe entre 8 000 et 50 000 espèces, dont 1 000 en France.

Quelques photos nous montrent que leur corps peut être couvert de poils, ou d’écailles ou encore lisse et orné de dessins.

La reproduction des collemboles est, suivant les espèces :

  • sexuée (mâle et femelle)  - ce qu’illustre la photo d’une parade d’accouplement de l’espèce Sminthurides parvulus, mais le dépôt d’un spermatophore par le mâle permet à la femelle d’être fécondée en s’y frottant,
  • ou asexué (parthénogénèse).

Certaines espèces se reproduisent en utilisant les deux modes. Les œufs sont déposés sur un substrat humide, isolés ou en paquet. Les quantités dépendent de la disponibilité de nourriture du site.

Croissance du collembole

Croissance du collembole

Les collemboles ne subissent pas de métamorphoses. La croissance se poursuit tout au long de la vie et se fait par mues successives, de 40 à 50 selon les espèces. Le stade adulte apparait après 4 ou 5 mues. Les collemboles vivent en général moins d’un an. Le record de longévité observé en laboratoire est de 5 ans et 7 mois.

La grande majorité des espèces sont saprophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de matières en décomposition. Les champignons, hyphes mycéliens, semblent être leur nourriture préférée. Certaines espèces se nourrissent de végétaux vivants, notamment Smithurides viridis, appelé puce de luzerne, considéré comme un ravageur invasif en Australie, où il aurait été introduit sans prédateur. Les collemboles consomment également des pollens, des algues ou des bactéries. Peu d’espèces seraient carnivores.

Les collemboles sont des proies pour les carnivores notamment les arachnides, comme les pseudo-scorpions ou les gamases.

Les collemboles ont colonisé à peu près tous les milieux terrestres et aquatiques. Certaines espèces ont été trouvées en Antarctique, d’autres à 7000 m d’altitude dans l’Himalaya, d’autres dans des grottes très profondes (-2000 m), ou dans les déserts australiens…

Mais ils sont surtout abondants dans les sols offrant nourriture et conditions climatiques favorables.

Les collemboles sont hygrophiles, ils n’aiment donc pas la sécheresse. Pour y échapper, ils s’enfoncent dans le sol. Certaines espèces ont des cycles de vie leur permettant d’échapper au stress hydrique. Par exemple, elles raccourcissent leur temps de croissance pour échapper à la période critique. D’autres succombent mais leurs œufs résistent à la sécheresse. D’autres enfin effectuent un changement métabolique qui leur permet de s’adapter.

De même les collemboles s’enfoncent pour résister au froid. D’autres espèces, comme chez certains insectes, produisent des molécules antigel (glycérol). Dans les régions très froides (Antarctique), le cycle de vie s’allonge jusqu’à 2 ans d’œuf à œuf pour une éclosion au moment propice.

Collembole pyriforme

Collembole pyriforme

Leur rôle dans l’écosystème du sol.

Les collemboles régulent la microflore bactérienne des sols en limitant le développement des bactéries et champignons, tout en favorisant leur dissémination. Ils participent également à la dissémination de pollens ou de spores. Ils peuvent favoriser l’assimilation de l’azote par les plantes. Bref ils font partie de tous ces organismes qui contribuent à rendre le sol fertile, sachant que les phénomènes agissant sont complexes et encore mal connus.

Certaines espèces peuvent contribuer à la diminution des maladies parasitaires, notamment celles liées à la présence de champignons.

Quelques rares espèces sont reconnus comme raveuses de cultures. C’est notamment le cas pour des espèces introduites dans une région du monde où leurs prédateurs naturels sont absents, par ex. pour Sminthurus viridis en Australie.

Les sols forestiers sont ceux qui sont le plus favorables au développement des collemboles (jusqu’à 10 000 individus au m²). Les sols à usage agricole le sont moins (environ 2 000 au m² seulement). Le type de pratique agricole influence bien évidemment la richesse de la microfaune. Les labours profonds et l’usage de pesticides, notamment herbicides sont particulièrement défavorables. En revanche la permaculture les favorise. Les prairies sont quant à elles nettement plus riches en biodiversité du sol.

Collembole pyriforme

Collembole pyriforme

En conclusion : où et comment les trouver chez nous ?

En forêt, à l’automne, c’est le plus facile. La chute des feuilles apportant une nourriture abondante, le temps humide et des températures clémentes favorisent le développement des collemboles qui sont alors très nombreux.

Dans l’herbe, en particulier sur le trèfle, il est possible de les observer toute l’année, sauf pendant les périodes de gel ou de sécheresse.

Une loupe st nécessaire, la petite taille de ces animaux l’impose.

La microphotographie est le meilleur moyen pour les découvrir mais n’est pas simple à mettre en œuvre.

 

Un diaporama de photos prises par Jean-Pierre au cours de ses longues heures en forêt nous a permis d’apprécier sa patience, sa haute technicité et son talent artistique.

Collembole de type pyriforme

Collembole de type pyriforme

Quelques mots sur notre conférencier

Jean-Pierre a été au départ attiré par la photographe d’insectes et L’Agrion de l’Oise a pu monter pratiquement sa toute première exposition photo avec les siennes. Il nous a d’ailleurs confié ses tirages en garde, nous en présentons à l’occasion, et les beaux encadrements noirs sont encore utilisés pour nos expositions. Il faut le remercier pour ce généreux prêt.

Il s’est depuis passionné pour les collemboles et attend l’automne avec fièvre pour aller passer des heures allongé sur les feuilles, que les collemboles vont transformer en humus. Les promeneurs sont étonnés, voire inquiets, de le voir ainsi et viennent souvent lui demander si tout va bien. C’est aussi pourquoi, il préfère travailler dans des endroits isolés.

Il regrette cependant le manque de neige de nos derniers hivers, la neige permettant de photographier sur un support étincelant des quantités de sujets particulièrement bien mis en valeur. Témoin cette photo :

Sur la neige

Sur la neige

En action sur un tapis de feuilles ©Patrick Bodu

En action sur un tapis de feuilles ©Patrick Bodu

Jean-Pierre photographie et filme avec un Canon EOS 6D et les objectifs macro appropriés.

Certaines photos sont obtenues par superposition d’images (focus stacking ou empilage de mise au point), focus légèrement décalé pour maximiser la profondeur de champ des images, c’est-à-dire augmenter la zone de netteté. Il utilise le logiciel Zerenestacker (payant).

Pour la vidéo, il utilise son boitier Canon EOS 6D équipé d’un objectif Canon 65MPE et 2 torches à LED et pose l'appareil sur un bean bag (une espèce de coussin pour assurer une bonne stabilisation)

Si vous allez en forêt cet automne, penchez-vous vers les feuilles tombées, remuez-les un peu et vous devriez voir des bestioles sauter de tous côtés. Si vous avez du trèfle dans votre pelouse, il y a probablement d’autres espèces à observer. Ce petit monde est indispensable à la nature, donc nous est indispensable, et, sachez que lui aussi, est très sensible aux produits chimiques, que nous utilisons encore trop largement. Alors Zéro Phyto SVP.

Merci Jean-Pierre.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 22 Septembre 2017

Notre jury s'est tenu le 19 septembre sous la présidence de Gilles Mermet, journaliste et photographe d'art.

Après une longue délibération, au vu du nombre de candidats et de la qualité des photos reçues, le jury a sélectionné 24 photos, parmi lesquelles il a décerné ses prix Jeunes (moins de 18 ans) et Adultes.

A noter que nos candidats sont majoritairement originaires des Hauts-de-France (78%), des hommes (59%), actifs ou scolarisés (65%), ont déjà participé au moins une fois à notre concours (60%). Il y a eu plus de jeunes candidats que l'an dernier, c'est heureux mais pas encore suffisant. Aux photographes chevronnés d'encourager et de former la jeune génération, d'autant que le smartphone lui permet de faire ses premiers pas, avant de passer au reflex et à l'objectif macro.

Les lépidoptères sont les insectes les plus fréquemment photographiés (22,3%), suivi des odonates (18,4%), des hyménoptères (15,6%), des diptères et des coléoptères (11,2% ex æquo). 6 autres ordres étaient représentés avec au moins une espèce.

Les insectes ne manquent pas, leur diversité est incroyable, leur beauté est souvent surprenante et le jardin, le parc municipal, le pré ou la forêt proches, peuvent être des destinations de safaris pleines de bonnes surprises et de charme.

Les 24 candidats sélectionnés ont été avisés par mail individuel, les recalés par mail collectif. Les "nominés" doivent nous faire parvenir le fichier numérique de leur cliché sous la meilleure définition disponible, ainsi que les caractéristiques techniques de leur prise de vue, y compris le lieu et l'heure. Une légende - de maximum 140 caractères - leur est également demandée, précisant autant que faire se peut le nom de l'espèce d'insecte photographiée. Mais bien sûr ce n'est pas une obligation. Nos spécialistes sauront s'il le faut attribuer le nom latin de l'espèce.
 

Le point sur le concours photo "Insectes de France" 2017

Les photos - tirées avec le plus grand soin en format 30x40 par notre partenaire Photo Henrique - seront exposées du 21 octobre au 28 octobre dans la galerie marchande du centre commercial "Val d'Halatte" à Pont-Sainte-Maxence (Centre Leclerc). Le public pourra alors voter pour sa photo préférée.

Le dépouillement des votes sera effectué en public le samedi 28 octobre vers 16h30. Deux bulletins de vote seront tirés au sort et un lot leur sera offert.

La proclamation des prix du Jury et du Public se fera vers 17h00. Les lauréats présents recevront leurs diplômes et les prix attribués grâce à nos partenaires Espace culturel Leclerc, Jardi- et Brico-Leclerc, Grand Optical, Oise Tourisme, Photo Henrique et McDonald's, que nous remercions.

Venez nombreux voter pour votre photo préférée.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 15 Septembre 2017

Voici la suite de l’article paru sur ce blog le 20 août dernier.

Il s’agit de textes tirés de l’ouvrage d’Achille Guénée (1809-1880 à Châteaudun), spécialiste des papillons et de leurs chenilles, fondateur de la Société entomologique de France.

Les entomologistes vus par Achille Guénée (suite)

"Le véritable entomologiste lui-même échappe rarement à quelques-uns de ces défauts ou, si l’on veut, de ces ridicules. Seulement, ce qui est pour les autres un but n’est pour lui qu’un moyen. Il rassemble les faits connus, les groupe en mille manières diverses et en extrait des idées d’une fécondité que ne soupçonnent pas ceux qui sont étrangers à ces mystères ; Il étudie les mœurs avec attention et curiosité, mais sans être poursuivi par ce besoin de trouver des miracles, qui dévore incessamment certains faiseurs de livres ; car il sait que la nature est assez grande par elle-même pour que ces merveilles n’aient pas besoin d’être exagérées, mais il sait aussi que cette belle simplicité dérobe souvent la perfection aux yeux de l’observateur inattentif. Avec un brin d’herbe ployé, une écorce tuméfiée, un trou dans le sable, tout est pour lui matière à réflexion. Cette réflexion ne l’abandonne pas même dans ses recherches de simple chasseur, car il a éprouvé qu’elle dirige mieux que le hasard ; aussi trouve-t-il souvent une abondante récolte en restant patiemment courbé là où d’autres ont passé en courant. Se hasarde-t-il à publier le résultat de ses investigations, il dédaigne ces descriptions isolées de genres ou d’espèces nouvelles qui font presque toujours sacrifier la science à la satisfaction d’une puérile vanité et il aime mieux donner son nom à des idées qu’à des insectes. Enfin, qu’il parcoure les champs ou qu’il tienne les filets ou la plume, l’entomologie est toujours pour lui à la fois une étude et un délassement, un travail et un plaisir."

à la recherche du brin d'herbe ployé, le photographe entomophile .©Roger Puff

à la recherche du brin d'herbe ployé, le photographe entomophile .©Roger Puff

"J’aurais pu vous parler de ces susceptibilités ombrageuses, de ces polémiques aigres-douces, de ces discussions de priorité, petites jalousies et grandes vanités, auxquelles l’entomologiste paye tribut comme tout le reste des savants, genus irritabile ; mais tout cela a été dit cent fois et mieux que je ne pourrais le faire. J’aime mieux le suivre maintenant dans sa vie sociale et vous raconter ses tribulations publiques et ses joies privées."

chenille de noctuelle Triaena psi ©Roger Puff

chenille de noctuelle Triaena psi ©Roger Puff

"Il n’est guère de ville, grande ou petite, qui ne recèle au moins un entomologiste et, comme il est généralement peu soucieux de son accoutrement, comme il pousse quelquefois l’oubli du respect humain jusqu’à passer dans les rues enseignes déployées, il y est promptement remarqué. Or, dans une petite ville, qui dit remarqué dit critiqué. Et combien y a-t-il en France de grandes villes qui ne soient pas petites villes sous ce rapport. Il faut donc qu’il se résigne à subir les inconvénients de l’excentricité, c’est-à-dire à être regardé avec une étonnement peu flatteur par les dix-neuf vingtièmes des habitants, pour lesquels « faire comme tout le monde » est la suprême loi. Aussi, la partie masculine de la population l’accuse-t-elle de manquer de maturité dans les idées, tandis que la partie féminine (je ne parle pas seulement des femmes) lui reproche de ne pas porter de sous-pieds à ses pantalons. Le filet surtout fourni aux hommes graves un argument sans réplique. Il est vrai que la plupart ses entomologistes, effrayés de ce hourrah universel, déguisent ingénieusement et instrument réprouvé sous la forme d’une canne ; mais une fois sorti de la ville, il faut bien se décider à le déployer et les promeneurs du dehors ne tardent pas à surprendre la flagrant délit. Or, les gens raisonnables ne peuvent s’habituer à regarder un filet autrement que comme un jouet d’enfants, même ceux qui respectent la virilité dans le fusil de l’ornithologiste ou le râteau de l’horticulteur. Tel qui comprendra parfaitement qu’un homme sérieux s’occupe à faire de la tapisserie, ne lui pardonnera pas de chasser des papillons. Enfin, les gens instruits d’eux-mêmes, qui sont convaincus de la nécessité et de l’élévation des sciences naturelles, ont une peine infinie à admettre l’entomologie au même rang que l’étude des grands animaux, comme si la nature avait proportionné à la grosseur ou tarifé au kilogramme l’intérêt et la beauté de ses productions."

entomophile photographe muni d'un filet à papillons ©Roger Puff

entomophile photographe muni d'un filet à papillons ©Roger Puff

"Mais les blâmes les plus violents que l’entomologiste ait à subir sont ceux de cette classe de personnes qui mettent au premier rang l’utilité et qui conçoivent difficilement qu’on puisse être supporté sur la terre à moins d’y spéculer sur les grains ou d’y auner les étoffes. Ces personnes, qui sont fermement convaincues qu’elles n’exercent leurs professions que pour le plus grand bien de l’humanité, ne trouvent pas assez de dédains pour l’homme qui se voue à une science si peu productive et, généralement, elles se contentent de l’accueillir au passage par un magnifique haussement d’épaules.

Enfin, il n’est pas jusqu’à ces gens inoffensifs, ces hommes bonae voluntatis, dont parle l’Ecriture, que ne jettent aussi leur part d’improbation au pauvre entomophile ; seulement ceux-là sont plus doux dans leurs jugements et plaignent plutôt qu’ils n’accusent. J’en ai entendu s’écrier, avec une compassion parfaitement sincère : « Quel dommage que ce pauvre M. N*** ait la cervelle dérangée ! Un jeune homme qui pouvait aller à tout ! »."

volucelle ©Roger Puff

volucelle ©Roger Puff

"Ce n’est pas tout. Quand l’entomologiste est rentré dans la vie commune, quand il a quitté son attirail de chasseur pour l’habit noir et les gants jaunes (les gants jaunes sont bien déchus aujourd’hui) et qu’il se risque à aller dans une soirée prendre sa part de ce plaisir qu’on vous vend au pied carré, ses tribulations ne sont pas finies. Sans doute la politesse enchaîne alors les langues et maintient les épaules dans leur position horizontale, mais il devient la proie des phraseurs, qui, après avoir passé la journée à sacrifier au dieu Argent dans leurs diverses officines, éprouvent secrètement, malgré leurs dires, le besoin de se réhabiliter à ses yeux du délit de lèse-intelligence. Ainsi un grave personnage s’écriera en lui prenant la main : « Ah ! monsieur, croyez que je sens tout ce qu’il y a de poésie dans vos études favorites ! Et moi aussi, monsieur, j’étais né pour aimer la nature et tout mon regret est que mes occupations m’empêchent de l’admirer sans distraction. » ou bien un autre, l’abordant ex abrupto : « Ah ! mon cher, j’ai pensé à vous aujourd’hui ; figurez-vous que j’ai rencontré dans mes bois un insecte magnifique (suit la description pittoresque dudit insecte, lequel est plus habituellement de toutes les couleurs). Savez-vous que c’est une douce occupation que la vôtre et que j’envie parfois votre bonheur ? ». Ou encore c’est l’homme politique du lieu, le candidat qui a échoué le matin et dont la pétition au ministère est restée sans effet : « Mon Dieu, monsieur N***, que vous êtes heureux de n’avoir point d’ambition et que vous êtes véritablement sage de préférer vos jouissances tranquilles aux misérables plaisirs de la vanité satisfaite ! »."

Pertit sylvain Limenitis camilla ©Roger Puff

Pertit sylvain Limenitis camilla ©Roger Puff

"Eh bien ! tous ces mensonges dorés, qu’autorise la politesse, sont peut-être plus difficiles à endurer pour l’entomologiste que les dédains sincères de ces mêmes personnages, car ils prouvent que ces hommes, qui lui accordent la perspicacité des yeux du corps, ne lui supposent pas assez de bons sens pour deviner que le plus désintéressé d’entre eux – s’il n’était condamné à quitter ses places, ses honneurs, son argent, pour ces occupations dont il vante la douceur – y périrait de regret et d’ennui."

A suivre

Nous aurons prochainement l'occasion de revenir sur la fin du texte de cet entomologiste qui décrit si bien, avec affection et avec finesse, ses collègues et ici met le doigt sur tous ceux qui - avec un regard amusé ou dédaigneux- les observent et les critiquent.

Et merci à Michel, le photographe entomophile.

 

 

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 28 Août 2017

Une conférence sera donnée par Roger Puff, président de l'association L'Agrion de l'Oise,  le samedi 2 septembre à 15h30 à la Médiathèque de Nogent-sur-Oise (1 rue Denis Diderot).

Elle traitera de la place des insectes, notamment des pollinisateurs, dans la "nature en ville" et des dispositions Zéro-Phyto applicables à l'espace public et aux jardins des particuliers.

La Médiathèque exposera également du 2 au 30 septembre les photos lauréates des trois premiers concours photos  "Insectes de France 2013-2016".

Rappelons que la 4ème édition du concours photo 2017 sera clôturée le 31 août à minuit.

les insectes et la Nature en ville

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 20 Août 2017

J’aimerais vous faire partager un petit texte relevé dans un opuscule que j’ai déniché dans une bibliothèque scientifique, où je vais fouiner quelquefois.

L’opuscule est titré « Les Entomologistes peints par eux-mêmes ». Il a été rédigé par un certain Achille Guénée et édité en 1934 aux Imprimeries Oberthur à Rennes.

Achille Guénée, avocat de profession, est un entomologiste né en 1809 à Chartres et mort en 1880 à Châteaudun. Il s’intéresse très tôt aux lépidoptères dont il fait sa spécialité. Il écrit de nombreux ouvrages sur les papillons et les chenilles. Il fait partie des fondateurs en 1832 de la Société entomologique de France et en est le président de 1848 à 1874.

Le texte, dont je vous livre les premières pages, est initialement paru dans le Recueil des travaux de la Société libre de l’Eure pour 1842, sans doute une allocution prononcée à Evreux par Achille Guénée devant les membres de la société savante euroise. L’ouvrage consulté a donc été publié 92 ans après et nous y revenons ici encore 175 ans plus tard.

Notre savant connaissait bien ses collègues entomologistes de l’époque et pouvait se permettre de faire avec humour le portrait de quelques spécimens caractéristiques. Voilà ce qu'il écrit en 1842.

"Et d’abord, qu’est-ce qu’un entomologiste ? La définition n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire, car chez ces êtres, comme dans leurs collections, il y a une foule de variétés."

Carabe coriacé ou chagriné (Carabus coriaceus) © Hubert Carpentier

Carabe coriacé ou chagriné (Carabus coriaceus) © Hubert Carpentier

"Il y a l’entomologiste collectionneur, dont la vocation n’est point spéciale, et qui ne fait qu’obéir au développement particulier de son crâne, qui l’a voué dès sa naissance à la manie des collections. Il ramasse et amasse des insectes comme il ramasserait des plantes, des coquilles, des médailles. Des bouquins et souvent, en effet. Il cumule tous ces goûts. Réunir le plus possible d'objets soigneusement rangés et étiquetés. Pouvoir se vanter de posséder seul tel carabus ou tel Elzévir[1], tel est son suprême bonheur. Du reste, il use peu ou point de ses propriétés une fois acquises ; chaque objet a sa place dans son casier et dans sa mémoire, mais il ne sort pas plus de l’un que de l'autre. "

 

[1] Elzevir : ouvrage sorti des presses des fameux typographes hollandais qui portaient ce nom, généralement de petit format in-12

Echiquier occitan (Melargania occitanica) © Alexandre Ramon

Echiquier occitan (Melargania occitanica) © Alexandre Ramon

"Il y a l’entomologiste commerçant, qui reporte sur la science une vocation pour le négoce qui n'a pu s’exercer autrement. Celui-là ne rêve qu'échanges, correspondances, comptes ouverts, ventes et achats. Ce qui n'est pour le premier qu'un moyen de se procurer les objets qui lui manquent devient pour lui un but principal. Tombe-t-ii sur une espèce recherchée, il en remplit ses boîtes, son chapeau, ses poches. Il cote la valeur de chaque objet et consent à rabattre quelques centimes s'il Iui manque une patte ou une antenne ; mais il n'estime eu général que la marchandise irréprochable et il préférera se passer toute sa vie du papillon le plus curieux, s'il n'est muni d'un certificat constatant qu'il n'a jamais volé et que la fatale épingle a terminé son existence à peine commencée. Du reste, il déploie dans l’exercice de ses goûts une activité, une adresse, un arsenal de ruse et d’éloquence commerciales, qui l’aurait mené loin dans une autre partie. C’est un commis-voyageur perfectionné."

Salvazana imperialis (hémiptère de la famille des cicadides, photographié à l'insectarium de Gaspésie Canada) © Roger Puff

Salvazana imperialis (hémiptère de la famille des cicadides, photographié à l'insectarium de Gaspésie Canada) © Roger Puff

"Pour l’entomologiste voyageur, les insectes ne semblent qu’une occasion de courir le monde ; son imagination ardente lui représente sans cesse des forêts obscurcies par le vol des lépidoptères ou des prairies dont chaque brin d’herbe est chargé d’un coléoptère. L’expérience ne le guérit point et, s’il a parcouru quatre parties du monde, c’est dans la cinquième qu’il placera cet impossible Eldorado. C’est du reste un héros pour le courage et la persévérance ; les dangers ne sont rien pour lui et partout où surgit un Cook, un Laplace, un d’Urville, il ne manque jamais à l’appel."

Bousier (Geotrupes stercorarius ??) © Roger Puff

Bousier (Geotrupes stercorarius ??) © Roger Puff

"Son opposé est l’entomologiste observateur, qui sort peu de son jardin, où il passe sa vie à suivre les manœuvres du nécrophore ou les pérégrinations de la fourmi. Celui-là lit peu des livres et, les faits les plus connus étant nouveaux pour lui, le nombre de ses jouissances défie les plus étroites limites. Aussi ce goût d‘observation se rencontre-t-il souvent dans les hommes les plus illettrés chez lesquels il témoigne d’une franche admiration pour les beautés naturelles."

Grande biche (femelle de Lucanus cervus) © Roger Puff

Grande biche (femelle de Lucanus cervus) © Roger Puff

""L’entomologiste classificateur est tout différent. Il vit au milieu des livres et accepte généralement comme prouvés tous les faits qui y sont consignés ou plutôt il s’en inquiète peu. Un coléoptère a-t-il quatre ou cinq articulations aux tarses, voilà pour lui la question capitale. Il écrira des volumes pour prouver que tel qui parait avoir quatre segments en a réellement cinq ; seulement le cinquième n’est pas visible, voilà tout. Il se soucie médiocrement des affinités réelles des espèces entre elles et de la conformité des mœurs ou d’habitudes par laquelle la nature semble avoir voulu les rapprocher ; pour lui, la vie même est une faculté accessoire ; il n’étudie que des cadavres."

Présentation de papillons exotiques Musée des Confluences Lyon © Roger Puff

Présentation de papillons exotiques Musée des Confluences Lyon © Roger Puff

"Le véritable entomologiste … " [à suivre]

Nul doute que les entomologistes d’aujourd’hui n’ont plus grand chose à voir avec ces stéréotypes du XIXème siècle. Cela dit les entomologistes de cette époque qui pour la plupart étaient de distingués amateurs, étaient souvent des plus compétents, comme nous l’avons d’ailleurs vu avec l’exemple de Charles Janet.

Bien sûr, Achille Guénée ne traite pas encore de l’entomologiste amateur photographe… (je me permets de vous rappeler que vous avez jusqu’au 31 août à minuit pour envoyer vos photos à notre concours…).

Pour ce qui me concerne, je ne suis pas entomologiste, amateur oui, mais sans être classificateur j’ai du plaisir à rechercher le nom scientifique des bestioles que je photographie (mais je me trompe parfois et demande votre indulgence) et je ne dédaigne pas de tirer le portrait d’un vulgaire diptère, encore que certaines mouches soient souvent très brillantes, et je ne parle pas de notre belle cétoine dorée.

 

 

cétoine dorée (Cetonia aurata) © Roger Puff

cétoine dorée (Cetonia aurata) © Roger Puff

Si vous le voulez bien, nous reviendrons une autre fois sur ce petit opuscule bien intéressant.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 6 Août 2017

Le dernier mois est entamé.

Vos photos d'insectes sont faites ? Envoyez les nous dès à présent avec votre bordereau de participation. Cela nous évitera d'avoir tout à traiter début septembre.

Vous n'êtes pas satisfaits de vos clichés ? Il vous reste jusqu'à fin août pour en faire d'autres.

Vous ne vous êtes pas encore lancés ? Il n'est pas trop tard.

Il vous reste 25 jours pour faire trois photos d'insectes et nous les faire parvenir impérativement avant le 31 août à minuit accompagnées du bordereau de participation.

J-25 - Dernier rappel pour notre Concours Photos "Insectes de France"

Le Jury se réunira fin septembre pour attribuer ses prix et sélectionnera les photos qui seront soumises au vote du public, à l'occasion d'une exposition du 21 au 28 octobre, jour de la remise des prix.

Consultez le règlement 2017 complet

N'hésitez pas à nous contacter si vous avez la moindre question.

Bordereau de participation 2017 (à copier-coller) ou à demander à lagriondeloise@orange.fr

C'est simple : faites nous parvenir vos 3 plus belles photos d'insectes (mais si vous n'en proposez qu'une, ce n'est pas grave) et l'indispensable bordereau donnant votre identité et votre autorisation pour l'utilisation de ces photos.

Voir les commentaires

Repost0